‹ De la Chine: ou Description générale de cet empire, rédigée d ..., Volume 2Chapitre 27 sur 40 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

£AUX Mn^ERALES, VOLCÀI9S, TREM&LEMEI9TS DE TERAE^

Eaux miné- '^^^ grande variété de métaux , de sels , de raies, vol- pyrites QUC renferment les montagnes, de U

cans , trem- * . .

bicments de Chine , doit procurer à cet empire une égale variété d'eaux minérales. Aussi en est-il abondamment pourvu : chacune de ses provinces a ses e^ux thermales , analogues à tous les genres de maux , prônées du moins pour

avoir la vertu de les guérir , et plus ou moins fréquentées par les malades. Sans nous arrêtera rimmense nomenclature de toutes ces sources, trop éloignées de nous pour qu^elles puissent nous être utiles , nous exposerons quelques réflexions de Pempereur Kan-hi sur jles précautions à prendre , lorsqu^on veut faire usage des eaux minérales. « Les eaux thermales, dit- » il , sont sans doute très-efficaces pour gué- ^> rir plusieurs maladies; mais bien des gens » ignorent qu^ elles sont meilleures pour ceux » qui ont passé quarante ans : quand on n^a 9 pas encore cet âge et qu^on prend les bains » chauds , leur premier effet est d^affoiblir et » d^ épuiser , parce que le sang étant alors dans » toute sa force , elles causent une fermenta-* a> tion et des sueurs qui troublent la nature » et lui nuisent. Dans un âge plus avancé , au » contraire , elles raniment le sang et débar* » rassent les os, les nerfs et tout le corps, j> des embarras et engorgements que les années » traînent à leur suite. On prend les bains » pendant sept jours , puis on les interrompt • s> sept jours pour laisser reposer le sang et les » humeurs. Les continuer long^temps , c^est » s'exposer à une révolution, plus dangereuse » quelquefois que la maladie dont on étoit yenu

£aui minérales , volcans , tremblements de terre*

plus MlulaircA aax vieil lardf qu'aux -jeuMS gens.

Eaus miné- ^ cherchcr la guérison. Selon l^auteur du liraies, ToK- j^ yj.^ ^^^ câux thermales, il est trés-dange^ Uemeiits de » t^vtx d'entrer dans le bain après avoirmai^é , » ou de s'exposer à Tair après en être sorti. » Nous rapprochons ces diverses obèenra- » tions , parce que tout ce qui intéresse la vie M des hommes nous tient fort à cœur • . . Les » eaux de la fontaine Hon^ charte $e teignent » en rouge au printemps , à cause du cinabre » qui s'y mêle ; celleà de Hm^tchousont char- » gées d'alun ; d'autres de fer, presque toutes » 4e soufre. Il est évident que la chaleur, n- l'odeur, le goût , la vertu médicinale des » eaux chaudes sont l'effet du mélange des » corps étrangers qui s'y trouvent. Mais quels » sont ces corps ? en quelle quantité et pro- » portion y sont^ls? c'est ce qu'on n'examine » pas assez. Les médecins mêmes s'en tiennent » à l'antique réputation d'une fontaine pour y » envoyer leurs malades. Je sais qu'on a trouvé » de l'arsenic dans quelques sources qui étoient » très - estimées ; je sais que la nature peut w changer les poisons en remèdes , par des dé- » compositions et des mélanges qu'elle seule • » a le secret de faire ; mais je sais aussi que >» si on étudioit mieux les qualités particulières » des eaux minérales , on pourroit mieux fixer

» les espèces de maladies auxquelles elles côn« Eaui mioé- » Tiennent. J'ai dooîië Pexeniple à mes suiei» '"'^ » ^®*^ » à cet éjTtrd : quand ie trouve quelque fon- blemeau d<i i> taine minérale sur ma route , je fais passer M son eau par Palambic , et je rois pat* Talon , B le soufre , le métal que j'y trouve , quelles » doivent être ses propriétés (i). »

Le grand nombre de mines, qui se trouvent feûl""*' ^'^ ^ à la Chine , ne laisse guère lieu de douter qu^elie n'ait eu aussi ^^ volcans ; cependant on n'en connoît aucun , dans toute l'étendue de cet empire , qui soit aujourd'hui en activité , ou même sujet à des explosions. L'empe^ reur Kan-hi, dont nous venons de parler, rappelle , d'après l'ancien lettré Heou , qui écrivoitsous la dynastie des Son , qu'une mon^ tagne de la province d'Yune-nane étoit appelée la montagne dé feu, parce qu'elle jetoit une grande quantité de flammes. Il observe aussi qu'il existe des puits , dans le district de Pon^tcheou , qui vomissent des flammes par intervalle : « C'est tantôt l'un , dit-il , tan- » tôt l'antre ; quelquefois ces explosions ont » lieu de dix en dix ans , et quelquefois d'un n siècle à l'autre. Voici encore , ajoote-t-il , )» ce qui est non moins décisif pour l'existence

(1) Observations de Physique et d'tlistoire naturelle Aq Tempercnr Kan-hi. Mémoires sur les Chinois, tome IV, page 452.

a68 DE LA chine: liv. vi.

Eaux mînë- * ^^^ ^^^^ soutcrraîns : dans le pays des Mou h-raies , vol- y^ çrQus , QUI soïit SUT la rive du Tai-ton-kiaii , biementsde » il y a quantité d^endroits qui jettent des

terre. « ^ , T %

j> flammes. Quand on creuse la terre seule- » ment d^un ou deux pouces , il en sort sur* » le-champ une flamme vive et légère. Les » gens du pays s'en servent pour prendre du » feu etavoirdelalumière.Quandils labourent jfk pour semer leurs grains ^ ils ne font , pour » ainsi dire , que gratter la terre , et deux ou >i trois mois après ils font la moisson ; tant i> la chaleur du feu souterrain aide et déve- » loppe la fertilité de la terre. »

Le P* Martini nous apprend que les puits à feu , dont parle ce prince, sont assez communs dans toute la province de Chane*si , et qu'on en trouve plusieurs , qui éloient en ac* tivité de son temps, à la montagne Cao-tan, près de la petite ville de Hiao-y , dépendante de Fuene-tcheou. Ces puits sont les fourneaux naturels dont se servent les habitants de ces cantons pour la préparation journalière de leurs aliments : ils en rétrécissent l'ouverture et »'y laissent que des trous d'une capacité proportionnée à la grandeur des vases de terre - Qu d'airain dans lesquels ils font cuire leurs viandes et leur riz.

C'est encore à la présence et à TacUpa dçs

«ÏSTÔtRE KAtOREtLÉ. tkè^

feux Souterrains qu*il faut attribuer la tiédeur 'Z TT

* Haux mine—

des mers de la Chine pendant Phiver , et peut- "'«« » ^<>*"

^ ^ *■ ' ir cans , trem-

etre la formation de ces terribles météores Wemenisde qu'on appelle typhons, si fréquents entre la presqu'isle de Malaca et le Japon , et qui rendent quelquefois la navigation si périlleuse dans rétendue de ces parages.

Toute la partie septentrionale de la Chine Te^fX"!^: est très-sujette aux tremblements de terre , et il se passe rarement dix années sans qu'on n*y ressente quelques-unes de ces commotions violentes qui semblent menacer la nature d*unbou- ^ leversement général. L'histoire chinoise a tenu un compte exact de ces époques désastreuses : nous ne rappellerons que quelques - unes de celles qui se rapprochent de notre temps.

Sous le règne de l'empereur Kan-hi , en 1679 > ^" TTkois de septembre , et vers les.dix heures du matin , Pékin essuya un tremble-* ment de terre si terrible , qu'un grand nombre de tours , de palais , de temples , et une immense quantité de maisons particulières furent renversées , et ensevelirent sous leurs ruines plus de trois cent mille personnes : à Tontcheou , ville voisine , plus de trente mille Chinois périrent , écrasés sous les décombres ; et comme les secousses se renouvelèrent par

Eaux miné- inlervallcs durant trois mois , Tempef eur , sa raies, vol- fomiJle , et les grands de sa cour abandon-

caot, trem- ,

biemenu de gèrent kurspalaispourhabHersQusdestentes.

£01718, on ressentit enbeaucoup d'endroits les secoy$ses du plus furieux treniblecnent de terre. Presque toutes les villes du Cb^ne-si en furent ébranlées» et cette province çqqipta un nombre prodigieux de victimes, Près d' Yonnin-tchine , les montagnes furent bouleversées, et quelques-uns de leurs débris jetés à plus de deux lieues de distance , dans la direc*tion du nord au midi : ce gros bourg fbt totalement englouti , sans qu'il soit resté aucun vestige de maisons , d'hommes ni d'animaux.

Deux ans après, en 17*40, le 11 juin, un autre treniblement de terre se fit sentir à Pé - kin , vers neuf heures trois quarts du matin , et dura environ trois minutes. Le lendemain , à sept heures et demie du SQir , il recommença avec plus de violence , et ses secousses , continuellement répétées pendant six minutes , jetèrent l'alarme dans cette capitale ; on n'y entendait plus que des cris confiis et des hurlements. La nuU se passa dans cet effroi généraï. Quand le jour fut venu ^ on reconnut que le mal étoit moindre qu'on ne se rétoit figuré : on ne compta qu'environ

terre.

âlSTOIHE NATURELLE» 2^1

mille personnes écrasées. A une très-grande ^^^^ ^„^^ distance autour de Pé-kin • on ressentit lès se^ ^^^^ • . "'^^ coussés de ce tremblement de terre , dont le J^Jf^*** ^ foyer fut présumé exister dans les mines des montagnes qui se trouvent à l'occident de cetbe capitale , et d'où Ton tire tout le charbon de terre qui se consomme dans cette contrée. Un peu au-delà de la première ligne de ces montagnes , Tcbane - pine , cite commerçante ^ liche et très*peuplée , et dont une triple en<ceinte de murailles forme comme trois villes différentes , fut abîmée 4 la troisième secousse qu'elle es^suya. On apprit , cette même année ^ qu-up.Tolcan s'étoit ouvert en Tartarie , dans un vallon entouré de montagnes , à cent cin^ quante lieues de Pé-*kin ; mais on n'a pas dit depuis que ce volcan ait subsisté. /

-En 1731, le 3o novembre, la ville.de Pékin , ébranlée jusque dans ses fondemei^ts/ essuya un bouleversemenJL presque général» Les premières secousses se firent sentir un pe^ avant onze heures du matin , mais si subite'* ment et avec tant de violence , qu'on ne s'aperçut du tremblement de terre que par la ch^te-précîpitée des maisons et des édifices , et par le fracas épouvantable. avec lequel ils s^écrouloient ; pn eût dit que Pé - kin -sautoit

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Eaut mine- ^^ ^'^^^ P^'' Pexplosion d^une mine, et que son raies , vol- ^q\ s'abîmoit sous les pieds de ses habitants.

cens , trem- ^ * . .

biemenis de En nioins d'une minute , plus de cent mille personnes furent écrasées sous les ruines* Un nombre encore plus grand de malheureux périrent dans les campagnes voisines , où des bourgades entières furent englouties et dé* truites. Le palais même de Pempereur , celui de tous les édifices de la Chine qui étoit le plus solidement construit et le plus capable de résistance , fut ébranlé et souffrît beaucoup. / La magnifique maison de plaisance d*Yune* min-yuene , éloignée d'environ quatre lieues de la capitale , fut tellement endoomiagée , qu'elle ne put être réparée qu'avec des sommes immenses; et la délicieuse retraite de Tchim^ chuene-yuene , où Kan-hi avoit coutume de passer une partie de l'automne , fut bouleversée au point de ne laisser aucune trace de son ancienne existence. JJne ville , bombardée avec fureur pendant plusieurs mois , eût été couverte de moins de ruinés et de décombres que n'en offrit Pékin après deux minutes de cet effroyable tremblement de terre.. Ce qui rendit ^ dit- on , celui - ci si désastreux , c'est que ses secousses n'eurent rien d'uniforme et de régulier dans toute la ligne qu'il parcourut.

Le p. Cibot fait mention , dans un écrit de

terre.

Eaux mine-*

1775, d'un tremblement de terre , essuyé de ^*'^*» ^°^'*

son temps à Pé-kîn. « Il commença , dit - il , biemenu de

» avec un fracas épouvantable : on Tèntendoit

» arriver d'une extrémité delà ville à l'autre ,

» avec le vent impétueux qui le précédoit. Les

» balancements, qui recommencèrent à plu-

» sieurs reprises , furent assez forts pour faire

» sonner les timbres de notre horloge , et

>^ renverser l'eau qui étoit dans de grandes

» urnes. Les ravages cependant qu'il fit furent

» peu considérables , parce que ses balance-

» ménts étolent réglés et uniformes. »

Le plus mémorable et le plus meurtrier des derniers tremblements de terre essuyés à la Chine , est , sans doute , celui auquel on doit attribuer la submersion de Tisle Formose , arrivée le 22 mai 1782. Nous ne retracerons pas ici cet événement désastreux , qui a retenti dans toute l'Europe : nous l'avons déjà fait suffisamment connoître , en reproduisant les pièces originales émanées du gouvernement chinois dans cette circonstance (i).

(1) Tome I*"^, page 333.

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