‹ De la Chine: ou Description générale de cet empire, rédigée d ..., Volume 2Chapitre 35 sur 40 · Chme · texte numérisé non relu

Chme

nos climats : telle est celle qui donne des fruits aussi gros que de moyens melons. Non-* seulement des coings de cette , grosseur ne sont pas rares à la Chine , il paroît même qulls doivent y être très-communs , puisqu^on n^y donne point au colgnassier d^autre nom que celui de mou - koua , qui signifie V arbre aua: citrouilles. Les Chinois eh cultivent une autre espèce, tellement adoucie par leurs soins , qu^elle a perdu toute son âpreté natu**^ relie : on mange ces coings crus et sans sucre 9 comme les pommes et les poires.

Le coignassier commun de la Chine n^est coignassiera* u

^ ^ Chine cttlti?< è

plus étranger à TËurope. Quelques individus ^'"•• de cette espèce y furent transportés vers la fin du dernier siècle , et arrivèrent presqu^ea' même tems en Hollande et en Angleterre;- MM. Cels et Noisette Tintroduisirent en France en 1802 , et quelques années après pn>^ curèrent deux de ces jeunes arbres au Jardtâ royal des-Plantes, Pun obtenu par la greffe v l'autre venu de marcotte ; le premier fut planté dans Pécole des arbres fruitiers, le second dans récole de botanique de cet établissement. L'un de ces individus, celui provenu.de greffe n. 39

45o DE LA CHINE. LIY. VII.

Arbres frui- ^^ écussoii a doitné SCS fruits pour la pretiers de la mière fois en 1811 , et M. Thoain a saisi Poe-*

Chine.

casion de cet événement pour publier une description aussi intéressante que détaillée de ce coignassier , amené par ses soins à Pélat de fructification (i).

sadeicriptioii. Cet arbre ne paroit pas devoir s^élever à plus de quinze ou dix-huit pieds. Son tronc est droit , cylindrique , lisse , de couleur cendrée , et garni , dans les trois quarts de sa kauteur , de branches longues et âe^ibles , qui lui forment une cime arrondie. Les feuil* les sont otales., aiguës^ dentelées , longues de deux pouces sur un pouce et demi de largeur. Leur couleur au printemps est celle d^un vert tendre , d^nne teinte plus foncée pendant l'été ^ et qui se chatige en un rouge mordoré à la fin de l'automne : elles tombent tous les ans. Les fleurs sdtit nombreuses et très*printanières ; elles sont solitaires , sessiles , portées sur le germe. Elles se composent d'an calice, de cinq pétales 9 d'environ vingt étaniines, et d'un pistil qui se .partage en cinq i&tigmates. Ces fleurs ont près de deux pouces de diamètre ; elles sont d'un rouge vif, éclatant, et

{\) Toyez Annales du Muséum d^ histoire naturelle, 10' anliëé. T6iàe KIK , page 1 44.

HISTOIRE NATURELLE. 45l

répandent une odeur douce et très-suave. Elles Arbres f * commencent à éclore vers la fm d'arril, et ^5/^? <*« ^

Chine.

durent une partie du mois de mai. L'arbre entier ne paroît alors former qu'un énorme et magnifique bouquet de roses.

Le fruit, parvenu à sa grosseur, est un J^'/f'^if/"*' ovoïde un peu alongé , obtus , inégalement arrondi , et dont la forme se rapproche de celle d'un barril. Sa longueur est d'un peu plus de quatre pouces sur trois pouces de diamètre dans sa plus grande épaisseur. Sa couleur , qui est d'abord d'une teinte vèrdâtre, se change en un jaune pâle , citronné à l'époque de sa maturité , qui n'arrive que vers le mois de mars de l'année suivante. Son odeur se rapproche de celle du coing ordinaire ; mais elle est moins forte , plus suave , et tirant sur celle de l'ananas. La chair du fruit adhère à sa peau ; elle est compacte , sèche ^ d'une consistance ferme et comme ligneuse. Sa saveur est acide , styptique, et tient de l'âpreté de celle du coing sauvage; la moindre portion de cette pulpe agace les dents quand on la mâche , et provoque même à la salivation. Cuit et préparé avec le sucre, ce coing n'en est pas devenu meillear, et ce dernier essai semble éloigner tout espoir d'en enrichir nos tables.

Arbres frai' Cependant M. Thouin observe , dans son Ciihief^ ^ Mémoire , que les deux seuls fruits qu^on ait recueillis de cet arbre avoient été fortement endommagés par la grêle , lorsqu'ils n'étoient encore parvenus qu'au quart de leur grosseur ^ et que cette circonstance a pu influer sur leur mauvaise qualité. Il ajoute que peut-être aussi auroit*il £adlu conduire ces fruits à une maturité plus complète , en les laissant pendant quelque temps jaunir et s'attendrir sur la paille comme les nèfles^ Nous observerons à notre tour que le P. Loureiro , en parlant du coignassier commun de la Chine > attribue précisément à ses fruits les mêmes défauts qu'ont offerts les deux premiers coings obte* nus au Jardin des Plantes. Il leur reproche d'avoir une pulpe acerbe , sèche , toujours très-dure et à peine mangeable : ponwm acerbum , vix succoswn , durissimum.... Fructus adore gnUior, quam in Europe , sed vùv edu- Us ob duriliem (i). Cependant cette espèce de coignassier est généralement cultivée à la Chine , sur-tout dans les provinces septentrionales. Il faut donc qu'on sache y tirer un. utile parti de ses fruits « car on sait as$,ez que le colon chinois n'est pas de caractère à consa-

(i)Lour., Flora Cochincb., page 394. • .

crèr son temps, $a peine ni son champ à de Arbres fruivaines et stériles cultures. ' Chlne.*^ ^

Au reste , le coignassier de la Chine , par ses belles masses de fleurs et par son feuillage hâtif, qui du vert le plus tendre passe de nuance en nuance jusqu^au rouge mordoré, est un des arbres les plus propres à concourir à la' décoration des jardins. Il est peu délicat sur le choix du terrain. Il semble néanmoins croître avec plus de vigueur d^tns les sols meubles , sablonneux*càlcaires, et légèrement hur mides t que dans les terres compactes , froi- . dès et aquatiques. Les individus du Jardin des Plantes passent très-bien l'hiver en pleine ter re; ils y ont supporté , sans aucun abri , des froids de huit à neuf degrés. Cet arbre se propage avec succès par la voie des marcottes et des boutures , et plus abondamment encore par la grefiGe. On Tente sur le cpignassier sauvage , sur le. poirier , sur le pommier hybride et sur répine blanche. La greffe en écusson à œil ctormant paroît être sur^tout le moyen le plus sûr de le multiplier.

§ IV, -sr Les oranges-coings. Usage fréquent de la greffe à la Chine. ^

Nous serions inexcusables , çn parlant des

454 DE LA CfilME. LIV. VII.

Arbres fruî- coîgnassicrs chinois, de ne pas fiiire mention cldnc^^ '* d'une de leurs espèces les plus remarquables , qu'on ne trouve qu'à la Chine , et qui est uniquement due à l'art de la grelFe, si fécond en métamorphoses singulières : cette espèce est celle qui donne les oranges-coings. Les Chinois entent le coignassier sur l'oranger , d'où résulte un fruit d'une forme oblongùe, de la grosseur d'un petit melon » dont la couleur , la chair , les pépins , l'eau , le goû^ et l'odeur tiennent de l'orange et du coing.

^tiiii<«i benreux Le P. Cibot , CXI se dévouant aux travaux des

réfultats de U " ^

^ p*^^*- .missipqs , avait porté et consen'é à l'extrémité

4e l'Asie un tendre attachement pour sa pa- ,triQ 9: qu'il devoit cependant ne revoir jamais : <tém.oin des merveilles que les Chinois opèrent journellement par la méthode des entes, il «l'a pas ce^se, dans uh grand ilodibrede Mé« moires qu'il a fait passer en Europe , d'exhorter les cultivateurs français à ^tendre l'usitge ^e la greffe , à l'appliquer à plus d'objets , et à tenter de devenir par elle créateurs d'espè*» ces nouvelles ; moyen , selon lui, le plus facile , le plus prompt et le moins dispendieux de multiplier nos richesses rurales. Nous pla* cerons icLquelques-unes de ses réflexions sur cette matière* <& Dès que le coignassier ^ dit-il »

Arbres frui-

» peut être enté sur l'oranger , le poirier ^ le

» pommier peuvent Pjêtre aussi. Si les pèpm& *ieM de la

» sont une indication décisive d'un seul et

» même genre , ce qu'on ne nie plus aujour^

]» d'hui » les noyaux le sont d'un second genre ;

n et en allant ainsi de genre en genre , on

j» pourra essayer d'enter le châtaigner sur le

» chêne , le chêne sur le hêtre , etc. C'est le

» vrai moyen de nous enrichir de nos propres

» richesses» L'exemple et les succès de la

39 Chine nous paroissent décisifs ; et d'ailleurs

» cette façon e&t plus facile et plus sûre que la

» naturalisation des plantes étrangères. L'his-

» toire raconte comment la Chine a reçu des

y> pays éloignés plusieurs espèces de plantes «

» d'arbres et de fleurs ; mais , à un très-petit

» nombre près , la plupart ne se sont conser^

» vés que par des soins particuliers , qu'on ne

» doit jamais espérer d'une culture générale ,

» parce qu'on n'en est pas dédommagé. Les

» variétés , au contraire , qu'ont produites les

» mélanges des espèces par les greffes , se sont

» perpétuées de dynastie en dynastie , et vont

» toujours croissant Le désir d'avoir de

» belles fleurs , des fleurs nouvelles , des « fleurs singulières a présenter à la cour , a ^ produit ici des espèces innombrables de pe-

Arbres fruî- * ***^ arbrcs à flcuFS par le mélange des cerî- ^er» de la ,^ ^Jers , dcs jpruniers , des pêchers et des » abricotiers. Les petites notions de botani- » que que nous avions, apportées ici furent » en déroute à la vue de ces variétés ; mais » nous avoQS vu peu-à-peu que le mélange » des espèces par les greffes étoit ie nœud M gordien que nous n^avions pu d^abord ni i> défaire ni couper. Or^ ce qu^on £dt pour )» une fleur de pur agrément , à quoi tient-il ^ qu^on ne le fasse pour des plantes utiles ? » Dieu a abandonné à nos soâns tout ce qu'il » leur accorde de faire réussir^ Sîïugiifïê!" *^ ^^^ grandes règles des Chinois sur cette » matière sont : i ^ de ne point toucher à ce qui >> réussit supérieurement dans un canton ; le » mieux de la nature , selon eux ^ est toujours » le plus parfait ; 2^ de ne poiat entreprend . >> dre de faire violence au climat et au ter^ ;» rain^ en voulant avoir dans le nord, par exem* p pie , les fruits du midi ; 3° de faire des entes p sur les arbres qui réussissent le mieux dans / >> un pays , pour se procurer ceux des arbres

a> qui réussissent le plus mal. La première de » ces règles ne demande que. d'être énoncée, 3> non plus que la seconde. Nous nous bor*- » serons à observer sur la troisième règ]e ,

» ^^oû a tâché à la Chine de perfectionaer Arbres frJîT

» lés espèces sauvages par les entes, et les U^jjj* ^® '*

y> espèces franches et cultivées par le mélange

» des entes. On sent bien, en France que le

» poirier, le pommier, le prunier sauvage

» ont gagné en tout genre à être entés, et qu^ils

» nous ont donné depuis des fruits plus gros,

» plus sains et en plus grande abondance-;

n mais par malheur on a oublié d^étendre

» cette pratique à un très-grand nombre d'ar-

» bres et d^arbrisseaux auxquels elle auroit été

» aussi profitable : témoins les cormiers , les

^ alisiers , les épines- vinettes , etc. Il y a ici

» un grand nombre dé fruits sauvages dont on

» fait beaucoup de cas depuis que la culture

» les a. adoucis et. améliorés. Yoici des faits :

» nous avons vu des noix et des châtaignes

>y d'une grosseur monstï'ueuse par comparai-

>» son. avet; les nôtres ; et dans nos provinces

» mêmes , où les noyers et les châtaigners sont

» d'un grand revenu^ on néglige de les enter.

» Les raisins de Hoai-jai-hiène sont d'une

» grosseur gigantesque au prix de ce que nous

» avons vu dans les provinces de France , les

» plus fameuses par leurs vignes. Nous par-

» Ions diaprés le témoignage de nos yeux : les

9 grains de ces grappes de raisin spnt gi^os

ArbresfruS- ^ comme dcs prunes de damas- viptet, et la ^era de la y, grappe est longue et grande à proportion. » Le climat peut y faire ; mais si les livres » chinois disent vrai , cela vient originaire- » ment de ce qu^on a enté des vignes sar des » fajubiers , et I-ëpaisseur de la peau de ces » raisins nous le feroit croire. Les raisins » de Hoai-lai-hiène ne sont bons à manger » qu,e dans le mois d^avril ^ de mai et de juin : » on les conserve si aisétaient qu'on en trouve » }usqa*k la fin d^aout. »

' Voilà bien des faits et des observations ( sans compter celles que nous rapportons ailleurs) , qui prouvent que les Chinois sont , de tous les peuples 4u monde, celui qui fait le plus grand ' usage de la greffe et l^entend le mieux. Cepen-

dant M. Staunlon avance que les Chinois ne connaissent point l'art de greffer les arbres ( i ) , assertion d^autant plus étrange qu'elle échappe • à un voyageur instruit et plein d'ardeur , qui a eu l'avantage de traverser la Chine , et qui £atisoit partie d'une ambassade où l'on cornp* toit des botanistes et des jardiniers.

§ V. — V abricotier.

se^divrs« M. On distingue à la Chine trpi3 espèces d'abri-

(i) Voyage de Macartney, tome IV, page i35.

PISTOIRE NATURELLE. 4^9

coliers: Tabricotier à fleurs doubles , Tabri- Arbres fruicotiar à fruit et l'abricotier sauvage. Ch?oe!**^ ^*

On cultive dans les parterres Tabricotier à fleurs doubles , que M. Duhamel dit n'avoir jamais vu : on en compte quatre variétés principales, qui sont les miik feuilles, les /aunes pâles, les blancs de lait et les ordinaires^ dont le boulon paroît d'abord rouge et dont la fleur blanchit en s' épanouissant. Il existe des abricotiers a fleurs doubles qui sont nains ; on s'en sert pour orner les appartements , où ils fleurissent pendant l'hiver. Les autres sont planta sur les collines et les monticules des jardins , oùils produisent un magnifique effet au printemps.

L'abricotier à fruit est à peu près sembla-* ble à celui de Frante. Les jardiniers chinois en comptent plusieurs espèces , qui donnent différentes sortes, d'abricots ; savoir le kinê'* hin, qui est rond et a la chair jaune ; il mûrit le premier , et il est d'un ti^ès-bon goût ; le chQui'-hm, qui est très-jntéux et d'un parfum exquis ; le pérhin , dont la chair est blanche et d'un goût assez médiocre ; le li-hin, qui conr serve toujours un œil verdâtre et un petit goût aigre ; le kine-kouane , tjui est de couleur de chair , d'une eau excellente , très-charnu e|

46p DE LA CHINE. LIV. Vit.

Arbres frai- ^^ P^" aplati ; Ic mou-hin, qui est aplati, iwr» de la yerdâtrc et toujours ui| peu acide ; enfin , ïe pa-tane, qui vient originairement d^au-delà in dësert de Chamo ; cet abricot est petit , peu charnu , et n'est estimé qu'à cause de son amande , qui est assez grosse , dojuce et trèsagréable au goût.

vaV.^"soa «ul L'abricotier sauvage , qui se trouve vraisem- *'*"' blablement en France , fixeroit peut-être da-

vantage l'attention de nos cultivateurs , si son utilité leur étoit mieux connue. On en distingue à la Chine trois espèces \ dont deux se ressemblent beaucoup. Son amande donne une fort bonne huile qui supplée à celle d'olive , et dont on se sert pour la table. Les paysans chinois chauffent leurs étuves avec ce qui reste des noyaux, et en recueillent les cendres , qui leur servent d'engrais pour leurs terres. L'abri* cotîér sauvage n'exigé aucune culture ; il se coiïtente du plus mauvais terrain , et produit sçs fleurs assez tard pour né pas craindre les gelées. On l'admet jusque: dans les jardins de l'empereur, où on lui abandonne les terrains les plus secs et les expositions les moins &vorables. Les montagnes stériles qui se trouvent à l'occident de Pé-kinsont couvertes de ces arl>res; et, ce qH'on aura peut-être peine à

HISTOIRE NATURELLE. J^6t

ctoire , c'est que la récolte de ces abricots sau- Arbres fruîvages et Thuile qu'on tire de leurs amandes *l7* *** ** suffisent pour rendre les paysans qui les habitent aussi riches que ceux de la plaine. I

A propos de l'utile culture de cet arbre , rhistoire particulière de la province de Chehesi cite l'anecdote suivante. Un médecin chari* table et très-habile , qui vivoit vers le milieu du XIV* siècle » ne recevoit point d'honoraires pour ses ordonnances et ses remèdes. Attendri sur la misère des paysans de son village , et dans le dessein de la soulager, il exigeoit seulement de ses malades qu'ils plantassent chacun un abricotier sauvage sur une colline nue et stérile , qui appartenoit à la commune. Au bout de quinze ans , la* colline s'étant insensiblement couverte d'abricotiers, le bon médecin assembla les. gens du village , et leur dit : « Les abricotiers qu'on a plantés à ma » prière sur la colline de l'est, la couvrent >» maintenant de leur ombre , et en font un » lieu charmant. Là. commune a eu l'honné- » teté de m'en céder la jouissance ; je la rends » à la commune ; qu'elle se chargé d'entrele- » tenir cette. plantation. L'huile qu'elle en re- » tirera suffira , non-seulement pour payer un » médecin. et les remèdes dont auront, besoin

Arbres fnii- ^ ^ Tavenir les malades de notre village , maî^ liera de la j^ encore pouF assurcF une subsistance hon- » nête aux pauvres vieillards , aux veuves et y» aux orphelins. » Ce qu^annonçoit le médecin se vérifia , et ce fonds ne manqua plus. rXkla«n' ^* Lorsque les jardiniers chinois veulent se procurer un bon semis d^abricots, ils coin* mencentpar en choisir une excellente espèce, et attendent que les fruits tombent de Tarbre à force d^étre mûrs. Ils trient ensuite les plus beaux de ces abricots, ainsi tombés de maturité , et les enterrent avec leur chair dans une fosse profonde , pleine de fumier. Au prin* tenâps de Pannée suivante , ils déterrent les noyaux, et en forment un semis qu'ils ont l'attention de tenir bien espacé. Ils tiennent % pour maxime démontrée que Tabricotier,

même venu de noyau, gagne à être enté et réenté plusieurs fois; qu'on peut, il est vrai, par le mélange des espèces , se procurer des fruits plus beaux, plus agréables à Toeil , mais toujours aux dépens de la vrai bonté qui leur est propre , laquelle on n^obtient qu'en entant et réentant la même espèce sur elk-même. Ils ajoutent que le plein vent , ou l'air libre , est le plus avantageux à l'abricotier, et que l'exposition qui lui convient le mieux est celle de

HISTOIRE NATURELLE. J^6i

roripnt, sur un monticule, ou le penchant Arbres fruid^une côte. En général ^ les Chinois ont la pra- ^^^^? ^* '* tique constante de ne planter leurs arbres >

fruitiers que sur les hauteurs et les collines. • Il ne faut pas croire , comme on Ta prétendu , que ce choix ne soit quUme préférence d^conomie ; elle est le résultat de la réflexion et de Texpérience : ils sont convaincus qu^en se conformant à cet usage ils procurent la situa-* tion la plus avantageuse aux arbres ^ et assu-* rent la bonté de leurs fruits. Qu'on suive l'histoire chinoise dans te qu'elle raconte des jardins et des vergers, planta par les anciens empereurs, en remontant même plus de douze siècles au-delà de l'ère chrétienne, on verra que les coteaux , les collines et les montagnes ont toujours été les lieux les plus célèbres et les plus vantés pour l'abondance , la beauté et la bonté des fruits.

11 n'est pas difficile de se procurer le bel abricotier à fleurs doubles. Pour l'obtenir ^ dit un ancien livre chinois , il ne faut qu'enter et réenlèr sur ente , tailler l'arbre à profit de pousse , charger sa racine d^unc grosse pierre, qui , l'affaissant par son poids , l'oblige à pi-^ voter et à s'enfoncer , et à ameublir la terre des environs avec du terreau.

4^4 ^^ ^^ CHIKE. LIV. VII.

Arbres frui- ^^^ abricols soul à la Chine, comme en

Chinc^* ^ Europe , un des premiers fruits de l'ëté. I^es

DifKwi^es pr<- CHinois en. font , comme nous , des confitures

ëb?notrd3m«Bt sèches et liquides ; mais ils- attendent que ce

à l'ftbrîcot.

^uit soit bien mûr. Ils en expriment aussi le jus , le font cuire , le clarifient , et en préparent des espèces de pastilles qui se conservent aussi long-temps qu'on veut, et qui , fondues dans Peau , fournissent une excellente boisson pour désaltérer et rafraîchir. Dans la même vue et pour le même usage , on fait sécher les petits abricots qu'on nomme de montagne; on détache leur chair du noyau , et on la plonge à plusieurs reprises dans un jus d'autres abricots bien mûrs. Ces abricots , qu^on &it ensuite sécher au soleil , se gardent pour être mangés le printemps suivant, bouillis dans l'eau avec du miel ou du sucre ; mais sur-tout pour être bouillis jusqu'à consomption dans une grande quantité d'eau, à laquelle on mêle ensuite un peu de vinaigre, et qui sert de boisson rafraîchissante pour le peuple et les gens de la campagne. Comme cette boisson est très-saine , les personnes aisées en font pareillement usage, en y ajoutant un peu d'écorce d'orange et de sucre. ' La médecine chinoise fait souvent usage

ruse.

de toutes les parties de Tabricotier , et plus t"; — tT

*• *^ Arbres frui-

fréquemment encore des amandes de l'espèce *»e»*s de la

.1, . Chine.

sauvage, quelle regarde sur-tout comme un remède aussi prompt que sûr contre la morsure des chiens enragés : il suffit de bien ma- . cher ces amandes , et de les appliquer , sans délai , sur la plai^ du blessé.

Révélons à nos peintres pour la détrempe ^^J^^^^'Ip^"!,^?^ et la miniature y un secret dont font usage ceux de la Chine. Le blanc de céruse le plus beau et le plus fii^ conserve ordinairement un petit œil bleuâtre qui en amortit Péclat « et une espèce d'huile qui en rend Temploi difficile. Il a fallu parer à cet inconvénient : ]§ moyedi qu'on a imaginé consiste à laver cette substance à plusieurs reprises avec du lait d'amandes amères d'abricot sauvage. Ce lait se fait en mâchant à jeun cesamandes, qu'on a dépouillées de leur peau 9 et en 1 es délayant ensuite dans une quantité proportionnée d'eau de fontaine un peu chaude. Il faut que la salive du masticateur entre pour beaucoup dans l'eflicacité de ce lait , puisque les livres observent que s'il n'est pas à jeun, ce lait aura peu d'effet ; au lieu que s'il est à jeun , et sur-tout d'un tempérament bilieux , une seule lotion pourra suffire pour donner à la céruse toute la blancheur et tout l'éclat

466 DE LA CHINE. LIY. YII.

Arbres fruî- ^^^^ ^^^^ ^^^ susccptible. Lcs couIeurs qu'em- ^ers de la ploient Ics peintres chinois sont si belles ,

quUl faut s^en rapporter à leur expérience sur

Part de les perfectionner.

§ VI. — Le pécher (i).

u pidicrBaia. Le pêcher nain , le pêcher arbrisseau et le pécher arbre forment à la Chine trois espèces distinctes. Le pécher nain n^a pas plus d^un pied ou d'un pied et demi de haut : on le cultive dans des vases pour la beauté de ses fleurs , qui ont encore l'avantage d^étre fort précoces. Les fleuristes chinois en comptent dix*huit à vingt variétés, déterminées par la couleur , la grandeur et le nombr e de leurs fleurs , simples , doubles ou semi-doubles. La variété à mille feuilles étonne et enchante Pœil par le luxe de ses riches bouquets. Les pêchers nains ne sont pas destinés à donner des fruits ; on en obtient cependant de fort beaux et d'un goût supérieur , mais en petit nombre , et il en coûte des soins infinis pour les conduire jusqu'à leur maturité.

(i) Amygdaluspersica. Amygdaluifoliorum serraturisomnibus acutisifloribus sessiUbusi solUariis. Linn. — Amygdalus pumila. jimygdalusJbliU penoso-^rugosU, Linn» — A'mygdsJus nana. An^gdaliafoliU basi atfenuaiU, Lioii.

Les pêchers arbrisseaux ne parviennent or- Arbres fruidinairement qu'à la hauteur de quatre à cinq ^f? *^« ** pieds, et on les laisse la plupart se former en L.^h7,,rbji^ buissons. Us croissent et se multiplient aisé- '^'^ ment , et ne demandent presque aucune cul« tare. On les trouve partout dans les jardins des maisons impériales : entremélésaux cerisiers et aux abricotiers sauvages , distribués sur les coU Unes , les rochers ^ le long des sentiers , sur les bords des bassins et ^es canaux, ils embel^ lissent les paysages charnmnts et tous les points de vue des parcs de Tempereur, où ils pro-* duisent, dans les premiers jours du printemps, . un spectacle ravissant. Il paroît , par les vers des anciens poètes , qu'il étoit d'usage autre-* fois de planter des pêchers le long des che^ mins publics et sur les bords des rivières et des canaux ; ce qui a fait dire poétiquement au célèbre Sée^ma^kouan , que l'œil, qui çonsidéroit au loin les plaines immenses de Lo-yan , étoit conduit d'un çillage à Vautre par des guirlandes de fleurs.

Les pêchers arbres ne s'élèvent qu'à une lepêcWarw*. hauteur moyenne , et l'on empêche même qu'ils né la dépassent. Les Chinois en ont ce-* pendant une espèce dont les fruits sont asseas médiocres, et qui, abandonnée à elle-m|me^

468 DE LA CHINB. LIY. Yll.

•"TT — TT croît quelquefois jusqa^à la hauteur de qua* tien àt la nnte OU Cinquante picdft. Quand les pluies de rétë ne sont pas excessÎTCs ou trop prolongées , on trouTe , dans les marchés de Pé-km^ une grande ahondance de pèches de toutes les espèces. En général, quoique beaucoup plus grosses et plus belles que celles de France , elles leur sont inférieures pour le goût. Cependant les pèches de Sian-chou, une des maisons de plaisance de Tempereur, sont comparables à ce que nous ayons de plus fondant , de plus parfumé et de plus délicat en ce genre.

KwMicflfWw Les Chinois classent les pêchers d'après la forme , la couleur , la grosseur et la précocité de leurs fruits. Ils ont des pèches dont la chair est blanche , yerdâtre , d'un jaune tendre, jaune d'orange et marbrées; quelquesunes sont comme aplaties , rondes , ovales ^ allongées en pointe , en pointe recourbée à bec de corbin. Il est souvent fait mention de pèches du poids de deux livres ou même plus ; les plus grosses qu'aient vues les missionnaires n'avoient que trois pouces et demi de long y sur environ trois pouces de diamètre en largeur. Parmi les espèces tardives , il en est quelques-unes qui ne mûnssent dans le^

HISTOIRE KATITRELLÏ. 4^9

Pe-tcliëJi que bien avant dans le mois d'oc- Arbres fruîlobre , et Ton a le secret de conserver ces *^®j,"^**® ** pêches jusques dans le mois de janvier , aussi belles et aussi fraîches que si on vehoit de les détacher de Tarbre.

Les Chinois connoissent comme nous, et G«ff«da pécher. bien des siècles avant nous , Part de multi* plier les espèces de pêchers en les entant sur rabricotier , le prunier , le cerisier ; mais rarement ils en font usage , lorsqu'ils veulent $e procurer de bonnes pêches. Ils sont convaincus , comme nous Pavons observé en parlant dePabrrcotier , qu'un fruit s'altère et perd de ses qualités primitives lorsqu'il est enté fiur \in arbre d'une autre espèce ; que quelque agrément nouveau que ce fruit acquierre , il en devient moins sain , et que la seule manière de perfectionner sa bonté originelle dst de l'enter et réenter sur lui-même. L'écrivain chinois Tai-tchi explique bien cette maxime, et la met dans tout son jour : Soit qu*on ac-^ couple , dit-il , le cheval avec une ânes&Cy ou un âne avec une jument, on n* aura qu'un animal défectueux et imparfait, quelques bonnes qualités qu'on lui trouve ailleurs et quil ait réellement. C'est par de beaux che^ çaux et de belles juments , par de beaux ânes

Arbre» fini- ^' ^^ belles ânesscs , qu'on parviendra à per*^ Chine?* '* fectionner leurs espèces. Or, il en est de mêm^ des arbres et des entes. La nature s'imite eUe^ même dans toutes ses voies , ou plutôt elle suit toujours la même. Autant on gagne à l'aider, autant on se trompe en voulant la dominer et lui faire violence. Une pêche-prune , une pêche-figue , une pêche-cerise , par le se^ cours de l'ente , ne vaudra jamais une pêche^ pêche. Nous avons dit ailleurs que le peuple chinois, cultivateur par goût et par besoin , étoit celui qui avoit le plus mélangé les espèces par le secours de l'ente. Ce fait ne contredît nullement ce que nous exposons ici : la me* thode qu'on suit à la Chine est de multiplier les essais , pour se procurer d'abord la plus grande variété possible d'espèces nouvelles ; et ensuite, lorsqu'on les a obtenues, de perfectionner les espèces en les entant et en les réentant sur elles-mêmes. Tel est tout le secret de la culture chinoise.

Les procédés pour faire un semis de pêchers, le choix du terrain et de l'exposition qui lui conviennent le mieux , sont à peu près lés mêmes que ceux que nous avons indiqués pour l'abricotier. On ente les sauvageons de pêcher au commencement de leur troisième

année ; on les ente communément en fente , Arbres fruîpresqu^à fleur de terre , afin que quand Tar- cwne^* '* bre aura vieilli ^ on puisse le couper et avoir des rejetons francs. Les Chinois laissent aux pêchers la liberté de croître en arbre , et ne les assujettissent presque jamais à la contrainte de la forme d^espalier. Cette exposition en plein air les expose peut-être davantage auxf gelées du printemps : pour les en préserver, on les chausse de neige et de glaçons, ou même on découvre leurs racines du côté du nord.

Les cultivateurs chinoisi attribuent à la foît'eilîr^^' neige une propriété qu^onne lui soupçonne pas encore en Europe ; celle d^être le meilleur et le plus utile de tous les engrais pour les arbres à fruit. Aussi les paysans de la Chine sont-ils très-alertes à ramasser celle des chemins pour la porter dans leurs vergers. Dans les grands enclos à fruits, oa en fait des amas qu'on distribue aux arbres à mesure que la première qu'on y a mise se fond : on y ménage même des bassins , pour y recevoir Teau qui s'écoule de ces tas de neige , et la faire servir aux arrosements. Le meilleur engrais pour les pêchers , après celui que nous venons d'indiquer, se tire de leurs feuilles et de leurs fruits , ré-

Arbre» frui- ^^^^ ^^ tcrrcau , OU même de leurs cendres , cliTe*^* ^^ ^* 5ur-toul de celles des noyaux» qu^on a grand soin de recueillir et de réserver pour cet usage.

£fî*^'*^***^ Le pêcher de la Chine croît avec une vitesse extraordinaire , et , lorsqu^il est enté , il ne fait pas long-temps attendre ses fruits : il les donne avec profusion pendant quelques années ; mais celte fécondité lui devient funeste , et Pon est exposé à le voir bientôt jaunir , languir , et souvent même périr avant qu^il ait atteint sa huitième année. Le pêcher de France produit et conserve sa, vigueur pendant trente et quarante ans^ Par quelle singularité celui de la Chine est-il condamné à . vivre si peu ? est-ce au climat ou à quelques vices de constitution qu^on doit attribuer les causes d'une si courte durée ? Les naturalistes qui voudront les rechercher doivent être instruits des moyens qu'emploient les jardiniers chinois pour prolonger l'existence de ces arbres. Il les font vivre , en retranchant une partie de leurs racines à leur cinquième année , et mieux encore en fendant l'écorce du tronc depuis la naissance des bt^anches jusqu'à terre. Cette deirnière méthode, qui fait 4^uler une grande quantité de gomme, est la

plus suivie » parce qu'elle est la plus sûre. Arbres frui- On pratiqué cette singulière opération au *^«^» ^« ^ commencement du printemps , et même on la «

renouvelle après quelques années d'intervalle, lorsqu'on voit reparoître quelques signes de langueur dans les pêchers. Ces remèdes , em-* ployés à propos , produisent sur ces arbres un effet merveilleux : on les voit se ranimer tout-à-coup , et peu de temps après se charger de fruits , qu'on assure être meilleurs et plus sains.

Nous ferons mention de quelques recettes J*f*J'j p^'j^ chinoises pour écarter les punaises et autres '^^^^ insectes qui désolent ces arbres et peuvent les faire périr. On trouve , dans plusieurs li* vres , que , pour exterminer les punaises , qui se logent entre le bois et l'écorce , il faut arroser le pêcher avec du bouillon froid de tête de cochon ; mais cet arrosement doit être fait en temps sec , et en entr'ouvrant un peu la terre , afin qu'il aille jusqu'aux racines et con-serve toute sa force. On assure qu'on ne sera pas obligé de renouveler jusqu'il trois fois cet arrosement. On peut encore , avec un égal succès , feiredes fentes à l'écorce du tronc pour y insinuer de ce bouillon , et les recouvrir ensuite , en forme de compresses , de

Arbres fruî- c^ifFons OU de paquets de mousse bien hutier» de la mectës dc cc même bouillon. Quant aux autrès insectes , chenilles , fourmis , etc. , les chinois ont recours au tan-yeou , qu'on pourroit remplacer en Europe par la térébenthine^ dont Todeur est presque aussi forte : il suffit d'en imbiber quelques morceaux de toile ou de vieilles écorces, et de les suspendre à celles des branches d ou l'odeur peut mieux se propager sur tout l'arbre. De vieux linges , trempés dans l'huile la plus puante , sont encore plus efficaces pour donner la chasse à tous ces insectes. Quoiqu'il soit assez ordinaire de proposer ces sortes de recettes avec le ton de la confiance, on sait néanmoins, à la Chine comme en France , qu'elles ne sont pas infaillibles , et que celles mêmes qui sont les plus vspfitées se trouvent souvent en défaut. L'auteur chinois Lu-tchi a dit sensément ; Il faut que nous sentions notre impuissance jusque dans les plus petites choses, et que l'insecte, que nous ne distinguons qu'à peine , terrasse notre orgueil comme les léopards et les tigres. Combien de fois un ver, né et crû dans le cœur d'un fruit dont la beauté nous charme, le déçore-tnl sous nos yeux, sans que nous le soupçonnions, et, pour nous bra\?er , ne nous en laisse que la peau ?

HISTOIRE NATURELLE. ^yS

^ \ll. -L^li-tchi il). A.Wrui-.

Céline.

On trouve dans les provinces de Fou-Wene, de Kouan-lon et de Kouan-si, deux espèces dc"^ fruits, inconnus partout ailleurs, et qui sont propres à ces seules provinces méridionale* de la Chine. L'un d'eux est le li-tchi ^ le plus délicieux des fruits de cet empire , et même du monde enlier, si l'on s'en rapporte au goût et au jugement des Chinois; lautre est le lon-yene , dont nous parlerons ensuite.

L'arbre , qui donne le fruit qu'on appelle ^^JJ^^'^p*^**" •*■ U-tchi j s'élève à la hauteur d'environ dix-huit pieds. Ses branches s'étendent horizontalement de tous côtés. Son bois est blanc , tendre , et contient une moelle assez abondante ; l'écorce des rameaux est pointillée. Les feuilles sont alternes , ailées avec impaire , composées de sept à neuf folioles ovales, entières, lancéolées , glabres des deux côtés , plus luisantes en dessus qu'en dessous , marquées d'une forte nervure longitudinale, et portées sur de courts pétioles. La fleur est très-petite, munie d'un calice plus petit encore , à cinq divisions très-peu sensibles, et velue en dehors!^

(i) Dimocarpuslichi. Dimocarjmsfoliis pinnatls; baccis cor-^ dalis , sqnamosts, Lour., Flora Gocbinch. , page 287.

,^ 476 DE liA CHINE. LIV. VII.

*TT J~T[ La corolle , composée de cinq pétales , renti^ers de la fç|^nie huit étaoïines , dont les filaments très^ courts soutiennent chacun une anthère ovale^ formée de deux logçs qui s^ouvrent en quatre pans. Le pistil a pour base un ovaire à deui^ lobes peu distincts; le style, un peu moins long que les étamines, se divise à son sonçimet en deux branches , qui forment deux stig-^ mates divergents. Les fleurs , réunies en panicule lâche , ornent Pextrémité des rani,eaux^ Le fruit , arrondi en cq^ur , est de \a grqs-^ seur d'uae datte ; son noyau , qui est noir , long et fort dur, est recouvert d'une pulpe molle , aqueuse , d'un goût exquis , et qui est ide la couleur d'un raisin qu'oi\ aurait dépouillé de sa peau. Cette chs^ir est contenue dans une écorce chagrinée en dehors, lisse en dedans, très-mince et un peu ferme. Ces fruits croissent aux extrémités des branches , en grappes lâches et diffuses , auxquelles ils tiennent par de longs péduncules ; ils sont d'abord ver^ dâtres , mais en atteignant leur maturité , ils se revêtent d'une couleur de pourpre très^cla-; tante. Us passent pour être très-sains , puisqu'on ea donne aux malades , mais, ils incommodent quand on en mange beaucoup : on assure que ce fruit est si chaud , qu'il fait sor-

tir des furoncles par tout le corps. Les Chi- Arbres fruinois le laissent sécher dans l'ëcorce même, c^ihe*^^ ** où il devient noir et ridé <:omme noÀ pru-^ neaux ; ils en mangent ainsi toute Tannée.

L^observation suivante doit être faite par ceux qui veulent goûter ce fruit dans sa parfaite bonté : sUl est parfaitement . mûr , et qu'on diffère un jour à le cueillir, il change de couleur; si on laisse passer un second jour , on s'aperçoit au goût de son changement ; enfin , si Ton attend le troisième jour , Taltération devient très-sensible. Pour que ces fruits ne perdent rien ni de leur parfum ni de leur saveur, ils doivent être mangés dans les provinces mêmes où ils croissent. Eût-on le secret de les conserver et de les transporter frais en Europe , comme on y en a porté de secs , on ne pourroit encore juger que très-imparfaitement de leur bonté. Les li'tchi qu'on envoie à Pé-kin pour l'empereur, et qu'on renferme dans des .vases d'étain pleins d'eau-de-vie, où l'on mêle du miel et d'autres ingrédients , conservent , à la vérité , une apparence de fraîcheur , mais ils perdent beaucoup ae leur saveur. Pour faire goûter à ce prince toute la délicatesse de ce fruit , on a quelquefois transporté les arbres

478 DE hh CHINE. hlY. VII.

Arbres frai- roêmcs qui le produisent, enfermée dans des cwâ^* ** caisses t et Ton prenoit si bien ses mesures, que 9 lorsqu'ils arrivoient à Pe^kin , le fruit étoit près de sa maturité.

Cette rare espèce d'arbre , par les soins de M.Poivre,a été transportée de la Chine à Tlslede-Franc^ , d'où elle a passé à Cayemie. Une lettre écrite de celte dernière colonie , le 10 juillet 1801 , par M. Martin, directeur des pépinières nationales , semble annoncer que le jeune plant qu'on y a reçu a prospéré : « Nous possédons actuellement, dit-il, trois » plaats du /^i^Ae. J'en ai placé un dans l'habi-» » talion des Epiceries. Ils vont bientôt me » fournir de nouvelles marcottes , et j'espère I» que , dans six mois , nous aurons doublé ce 1» nombre. »

M. Ceré écrivoit aussi de PIsle-de-France : «t Le U'ichi, venu de graines, ne rapporte qu'à » huit ou neuf ans ; il le fait à trois ou quatre » ans quand il vient de marcotte. Au bout » de trois ou quatre mois , les marcottes sont » déjà assez enracinées pour qu^elles puissent » être transplantées. De sorte que cet arbre j» venant facilement , on peut le mtiltiplier à » l'infini. »

HISTOIAE NATURELLE. 479

§ VIII. - le lon-yene (i). Le moeï-gine-li. ^Jr. de "ÎI

Chine.

Une autre espèce de fruit particulière aux provinces méridionales, est le lon-yene, c'està-dire œil de dragon^ L'arbre auquel il est dû a le port d'un de nos beaux noyers. Son bois est fort dur , et sa cime très-étalée* Les feuilles sont ailées avec impaire , et leurs folioles, tantôt opposées , tantôt alternes , sont lancéolées, glabres , entières , et d'un vert jaunâtre en dessous. Des fleurs blanchâtres se rassemblent en larges panicules au haut des branches ; leur corolle est en roue, aplatie, et renferme huit, neuf ou dix étamines trèscourtes , à anthères oblongues. Les fruits viennent deux à deux ; la forme en est ronde , récorce ja^unâtre , la chair blanche , aqueuse, aigrelette. Ilest moins gros que le li-tchi, et sa peau est plus ferme , plus coriace ; il mûrit dans les mois de juin et de juillet. Ce fruit perd également de sa délicatesse à n'être pas mangé dans sa fraîcheur et sur les lieux. On le fait sécher dans les provinces où il croît , et on le transporte dans tout l'empire., où il s'en fait annuellement un débit prodigieux. On

(i) Dimocarpus longan. Dimocarjtus foliis pinnatls ; bacch ^lobosu I 9ubl<»vibu9. Loui*. , Flora Gochinch. ; page s88.

48o DE LA CHINE. LIV. VII.

Arbres frai Prétend quc sice fruit n'est pas aussi agréable ^n de la ^^ g^^^ q^g jç H^icfu, il est plus sain et n'incommode jamais, quelque quantité qu'on se permette d'en manger.

Les moeï'gine-li ou prunes de la belle femme ^ sont d'une forme ovale, agréablement colorées , plus grosses que la plupart de nos prunes , et d'un goût supérieur à celui de nos damas de France.

§ IX. — Le tsi-isé , ou chi-isi.

Le isé-tséj que les Portugais appellent^' gocaque , est encore une sorte de fruit propre à la Chine , et qui croît dans presque toutes ses provinces. Les arbres qui le donnent sont fort beaux , ayssi élevés , aussi touffus que nos noyers de moyenne grandeur : leurs feuilles, moins aigu*és et plus arrondies que celles du noyer , ont six pouces de long et environ trois pouces de large ; elles sont d'un vert éclatant, mais elles changent de couleur vers la fin de l'automne , et se panachent d'un beau rouge. Les tsé- tsé sont de la grosseur de nos belles oranges : d'abord d'un jaune tendre, à mesurée qu'ils mûrissent, ils prennent une couleur aurore. Leur configuration n'est pas constamment la même; les uns sont ronds >

le$ autres allongés et de forme ovale ; quelques- Arbres fruiuns , un peu aplatis , sont étranglés dans leur chïne**^ '* milieu , et ressemblent à deux fruits qui se seroient unis en croissant. La peau du tsé-isé est mince , tendre , unie ^ lisse ; elle recouvre une pulpe rougeâtre , d^une saveur douce » mêlée à une âpi'eté légère et agréable , qui donne au fruit la qualité d^etre un peu astringent. Sous cette pulpe , sont trois où quatre noyaux pierreux , oblongs et bruns , qui contiennent les semences. Quelques-uns de ces fruits , perfectionnés par la culture , viennent sans noyaux , et ils sont ceux qu^on préfère et qu^on estime le plus. On distingue pli^sieurs espèces de tsé^ tsé : ceux des contrées mérididhales sont d^un goût fort sucré ; ils ont les noyaux noirs, aplatis, la chair glaireuse et pleine d^eau. Ceux qui croissent dans le Chênesi et le Chane-si ont la chair plus ferme , sont plus gros , mieux nourris , et se maintiennent plus long- temps dans leur état de fraîcheur. Les meilleurs tsé-tséde la Chine sont ceux de la province de Tché - kian ; on les conserve frais pendant tout l'hiver , sans quUl soit nécessaire de les faire sécher. Il est rare que ces fruits acquièrent toute leur maturité sur Tarbre ; on les cueille de bonne heure , et on i. 3i

Arbres frui- ^^^ ™^' ?"^ ^^ ^* paiUc OU sur dcs claies , où fier» de la jj^ achèvent de mûrir.

Chine.

Lorsqu^on veut préparer ces fruits pour être conservés, on commence par en ôter les noyaux et on les aplatit ; on les fait ensuite sécher , en les exposant au soleil et à la rosée , afin qu^ils se candissent. Ils deviennent alors farineux et aussi sucrés que les figues. Ce fruit est si sain , qu^on le donne communément aux malades.

La Chine a aussi le tsé-tsé sauvage , qu^on nomme proprement 5^- /Ise: celui-ci a le tronc tortu ; ses branches , confusément entrelacées , sont hérissées d'épines , et son fruit n'est pas plus gros qu'une pomme d'api de la petite espèce. Les Chinois parlent toujours avec éloge et avec une sorte d'enthousiasme du tsé-tsé qu'ils cultivent ; ils lui attribuent les sept prérogatives suivantes : de vivre long -temps et de produire constamment des fruits ; de ré^ pandre au loin une belle ombre ; de n'être pas infesté d^oiseaux qui fassent leurs nids sous son feuillage ; d'être exempt d'insectes ; d'étaler des feuilles agréablement panachées , à la suite d'une gelée blanche ; d'engraisser la terre par ses feuilles , comme pourroit le faire le meilleur fumier , et enfin de produire des

fruits beaux à la vue , salubres et d'un goût Ambres fr î-

exqub. cfhTne^*^ **

Cet arbre est un de ceux qu'on pourroît le plus utilement envier à la Chine. Comme il croît dans la plupart de ses provinces , et même dans celles du Nord , il paroît vraisemblable qu'il pourrôit s'acclimater au moins dans les contrées méridionales de la France. Le P. DentrecoUes, qui le présumôit aînsL, avoit fait passer en Europe des noyaux de tsé-tsé. Mais il ne paroît pas qu'il soit rien résulté de cet envoi. ,

§ X. — Le châtaignier. Le marronnier d' Inde .

Le châtaignier est le supplément des mois- îffesJfncrenaîI sons : à ce titre seul il devroit obtenir le premier rang parmi les arbres. Son utilité est un sûr garant qu'il n'a pas été négligé des Chinois y et qu'il a dû être connu parmi eux dès la plus haute antiquité.. En fouillant dans This* toîre des trois premières dynasties impériales ; ' on trouve , en effet, que le châtaignier étoit dès-lors très-commun dans tout le nord de la Chine, que non -seulement les montagnes; où il croissoit naturellement , en étoient couvertes , mais qu'on le plantoit encore dans la plaine , où il étoit cultivé avec soin. Sous

chine.

Arbres fruî- ^^ règne oppresseur de Tsine-chi-hoan-tî, Ch?ne!^* ^* si les peuples , prives de leurs terres et accablés des plus durs travaux , ne succombèrent pas sous le poids de leur misère » ils le durent en grande partie aux forêts de châtaigniers qu^ils trouvoient partout. Les longues et sanglantes guerres civiles ^ qui survinrent ensuite^, déppuillèrent les campagnes de ces arbres secourables ; et lorsque les Hane, deux siècles avant J. C. , montèrent sur le trône , les provinces de Chane-si , de Pé-tché-li et de Chane-ton s^entrouvèrentdépourvuesau point qu^elles n'ont jamais pu réparer cette perte. Ne pourroit-on pas croire que cette espèce d'arbres a essuyé en France une révolution à peu près semblable ? Il est certain qu'ils n'y existent plus aujourd'hui en aussi grand nombre, et que leur bois n'est plus admis aussi fréquemment qu'il l'étoit autrefois dans la construction des grands édifices : ils semblent avoir totalement disparu de plusieurs provinces où nous voyons encore les charpentes des églises cathédrales , toutes construites en bois de châtaignier. Il est à pirésumer qu'on ne tiroît pas ces bois de forêts éloignées , et qu'on devoit les trouver dans celles des provinces mêmes oii s'hèle voient ces temples magnifiques.

La Chine, malgré les révolutions et les guerres, "arbres fruia conservé toutes ses anciennes espèces de châ- Q,Ync**^ ^* taigniers ; elle les a retrouvées dans les vastes jardins des maisons impériales. Souvent ces parcs ont été les pépinières des provinces, et ont utilement contribué à réparer leurs pertes. Il est bon de l'observer ici en passant : si la Chine est si riche en arbres et en plantes de toute espèce , elle le doit sur-tout au goût curieux ou plutôt à la sage politique qu'ont eue les empereurs de faire cultiver sous leurs yeux tous les végétaux utiles, qui peuvent augmenter les ressources du peuple ; par leur exemple , ils excitoient l'émulation de leurs sujets. Les arbres que fait arroser le prince, dit un écrivain chinois , poussenides racines sur les pierres mêmes, et donnent des rejetons aux deux bouts de Vempire. Dans les dernières années du règne de Kiene-lon , le vice-roi de la province de Kouanton , ayant fait passer à Pékin et offrir à l'ei^pereur différentes graines que les Anglais a voient apportées d'Europe , le P. Cibot reçut surle-champ , avec quelques autres missionnaires , l'ordre d'aller sans dçlai faire semer ces graines dans le jardin de la maison européenne , construite dans le parc de Yuene-min-yuene. Telle à, été toujours , pour les progrès de la culture ,, 1a Qoaduite des bons empereursi.

486 DE LA CHINE. LIV. Vil.

Arbres fruî- ' Toutcs Ics espèces de' chàtaigniers chinois tjers de la peuvent sc réduîre à dix, parmi lesquelles on distingue sur - tout celle qui donne des fruits gros comme des abricots , mais peu savoureux ; celle dont les fruits , au contraire j sont longs , effiles y et ont un goût de noisette ; et une autre encore , dont les chatons blanchâtres et cotonneux fournissent une abondante matière pour les mèches des lampes. Les cultivateurs chinois conviennent tous que le châtaignier peut croître et prospérer dans les plus mauvaises terres , même au milieu des sables et entre les rochers les plus escarpés. Ils assurent qu'on ne réussit bien à multiplier cet arbre que par le semis ; qu'un semis, lorsqu'il est fait , doit être abandonné à lui-même pendant trois ans , et qu'en arracher les mau- / vaises herbes est un soin q\ii lui est plus nui-

sible qu'utile. Il faut attendre que les petits châtaigniers aient déjà quelque vigueur , pour leur ôter cette ombre étrangère , et risquer des labours : quand toutefois ceux - ci sont faits a propos , ils leur profitent beaucoup , et les mettent rapidement en pleine pousse. Les Chinois entent , comme nous , leurs châtaigniers en sifflet , mais ils sont plus hardis dans leurs tentatives : les missionnaires ne paroissent nullement douter que l'espèce dont

lés fruits ont une saveur de noix et dont on Arbres fruîpeut extraire de Thuile , né vienne originai- *^":* ^® ** renient d'entés faites sur le noyer. Les Chinois prétendent que leurs sages ancêtres pratiquoient les entes , autant pour augmenter la beauté des bois , que pour perfectionner les qualités des fruits. Cette idée doit paroître neuve , et mériteroit peut-être qu'on fît quelques essais pour éclaircir ce point intéressant d'histoire naturelle.

Il paroît certain que ces mêmes anciens conservoient sainement leurs châtaignes d'une an* née à l'autre ; mais les Chinois modernes ne s'accordent pas sur la préparation qu'ils leur donnoient. Selon les uns , ils faisoient passer les châtaignes par une lessive particulière , et les lâissoient ensuite sécher au soleil ; selon d'autres / après les avoir fait tremper dans une eau salée, puis sécher, ils les enterroient dans un sable fin. Peut-être concilieroit-on ces récits , en observant que la diversité des espèces de châtaignes pouvoit faire recourir à des méthodes différentes pour les conserver. Voici celle dont on se sert aujourd'hui le plus communément à la Chine. On choisit les châtaignes qui vont au fond de l'eau , et on les fait bien soîeiller jusqu'à ce qu'elles soient sèches.

Arbres fruî- ^" ^^^ ^^^* passcF ensuitc dans une eau de sel , Ch" ^^ *^ ^* ^" ^^^ suspend dans des filets ou dans des paniers à jour , en grand air , au vent du nord sur-tout , pour bien sécher leurs coques. Après quoi, il suffit de les déposer dans un lieu sec. Quant à Peau de sel dont on se sert, on n^emploie qu^une livre de sel par boisseau de châtaignes ; mais on ne met d'eau qu'autant qu'il en faut pour que toutes les châtaignes soient mouillées , de manière qu'il n'en reste pas au fond du vase.

dîSr*"**' ï-»® marronnier d'Inde , si connu en Europe , se trouve aussi à la Chine , et croît abondamment au nord de Pé - kin et dans la province de Tché-kian, Mais il semble que les Chinois savent mieux que nous en tirer un utHe parti. Ils emploient , selon les missionnaires , à leur teinture en noir , le hérisson ou l'écorce extérieure , quj renferme le fruit du marronnier ; cette écorce remplace la noix de galle chez les teinturiers. Nous avons déjà remarqué qu'ils la remplacent aussi, et peutêtre plus généralement , par les capsules des glands du chêne. Quoique le fruit du marronnier soit fort âpre , les porcs et les bestiaux s'en nourrissent dans les fermes chinoises. Des montagnards même assurent qu'après l'avoir

dépouillé de sa peau intérieure ,-par le moyen Arbres fruîde Peau chaude , et l'avoir fait bouillir dans ^^^?^ ^^ ** une seconde eau , mclée d'un peu de vinaigre , ils en mangent avec plaisir , et croient s'en porter mieux. On sait que la médecine vétérinaire des Turcs emploie le marron d'Inde pour la guérison des chevaux poussifs , et que c^est de là que les botanistes ont nommé ce fruit , qui nous est venu originairement de Constantinople , châtaigne chevaline (^ casianea equina.) La plupart des montagnards chinois, dont nous parlons , sont sujets à l'asthme et à la difficulté de respirer , maladie qu'ils contractent dans les mines de charbon de terre , auxquelles ils travaillent pendant toute l'année : peut-être trouvent -ils dans l'usage du marron d'Inde en aliments un adoucissement , un remède salutaire à leurs maux habituels. Nous ne rapportons ce fait que pour fournir cette indicatipn aux gens de l'art.

§ XI. — Le kine-kouan-fsée , ou jujubier aigre.

Ce jujubier est un grand arbre , dont les feuilles ovales se terminent en pointe. Ses fleurs , qui paroissent en mai , sont d'une teinte verdâtre , et les fruits qu'il donne ressemblent aux grosses jujubes ; ils sont très-rafraîchis-

Arbres ffui- sants ; leur belle couleur jaune leur a fait doa- Chin ^* ^ ^^^ ^^ "^"^ àt jujubes d'or. Ces fruits conservent, en se séchant , un petit goût aigre , et leur couleur dorée se change en un rouge tendre. Leur noyau' est dur , et s^arrondit en forme de cœur comme Tamande qu'il renferme. On se sert de ces noyaux , sur lesquels on grave différentes figures, pour faire des espèces de chapelets à T usage des idolâtres. On prétend que cet arbre^ est originaire du Bengale , et qu'il eut d'abord beaucoup de peine à réussir à la Chine ; mais il s'y est tellement naturalisé , qu'il y croît aujourd'hui à la hauteur des plus grands arbres fruitiers. Son bois ^ qui est très-dur et d'un grain très-fin , s'emploie avec succès pour toutes sortes d'ouvrages.

Les Chinois comptent plus de soixante espèces différentes de jujubiers ; ils n'ont rien épargné pour perfectionner la culture d'un arbre qui demande peu de soin , qui donne presque toujours son fruit en grande quantité , et tellement amélioré qu'il peut être admis sur les tables les plus délicates. C'est à l'art de la greffe que les jardiniers chinois doivent cette étonnante variété de jujubiers : ils les ont entés sur des pruniers , des cerisiers ^ des

Arbres fruî-

pêchers , des abricotiers, et particulièrement

sur Tarbre des figues caques. Aussi sont-ils *>«" de la

. ^ . Chine.

parvenus à obtenir d^excellentes jujubes de toutes les formes et de toutes les saveurs ; il en est qui sont précoces et tardives , longues ou rondes , grosses et petites , blanches , jaunes , rouges , violettes, de couleur de chair et de couleur de café , parfumées, miellées, dou-^ ces , aigres, avec noyaux et sans noyaux.

Puisque les jujubiers croissent et prospèrent dans nos provinces méridionales , il seroit aisé , à l'exemple des Chinois , d'y perfectionner ces arbres utiles , et d'en multiplier les espèces par le secours des entes. Le jujubier, peu délicat, s'accommode de tous les terrains qu'on veut hii abandonner. Il exige peu de culture ; et comme il fleurit tard , et qu'il ne craint ni les pluies ni la sécheresse , il est rare qu'il éprouve de mauvaises années, et qu'il tçompe l'espérance des propriétaires. 11 est vrai que la chaleur est nécessaire au jujubier , pour qu'il puisse donner des fruits qui aient toute leur bonté ; mais on lui procurera toute celle dont il a besoin , si l'on a l'attentioi) de le planter au pied et sur le penchant des collines exposées au midi , ou mieux encore dans les gorges des montagnes et des ro^

Arbres fruî- ^^^^^ » ^"^ offrent dcs foycrs naturels de chaijers de la Jeur. Telle est la méthode que suivent les Chi-

Cniae. , .

nois , et c^est en épiant ces localités favorables qu'ils ont réussi à se procurer d'abondantes récoltes de jujubes , dans presque toutes leurs provinces.

La médecine chinoise fait autant de cas que la nôtre des jujubes pour les décoctions pectorales et adoucissantes ; mais il en est plusieurs espèces qu'elle n'admet point dans ses remèdes. Les anciens Tao-ssé faisoient aussi entrer les jujubes dans leur prétendu breuvage d'immortalité.

§ XII. — L'anis de la Chine, ou semence de badiane ( i ) .

Quoique cet arbre croisse à la Chine, en Tartarie et au Japon, il n'en existe aucune mention dans les Mémoires de nos missionnaires, qui, peut-être, n'ont omis d'en parler que parce qu'on le trouve décrit daiî^ les ouvrages de plusieurs botanistes. Nous emprunterons de M, Thunberg , qui a fait connoître celui du Japon, les principaux caractères qui servent à le distinguer. L'arbre qui

(i) Illicium anisatuin , ûnich pa-ko-houei-hian,. Illicium fçliis subovalibus , integerrimiê , congesiisj /loritus axiltari^ bu$ , 9oHtanU. hin»

tiers de la Chine.

donne Panis étoile , ou la semence de badiane , Arbres fruîne s^élève qu'à la hauteur de six ou huit pieds. Son tronc est assez gros et revêtu d'une écorce lisse. Ses branches , droites et anguleuses , se partagent en trois ramifications principales. Les feuilles , longues de deux pouces^ sont pétiolëes, ternées ou quaternées , elliptiques, aiguës , très-entières , toujours vertes , souvent réfléchies. Cet arbre fleurit au mois d'avril ; les fleurs naissent axillaires , pédunculées , solitaires; elles se composent d'un calice à six pièces , de vingt-sept pétales d'un jaune pâle , d'étamines et d'ovaires nombreux. Les fruits , qui succèdent à ces fleurs sont des capsules épaisses et dures , triangulaires , bivalves , réunies à un centre commun, et formant une étoile de six, sept et neuf rayons. Chacune de ces capsules ne contient qu'une seule semence , qui , sous une enveloppe mince et fragile , renferme une petite amande blanchâtre et luisante , dont le goût et l'odeur tiennent de l'anis et du fenouil ; mais ces principes sont plus actifs et plus énergiques que ceux de l'anis d'Europe. M. Thunberg observe qu'il trouvoit Tànis chinois fort supérieur à celui du Japon , où il résidoit , et que les capsules de cette semence , recueillies dans ces isles ,

Arbres frui- ï^'^voicnt ni PodeuF aromatique , ni la saveur tiers de la pénétrante de celles qu^on y apportoit de la Chine.

Les Chinois , et les Japonais à leur exemple , regardent cet arbre comme sacré. Ils tressent de son feuillage des couronnes et des guirlandes , quUls suspendent à leurs idoles ; et son écorce odorante qu^ils brûlent sur leurs autels , est ,« selon eux, l'espèce de parfum qui les flatte le plus; ils en déposent aussi des branches sur les tombeaux, comme une offrande également agréable aulx morts^

Les Chinois mâchent la semence de badiane aptes le repas pour faciliter leur digestion , se parfumer la bouche , et fortifier Testomac ; ils la mêlent encore dans les sorbets et les li* queurs , pour leur communiquer un goût plus fin et, plus délicat ; mais ils n'usent jamais de cet aromate avec leur thé , qu'ils prennent toujours pur et sans sucre.

§ XIII. — Le cerisier. Voulana, Autre fruit sauif âge,

Nous avons déjà dit , d'après le P. Duhalde , que la Chine n'a aucune espèce de bonne cerise. Cependant on y connoît le >cerisier à fleurs doubles. Une belle peinture, sans le nom de l'arbre qu'elle représente , exécutée

Les CbiDois ontils le cerisier à fruit ?

dans le palais impérial de Pë-kin , et arrivée à TT — 7T

'^ * ^ Arbres frui-

M. Delatour, fut soumise à l^examen d'un ha- tiers de la bile botaniste : celui-ci, au premier coupd'œil , y reconnut tous les caractères du cerisier à fleurs doubles. On sait aussi , par la correspondance du P. Cibot , que ces arbres charmants décorent avec profusion tous |es jar* dins de Pempereur. Comment croire que les Chinois ne connoissent pas aussi le cerisier cultivé à fruit ? Il est vrai que le P. Duhalde » faute de Mémoires , n'a pas fait mention (^'un grand nombre d'arbres chinois qui nous sont connus aujourd'hui ; maïs ce qui semble , dans cette circonstance , confirmer son assertion « c'est que les derniers missionnaires , qui tous ont connu en Europe ce fruit si agréable et si sain y n'en ont fait aucune mention. Cepen^ dant le P. Martini assure que le territoire de Tchine , dans la province de Kian - nane , abonde en ttrises qui sont assez bonnes.

Nous devons au P. Parrenin la connoissance *-''"'^''«»de Voulana , qu'on trouve dans les vallées et au pied des montagnes de la Tartarie chinoise. Son fruit est de la forme d'une grosse cerise rouge , et croît sur une petite tige qui n'a que trois pouces de hauteur. Il est d'un goût agréa-" ble, et d'une efficacité singulière pour aider

Arbres frui- ^ '^ digcstion. Le p. Pereïra eut occasion d'en Chinc^^ ** faire un heureux essai* Ce missionnaire, charge, en 1688 , d'accompagner les ambassadeurs de l'empereur Kan-hi , se trouva incommodé , et dans un dégoût absolu pour toute nourriture. Il mangea des fruits de Voularia, quoiqu'à , moitié desséchés, et recouvra dès le lendemain sa première santé. On transporte souvent à Pé-lin des oulana chargés de leurs fruits.

Fruit I.1.T.S6. Lg p parrenin fait encore mention d'une autre espèce de petits fruits sauvages , également inconnus en Europe , et qu'on trouve dans ces mêmes forêts de la Tartarie chinoise. Ces fruits , que le missionnaire n'a pas nommés , croissent en grappes sur un bel arbre de vingt-cinq à vingt-six pieds de hauteur , et ressemblent assez pour la grosseur aux petits raisins de Corinthe. Quand la première gelée a macéré ces fruits , ils prennent une belle couleur rouge , et sont d'une saveur aigrelette et douce très-délicate.

§ XIV. — Le li-tsi , ou faux cerisier de la Chine.

Les Mémoires des missionnaires ne font aucune mention de cet arbre. 11 a été transporté de la Cliine à l'Isle- de -France, d'où qud-

queS'uns de ses rameaux furent envoyés au TT TT

' , •' Arbres frui-

Jardin royal des Plantes de Paris ; ils y furent il^rs de la

\ . , . , Chine.

SUIVIS par de jeunes plants qui sont aujourd'hui cultivés dans les serres de ce même établissement.

Cet arbre estélevé , et se dépouille chaque année de ses feuilles. Celles-ci, longues d'environ quatre pouces sur deux de largeur , sont alternes, pétiolées , ovales , très- entières, irertes en dessus et d'une couleur très-pâle en dessous. Les fleurs sont dioïques , axillaires , sans corolle , soutenues par des péduncules veloutés et un peu rameux. Le fruit consiste en trois ou cinq baies sphérîques , de la grosseur d'une prunelle ou d'une petite cerise, portées sur des pédicules très-courts, qui naissent d'un point commun qui étoit le réceptacle de la fleur. Une pulpe peu épaisse recouvre une coque mince , assez dure , unîloculaire , et qui renferme une amande arrondie. Cet arbre est cultivé à l'Isle-de-France ; et comme on a reconnu qu'il 2^ la prdj>riété de résister aux vents , on l'emploie en charmilles pour former des abris contre les ouragans. Ses baies ont un goût de camphre et une odeur de lierre qui les rendent peu agréables ; les oiseaux seuls s'en nourrissent.

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