CHAPITRE V
ARBHES FRUITIEaS DE LA CHINE..
La Chine produit la plupart des fruits que lier» de la nous avous en Europe , et une multitude d'au-
Coine. . . . .
très qui lui sont particuliers. Les pommes ,
les pêches , les coings , les poires , les prunes , les abricots , les figues , les raisins , les grenades 9 les noix , les châtaignes viennent presque partout et en abondance. Mais les Chinois comptent moins d'espèces de la plupart de ces fruits. Ils n'ont que trois ou quatre sortes de pommes , sept à huit espèces de poires , autant de pêches , et nulle bonne cerise. Dans leurs provinces méridionales , la terre produit avec
profusion des oranges , des limons, des citrons ; : Arbres fruîplusieurs autres fruits qui leur sont propres , ^"l*^ ^® ^» tels que les li-tchi^ les lon-^ene, les tsé-ssé; auxquels il faut ajouter la plupart des fruits délicieux des Indes, comine la figue banane, la noix de coco , la goyave , la mangue , Pananas , et les cannes à sucre , que les Chinois cultivent avec succès dans plusieurs parties de l'empire. Une observation singulière , que nous devons au P. Parrenin , c'est qu'en Tartarie , où les montagnes ne sont la plupart garnies d'arbres que d'un seul côté , et assez ordinai- I rement du côté du sud y on ne voit aucun des fruits sauvages qui se trouvent dans les forêts <
et sur les montagnes 4^Europe, comme sont les poires, les pommes , les merises , les prunes : les coudriers seuls y donnent abondamment du fruit.
§ I. — L'oranger.
C'est de la Chine que nous sont venues les piSi-tSeV**iîaa-' premières oranges, et nous en sommes rede- 6"*^*^ "• vables aux Portugais. Le premier oranger, dont sont provenus tous ceux de l'Europe , s'est conservé long-temps à Lisbonne , dans la maison du comte de Saint-Laurent.
Les Chinois en comptent un grand nombre
44^ PE LA CHINE. LIT. Vil.
Arbres friiU ^'c^P^<^cs. Uiic dca^plos eslimëes est celle qui Ch^ ^ '* doniie de fort petites oranges , qu'on envoie jusque dans les Indes comme des fruits rares et curieux, (i) L'oranger qui les produit est un petit arbre qui ne s'élève qu^à quatre pieds de haut, et dont les rameaux sont droits et munis d'ëpines. Ses feuilles sont lancéolées , luisantes , très - entières , et portées par des pétioles linéaires. Les fleurs sont blanches , à cinq pétales , très-odorantes , éparses le long des rameaux ; mais en petit nombre sur un péduncule commun. Le fruit est ovale y à cinq logés , et n'a pas plus de huit lignes de Ion-» gueur ; son écorce est mince , très-unie , d'un jaune tirant sur le rouge , et renferme une pulpe d'une sareur douce et très^délicate.
On mange à Canton de plus grosses oranges ; elles sont jaunes , très-agréablesau goût et fprt saines. On en donne communément aux malades, en prenant toutefois la précaution de les faire ramollir au feu ou sous la cendre chaude , et d*y mêler beaucoup de sucre. Les oranges de cette espèce sont plus fermes que nos oranges de Provence ; l'écorce ne quitte
( 1 ) Citrus msurgarita^ sinicè ehou^tsQU* Citrut ramU ascendeit' fibus, aculeatisipetiolis linearibus, baccU b-locuhiibui, obionfis. Lour. , Flora Cochincb. , page 670.
pas nettement la chair du fruit , et cette pulpe j^^^ \ç elle-même n^est point divisée en petites côtes, Jî^'!* **« '* comme on Tobs^rve dans les nôtres.
Les oranges du territoire de la ville deTchan* tfDheou , dans le Fou-liene , ressemblent à nos plus grosses oranges d^Ëurope ; mais elles leur sont bien supérieures pour la saveur et le parfum : elles ont le véritable goût du raisin muscat. On les dépouille aisément de leur écorce , qui est d'un jaune foncé , tirant sur le rouge , et toutes les divisions de leur pulpe se détachent avec la même facilité des pellî-^ cules légères qui les séparent. On confit au sucre ces oranges avec leur écorce , et on les met sous la presse pour les aplatir. Cette confiture sèche se conserve long-temps et elle a même des propriétés médicinales : on en Élit des tisanes pectorales , aussi agréables au goàt que salutaires dans certaines maladies ^ comme dans les affections de poitrine et dans les rhumes. OnfaitaussiàNan-kindesgâteauxT d'oranges confites , qui sont très - estimés et fort chers.
On cultive encore , dans le territoire de. Tçhan - tcheou , une espèce d'oranger qui ne produit ses fruits que lorsque tous les. autres on donné les leurs. Ont les appelle ^^ ,
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' Arbres frnî- P^^ ccttc raisoii , oroTigès d'hii>er y elles sont ChUic^' ** également d'un goût exquis.
ror.«gi7 pam- ^n aulte oranger , à plus grandes prcçorpeiiMiu*. tiens , et dont Pespèce n'est pas moins singulière y est celui que les Chinois appèlentyeoz/* isé, que les Portugais ont nommé jamhoa , les Hollandais pampelmoes , et nous autres Français pampelmouse ou pampelimouse ( i )• Celui - ci porte des fruits aussi gros que la tête d'un enfant. Ces fruits , au rapport du P. Martini , croissent sur des arbres plus hauts et plus forts que les orangers ordinaires , mais épineux comme eux à lanaissancedeleursfeuilles^ Celles-ci , selon le P. Loureiro » sont éparses , glabres ^ ovales , un peu aiguës , rarement ob« tuses , et presque jamais çchancrées à leur sommet ; leurs pétioles sont largement ailés ^ en cœur. Des fleurs blanches , très-odorantès,
^ se rassemblent en grappes à Téxtrémité des
rameaux ; leur corolle , composée de cinq pétales réfléchis , renferme vingt étamines. Le fruit est un sphéroïde d'environ huit pouces de diamètre , d'un jaune verdâtre , intérieurement divisé en douze loges et même plus ,
(i) Qtnis decumana, Citrus petlolis tUcUis ; folUs oètusis ,^ emargincuis. Lin. — Aurantium ft-uciu omnium maximoi, pumpeîmus dic/o» Burm. Zeil. , page 39.
HISTOIRE ItAXURELLE. 44^
chacune desquelles contient deux ou trois se- Arbres frui
tiers Chine
menées ovales , un peu aiguës. L'écorce est *^^* *** **
très-épaisse , spongieuse , d^un goût amer. La pulpe du fruit varie; elle est tantôt blanche ou rouge , tantôt d'une saveur douce ou acide.
Ce fruit est plein de jus et très-rafraîchissant : les Chinois le mangent souvent au com* mencement des repas , comme nous mangeons le melon , et durant les grandes chaleurs de Y été il leur fournit des boissons agréables et propres à étancher la soif. Cette gigantesque orange peut se conserver pendant un an , lorsqu^on la tient suspendue au plancher d'une chambre.
L'oranger pampelmouse compte à la Chine l^'^J^J^ plusieurs variétés, dont une est fort supérieure aux autres par le parfum et la bonté de ses fruits. Cet arbre est moins haut , mais également muni d'épines. Le fruit qu'il porte est d'une fomie plus arrondie , et n'a que cinq pouces de diamètre. Son écorce est d'une belle couleur jaune , et recouvre une pulpe blanche, extrêmement savoureuse. Les Chinois nomment cette orange hian-yucne^ c'est-àdire la boule parfumée. La fleur de tous les orangers paîmpelmousesrépand un odeur exquise, et l'on en tire par la distillation une essence très-recherchée.
Arbres fruitiers de ia Chine.
hf cittoBBi«r
§ II. — Le citronnier.
Les citrons et les limons sqnt très- communs à la Chine ; mais on y donne un soin particulier à la culture d^une espèce de citronnier nain (i) , dont les fruits ne sont que de la grosseur d'une noix , parfaitement ronds, lisses, d'un jaune verdâtre , aigres , et qu'on dît excellents , mangés avec le sucre ou employés dans les ragoûts. On met souvent dans des caisses ce joli citronnier , qui ne s'élève qu'à trois pieds de haut et dont les fleurs sont trèsodorantes , pour en faire l'ornement des cours, des salles et des appartements.
iteîinMiA. Le P. Dentrecolles a fait passer en Europe un citron , qu'on àuroit pu regarder comme une singularité bizarre et un simple jeu de la nature , s'il n'étoit constant que l'espèce en existe à la Chine. Ce missionnaire nomme ce citron fO'cheou, c^esi-k-dire main du dieu Fo, Ce fruit , en effet , représente très-distinctement les doigts d'une main qui se ferme. Les Chinois font un cas particulier de ce citron ,
(i) Cilrus Aiadureosis^ sinicè kine-koui-tchou. — Citrus inermis, rarnis diffusis , angulatis ; petiolis linearihus ^ fructu globosa, iœuL Lour. , Flora Cochinch. , page 670. -^ Limonel" lu9 madurensis, Rumph. , amb. ; tenue H; page 1 10.
tant à cause de sa beauté que pour soo odeur , Arbres fniîqui est très-douce et se conserve long-temps, ^^/i* ^^ ** Il égale en grosseur les citrons de la plus grosse espèce ; on le confit tout entier avec le sucre^et il passe pour une excellente confiture sèche. Loureiro a fait mention de cette .; variété. Flora Cockin. , p. 568.
Un auteur chinois a donné la méthode sui- po»rircôn."t^
- r \ 1% Taiioa de» oratt-
vantc pour conserver d*une année a lautre , ««*• dans toute leu^ fraîcheur, les oranges et les citrons. Comme cette recette nous paroit s^ac* corder assez avec les principes de la bonne physique, nous croyons de voir la proposer , comme objet dressai, aux amateurs de Thistoire naturelle. « Creusez, dit cet auteur, une fosse en » forme de puits , à la profondeur de sept à » huit pieds , dans une terre sèche et à Tabri » de la pluie. Placez au fond un lit de deux » ou trois pouces de paille de riz hachée ou » de chatons de pin bien secs : vous rangerez » dessus les oranges que vous voulez conser- » ver, et que vous aurez choisies parmi les » plussaines;lemîeux sera qu'elles ne touchent » point les unes aux autres. Le premier rang » fini, vous en formerez un second sur une claies » de bambou , qui séparera un peu les rangs; » ensuite un troisième, puis un quatrième ,
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Arbres frui- * un cinquième, ctc. , inais co employant loa tiers de la ^ joùFs unc claic pouF chaque étage. Toutes » les oranges étant bien rangées , tous ferme- » rez Pouverture de la fosse avec un couTerde » en terre cuite ou de poterie , dont vous en- » duirez les bords d^un bon mortier de terre » glaise , à plusieurs couches , de manière | » que Pair extérieur ne puisse pas s'insinuer | » dans la fosse. Si vous êtes exact à bien ob- i » server toutes ces précautions , six mois , » huit mois, même dix mois aprè3 9 vous rej> trouverez vos oranges aussi belles et aussi » fraîches que lorsque vousles avez déposées » dans cette fosse. » Peut-être cette méthode pourroit-elle être utile pour conserver d^autres fruits , et même le raisin.
§ III. — Le coignassier (i).
Selon un proverbe, ancien à la Chine, la pomme a cent mauvaises qualités pour une bonne , et le coing cent propriétés utiles contre une nuisible. Aussi les Chinois ont-ils cultivé le coignassier avec un soin proportionné à ridée avantageuse qu^ils ont toujours eue de cet arbre. Outre plusieurs variétés particu-
(i) Pyrus cydonia. Fyru^foliU integerrUnUîftQnbus solitc" riis. Lin.
lières que Part leur a procurées , ils en ont Arbre r • quelques espèces naturelles ^ inconnues dans *l^? ^^ ^a