CHAPITRE U
LE TCHOU-TSE, OU LE BAMBOU (l).
X^ichowtsé Nous désignons en Europe , sous le nom ^ le bam- Je homhou le grand roseau des Indes et de la Chine. Ce roseau est une des productions les plus singulières qu'offre le règne végétal. Il n*est proprement ni herbe , ni arbre , et il tient néanmoins de Tun et de Vautre : il croît comme un simple légumede nos jardinSfComme l'asperge , et il s'élève ensuite à la majestueuse hauteur des grands arbres. Espèce é(}uivoque et ambiguë , le bambou forme encore une de ces nuances intermédiaires qui font le désespoir des naturalistes à systèmes , lorsqu'ils veulent poser les limites des genres , et sou- • mettre à leurs symétriques classifications les inexplicables ouvrages de la nature. Le P. Cibot a fait de curieuses et intéressantes recherches sur le bambou. Il sera notre principal guide , et nous devrons à ses observations une grande partie des détails dans lesquelles nous allons entrer.
(i) Arundo bambos. Arundo caljcibiis multifiofis; spic» ternis , sessilibiis. hinu.
I^e batnbou » connu à la Chine dès les temps LeArAw-tà les plus recuit , paraît être indigène dans cet J" ** ^*"*" empire. I^orsqqe la magnificence des jardins p„,;„„l„ .^ fat devenu le goût dominant des empereurs ^ Cr«"umbi«l" )e bambou fut du nombre des arbres rares et précieUK qu'on s'empressa d'y admettre. Il obtintméme une préférence marquée ; il devint Tarbre à la mode. Ce fut alors que les poètes le célébrèrent dans leurs vers , et qu'on n'omit ni soins ni dépenses pour en perfectionner et en varier les espèces. Les annales de la dynastie des Tan font même mention de mandarins, institués pour veiller d'office sur les bambous des jardins et des parcs de l'empereur. Ce goût passa de la cour dans les provinces , oii il fut secondé par les grands mandarins qui les gou«vernoient : ceuxrCi , bien sûrs de ne pouvoir faire plus agréablement leur cour aux empe^ reurs qu'en leur envoyant des bambous singuliers ou d'une rare beauté , excitèrent dans tout l'enipire l'émulation des cultivateurs , qui , par les soins les mieux combinés , et des tentatives bardies , mais heureuses , forcèrent quelquefois la nature à leur accorder des pro* diges.
C'est à ce luxe de culture , qui s^est soutenu E«iA«"«oinbrett.
' * SCS de ce roseau.
penclant plusijeurs siècles , qu^l faut attribuer
364 ^£ ^^ CHINE. LIY. vil»
Le uhou'isi <^€tt® étonnante variété d>spèceft de bamboQS ou le bam- Jqjj|. \^ Chine sc trouve aujourd'hui en possession. Le nombre en est si prodigieux , quhin botaniste chinois, qui a traité de cet arbre, et dont Pouvrage a passé sous lès yeux du P. Cibot , commence par déclarer qu'il n'ose pas entreprendre de décrire , ni même de nommer toutes les sortes de bambous cultivés dans Tempire ; qu'il se bornera seulement à en faire connoître les soixante - trois espèces principales. Nous serons encore plus sobres , et nous nous contenterons d'indiquer en peu de mets les variétés ou modifications générales qui constituent la différence des espèces.
1°. Variétés dans la grosseur et dans la hauteur. Il est de fait et démontré par une longue expérience que le bambou , comme l'aspei^e , sort de terre avec toute la grosseur qu'il aura, quelle que soit la hauteur à laquelle il s'élève , et que les rejetons ne 'sont jamais plus gros que la tige principale dont ils sortent. Mais il faut observer que cette règle générale ne regarde que les grandes plantations et les bosquets où les bambous sont réunis ; car lorsque l'un d'eux est isolé , planté à la manière des autres arbres , et débarrassé à' propos de ses rejetons , il croît peu-à-peu en grosseur , sur»
HISTOiaS NATURELLE. 365
tout si on le laisse se ramifier. 11 est difficile i^f^how-tsé de déterminer avec précision la grosseur et ^ le bamla hauteur auxquelles parviennent les plus^ grandes espèces de bambous. Le P. Cibot nous apprend qu^il a vu des étuis à pinceaux qui avoient plus de cinq pouces de diamètre , mesurés de dedans en dedans : mais il prévient qu'ail en est de beaucoup plus gros , et qui portent un pied et demi et même plus de diamètre. On en a vus, dans les provinces d' Yunenane et de Kouan-si , qui étoient assez gcos pour que leurs tronçons servissent de boisseaux à mesurer je riz ; mais on convient qu'ils étoient regardés comme des objets de curiosité, et s'il y en a eu quelquefois même d'assez gros pour qu'on pût en construire de petites barques d'une seule pièce , plusieurs siècles se sont écoulés sans qu'on en ait revus de semblables. La hauteur ordinaire des grands bann bous est de trente à quarante pieds ; ceux qui vont j usqu'à cinquante sont rares ; et quand ils atteignent soixante , soixante-dix et quatre-^ vingts pieds , ils sont regardés comme des productions miraculeuses )de la nature.
2**.Variétés dans la distance des nœuds. Cette . distance est très-inégale : on connoît des espèces dont les nœuds sont toujours à la dis^
jjtuhou-'Ué *^nce de quatre pouces ; quelque grosseur et on le bam- quelque hauteur qu'acquière le bambou ; et d'autres , au contraire ^ où cette distance est constamment de neuf à dix pieds, quelque jeune et quelque effilée que soit la tige. C'est dé cette dernière espèce qu'on fabrique ^é jolies dànnes, des nattes et même de la toile. Les annales chinoises parlent de certains bambous de tohiene , hauts comme des pins , et doiit les nœuds ëtoient tous à la distance de dix pieds.
3^. Variétés dans la couleur du bois. On trouve des bambous blanchâtres^ jaunes de / citron , jaunes d'orange ; marrons , tif^nt sur
le vert , noirâtres , mouchetés et bleus pâles.
4^. Variétés dans les nceuds et leur forme. Les uns sont uh renflement qui déborde en forme de moulure , tantôt au-dessus du tuyau d'en bas , tantôt au-dessous de celui d'en haut : les autres ne percent en dehors que par une simple ligne ; ceux-ci offrent une ceinture re'gulière et asses^ large \ OMoc-là un cordon bien dessiné et comme divisé en demi-gîrain^ ; niais les plus singuliers sont ceux qui ne pénètrent pas en dedans et n'Interrompent point là continuité du tuyau intérieur.
5**. Variétés dans la superficie de là tige , entre les nœuds* Quelque bambous ont le bois
HISTOIRE NATiTEËLLE* . 867
raboteux et couvert de tubérosités qui pre- lc tehou-^ui sentent souvent à Pimagination des figures bi* ^ ^^ ^^^^ sarres et grotesques ; d^autres sont semés de cannelures irrégulières. Tout bambou porte UA vernis naturel , qui est fort beau : mais on fait une espèce à partde celui dont les entre-nceud» paroissent couverts d'un vernis transparent , et qui approche de Pambré jaune. Les livres chinois parlent d'aune espèce particulière de bambous carrés. Le P. Martini observe qu^il s^ en trouve de semblables dans le territoire de Tene*tcheou , Tune des métropoles de la pro*" vince de Chane-ton.
6**i Variétés dans la substance et l'épaisseur du bois. Il est une eépèce de bambou , dont le bois est toujours tendre et ne semble être qu^une moelle filamenteuse et durcie : le bois d'une autre espèce est d'une dureté extraordinaire et aune force prodigieuse , en quelque sens qu^on l'emploie ; il rend un son appro-> chant de celui du fer , quand on le frappe. Relativement à l'épaisseur^ quelques bambous, quoique fort gros et très-élevés , ont toujours tin bois mince et léger 5 d'autres ne sont presque pas évidés en dedans , et finissent par de- • venir pleins et massifs comme les autres arbres.
7®. Variétés dans les branches. Les Chinois
h^ichou-fsé 2issurént qu'ils ont des bambous qui ne ramiou le bam- ggnt jamais et ne donnent qu'une tige nue. et isolée, quelque vieux qu'ils, soient; que d'autres y au contraire , se fourchent , poussent des branches dès qu'ils sortent de terre , et s'étendent à la manière des autres arbres ; chacun de leurs nœuds pousse deux boutons qui deyic)nnent dçs branches.
8®. Variétés dans les feuilles. On distingue Içs bambous à feuilles bleuâtres , rougeâtres , cendrées , panachées et de cinq couleurs ; les bambous à feuilles en queue d!hirondelle et à cent feuilles ; les bambous à feuilles larges , dures et fermes comme celles du palmier , et qu'on emploie à faire de jolis éventails ; enfin , les bambous à feuilles amplexicauks ou en tuyau et à feuilles adhérentes. Les. premières enveioppent . le bambou depuis le nœud d'où elles sortent jusqu'au nœud qui suit, et ne commencent à s'en détacher et. à s'étendre que lorsqu'elles sont arrivées à la naissance de la feuille suivante, Les secondes croissent
de même : mais elles, adhèrent au bois dans
toute leur superficie % et e;lles y tiennent si bien , que les artistes jchinois y dessinent des figures , auquelles ilsr d^^^nent du relief en taillant légèrement et^en éyidant la feuille.
û^Variétésdanslesracines.Tausles bambous,
, f y ,, . IjH te hou-tsé ^
en général, sortent d'une racine noueuse , tor- où le bamtueuse et rampante ; on en distingue néanmoins une espèce dont la racine est pivo* tante et s'enfonce enterre, et dont le chevelu est composé d'une multitude de filets déliés , mais très-rforts.
10^ Enfin, variétés qui résultent de singularités constantes et qui se perpétuent. Ces singularités sont nombreuses, au rapport des Chinois : nous nous bornerons à en remarquer trois. La première est celle des loupes ou excroissances charnues , et bonnes à manger, qui naissent à chacun des nœuds de certains bambous, qu'on appelle, par cette raison, bambous charnus. La seconde est une moelle juteuse et sucrée , dont sont remplis intérieurement les entre-nœuds d'un bambou qui croît dans l'ïune-nane. Cette espèce pourroit bien être celle des Indes , citée par quelques naturalistes , qui rapportent que les bambous indiens distilent, une liqueur sucrée , qui se coagule par l'ardeur du soleil : ils l'appellent , avec les Arabes , tabaooir, et croient que ce sucre naturel a été le seul connu des anciens. La dernière singularité est celle que présente une espète de bambou dont le bois est de la cou-
SyO DiE JLA CHINE. LIV. VII.
, , , leur du bois de brésil , et répand une odeur ou le bam- aussi douce qu^agréable.
- La culture du bambou varie à la Chine selon
Cnltnre ou Lam-
^"' le climat des provinces , le sol , Texposition ,
et les espèces particulières auxquelles on s^attache. Le bambou demande une terre molle , spongieuse , mêlée de craie et de vase : celle qui lui convient le mieux est la terre des levées qu^on &it autour des étangs , le long des rivières , à travers les marais et les prairies enfoncées. Ces levées doivent avoir deux ou trois pieds au 7 dessus des terres voisines , et même davantage » si celles-cii sont exposées à être inondée^ ; car le bambou périt , si sa racine touche Peau. Dans les provinces exposées à la violence des vents du nord ou à la rigueur d'un hiver trop rude ,, on tâche de procurer aux bambous Pabri d'une colline ou d'une muraille : dans les climats favorables , ils croissent également bien partout, même au milieu des rochers. Une attention essentielle qu'il faut avoir , c'est de disposer les plantations de ii^anière qu'elles soient exposées au midi et s'étendent à l'orient et à l'occident. L'expérience a fait connoître que le bambou pousse ses racines vers l'orient et vers l'occident , et qu'il £aiut renoncer à l'espérance
de se procurer de bielles planUiions^ lors- z—z
^ 1. Ist fehau'tsé ,
qu^on leur donne une direction contraire. ou le bam-
Lei» botanistes chinois dirisent les bambous en mâles , qui ne donnent que des fleurs ; en femelles , qui portent des gmines ; en herma^ phrodités , qui ont tout*à-<*la-fois les ileurs mâles et les fleurs femelles , et en bambous neutres , qui ne donnent ni fleurs ni graines (c)» En général , les bambous fleurissent raremcnl; et donnent encore plus rarement leurs graines , parce qu^on ne les laisse pas assez vieillir ou qu'ion les fait croître trop serrés. Ceux qui fleurissent donnent des fleurs vérdâtres et ài%^ posées en forme d^épis. Aux fleurs succèdent des grains qui ont à-peu-près la forme de ceuK de froment , mais ils sont plus gros ; et quoi« que noirâtres , ils donnent une farine assez blanche qui est très-douce. Les annales cbi^ noises remarquent ^ comme une attention btôn*
(i) On dîstingiie 1^9 bambous mâles des hambau^ fe^el^ef par le point d'insertion de leur» rameau^s. Loi-st^ue les }eunes rejetons commencent à pousser leurs branches , on examine leurs, nœuds. Le bambou' mâle commence à pousser les siemieik par le prewiiçr nopud , c'esfe^-idif c p^r le .plus haut ;ex]B bambou femelle ne conMuence à |>rpduire de braDche& ^u^ par le second nœud , en descendant. Lorsque les bamboui^ croissent serres , et qu'on vise à leur multiplication , on coupe les bambous mâles pour procurer plus d'espace eux bambous -
femelles , qui prodlûsent un plus gi^ad oQj^bre de grejetQn^,
372 BEJuA CHIN^. LIV. VU.
L^ichott'isé f^î^^ûtc de la providence du Tiehe, que les ©u le bam- bambous out souvent fleuri et donné du grain dans des années de disette et de femine ; et cette observation a donné lieu au proverbe populaire : la famine fait grainer les bambous. En Pan loii , sous le règne de Tempereur Tchine-tson , les provinces méridionales fournirent plus d^un million de boisseaux de graines de^bambou.
On ne fait presque jamais de semis de bambous ; c^est par les rejetons que se propagent toutes les espèces. Plus ceux qu'on choisira seront gros , plus ceux qu'ils pousseront à leur ' tour seront gros eux-mêmes : c'est spécialement sur ce choix que se fonde la probabilité d'obtenir de beaux bambous La fin de l'automne ou. le commencement du printemps sont les moments propres à cette transplantation, qu'on peut néanmoins faire en tous temps. On s'y prépare en jcoupant, deux ou trois mois auparavant , l'endroit de la racine du rejeton qui tieiit à la mère-racine , afin , disent les livres chinois , de l'obliger à chercher sa vie de lui-même , et à se passer du lait de sa nourrice. Comme un rejeton de deux ou trois ans en a poussé d'autres à son tour , il est enicore nécessaire de l'en débarrasser et de le délivrer de toute sa famille : Il faut, dit le
HISTOIRE NATURELLE. SyS
proverbe \ le séparer de sa mère et de ses \^ichou-tsê
ou le bam^ bou.
enfans.
. Les. fosses ^ destinéea à recevoir, les jeunes plants de bambou , doivent avoir été creusées quelques mois d^avance, afin que Taction de Tair extérieur dévelof pe les sucs nourriciers de la terre et lui en porte de nouveaux. Ces fosses ne doivent avoir au plus que deux pieds de profondeur , parce que les racines du bambou rampept et ne pivotent point. La dis^ tance des fosses entre elles doit être d^un pas ou un pas et demi ; mais il faut avoir Fattention de les creuser de manière qu*elles s'alternent , en sorte que Tune soit plus avancée vers le midi et l'autre vers le nord , afin .que les racines des bambous puissent s'étendre, sans s^e^Eubarrasser, vers Varient et l'occident;- , Il est essentiel de conserver leurs «aottes îîrirîr^^nî aux bambous , lorsqu'on les traqsplante à la ***"*" ** **"'" fin de l'automne ou au commencement de l'hir ver.. Il faut sur-tout avoir une attention que les Chinois regardent comme capitale dans tous les déplacements et transplantations d'arbres : elle consiste à conserver au plant le même aspect dont il a joui en naissant , la mémeposition, relativement aux quatre points cardinaux, dans laquelle il a crû : vouloir la
374 I>* l'A CHINE. LIV. VU.
Le iehait^si , changer , disent- ils , c'est ajouter utfe seconde ou^le baoi* révolutian à celle de la transplantation. Nos |ardîfiierd d^Ëorope souriront peut-» être à cette observa tion, qu'ils regarderont coxnnie frivole et minutieuse.. Mais cette attention à conserver aux arbres qu'on transplaiite leur aspect natal , n'est. ni nouvelle ni particulière aux Chinois: cette pratique utile, fondée sur la physique des arbres , étoît connue des cultivateurs de l'ahli^uité , et l'on doit se i^ppeler que Virgile la cofiseille dans ses Géorgiques (i).
Les soins qile demandent lies nouveaux plants varient selon la nature du terrmn ^ le cKniat^ €t les sutres drconstances locales. Les arrosements leur sont peu nécessaires , s^ib se trouvent placés sur le bord de l'eau ou dans une terre bumîdè ; Anais il faut leur en procu^ fer d0 fréquents et de copieux » s'ils croissent dans des terrains arides , loin de Peau ^ ou dam une saison sèche. Les soim de la culture se néduiroi^l ensuite à bêcher la terre et à es ajouter un peu de nouvelle chaque année ^
(i) Quia etiam eœll regionem in cartice signant j}. . Ut y quo quœque modo stetetit , quâ parte calores j^uatrinos tulerit, quGB terga ohperterît axi , Hmèiuemt : ttdeo ih ieHeiis tomu^oéré multum éêil
HISTOIRE NATURELLE. SyS
parce que les racines , en rampant , s^allongent i^icèo„'tsé et grossissent* Lorsau^une belle tige de bam- ^ '« *»"*^ bou parolt tout-à-coup souffrimte , ou par la maigreur de la terre ou la fbiblesse de st% racines ^ un chien ou vn chat , enterré a son pied y la rétablit rapidement et lui donne une force singulière. Quand une plantation est Tièille et trop fournie , elle dépérit par la multitude de ses racines. On pare à cet inconvé* nient , vers la fin de Tautonme ou au commencenreftt du printemps , en arrachant çà et là une partie des racines avec leurs rejetons : le terrain qu^on a dégarni abonde bientôt en jeunes racines^ qui rChdent aux anciennes toute leur vigueur.
Il est défait , comme nous T.avons dc^à dit, «f To»* obfL^iT que les rejetons de bambou ne croissent ja- ^•p~*'*«^°»*mais plus gros que le premier pied qu^on a planté , ^et qu^ls sortent de terre avec toute la grosseur qu^ils doivent acquérir* Cet inconvénient est léger pour les contrées qui possèdent de belles plantations de bambous ^ parce qu^on y choisit toujours les plus gros pieds pour en commencer de nouvelles. Dans les autres provinces où cette ressource manque , on a recours à Partifice et même à la violence pour forter la nature à déyier de ses lois.
376 DE LA CHIKE. LIV. Vil.
LeicA u-tsê ^^^^^ ^^ moyen le plus accrédité dont on feit
ou le bam- usage. On choisit un pied de bambou vigoureux , bien nourri et bien mûr ; on le transplante , et on ne lui laisse que quatre ou cinq pouces de tige aù-dtssijtô du nœud qui est le plus près de terre; on remplit ensuite de terré grasse et de soufre l^intérieur de ce qui reste du tuyau. Plus la racine devient forte , plus elle pousse de rejetons ; mais pendant les trois premières années , on les pince pour les empêcher de croître , dès qu^ils comhiencent à poindre ; à la quatrième , pour peu que ce pied de bambou ait été bien soigné , les rejetons dont il se trouvera 'environné seront plus gros que lui , et en donneront sans cesse qui leur ressembleront. Tous les livres chinois , qui indiquent ce procédé , en garantissent lesuccès.
c^pei da bam- L^ récolte OU la coupe des bambous dédoirimage amplement le propriétaire des peines et des frais que lui coûte cette culture. On procède de deux manières à ces coupes. Les uns abattent et rasent la plantation entière, depuis le milieu de Tautomne jusqû^à la fm de rhiver, à- peu -.près comme nous coupons en France les bois taillis. D'autres se bornent aune demi*coupe de quatre en quatre ans,
^ c*est-à-dire quUls n'abattent que les vieux
roscaa.
rejetons. La règle générale est d'en laisser trois i uhowisé de sept. Les petits-fils des bambous , dit en- ou le bamcore. le proverbe , ne iraient pas leur grand'-* mère , et la itière n'est jamais séparée de ses erifants. L'hiver est le temps le plus favorable pour la coupe des bambous : il est même à propos d'attendre que les gelées et les vents du nord aient flétri leurs feuilles. Les coupes , faites dans tout autre temps , nuisent aux ra-* çines ; les bois des bambous ont moins de force , et sont plus exposés à être piqués par les vers.
Si nous avons insisté sur les procédés chi- coiii««tnre «ar
^ roriginc de ce
pois dans la culture du banlbou , c^est que le P. Cibot ne nous paroît pas éloigné de croire qu'il seroit possible de transporter et d'acclimater en France cet utile roseau. Il soupçonne même que la souche originelle et primitive d!où sont venus tous les bambous existe dam nos contrées"^ et il croit la reconnoître " dans le roseau ligneux de nos jardins, que nous appelons communément canne, parce qu'il nous fournit ces cannes légères dont on se sert pour la promenade. Cette espèce de roseau croît naturellement et très-vite en Provence , dans le Languedoc , dans le Roussillon , et même dans presque toute la France , quoi-
SyS DE LA CHINE. LIV. VII.
ie tckou'isé ^^^ y ^^^ assez nëgUgiee : une culture plas ou le bam- soignée, appropriée à la différe&ce de sol et de climat , n^auroit-elle pas pu perfectionner ce roseau comme tant d^autres pkmles , et ramener insensiblement au point où on le voit aajourd'hui à la Chine et dans llnde, sous la forme de bambou ?I1 n^est pas au moins prolavé, observe Thabile missionnaire , que le bambou soit une plante y un arbuste ou un arbre différent de notre roseaa4igneux. « Que les savants, » dit-il, examinent s'il' est absolument inouï » dans l'histoire naturelle , que ce qui est » plante dans un lieu devienne arbrisseau dans » un autre, et monte au rang d^arbre dans » un troisième ; et si Part , qui réussit ici ( à la » Chine ) à rapetisser des pins , des sapins, et » des cèdres , jusqu'à être en miniature dans » un vase ce que sont les plus grands dans les ^ forets^ ne pourroit pas aider aussi la na- :» ture par une culture étudiée, jusqu'à faire » monter un arbrisseau au rang des plus » grands arbres ^ oanos cannes de jardin jos- V qu'au rang dç bambou. Au moins est^il cer* » tain que plusieurs botanistes ne semblent » pas croire qu^ik Êissent deux espèces es^ >) sentiellement différentes; et qu'à en croire » ce qu'offrent aux y eut les bambous de Chine,
HISTOIRE KATURELLIE. 879
îl p^rqUique la nature du sol , la qualité da ^e ichou-tsi climat i la température de Tair , les variétés ^ ^ ^^^^
> des expositions , les diiTérences des eaux ^
> et les soins plus ou mûiiis attenti& et intel*«
> ligents de la culènre « sont la vraae et uni«
> que cause des différences et disproportions
i> étonnantes qu^dn trouve entre les bambous ,
0 non-seulement des différentes provinces ^
» mais ménae entre ceux d'un seul canton. La
^ théorie de Taccroissemeiit des plantes et des
9> arbres est encore un chanq» presque en
» friche , parce qu'on s'est plus attaché à cher**-
i> cher |des comment, des pourquoi, qu'à
Tb étudier la nature dans la nature même. Si
» les Chinois avoient voulu raisonner sur les
» bambous y auiUeu de. faire des tentatives,
» plusieurs provinces seroient encore privées
» des^ avantages innombrables qu^elles reti*
« rent de leurs, plantations^ »
Le P. Cibot convient que le bambou ^ été conau à la Chine dès la plus haute antiquité ; mais il observe s ^ l^appui de sa conjecture , qu'on ne trouve rien dans les livres anciens qui porte à croire que ce roseau ait eu alors» en hauteur et en grosseur, les proportions gigantesques quUl n'a peut-être acquises de-^ l^uis que par les soins de la culture. Le bam-"
38o DE LA CHINE. LIV. VII.
bou , qu^on ne cuUivoit poiat dai^ces pre* ou le bam- miers temps , n^étôit peut-être qu^un simple roseau ligneux , semblable aux nôtres. « Les » lettrés , dit - il , ont beau faire des raisonne- » meiits k perte de vue , pour trouver Tidée ;» des gros bambous dans lés différents noms n que les anciens donnoient aux leurs , ils ne » peuvent venir à bout d'en donner aucune » preuve positive. A u contraire'; on déduit très- » bien des récits de Phistoire sur les différents » usages qu'oii faisoit du bambou dans Tan- » tiquité, et sur ce qu'on employ oit pour sup- » pléer à ceux qu'on a aujourd'hui , que s'il y » en eut jadis de très- gros , ils dévoient au » moins être très-rares. »
Emouieintiiiié . Nou^ uè fcToas pas rénumération de tous
du bamhoa. *■
•les usages auxquels on applique le bambou : il faudroit parler d'une foule d'arts et de professions qui l'emploient habituellement pour une multitude d'ouvrages. Les jeunes rejetons de bambou , lorsqu'ils commencent à sortir de terre , sont aussi tendres et aussi délicats que l'asperge. On les coupe ^ et ils deviennent un aliment sain et agréable, recherché non-seulement par le peuple y mais encore par les ri* ches et les gourmands de Pé-kin. La récolte de ces rejetons duré toute l'année ; mais celle
HISTOIRE NATURELLE. 38l
d^automne est la plus abondante , parce qu^on lTJ^^JJTTT fait alors main-bassê sur tout ce qui sort de ^^ ^^ bamterre , et qui ne pourroit passer Phiver. La consommation de ce comestible est immense , et fournit à un commerce considérable. Ce qui n^est pas mange sur les lieux se transporte ailleurs, et même jusqu'aux extrémités de Vampire. Pour empêcher les jeunes pousses de se corrompre , on les fend en quartiers , qu'on expose pendant un certain temps à la vapeur de Teau bouillante , et on les fait ensuite sécher. Ainsi préparées , on les conserve longtemps , et Ton peut les transporter au loin. Ce sont les provinces méridionales qui en approvisionnent Pé-kin , où l'on en mange pendant toute l'année. Les Chinois ont différentes manières de préparer, saler, mariner, confire les pousses de bambou. Ils les mêlent âan§ une grande quantité de ragoûts , les mangent confits^ au vinaigre comme des cornichons , et les comprennent dans le nombre des herbes salées qu'ils sont dans l'usage de servir avec le riz.
Quoique creux , les bambous sonè trèsforts , et peuvent soutenir les plus lourds fardeaux : on les fait quelquefois suppléer au bois de charpente. Leurs troncs , très-durs à cou-
7"^ — 7^ per transversalement , se fendent avec la plus ou le bam*- grande facilité selon leur longueur : on les divise en filets déliés , dont on fabrique des nattes , de boites à compartiments , des peignes, et' une foule de jolis ouvrages. Une longue habitude a donné aux ouvriers chinois une telle dextérité à fendre et à refendre ces tiges, qu'ils en obtiennent de longs filaments, dont l'épaisseur ne surpasse pas celle d^un cheveu.
Les bambous , naturellement percés en tuyaux, s^emploient sous terre ou hors de terre pour la conduite et la distribution des eaux , et leur bois est d^autant plus propre à cet usage , qu^il joint à la dureté la propriété d^étre en quelque sorte incorruptible. Oq s^ea sert également à peu de frais pour les longues lunettes astronomiques , soit comme tuyaux, soit seulement pour étiiis ou pour supports. On brise ses tiges , on les fait macérer dans Teau , et de la pâte qui en résulte on fabrique différentes espèces de papiers. Le bois du bambou , lisse , uni et susceptible d'un beau poli , reçoit de la sculpture tous les ornements qu'on cherche à Iqi donner , et il admet de même les incrustation^ d'or , d'argent, d'ivoire. Bouilli dans l'eau de chauic et inissous la presse, il peut encore se couvrir d'em-
preîntes qu'il conserve toujours. M. Delatour Le tchowtsé possédoit dans son cabinet plusieurs cylindres ^ ^*^ *»*»• de bambou chinois, sculptés et imprimés, re-* marquables par la délicatesse et le fini du travail.
En un mot , les usages auxquels on emploie le bambou sont si innombrables , si variés, et d^une utilité si générale , qu'on ne conçoit pas comment la Chine pourroit se passer aujourd'hui de ce roseau précieux. Selon le P. Gibet , il n'y a point d'exagération à dire que les mines de ce grand empire lui valent moins que ses bambous , et qu'après le idz et les soies ^ il ne possède rien qui soit d'un aussi grand revenu.