CHAPITRE III
rERTILITÉ DE LA. CHINE; CAUSES PES FAMI1HE& FRÉQUENTES QU'ON Y EPROUVE.
Feriîiilédeia Tous Ics voyagpurs s'acçordcnt dans leurs Chine ; eau- fécits sur la fertilité de la Chine , sur retendue
&es des famines fréauen- et la l^eauté 4e ses plaines. On nV voit ni en-
tes qu on y , ,
éprouve. q}çs y ni haies , ni fossés , ni presque aucun arbre , tant le ciiUivateijr chinois craint de pofdre I4 mpi»dre portipn de son tçrrain. Lj^s plaine^ des provinces septentriqndles produisent le froment ; c^Hps du midi portent du Tis, p^rce que le puys esf plus bas et pins aquatique. Les terres dp plusijîurs provinces donnent deux inoîss^ns dans Tannée , et même ,
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4axis Pînlcrvalle des deux récoltes , on y sèm« -Fertîiîte'jeî* encore plij^ieurs sortes de petits grains et de ,^s'de$*fam?I
légumes. nés fréqueu'*
• • • ^<î* C|U*QÛ Y
Mais comment concilier c^est active culture éprouve. et cette fertilité des terres avec ces famines> cruelles eit ces disettes générales qui désolent si souvent la Chine? Comment arrive- t-il qu'un peuple sobre , diligent , industrieux ,, qui habite les plus fertiles contrées de Punivers , qui est gouverné par des princes dont la sagesse et la prévoyance font le principal caractère , se trouve si fréquemment exposé à ce fléau destructeur ; tandis qu^on voit en. Europe des pays stériles ^ habités par des^ peuples qui manquent de ta plupart de ceSv avantages , n'éprouver presque jamais les horreurs de la famine ?
Ce problème paroît difficile à résoudre à ceux qui n'ont qu'une connoîssance superficielle de la Chine \ mais un coup-d'œil réfléchi sur la position géographique des'dififérentes parties de cet empire et sur la police de ses grains , suffit pour expliquer ce fait et dissiper le doute de la contradiction.
l)eux causes concourent à produire dans ce royaume ces affreuses famines.
I**. Lorsque des accidents naturels, tels que J?eûi*"a*cwM la sécheresse , la grêle , les inondations , les dt.«iV.iiu,
Fcriilîiédeia wscctes , font maUquer les récoHes de l'an-
Chi ses
^^ des'fam*i" ^^^ » alors , dans quelque disette absolue que
nés fréqueu- goit la Chihe , noii-seulement elle ne peut tî-
les quon y ^ ^ ^*,
éprouve. rer aucun secours de ses voisins , mais elle «e trouve encore dans la nécessité de leur en fournir. Qu'on observe ses frbntières et les peuples limitrophes : en commençant par la province d'Yune-nane , et remontant ensuite vers le nord par les provinces de Koueî-rtcheoui de Sé-tchuene et de Che^e-si, jusqu'à la grande muraille , on ne trouvera que des montagnes affreuses, la plupart peuplées d'habitants sau« vages.
. Au nord de la Chine, sont les Tartares Moungous; nation soumise , il est vrai, mais extrêmement paresseuse , qui ne sème du millet que pour son usage , et fait sa principale nourriture de la c^air de ses troupeaux.
Au nord-est ; est la province de Leao-ton , qui est très-fertile , mais trop éloignée de Pékin et du centre de l'empire pour pouvoir y ^ans un besoin pressant , y faire parvenir rapidement ses denrées. D'ailleurs le transport en est impraticable dans toute autre saison que l'hiver : c'est le seul temps où l'on apporte de cette contrée dans la capitale quantité de gibier et de poissons glacés , on habillés de glace, s^elon l'expiression chinoise.
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La Corëe est hors d^état de fournir des Feniiîtédeia grains à la Chine. Les provinces de Kian-nane ^^'^es'fa^il et de Tché-kian sont bornées à l'orient par »«« fréqucn-
* tes quon y
les mers du Japon ; et quoique ces isles ne éprouve. soient éloignées du continent que de trois ou quatre journées de navigation , jamais aucun vaisseau chinois ne s'est hasardé jusqu'ici à y aller chercher des vivres ; soit que le Japon , déjà trop peuplé ^ n'en ai point de superflus , ou que j depuis qu'il a fermé ses ports , les marchands étrangers y soient exposés à trop d'insultes.
La mer baigne au sud la province de Foukiene , qui a vis - à - vis d'elle l'isle Formose. Lorsque la disette règne dans celle-ci , c'est encore à la Chine à lui fournir des grains.
La province de Kouan - ton est également bornée par la mer , et n'a au sud que des isles et des terres éloignées. Dans une année où le riz étoit fort cher dans cette province , l'empereur fit appeler le P. Parrenin , missionnaire jésuite , et lui demanda si la ville de Macao ne pourroit pas fournir du riz à celle de Canton , jusqu'à ce que celui qu'il y faisoit conduire des autres provinces pût y arriver. Mais il fut fort surpris d'apprendre que l'isle de Macao ne tiroit de son modique territoire
S,02 DE LA CHINÉ, tl^. Y,
Fertilité de la "* ^^^ » ^^ ^^^ » "^ fruits , nî herbes , ni trou- Chiae; eau- peaux , et qu^elIc rece voit généralement de la ves frë^uen- Chine tout ce qui lai étoit nécessaire pour sa
tes qu*on y , .
éprouve. SUOSlStanCC.
Après avoir ainsi parcouru toutes les frontières de ce vaste empire , on voit que , dans les temps difficiles , il est sans aucune ressource du côté de ses voisins. S*il arrive rarement que la famine exerce et prolonge ses ravages en Europe , elle le doit à la circulation du commerce , et à la facilité que trouve chaque Etat de tirer des grains de Pélranger. Cet avantage manque à la Chine : isolée à Textrémité de l'Asie, ou entourée de peuples barbares, il faut qu'elle se nourrisse elle-même , et qu'elle tire de son propre sol de quoi faire subsister cette foule innombrable d'habitants que renferment ses provinces. Aussi cette nécessité de veiller sur les besoins à venir et d'y pourvoir a^t-elle été dans tous les temps le principal objet de la sollicitude du ministère public. La Chine a toujours eu des greniers et des magasins, établis dans les ^ovinces et dans presque toutes les villes un peu considérables , pour le soulagement des peuples dans les temps de disette. On lit encore les ordonnances et les déclarations des anciens empereurs , rem-
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plies dies.expressjoBsles plus jteadre^pour leurs Fertilité de i« sujets qui souffrent : ils ne peuvent , disent- ^^^p ' ^"î* ils, ni boire, ni manger , ni prendre de re^ nés ircquenpos^ qu'ils n'^ aient soulagé la niisère publique, éproure.
Ces expressions paternellies pouvoient éire prises à la lettre dans les temps anciens , et lorsque les Chinois étoient gouvernés par des empereurs de leur nation y qui regardoient leurs sujets comme leurs propres enfants. Au-^ )ourd^bui , la théorie est encore la même , les ordres &e donnent de la même manière , et ils imposent aisément, dans les provinces, à ceux qui les entendent publier. Mais à la cour , on réduit à leur juste valeur tous ces termes brillants, auxquels la pratique ne répond qu^à demi. C^est peut-être encore dans l'empereur la même affection pour ses peuples; mais ce n^est plus le même z^le dans les officiers, dépo^ sitaires de ses ordres et de sa volonté. Les délais et les lenteurs qu'on affecte dans l'envoi des secoyrs empêchent presque toujours qu'ils ne parviennent à propos. Quand la récolte a manqué dans une province , avant que les mandarins qui en ont le gouvernement aieut envoyé leurs requêtes à la cour , qu'elles ^ient .passé par toutes les mains qui doivent les faire parvenir à l'empereur , que le prince ^t fait assembler les grands et les tribunaux ,
Fertiiitëdeia q^^ûii ait nommé des commissaires , et que ^s'des' f*^1- ^^"^"^^ soient partis, les peuples qui souffrent nés fréquen- $6 consumeiit , et mille infortunés périssent
tes qu'on y
éprouve. avant que les secours arrivent. •
ûBàlnût'UhH ^^' ^^^ autre cause de la disette des grains c|>uoa deiara- ^ j^ Chine cst la prodigieuse consommation quMl s^en fait tous les jours pour la composi*tion des vins du pays , et d'une espèce d'eaade- vie que les Chinois appellent raque. C'est une des grandes sources du mal , tant dans les provinces du sud que dans celles du nord : le gouvernement ne l'ignore point, mais il n'emploie que de foibles moyens pour l'empêcher.i On a souvent , par exemple , publié des défenses de fabriquer de la raque. L'ordre de lai cour est affiché partout , et annoncé dans lesl villes par les gouverneurs. Des officiers préposés pour faire les visites , parcourent les| laboratoires , détruisent les fourneaux , si l'on n'a rien à leur donner ; mais si le maître leur| glisse quelques pièces d'argent , ils ferment les yeux , et vont faire ailleurs le même manège. Le mandarin fait quelquefois la visite luimême ; on saisit les ouvriers , on les met en prison ; on les condamne au fouet , à porter | la cangue (i) ; mais jamais à la mort. Ces
(i) Espèce de supplice dont nous parlerons dans la suite.
HISTOIRE KATURËLIE. 2o5
bbricants de vins changent de demeure , se Fcniiîtédela cachent pendant quelque temps, et récom- ^|**?*'r^"^ mencent bientôt après leurs opérations. ^^ frëquen-
tes qu'on j
Ce qui paroîtra sans doute de la dernière éprouve. mconséquence , c'est qu'on ne défend dans aucun endroit la vente de la raque et de ces vins factices. Il entre tous les jours à Pé-kin une grande quantité de voitures chargées de cette marchandise ; on en paie le droit d'entrée à la porte , et elle se vend publiquement dans plus de mille boutiques , répandues dans la ville et dans les* faubourgs. Si l'on vouloit efficacement l'exécution des lois qu'on porte contre ces liqueurs , ne feroit - on pas fermer les boutiques où l'on vend cette raque ? n'en défendroit-on pas le débit sous quelque peine sévère , telle que l'exil ou une amende considérable? Mais ilfeudroit que les grands s^interdissent les premiers l'usage de ces boissons , et il leur en coûteroit trop pour donner cet exemple au peuple.