‹ De la Chine: ou Description générale de cet empire, rédigée d ..., Volume 2Chapitre 36 sur 40 · II. 3a · texte numérisé non relu

II. 3a

498 DE LA CHINE. LIV. Ytl.

tiers de la § XV. — VoUvicr. Le mûrier.

riiioe.

Les Chinois comptent jusqu'à dix espèces d'oliviers , dont les fruits différent de nos olives ; mais qui auroient peut-être le même goût, si on leur donnoit les mêmes préparations qu'en Europe. Ils n'en tirent point d'huile , soit que ce fruit n'y soit réellement pas propre chez eux , soit que la facilité qu'ils ont d'en extraire d'un grand nombre d'autres arbres , leur ait fait négliger celui-ci. L'huile , exprimée de l'amande des abricots sauvages , suffit à la consommation de la Chine pour tous les usages de la table et de la cuisine. oiiTier odorant. Le voyagcur Thunberg nous a fait connoître l'olivier odorant de la Chine , qui croît égalementauJapon(i).Cetolivierest un grand arbre , dont les branches et les rameaux sont lisses , obtusément carrés , et se partagent ordinairement en trois. Ses feuilles sont oblongues r lancéolées , aiguës , dentelées , glabres , à nervures parallèles , d'un vert foncé en dessus , plus pâle en dessous » longues de plus de deux pouces ;5i|r environ un pouce de largeur :

(1) Olea/ragrans , olea/bliis lanceolalis , serratls; pedunciilis laieralibua^ oggr^gaiisj unifloris. Thunb., Flora Jap., p. i^.

HISTOIRE KATVRELtE. 4^99

les pétioles qui les soutiennent sont glabres , Arbres fruipresque arrondie % sillonnés et longs 4' un ^^^^ ^^ ^* demi-poude. Les fleurs, munji^^ dç leur^pédunculds filiformes, glabres, blanchâtres et uniflores , naissent , au nombre de six à huit \ dans Taisselle des fpuiUes, ^t s!y forment ea. ombelle. Un très-pèlit calice , à quatre dents émoussées , soutient une coroUe monopétale, d^un blanc jaunâtre , jusque sads tube , et dont le linibe se. partage en quatre découpures ovales , obtuses , concaves et un peu épaisses. Deux filaipents blancs., trèstcourts, insérés à l'orifice du tube ^ portent des anthères ovales^ jaunâtres et à deux i^ges. L'ovaire , glabre jet oblong, est supérieur. Le style est filiforme et se divise en deux stigmates aigua.

Les Chinois ont une manière particulière dé recueillir les olives : pour épargner les ar^ bres , et ne pas briser les branches en abattant, leurs fruits à coups de gaule , ils pratiquent un trou dans le tronc dç Poliviér, qu'ils rebouchent î^près. y. avoir renfermé du sel. Au bout de quelques jours , le fruit se détache et tombe de lui-même (i).

(i) Les Chinois, dit M. Staunton (tome IQ, page 199) , )) n'ont point d'oliviers; mais ils tirent une exceilente h^ile 9 des amandes d'abricots. » Les ChiDjoi« ont des oliviers; «t

Chine.

ÏA mûrier aâin.

5oO B2 LA CHIllE. llV. Vtl.

"7"; TT Nous ne donnerons pas ici un traité du mô-

Arbresfrui- * ^

tiers de la ncr (i), sur lequel on a déjà tant écrit. Cet arbre est d'un trop grand intérêt pour les Chinois, pour qu'ils n'aient pas commencé de bonne heure à l'observer , et tenté un grand nombre d'essai;s pour perfectionner l'art de le cultiver. Le temps et l'expérience les ont enfin conduits à une connoissance importante ; c'est que la feuille m mûrier nain est celle qui convient le mieux aux vers qui s'en nourrissent, puisque ceux-ci donnent constamment la plus belle soie. Aussi ont-ils appliqué cette méthode de culture à toutes les espèces de mûriers qui ont pu s'y plier , et l'ont-ils introduite dans la plupart de leurs provinces. Dans celle de Tché-kian, qui fournit une si énorme quantité de soie, l'œil découvre de toutes parts des champs immenses , plantés de , petits mûriers qu'on «mpêche soigneusement de croître , et qu'on taille à peu près comme nos vignes. A l'inspection seule de la soie , un Chinois reconnoît d'abord l'espèce et l'âge

ce n'est pas de l'abricotier commun et ordinaire , mais des amandes du seul abricotier sauvage qu'ils expriment l'huile qu'ils mangent,

(i) Morus alba, sinicè chine-pé^chou. Monts fblm obliqué .corda fis, lœuibus* Lin.

HISTOIRE NATURELLE. 5oi

des feuilles dont les vers se sont nourris ; il Arbres fruîdistingue s'ils ont vécu des feuilles molles et *J5/.* ^® '* délicates qui naissent au printemps , ou des secondes feuilles plus dures, qui repoussent pendant Tété , tant la diversité de nourriture met une différence sensible dans les ouvrages de ces foibles insectes.

Les forêts de la Chine sont abondamment Jj^^'J^ir"^*** pourvues de mûriers sauvages , qu'on nomme tché'lan, ou yéAan. On y conooît aussi les mûriers noirs à gros fruits bons à manger; mais ils ne sont pas ceux qui fixent le plu^ Tattention. Les- premiers ^oins sont réserves pour la classe précieuse des mûriers blancs y dont les Chinois comptent un assez grand nombre d'espèces et de variétés. Nous ne ferons mention que des deux suivantes. Les mûriers appelés kin-lcai se couvrent de feuilles minces, peu pointues, ressemblantes par leurs contours à la feuille des courges , quoique celle-ci soit beaucoup plus grande. Ils ont le bois du tronc solide et des racines durables, avantages dont ne jouissent pas la plupart des mûriers. Les vers nourris de leurs feuilles donnent une soie forte, dont on fabrique les tissus connus^ sous le nom de cha et de /ocha , espèces de gaze et de crêpe qui ont de la consistance et du corps. La seconde espèce

5o2 DE LA CHINE. LIT. TH.

Arbrri froî- ^^ Toûricrs, 11011 iDOÎiis estimëe qae la pre- Chhic^* ** mière, est celle de iou , ainsi appelée de Tancîen nom de la province de Chane4on. Ceux* ci produisent peu de fruits ; leur tronc s^éleTe et acquiert de la hauteur ; leurs feuilles sont grandes , fermes , rondes , épaisses et pleines de suc ; ils ont les branches saines et vigoureuses ; mais leur racine et le bois de leur tronc n>st]pas de durée. Quoique leurs feuilles puissent servir 'd'alîment aut vers à soie de tons les âges, elles sont néanmoins plus jpropres à nourrir ceux qui sont déjà un peu grands, comtnfe les feuilles du kin-lan conviennent mieui aussi aux vers nouvellement éiîlos.

Paierai les mûriers' dé la Chine , il en est de jirétoces et de* tardifs : on recherche les preliniérs, et Ils si^At placés de préférence dans le voisinage dès maisons , et à la proximité des ateliers ou Toh 'élève les vers à sole. La culture des mûriers n'est pas la même partout: die varie selon le sol et le climat des provinces où ils croissent , et il seroît difficile de réduire à des règles fixes et générales les diverses méthodes chinoises , qui souvent même encore se modifient , selon les différentes esj[)èces d'arbres auxquelles elles s'appliquent.

HISTOIRE KATURELLE. 5o3

§ XVI. — i> niflùr ( I ) . ■ Arbre, fruj-

Chine.

Le néflier de la Chine diffère de ctux dTurope ; il s^élève à la hauteur de huit à dix pieds ; r

son tronc est droit , cylindrique ^ recouvert d'une écorce cendrëe et crevassée. Ses feuilles sont alterne^, ovales -oblongu es, pëtiolées, munies de stipules , dentelées en forme de scie v^rs leur sommet, marquées en dessous d^une côte saillante d^où partent des nervures latérales et parallèles , d^un vert gai en dessus , tapissées en dessous d'un duvet de couleur roux 'cendré. Les fleurs se réunissent en pani-^ cule au sommet des rameaux ; elles sont blanches, très- rapprochées, sessiles, munies de braètées. Un calice monophyllé , épais , de couleur de rouille en dehors, embrasse une partie de Tovaire , et se partage à son limbe en cinq dentelures obtuses. Cinq pétales , dis* posés en rose, ovales, velus intérieurement, striés , crénelés à leur sommet , forment là corolle. Vingt étamines , plus courtes qiiè les pétales, à anthères arrondie^, environnent cinq styles, à stigttiates obtus, moins élevés que les étamines. Le fruit , d'une forme ovale , jau-

(i) Mespilus ^aponica. Mespilus inermis , foliis oblongis y apice scrrails, éubiù4 /o/73e/i/o5/«^ Thuob. ; Flora Jap. y p. 20&^

5o4 BE LA CHIN^. hlY. TII.

Arbres fniî- i*âtrc , I^èrement duveté , est revéta d'ane Chinfc* ^ pulpe charnue , dhine saveur douce , acide , vineuse ; il se divise en cinq loges , qui contiennent autant de semences osseoses de couleur brune , et sujettes à avorter-

Ce bel arbre , outre les fruits agréables et sains qu^il procure ^ contribue encore à la décoration des jardins chinois. Il conserve ses feuilles pendant tQute Tannée , et lorsque les. premières et douces influences du printemps font épanouir ses fleurs , elles parfument Pair d^unç odeiir aussi su^ye que celle dç Faubé^ pine.

Ce néflier est une de nos conquêtes sur la Chine. Il fut d^abord transporté de Canton à risle-de-françe , oh on le cultiva pendant quelques années. Introduit ensuite en France en 1784» il a fleuri, pour la première fois, au mois de mars 1798, à la pépinière du Roule » établissement national dirigé par M. Lçzermes. Il y a fleuri de nouveau au itiois d^avril 1793 9 et aq mois de juillet i8p3. Cçl habile botaniste, en faisant usage desmarcotles et de lîji greffe^ soit sur Tépine ordinaire , soit sur le coignassier , est parvçnu a obtenir de nomr breux individus de celui qu'il a reçu de Tlsle-. ^ç-Françe. Plusîei^rç on,t passé dans nos jai:-

HISTOIBE NATURELLE. 5o5

dins publics et partîjculiers , et Von en possède arbres fruîun.à la Malmaison. Cet arbre passe l'hiver ^^? ^^ ** dânsPorangerie ; cependant quelques amateurs le tiej:)nent en pleine terre durant cette saison , en le couvrant de litière pour le défendre des gelées. Tout porte à croire que le néflier de la Chine pourroit facilement s'acclimater dans nos provinces méridionales,

§ XVn. — La çi^.^

On recueille à la Chine une grande quan- uVi^S^Machinl?

,*^r j • • *. • 1 /^l» • !• X • *. Histoire de se» riK

tite de raisms j et si les Chmois ne font point Toiutiom. usage du vin , ce n'est pas qu'ils manquent du fruit qui le donne. C'est un préjugé de croire que la vigne n'ait été connue que très-tard dans cet empire , et qu'elle y ait été portée de l'Occident. Tous les leltrés assurent que la vigne y a été connue et cultivée dès la plus haute antiquité. On ne peut, selon eux^ entendre que dé la vigne ce qui est dit dans le Tcheou-li sur ce que dévoient faire les man-* darin scbargés des jardins de l'empereur : or, le Tcheou'li passe pouç être l'ouvrage du célèbre Tcheou-kon, frère de Ou-ouafi., q^ji monta sur le trône l'an 1122 avant Jésus-Christ^ Quoi qu'il en soit, il paroît certain qu'il y ^ eu des vignes dans le Çhane-si et le GhenCr.

5o6 DE LA CHINE. LIV. Vil.

Arbres frai- *' plu^iewrs sîècles dVant l'ère chrétienne , et î\m de la qu^on en cultivoit même assez dans ces pro- ▼inces pour pouToir en fabriquer une grande quantité de vin. Il fut pareillement un temps où les habitants des provinces de Pé-tcfaé^H ^ de Chane-ton , de Ho- nane et de Hou-kouan se livrèrent avec la même ardeur et un égal succès à la culture de la vigne. Le vin qaUls faisoient avoit la propriété de se conserver pendant plusieurs années , enfermé dans des urnes qu'on èn^erroit ; et cette liqueur , dit l'histoire , étoit devenue assez commune pour qu'elle causât de très «grands désordres. Les chansons qui restent de toutes les dynasties , depuis les Hane jusqu'aux Yvene. , font foi que le vin de raisin a toujours été fort au goût dos Chinois. L'empereur Ouene-ti , de la dynastie des OuEi , le célèbre avec un enthousiasme lyrique digne d'Anacréon et d'Horace ; et l'on voit dans la grande botanique chinoise , liv. i33 , quele vinde raisin étoit le vin d'honneur que plusieurs villes offroient aux.gouverneurs , aux vice-rois , et tnême à l'empereur. Sl^U^^cm^^I En iâ^3 , J'emperénr 'fai-tsou accepta pour la dernière foie deïm dé Tai-yiiene , ville du Chane-si , et défendit qu'on lui en présentât davantage : Je bois peu dû i^in , dit ce prince ^

et je né otux pas que ce que j'en bois cause le Arbres fniimoindre embarras à mon peuple. ^^J? ^^ '*

Maid il paroît qu6 cette culture a essuyé bien des rëvoliitions à la Chine : la vigne n^a jamais été exceptée , toutes les fois que le gou* vernement a fait publier Pondre d'arracher les arbres qui èttribarrassoîent les champs destinés aux moissons. L'extirpation des TÎgnes a mêitie éïé poussée siloin dans la plupart des provinces, sous certains règnes , qu'on en perdit totalement le souvenir. Quand, dans la suite, il fut permis d'en replanter , si l'on s'eft tient à la manière dont quelques historiens s'expriment , on croiroit que la vigne et le raisin commencoient à y être connus pour la prerriière fois. C'est probablement ce qui a pu faire penser que la vigne n'étoit pas ancienne à la Chine. Il est cependant certain que, ùint> parler de temps trop reculés , les annales chinoises font clairement mention de vigne , de raîsirt, et nommément de vin de raisin, sous le règne de l'empereur Ou-ti , qui monta sur le trône l'an 140 avant l'ère chrétienne , et que , depuis ce prince , on peut constater l'usage et l'emploi du vin de raisin , de dynastie en dynastie , et , pour ainsi dire , de règne en règne, jusqu'au quinzième siècle.

Quant à l'état actuel de la culture de la vigne TuW^T'^'

So8 DE LA CHIÎiE. LIV, VII.

Arbres frui- ^ ^^ Chine » cc qii^OD peut dire de plus positif, c?* ^^ '* ^'^**' ^^^ ^^* empereurs Kan--hi , Yon-tchin et Kiene-IoD , ont fait venir un grand nombre de nouveaux plants des pays étrangers ; que les trois provinces de Ho-nane, de Chaneton , de Chane-si paroissent avoir répare leurs anciennes pertes ; que les deux grandes villes deTai-yuene et de Pin-yan,dans le Chane-si, r sont fameuses dans tout Tempirepar la grande quantité de raisins secs qui sort de leurs environs pour la pharmacie et les tables ; que la province de Pé-tché-li , non moins célèbre de tout temps pour ses vignes , en a encore au* jourd^hui beaucoup ^ jusque là qu^on y compte quatorze districts renommés pour leurs raisins, qu^on conserve long- temps , et qui se vendent à Pé-kin à un prix fort modique* iUMi'»deHs-mi. Les -plus cstimés de tous les raisins qu'on connoît à la Chine viennent , comme tious Pavons dit ,. du pays de Ha-mi. Ceux de ces raisins qu- on fait sécher sont de deux espèces : la première, qui est fort employée dans la médecine chinoise; paroît parfaitement semblable à celle que nous connoissons sous le nom de raisins de Corinthe. I^a seconde , qui est plus recherchée pour les tables , est plus petite et plus délicate que nos passevilles de Provence. Les médecins chinois attribuent plus de forc^

HISTOIRE KATtJRELLE. S09

aux raisins secs de Ha-mi qu'à ceux delà Chine, Arbres fruîjusqu'à prévenir que la dose en doit être plus *^^jj?^ ^ '* petite, ilsobservent que Tinfusion des premiers est un excellent remède , 1° pour faciliter l'éruption de la petite vérole , vers le quatrième jour, lorsque le malade est ou paroît être trop affoibli ; 2** pour exciter une douce sueur dans certaines pleurésies ou fièvres malignes^ la dose doit varier selon l'âge , l'état et la force du malade , et ce remède doit être sur- tout administré à propos et avec discernement.

La position géographique de Ha-*mi, dont la latitude est dé 4^° 53' 20", est à peu près la même que celle de nos provinces les plus méridionales de France ; mais on peut assurer que son climat est plus favorable à l'a culture de la vigne, et bien plus propre à donner au raisin un degré supérieur de bonté. Il ne pleut jamais à Ha-mi ; on n'y voit même presque jamais ni brouillard , ni rosée ; la terre y est uniquement arrosée par la neige qui tombe en hiver , et par l'eau de neige fondue qu'on recueille au pied des montagnes , et qu'on économise avec beaucoup de soin et d'industrie.

La dessication des raisins se fait d'une ma^* Maaiëre d>^r«ii« nière plus simple à Ha-mi que dans les provinces de la Chine. Bans le Chane-si , on fait

5x0 DE LÀ CHINE. LIV. Vit.

Arbres frui- V^^^^^ ^^"^ qu'ott veut sëcher à la vapeur du cï' ^* '^ ^*^ bouillant , ou même on lui fait essuyer deux ou trois bouillons dans du vin , où Ton a répandu un peu de miel blanc purifié. Dans le royaume do Ha-mi , on se contente d^atten* dre que les raisins soient bien mû^s ; ensuite , après les avoir exposés en grappes à un soleil ardent , on les égraine , et Ton achève de les faire sécher. Quelque secs qu^ils soient , ils se rident sans se vider ni s^aplatir ; les bons raisins doivent être presque aussi croquants que le sucre candi.

L^empereur Kan-hi a enrichi la Chine de trois espèces nouvelles de raisins , dont il a fait transporter les plants de Ha*mi et des pays voisins. « Ceux de la première espèce , » dit il lui-même , sont fouges ou vcrdâtres , » et longs comme des tétins de jument. Ceux » de la seconde ont un goût et un parfum très- » agi éables , mais ils ne sont pas gros. Ceux de » la troisième sont les plus délicats , les plus 2> doux et les plus parfumés ; mais ils ne sqnt pas » plus gros que des pois. Ces trois espèces de » raisins dégénèrent dans les provinces méri- » dionales, etyperdentleurparfum: elles résis- » tent assez bien dans celles du nord , pourvu » qu^on ait Tattention de planter la vigne dass

HISTOIU^ NATURELLE. 5l|

» un terrain sec et pierreux. J'àime bien Arbre* iruij> mieux ^ajoute ce prince , procurer une nou- ctlaef* ** » velle espèce de fruits ou de grains à mes su^ » jets, que de bâtir cent tours dç porce-^ » laine (i). »

§ XVIII. -T" Le figuUr. Le b^nankr. 4rbre auwym^.

Il est peu d'arbres fruitiers dont les formes soient*aussi diverses et aussi multipliées que celles du figuier : nos botaniste^ en comptent , dit-on , jusqu'à quarante espèces où Variétés. On recueille également à la Chine une grande quantité de figues , qge lés habitants confisent , ou font sécher de différentes manières. Si quelques-unes des nôtres leyr manquent, ils en ont aussi plusieurs espèces qui nous sont inconnues. On trouve dans le Kianr si l'espèce de figuier que les Chinois appellent yanrchou. Cet arbre s'élève fort haut ; il étend ses branches horizontalement, et la circonférence qu'elles forment est assez vaste pour couvrir presque un demi-acre de terre. On cultive, même aux environs de Pé kin, pu les hivers sont si rigoureux , l'excellente figue cague ou caque , qui croît en Sicile et en Italie ,

(i) observations d'Histoire Naturelle (Je l>mper(eur Kan-Ui,

5l2 DE LA CHINE. LIV. VII.

Arbres r '- ®* ^"^ tkous OC connoîssons presque pas en tiers de la France. Le P. Gibot nous apprend que de la poussière sucrée dont se couvre cette espèce ' de figue , les confiseurs chinois font des tablettes et des pastilles très-estimées pour la poitrine. Nous ignorons si , pour opérer ou accélérer la maturité des figues , on pratique à la Chine la méthode de la caprification ; nous n^avons rien découvert qui nous porte à le croire.

Les provinces méridionales ont la figue banane commune avec llnde (i). Le bananier de la Chine s^élève à la hauteur de douze à quinze pieds. Son tronc n'est pas ligneux comme celui des autres arbres , mais paroît formé d^une substance spongieuse que recouvrent successivement un grand nombre de feuilles amplexicaules , qui se surmontent, 3^engaînent les unes dans les autres et tombent. Celles qu^il pousse au haut de sa tige , au nombre de dix à douze , sont les plus grandes qu'on connolsse dans le règne végétal : elles ont jusqu'à sept ou huit pieds de long sur deux de large ; une seule tient lieu de nappe sur une table. Une forte nervure, de

(i) Musa paradisiaca. Musa spadice nutante, Jioribus masculU pemstentibu9, lÂu.

Arbres frui-

niSTOIRE NATURELLE. 5l3

Vépaisseurdu petit doigt, partage ces feuilles dans toute leur longueur. Elles sont d'un vert *•' 7 ^^ ^* clair , unies , glabres , satinées > fermes et retentissantes comme le papier ; quand le vent les agite, elles font beaucoup de bruit, et quelquefois se déchirent. Au haut de la tige et du milieu des feuilles s'élève une forte et unique branche, chargée d'une multitude de fleurs hautes d'un pouce , d'un blanc jaunâtre , et d'un parfum agréable. Celles-ci sont remplacées par des fruits qui font bientôt courber sous leur poids la branche nourricière qui les soutient , et qui prend alor§ le nom de régime. On a compté quelquefois jusqu'à trois cents figues sur un de ces i^ameaux , qu'uki homme peut à peine porter. Ces figues ont la forme et la grosseur d'un concombre ; leut grosseur varie selon la force du bananier . qui les produit. Lorsqu'on les coupe transr versalement, on aperçoit sur les tropçons une croix semblable à celle que portent les con- " combres. Ces fruits sont revêtus d'une peau jaune ; leur chair est blanche , molle, juteuse ; elle a , dit le P. Boym , le goût de fraises confies dans le sucre. Les Chinois coupent souvent le rameau du bananier lorsque ses fruits sont encore verts , et le suspendent dans leurs II. 33

Arbresfrni'

5l4 DE LA CHINE. LIV. VIL

maisons où ils les laissent mûrir ; â^autres , ijen de la pouF hâter Icur maturité , les couvrent de riz »

CIllOC. A 3 ^

ou même de chaux. Le bananier ne fleurit qu^une fois. Lorsqu^on a coupé le rameau à fruit , la plante se sèche et on Parrache ; mais de sa racine , qui est bulbeuse , s^élèvent des rejetons qui lui siftcèdent , et donnent , au bout de six mois , des fruits à leur tour. L'ârbnaiioBjnf. Nous désiguous , SOUS le titre d^ arbre anonyme , celui dont parle le P. Boym dans sa Flore chinoise, qu'il a d'abord vu dans l'isle de Hai-nane , et qu'il a eu occasion d'observer ensuite dans la province de Kouan-ton ; mais dont le nom chinois lui est échappé. Sa singularité résulte de la manière étrange dont il porte ses fruits. Cet arbre croît fort haut ; il pousse des feuilles longues et larges , presque capables d'envelopper un homme. Sa racine principale pivote et s'enfonce profondément en lerre ; toutes les autres restent à sa surface , et c'est par ces racines découvertes que l'arbre fleurit. Elles poussent des fleurs rouges, auxquelles succèdent des fruits, qui ressemblent à nos figues communes par leur forme et leur couleur, mais qui rougissent lorsqu'ils commencent à mûrir. Je ne sais s'il existe un autre arbre connu, qui ofire une

IIISTOIIIÊ NATURELLE. Sl5

9iUS6i singulière dispoaitian de fleurs et 4e ^^^^ -^ .

fruits, tiers de la

§ XIX, — le pa-lo-myé (i). ^*^'«*-

Ce grand arbre , que les Portugais appellent jcuxi et lets 'Espagnols nauguas ^ pousse des branchesfortes, tortueuses, longues, et qui lui forment une cime large et touffue. Son 'écorce est raboteuse , épaisse , de couleur brg ne ; elle contient , comme toutes les parties de l'arbre , ' un suc laiteux et gluant , qui en découle lors^* qu^on Tentame. Ses rameaux se couvrent de feuilles longuesde six pouces , alternes , ovales ^ très-entières , lisses , et marquées de nfervqres transversales et parallèles. Les fleurs , dépourvues de corolles , sont monoïques et rassemblées , mâles et femelles , sur des chatons différents qu'elles recouvrent en entier. Le chaton mâle tombe , et le chaton femelle devient un fruit. Ce fruit est le plus gros qui croisse dans Tunivers : il surpasse par son poids et son volume la plus forte citrouille, et il forme seul la charge d'un homme. L'arbre n'en produit qu'un petit nombre. Ils naissent attachés au tronc ; les branches , quoique très-fortes , »e

(i) Artocarpus jaca. Artocflrpus foliis opatis^ integenimU ; amentis masculis et'ectis; fructu maximo, o^a/a. Lam. , Encycl. inéth. Bot

5l6 1>È LA CHINE. LIV. VIL

Arkresfrui- po^rTOÎent Supporter long - temps un pareil tiers de la. fardeau. Cet immense fruit est de forme ovale.

Chine.

Son ëcorce est d'un vert obscur, charnue, épaisse ^ armée de forts piquaùts ; on se sert d'une hache pour le fendre et Pouvrir. Tout rintérieur du pa-lo-myé est partagé en une multitude de compartiments ou cellules , qui ne sont proprement que les ovaires ou fruits des fleurs, rangés autour de J'axe du chaton. Ces cellules sont remplies d'une pulpe jaune, odorante, d'une saveur douce , et qui a quelque rapport avec celle du melon. Outre cette pulpe , chaque loge contient encore une espèce de noix ou châtaigne, qu'on raange ordinairement rôtie ou préparée avec le lait de la noix de coco. Ces fruits intérieurs sont si abondants, qu'ils peuvent rassasier vingt personnes. Les Chinois connoissent que le fruit est mûr, lorsque son écorce commence à s'amollir ; tant qu'elle se maintient ferme et dure , ils ne le détachent point de l'arbre , ou s'ils le cueillent, ils lui laissent ensuite le temps de mûrir. Les fruits du pa-lo-myé commencent à paroître dans les mois de mai et de juin. Son bois est recherché pour les ouvrages de menuiserie ; il est dur, solide, et d'une belle couleur jaune.

HISTOIRE NATURELLE. Biy

Cet arbre croit dans les provinces méri-

Arbres fruî-

dionales de la Chine , et dans Pisle de Hai- *l,t'? ^^ ^

Cbine.

nane. Il est assez commun dans les Indes et aux isles Moluques ; on le cultive même à risle-de-France.

§ XX. — Le hou-tsiao , oufagarier de la Chine. Le fagarier du Japon.

Le hou'isîao (i) fournit une sorte de poivre qui difiere de celui dont nous faisons communément usage ; mais il peut y sup* pléer , et offre des propriétés à peu près semblables. Les petits fruits quUl donne sont des capsules arrondies , bivalves , de la grosseur d^un pois, d'une couleur grise, mêlée de filaments rouges. Lorsqu'ils sont parvenus à leur maturité, ils s'ouvrent d'euxmêmes , et découvrent une semence solitaire, presque ronde, noire et luisante. L'odeur qu'exhalent ces fruits est si forte et si pénétrante , au rapport du P. le Comte , missionnaire , qu'on ne peut , sans danger , rester long-temps près de cet arbrisseau , et qu'on

est forcé d'interrompre fréquemment la ré-

(0 Fagara avicerinae. Fagarafoîiis inermibus, impari-pi/i" natis ifoliolU J,anceolatis , integerrimls , u trinque glabris; /vz- ^emispanicu lotis fQliisbrepioribm, Lam.^ Ënçydi. méth. JBoU

5l8 DE X.A CHINE. LIV. VII.

Arbre» frui- ^^'*® ' ^^ s^éloignaiit. Quand tes grains sont lier» de la cucillis , Oïl Ics cxpose au solcM ; on jeté la se-

Chint. * Al*

mence , dont le goûl est trop acre , et ron conserve les capsules hiûtk desséchées. Quoique celles-ci n'aient pas la forée et la saveur du poivre ordinaire , elles n'en relèvent pas moins agréablement le goût des viandes , dans l'apprêt desquelles on les mêle.

^Les graines piquantes et aromatiques que fournit le hùu * isiao n'aurôient pas suffi pour lui donner une haute importance ; mais ce qui rend cet arbrisseau du plus grand prix pour la Chine , c'est qu'il nourrit de ses feuilles celle des trois espèces de vers à soie sauvages qui donne la soie la plus belle et la plus re-* cherchée. Quand nous ferons l'histoire de ces précieuses et singulières chenilles , on sentira de quel intérêt doit être l'arbrisseau sur lequel elles naissent, vivent, multiplient, et déposent leurs riches cocons.

Le fagarier du Japon , décrit par Thunberg (i), croît aussi à la Chine, où il est connu sous le nom de hoarirliu. Cet arbrisseau est à peu près le même que le précédent j ses fruits sont semblables, et il n'en diffère que

(i) Fagara ^i|»«tita. iFûgarafoliis crenaiis. Lin. — Thunb., Flora Jap. , page 64,

HISTOIRE NATURELLE. Sig

par la forme et la disposition de ses feuilles. La racine , les feuilles fraîches , Pécorce et les capsules sechées de ces deux iagariers ont des vertus médicinales qui les font employer avec succès dans le traitement de plusieurs maladies.

§ XXI. -^ Le poîçrier à fruits noirs. Le poivrier long.

Les missionnaires Martini et Boym nous apprennent que le véritable poivre , dont nous usons habituellement , est aussi une des productions de la Chine : il croît à l'extrémité la plus méridionale et occidentale de la province d'Yune-nane , sur le territoire de Mo-pan , place chinoise , qui confine au Pégou , et se rapproche du Bengale. 11 s'en trouve encore dans la partie de l'île Formose soumise aux Chinois. Nous placerons ici quelques détails sur la culture de ce brûlant aromate , qui coûte annuellement tant de trésors à l'Europe.

Le poivrier à fruits noirs (i) ne pousse, comme la vigne , que des tiges sarmenteuses , chargées de nœuds , incapables de se soutenir par elles-mêmes , et qui ramperoient ça et là

(i) Piper nignim. Piper Jbliis opalis , septemneruiis , gla-' bris i peiiolis simplicimmis. hin.

Arbres frui»

tiers de la Chine.

Le poivrier !| fruits noirs.

520 DE LA CHINE. LIV. Vil.

Arbres frui- ^^^ '^ terre, si l*on n'avoit soin de les faire ^ers de la croître dans le voisinage d'autres arbres , auxquels elles s'accrochent et s'entortillent, comme le houblon (i). Sa racine est fort petite, fibreuse, traçante, et ne s'enfonce que médiocrement. A chaque côté des nœuds de la tige naissent des feuilles ovales, aiguës y trèsentières , glabres , d'un vert foncé en dessous, plus clair en dessus , dont les nervures sont régulièrement espacées dans les unes , et inégalement dans les autres. Quelques botanistes ont cru pouvoir attacher à celle différence la distinction des poivriers mâles et femelles; mais sans fondement, puisque le même jet porte quelquefois l'une et l'autre espèce de feuilles. Les fleurs viennent en grappes , et se changent en fruits arrondis, assez semblables aux graines de genièvre. Les plus fortes de ces grappes portent jusqu'à cinquante grains , les moindres environ trente. Lorsque le poivre est encore vert, il est d'une sa veur agréable, quoi-

{i) « Le poivrier, dit M. Staunton , est une plante rampante y> et parasite, qui s'attache aux autres arbres. * » Cetle notion n'est pas exacte, l.e poivrier est une plante qui rampe et qui grimpe; mais elle n'est pus parasite , puisqu'elle vit des propres sucs que lui transmeltent ses racines.

• yc/age de lord Sfatartney, tome H, ,PH^ 56.

HISTOIRE NATURELLE. Sai

que plein* de force : on peut alors le manger en salade , où oiï le confit au sel et au vinaigre , et il se conserve dans cet état pendant une année entière.

Il faut au poivrier une terre franche et grasse. Pour le multiplier, on choisit un de ses scions ou rejetons, qu'on plante au pied d'un arbre quelconque ou d'un arbrisseau ; mais il faut avoir som de bien sarcler la terre, et d'extirper toutes les herbes qui l'avoisineht. Le rejeton croît pendant trois ans sans produire de fruits; mais il en donne abondamment et de très-gros la quatrième ,- la cinquième et la sixième année. Un jeune poivrier de cet âge rend six à sept livres de poivre , et ses fruits n'augmentent plus en grosseur. Pendant les trois années suivantes , son produit est moindre d'un tiers , et le volume de ses graines décroît dans la même proportion. Dans le cours de la dixième , onzième et douzième année , sa fécondité semble l'abandonner;» il ne rapporte plus que foiblement, et ses graines sont extrêmement menues. Bientôt après il cesse de produire, et il faut le remplacer.

La culture de cet arbrisseau exige des soins suivis. La terre doit être fréquemment sarclée

Arbres fruitiers de la Chiite.

S* caltare.

IPigitized byVjOOÇlC

522 DE LA CHINE. Liy« TII.

Arbres frui- ^ ^^^ pîcd, et dëbarrassée de toute herbe étran* tiers de Ja gère. SoD rapport même tient à ces labours : les poivriers qui croissent dans les bois, abandonnés à eux-mêmes et au milieu de mauvaises herbes , ne donnent aucun fruit. Lorsqu^l est sur le point de produire, on élague les branches et le feuillage de Tarbre qui le soutient, afin quUl puisse être plus librement frappé des rayons du soleil , dont il 'a besoin ; on ménage des points d^appui aux grappes trop chargées , dont le poids pourroit entraîner ces tiges fragiles, et les briser contre la terre; on empêche sur-tout que les chevaux , les bœufs et tous les grands animaux ne pénètrent dans les lieux plantés de poivriers , parce que , arrêtés et embarrassés au milieu de toutes ces tiges, ils les rompent et les arrachent ; enfin , lorsque Tarbrisseau a donné ses fruits , on le taille et on Pététe , pour contenir sa sève et le conserver dans sa vigueur.

Réwheda poivre. Lc poivrîcr flcurit au mois d'avril, ellon fruit se noue au mois de juin ; il devient vert et acquiert toute sa grosseur en août , rougit I en octobre , commence à noircir en novem-

bre , et achève de noircir et de mûrir en décembre. Cest à peu près le temps de la ré«

coltc ^; qui varie néanmoins , selon îa diffé- Arbres fraîrence des Hcux où le poivre croît. On cueille ^"? **« ^ alors leÈ grappes , et on les expose ensuite au soleil , pour les faire sécher au point que les graines se détachent d^elles-mémes. Le temps de cette dessication dure quinze jours , pen-^ dant lesquels on ne cesse de tourner et de re« tourner les grappes , qu^on a soin d^enlever le soir et de mettre à couvert pendant les nuits.

Les naturalistes ne s^accordent pas encore i«poîTrebi«i». sur ce qu'on doit penser du poivre blanc i les uns nient son existence , les autres (indiquent jusqu'aux lieux où il croît. Le célèbre Geoffroi , dans son Traité de la Matière medicale ^ assure que tout le poivre blanc qui nous parvient par la voie du commerce n'est autre chose que le poivre noir, dégoîsé par ^artifice des Indiens , qui ont le secret de le dépouiller de sa peau. Ce que nous trouvons dans les Mémoires que nous avons sous les yeux, peut jeter quelque lumière silr cette question. Nous y apprenons que lorsque le poivre est encore sur les arbrisseaux, on rencontre ça et là quelques grains qui ne rougissent ni ne noircissent, mais restent toujours blancs. Les naturels qui cultivent les poivriers ont grand soin de cueillir ces

Arbres frui- 6^^^"^ » *^^ ^^^ amasscot , Ics cooserveiit poar ûm de la en faire usage dans leurs maladies, et ils ne' les cèdent qu'à très -haut prix aux étrangers qui veulent s'en procurer. L'estime que ceuxci leur ont paru £aire du poivre blanc , lenr a fait naître l'idée de recourir à la ruse pour doubler leurs bénéfices. Ils ont imaginé de blanchir le poivre , et y ils parviennent à l'aide d'un procédé fort simple. lis cueillent le poivre au mois d'octobre, temps. où ces fruits prennent une couleur de pourpre et ne sont encore revêtus que d'une pellicule tendre et délicate. Ils lavent ces graines dans plusieurs eaux , où ils ont délayé une certaine quantité de sable , dont le frottement ne tarde pas à eipporter cette pellicule rougé , qui auroit noirci si les graines fussent parvenues à leur maturité. Le poivre ainsi dépouillé reste blanc, parce qu'il n'offre plus alors que la pulpe ou la substance de son grain , qui est naturellement blanche. Il semble qu'on pourroit conclure de ces indications, qu'il existe un poivre blanc que le nature produit accidentellement ; que tout le poivre blanc qui nous est transmis par le commerce est falsifié, et , de plus , que ce poivre blanc artificiel doit être, coiQiqe on Iç trpuve' ep effet , plus déli-

cat , moins acre et moins brûlant que le . . ^ - . ' poivré noir , puisqu^l n'a pas atteint, en res- **«ers de u tant sur les arbres, son entière maturité. \

Le poivrier long (i), qui croît au&si dans LepoiT«io»g. les provinces méridionales de la Chine , est un arbrisseau grimpant, dont la tige tortueuse, striée, chargée de nœuds, se divise en rameaux nombreux : ceux-ci se garnissent de feuilles alternes , ovales , échancrées en cœur à leur base , aiguës à leur sommet , les unes pétiolées et les autres sessiles, toutes marquées de sept nervures. Les fleurs, très-petites et dépourvues de corolle , se réunissent en épis axillaires , et les baies arrondies qui leur succèdent se présentent unies et trèsserrées les une^ contre les autres.

Les graines de cette espèce de poivre servent également à Passaisonnement des mets. Leur saveur eM aussi acre et ardente que celle du poivre noir; mais on prétend qu'elle est moins agréable.

§ XXII. — Le bétel. V aréquier.

Le bétel est encore un poivrier (2), mais uu\àL

(1) Piper longum. Piper foliis cordatis , petiolatis sessvlibusque. Lin.

(2) Piper betle. Piper foliis ouatis, oblongiusculis ^ acumi^ natisj sep^mnerms j; petioiis bidentatis, Lîn.

Arbres fruî- ^^^^^ conou par ses fruîts quc par Timpor- Ch^n ^ ^^ t^wce singulière qu^on attache à sa feuille, de- . venue nécessaire, à la plus grande partie des habitants de TAsie et des indes. Les Chinois, à riaûtatioii de presque tous les .peuples orientaux, usent delà feuille de bétel cosime d^un remède souverain contre toutes les maladies qui attaquent la poitrine ou .l!estaiitac* L^arbrisseau qui porte celte feuille ^lâmpe comme . le lierre , .et serpente autour des arbres auxqu^s il d^atlache; Sa feuille est alterne , ovale , oblongue^ Juisante , marquée de sept nervures , terminée en pointe , et s'ëlargissant vers sa base. Sa couleur est d'^un ver^ naissant, qui devient rouge lorsque la feuille est mure. Les Chinois ia recouvrent le plus souvent d^une espèce de chaux , faite de coquilles très^fines, réduites: en bouillie, et ils en enveloppent Tamande d'une noix:d'ar éca. Ils mâchent xontinuellement de ces feuilles ainsi préparées, et ils prétendent qu^eUesibrtifient les gencives , confortent le cerveau , chassent la bile , nourrissent les glandes qui sont autour de la gorge , et servent de préservatif contre Tasthme , maladie que la chaleur rend fort conimune danà les provinces méridionales. « La ch^aux qu'on ajoute à cette feuille ,

» dit le voyageur Tbunberg , rend les lèvres » Arbres fruî- » les dents et la salive rouges , et ensuite *^^" ^^ *» p brunes. Une personne qui suce du bétel » sans y être accoutumée , s'enivre ; mars on » ne tarde pas à se familiariser avec cette » drogue , au point de ne pouvoir plus s'en » passer. Elle cuit dans la bouche , et offense » tellement tous les nerfe de la langue et du » palais, qu'elle fait perdre le goût (i). » Les Chinois portent le bétel et l'aréca dans des boîtess^ et s'offrent officieusement ces feuilles, quand ils se rencontrent, de la même manière que nous offrons le tabac.

L'aréquier (2), qui est de la famille des i-*"^'»"palmiers , s'élève à la hauteur de quarante à cinquante pieds. Son tronc est droit , lisse , cylindrique, chargé d'anneaux parallèles, qui sont les empreintes des feuilles tombées. Son bois, qui est très-fibreux, est d'abord tendre, spongieux ; mais il se resserre , et devient tellement dur et compacte , qu'il est très-difficile de le couper transversalement, tandis qu'on le fend aisément dans sa longueur. Cette tige 5e termine pat une touffe de feuilles

(1) Voyage^de Thunberg, tome II , page 36^2. (a) Areca catechu, sinicè pine-lan, Arecaf/ondibus pinnaih ; foliolh replieatis , opposUis , ppœmonis, \Àn.

Arbres frui-

ailées, longue de huit à dix pieds. «CKacunc tî*Ts 4e la de ces feuilles e^t composée de deux rangs de folioles f longues de trois (lieds, opposées, lisses , plissées , et inégalement déchiquetées à leur sommet Les fleurs mâles et femelles, confondues les unes avec les autres , se rassemblent en panicules; elles sont petites, blanches, foiblement odorantes, composées de trois pétales , et garnies ou de neuf étaxnines jaunes, ou d^un seul pistil supérieur. Le fruit , qui a la forme et la grosseur d'un œuf de ppule , est recouvert d'une écorce épaisse , fibreuse , qui est d'abord verte et qui . jaunit en mûrissant. Sous cette écorce est tiiie grosse amande d'un gris rougeâtre , tantôt arrondie , tantôt oblongue , quoique plate à sa base , et marquée intérieurement de veines noires.et blanches, à peu près comme la noix muscade. Lorsque cette amande est mangée verte et avant sa maturité, elle cause une sorte d'ivresse qui ressemble à celle du vin. Elle devient dure, conâ pacte ^ d'une substance semblable à celle, dé là corne ; on la casse et l'on en mâche; les. morceaux enveloppés dans une feuille de bétel.

On a cru long-temps que le cachou , qu'on nous apporte des Indes en morceaux de dif-

Arbres frui-

férentes formes , provenoit de Paréquier , et M. de Jussieu sembloit avoir prouvé , dans *îers de la un de ses Mémoires lu à T Académie des sciences (i), que cette substance étrangère n^étoit qu^un simple extrait des sucsgommo-résineux des noix d^aréca encore vertes. Mais d'après des relations plus récentes et des renseignements plus positifs , il paroît aujourd'hui certain que le cachou est dû à un acacia qui croit dans rinde , connu sous le nom de mimosa catechu. Lin. fil. suppl. 4^9»

§ XXIIL -t- Le cannellier (2).

La cannelle croît abondamment dans le ca»iieii«cbiuoi<e»

inférieure à celle

territoire de Sine-tcheou-fou , Tune des prin- ^«^eyian. cipales cités de la province de Kouan-si (3) ;

(1) Mémoires de C Académie des Sciences ^ année 1720.

(a) Laurus cinnamomum , sinicè kouei-chou, JLaurus foliis trineiviiSy ouaio^oblongis, nervis versus apicem eçanescemibus. JLin.

(3) M. CSossigny, dans son Voyage à Ca/Uon , prétend que la cannelle ne croît pas à la Chine , et que celle qu*on distribue sous son nom vient dans des isles qu'on rencontre en se rendant dans !cet empire^ et il ne nomme point ces islés. Ccpen- , dant les missionnaires établissent l'assertion contraire , et ils indiquent la province et la ville dans le teri^itoire de laquelle on recueille une grande quantité de cannelle. Comme M. Co^ signy n'a point pénétré dans l'intérieur de la Chine, son témoignage nous paroît être d'un moindre poid» que celui de$ M. 34

53o DE LÀ CHINE. LIV. VIL

mais elle est moins estimée à. la" Chine même ,

Arbres frui- .

tiers de ia que Celle que le connnerce j £ait parvenir de dehors. Sa couleur tire plus sur le gris que sur le jaune rougeâtre, qui est la couleur de la bonne cannelle de Geylan; elle est aussi plus épaisse , plus âpre au goût, moins aromatique , et il s'en £iut de beaucoup qu^elle ait la même énergie , lorsqu^on l'emploie comme remède. Cependant on ne peut disconrenir que la cannelle chinoise ne^yieiuie d'arbres de même espèce que ceux de Ceylan , et qu'elle ne réunisse tous les caractères de la véritable cannelle ; mais le sol et le climat semblent lui avoir refusé le même degré de perfection. Elle ne l'emporte , dit-on , sur la cannelle de Ceylan que par la délicatesse de son parfum , qu'on assure être plus suave et plus agréable. coBieetvre nir la H est asscz Singulier que le mot cin^amo-

patrie primitiTe

d«f caimiiien. ffiuTTi , OU cinnamomum , qui signifie bois de la Chine r soit celui dont tous les anciens se sont servis pour désigner la cannelle : ils étoient , sans doute, persuadés que cette écorce odoriférante leur étoit apportée de la région

missionnaires. On sait d'ailleurs que les canoelliers croissent naturellement dans les forêts qui couvrent les montagnes du Ton-kin, montagnes qu^ serrent de frontières communes entre ce royaume et la proYÎnce chinoise de Kouan-si.

HISTOIRE NATURELLE. 53l

lointaine habitée par les Sines ou Chinois. "71 — tt

* Arbres fi ui-

D^Herbelot, dans sa savante et curieuse -B/- *i^7 de la bliothèque , remarque aussi que les anciens géographes orientaux, en parlant de Tislc de Ceylan , appelée en arabe Serandib , n^ont ja* mais fait mention de la cannelle, comme si cet arbre précieux et célèbre n'y eût pas encore existé de leur temps. La cannelle , dans tout l'Orient , portoit alors le nom de dar-^ tchine, c'est-à-dire bois de la Chine. Seroilce une conjecture destituée de toute vraisemblance , que celle par laquelle on supposeroit que les cannelliers viennenroriginairement de la Chine , et que , transportés de là dansl'isle de Ceylan , si long-temps fréquentée par les anciens Chinois , ces arbres y auront trouvé un ciel plus favorable , sous lequel leur espèce se sera insensiblement perfectionnée ? Les faits du moins conduisent à cette conjecture.

Le cannellier, ainsi que plusieurs autres arbres rares et précieux , ont été transpoités dans les isles de France et de Bourbon , et c'est aux talents , aux soins et aux vues vraiment patriotiques de M. Poivre que ces isles doivent ces nouvelles richesses. La feuille du Port-Louis de l'Isle-de-France , en date du i6 octobre 1776 , annonçoit ainsi ces utiles et

bresf ui- P^cifiqucs conquêtcs : «Les Romains croyoîent tiers de la » décorerlamarchepompeuse de IcuFS triom- » pnes , en y faisant porter les arbres rares » .des pays qu'ils avoieht conquis. Nous ne » devons pas voir avec moins de joie et de » reconnoissance les gérofliers , les musca- » diers s'approcher de nos climats , et pory> ter du fruit dans nos possessions. Le san- » dal'Citrin , le sapan , le campêché , le ca- » caoyer , la cannelle , donnent des espéran- » ces aussi flatteuses , et n'ont plus besoin que * de quelques années pour nous faire jouir » de leurs riches productions. *

§ XXIV. — Le carcapulli. Le rondier. Le cycas.

LcearcapuUL Lc carcapulU (i) nc croît pas seulement à la Chine, mais aussi dans plusieurs autres contrées des Indes , et même en Amérique. H s'élève à la hauteur des plus grands arbres , devient très-gros , et pousse des racines longuQ^ et fortes , dont quelques-unes rampent à découvert sur la surface du sol. Son bois est blanc , revêtu d'une écorce extérieurement noirâtre. Ses feuilles , nombreuses, ovales, aiguës aux deux extrémités, un peu épaisses,

(O'Gambogia gutta, ûnicè hoan-lo. Cambogia foliis lanceolotis ; pedunculis poljfloris.

HISTOIRE Naturelle. 533

fermes , luisantes , ressemblent assez à celles Arbres fruîdulaurier, mais sont plus grandes. Aux fleurs, ^"* ^^ *^ qui sont jaunâtres ^ succèdent des fruits de la forme et de la grosseur d'une orange , marqués de huit côtes saillantes , et couverts d'une peau fine, unie , lisse, qui, selon les^uns, devient blanchâtre à Pépoque de la maturité, et , selon d'autres , d'un jaune doré. Ces fruits sont d'crn goût acre , mais agréable , et les naturels des lieux où ils croissent les emploient dans leurs sauces , comme, un stimulant trèsactif pour exciter l'appétit. C'est des incisions faites au tronc et aux racines découvertes de cet arbre que découle la célèbre gomme" gutte , ainsi nommée , parce qu'on lui attribua d'abord des vertus spécifiques Contre la goutte. Quelques-uns ont cru long- temps que cette gomme étoit due à l'arbre qui produit le pignon d'Inde ; d'autres la regardoient. comme ]c suc épaissi d'une espèce de tithymale et de scammonée ; mais il paroît que la plupart des voyageurs s'accordent aujourd'hui à recourr noître que cette .substance résino-gommeuse vient du carcapuUi. Elle en distille sous la forme d'un suc laiteux, qui s'épaissit ensuite lorsqu'on l'expose aux rayons du soleil. I^a gomme-gutte fournit uq purgatif à la méde^

Arbres frni- ^^^^ , et à la peinture une belle couleur jaune : Chb *** ^^ celle-ci s'emploie pour la miniature et les lavis. Lero'iutf ^^ rottdiec (i) croît à la Chine et dans les

Indes ; c'est une espèce de palmier que les Indiens appellent iarfuUm. Les Chinois méri-^ dionaiix , comme lés Indiens , emploient ses grandes et larges feuilles palmées à fabriquer des éventails assez grands pour mettre plusieurs hommes à Tabri du soleil et de la pluie. Les fruits sont gros , presque ronds , et munis d'une écorocf d'un brun pourpré , épaisse , . charnue y composée de lames ou écailles , au ftombre de huit à dix , qu'on peut aisément séparer. Cette écorce recouvre trois noix ovales , dont le bois est très-dur , et qui renferment une moelle blanche , semblable à celle de la noix de coco , et également bonne à manger. Cet arbre est de tous les palmiers celui qui s*élève le plus , et la grosseur de son tronc est proportionnée à sa hauteur. Qn pourrolt en faire des mâts pour les grands vaisseaux , si son bois avoit assez de force et de solidité , quoiqu'il soit d^ailleurs le plus dur et le plus compacte de tous les bois de palmier.

(i) Borassus tamcRiSL. Borassus/rondibus palmatis ^pliccUiSy iriermièus; druparum cortice multiplici.Lour,, Flora Cochin., page 760.

httjaa^

Le cycas (i) est une autre espèce de pal- Arbres fruimier qui croît à la Chine et au Japon. Il dif- *^'?':* d« ^a fère de celui des Indes par des proportions plus petites , et par quelques caractères par-> ticuliers. Son tronc est cylindrique , rameux et de répaisseur de la cuisse ; il s^élève à la hauteur de six pieds et quelquefois plus. Les feuilles , en se détachant, laissent après elles, sur les places qu^ elles ont occupées, une es* pèce de duvet roussâtre. Toutes les feuilles sont ailées , soutenues par des pétioles communs, munis d^épines à leur base. Les folioles sont nombreuses, linéaires, presque oppo* sées, un peu arquées en dedans, à bords recourbés en dessous , terminées par une pointe en forme d^épine ; elles sont larges de deux lignes,glabres, demi-ouvertes, etcellesquiavoisinent la base ou le sommet de la feuille sont un peu plus courtes que toutes les autres. Ce qui distingue particulièrement ce cycas de celui des Indes est la forme des spadix ou chatons qui portent les fleurs femelles ; loin de se terminer en une languette ensiforme ^ ceux-ci s^élargissent dans leur extrâmité supérieure , et deviennent comme palmés et à di*

(i) Cycas frondibus pinnatiê i /blialU margine reuolutiê^ Thunb.^ Flora Jap., page 229.

Arbres fniî- g**^*^^'^^ pîquantcs. M. le chevalier de Xatiers de la marck a eu occasion d^examiner ces spadix OU supports sur un beau pied vivant de cet arbre , à Schœnbrunn , près de Vienne en Autriche , et dans un herbier chinois , envoyé par le P. d*Incarville a M. de Jussieu. ( Ployez VEneycl. méih, Botan. Tome II , page 282. ) Les fruits de ce palmier sont des noix ovoïdes , comprimées , rouges , et longues d'un pouce et demi. Les Japonais, au rapport de M. Thunberg, mangent ces fruits, et retirent du tronc de Tarbre une espèce de sagou dont on fait un cas extraordinaire , à raison de la propriété qu'on lui attribue d'être extrêmement nourrissant: Ces insulaires prétendent qu'une très-petite quantité de cette substance suffit , en temps de guerre , pour entretenir long-temps la vie et les forces du soldat : aussi , pour empêcher que l'eqnemi ne puisse entrcar en partage de cette utile ressource , est-il défendu , sous peine de mort , de transporter ce palmier hors du Japon.

§ XXV. — Lt su'pin. Uya-ta, Lt pi-por.

i* •n-rî"' Le su'pin est un arbre particulier à la Chine :

quelques-uns de ses fruits soot d'un- beau

HISTOIRE NATURELLE. SSy

jaune doré , les autres d'une couleur de pour- Arbres fr«îpre ; les plus gros égalent les plus grosses des ^Jine!*^ ^ pommes d'Europe. Leur pulpe est rouge , mo*élleuse, d'un suc agréable; elle contient plusieurs pépins larges , plats , minces , arrondis ; ces pépins ne sont pas au centre du fruit , mais rangés sous la peau', vers laquelle ils dirigent leur partie la plus aigu'é. Il s'en trouve aussi qui n'ont pas de pépins. Le goût et la délicatesse des fruits du su-pin leur donnent beaucoup de ressemblance avec nos figues. Lorsqu'ohles a fait sécher,i}s se conservent pendant plûsieu rs années , et 1 es médecins les font entrer dans la compositî6n de leurs remèdes. ' Dans les provincfes de K^uari-toii et de Fou-kiene, on les mange dans leur fraîcheur aux mois de février et de maris ; maïs dans les provinces boréales , ils ne mûrissent qu'aux mois dé juin , juillet et août. Ces arbres , parés dé leur verdure et de leurs fruits de couleur d'or et de pourpre, offrent un coup-d'œil magnifique; mais il faut sans cesse les garder à l'époque de la maturité , parce que tousî les oiseaux sont extrêmement friands des fruits du su-pin,

La Chine doit l'arbre ya-ta à la presqu'isle ^>'^*»^ de Malacca , dont il est originaire. Son fruit ressemble extérieurement à la pomme de

Arbreifruî- P*"* ' "™^^* ^^^ cspèccs d^écaUles qui forment Ch? *'* ^ ^^^ ëcorce sont vertes. 11 est divisé en plusieurs petites cellules qui contiennent chacune , outre un noyau noir , une' chair blanche comme la neige , qui fond dans la bouche et la remplit d'une eau délicieuse. Les plus gros de ces fruits passent pour les meilleurs et sont les plus recherchés : ils mûrissent » dans quelques cantons, en octobre et en novembre, et dans d'autres plus méridionaux aux mois de février et de mars.

ujHpa. L'arbre que leSt, Chinois cultivent sous le nom de pi-pa (i), se fait remarquer par la beauté de son feuillage et celle de ses fleurs : il donne un fruit qui a le goût de nos prunes , auxquelles il ressemble encore par le duvet et le velouté de sa peau. Son noyau est trèsdur et d'une forme ovale. La couleur du fruit est d'abord verte ; mais il jaunit en mûrissant. On le cueille dans les niois de février et de mars. On connoît à la Chine deux autres espaces ou variétés de cet arbre. .

(i) Crataegus bihas y sinicè pi-pa. Cratœgus inermis y foliis. lanceolatis , setratis, tomentoèis; racemis $emiinaUbus ^ hh-pidU, LoHTt, Flçra Cocbin. , page Siji. — Pluk., Amalth.^ page 26.

HISTOIRE NATURELLE. SSg

^XX\h — Ledurionll). Arbresfiui-

^ ' tiers de la

Le durioa, très - commun sur les côtes de Siam et de Malacca ^ à Jaya et dans les Molu^ ques , croît aussi dans la petite isle de Macao et dans la province de Kouan-ton. Les Malais appellent Tarbre batariy sa fleur buaa, et son fruit duriaon. Cet arbre s'élève à une assez grande hauteur ; son bois est dur , et son tronc armé de forts piquants. Ses feuilles , longues de cinq à six pouces sur environ deux de large , sont alternes , ovales , aiguës , fine* ment dentelées, d'un vert luisant en dessus, et d'une couleur roussâtre et ferrugineuse en dessous. Les fleurs sont d'un blanc jaunâtre ; elles naissent en faisceau au-dessous des feuilles , vers le bas des branches , quelquefois même sur le tronc. Les fruits ont la grosseur d'un melon; leur écprce est épaisse, dure , hérissée de pointes courtes et très -aiguës: aussi les ouvre-t-on souvent avec les pieds , pour ne pas s'exposer à être blessé par leurs aiguillons. Le durion se divise intérieurement en cinq loges , qui s'ouvrent en cinq parties. Ces cellules contiennent des semences ou d'autres &uits, de la forme et de la grosseur d'un

{li) Dy.xiQ zibethinus, Liiu

Chine.

54o DE LA CHINE. LIV. VII.

Arbres fnii- ®"^ ^^ poulc. La pulpe de ces fruits intérieurs tiers de la ^^i blanchc , molle , de la consistance de la

Chine. * / .

crème ou du lait caillé , et recouvre un noyau dur et oblong. Les fruits du durion mûrissent à la Chine dans les mois de juillet et d^août , et ils prennent alors une belle couleur jaune. Il paroît exister une telle antipathie naturelle entre le b.étel et Ces fruits, que si Ton renferme avec eux , dans vmé même chambre , quelques feuilles de cette plante , les fruits se gâtent et se corrompent , et s'il arrive qu'on se trouve incommodé pour avoir trop mangé de durion , il suffit de mâcher une ou deux feuilles de bétel pour débarrasser l'estomac et faire disparoître l'indigestion. La plupart des étrangers éprouvent quelque répugnance la première fois qu'ils mangent de ces fruits , dans lesquels ils croient découvrir un goût désagréable d'oignons cuits ou même pourris ; mais on assure qu'Us finissent bientôt par les trouver délicieux. « J'ai mangé , dit l'abbé de » Choisy , le durion à la rade de Bantam : il y> sent assez mauvais , et ne me parut pas trop » bon. Tous les gens qui ont demeuré quel- » que temps aux Indes disent que si j'en » avois mangé quatre fois , je le trouverois le » meilleur de tous les fruits du mande. ^

HISTOIRE NATURELLE. 5il

§ XXVII. — 2> caramboîier ( i ). Arbres frui-

Cet arbre s^élève à la hauteur de quinze à Chine. vingt pieds, et se couronne d^une cime large et arrondie. Ses feuilles , ailées avec impaire , se composent de quatre ou cinq couples de folioles opposées, ovales, entières ,pétiolées. Les fleurs , mélangées de blanc et de pourpre , naissent en grappes courtes et sortent de l'aissellç des feuilles ; elles comptent dix étamines et cinq styles. Les fruits sont de la grosseur d'un œuf de poule , marqués de cinq côtes tranchantes , intérieurement divisés en cinq loges, garnies de plusieurs peftites semences brunes. Leur écorce est jaune , mince , unie , et recouvre une pulpe charnue , juteuse , d'une saveur douce et aigrelette dans les uns , plus acide dans les autres. Ces fruits sont trèsestimés , et se servent sur les meilleures tables. Ceux qui sont plus acides , ou qu'on cueille avant leur maturité , se confisent avec le sel , le poivre et le vinaigre ; et , ainsi préparés , peuvent se conserver très-long-temps. Le caramboîier ne croît que dans les provinces méridionales de la Chine. Il fleurit , et donne des fruits plusieurs fois dans Tannée.

(i) Aveirhoa carambola, sinick y an-tao, Açerrlwa axillis foUorum fructificantibus ', pomh oblàngis, acutangulis. Lin..

Arbrcsfrui- S XXVIII tiers de la *^

Chine.

Le fane-y ai ou le papayer. Le cocotier. Le goyavier. Le manguier. L'ananas. Le mangoustan.

Lepapayer(i) donne ses fruitsavecprofùsion dans les provinces méridionales de la Chine. Il s^élève à laiiauteur de quinze à vingt pieds : son bois est léger, tendre , poreux, et droit fort vite. Il ne pousse point de branches ; ses feuilles , ses fleurs et ses fruits naissent ramassés au haut du tronc. Les feuilles sont grandes , profondément découpées comme celles du figuier , et divisées en plusieurs lobes ; elles sont soutenues par des pétioles allongés, très-épais, et qui se courbent vers le tronc de Parbre. Ses fleurs blanches ont quelque ressemblance avec celles de nos lis , et répandent une odeur agréable \ elles tiennent à des péduncules très-courts. Les fruits sont de la grosseur d^un fort melon , et acquièrent en mûrissant la couleur jaune du citron : leur chair est roussâtre , d^un excellent goût, et d^une consistance si molle qu'elle peut être mangée à la cuiller. Ces fruits passent pour être froids , très-rafraîchissants , et il seroit dangereux d'en trop manger. Ils mûrissent dans tous les mois de Tannée, et Ton

(i) Carica papaya. Caricafoliorum lobh sinuaiis. Lin.

Arbres fruitiers de la Chine.

aiSTOIEE NATURELLE. 543

trouye en tout temps sur les arbres des boutons j des fleurs épanouies , des fruits encore verts , et d^autres qui sont d^un jaune éclatant , signe de leur maturité. Les papayers se multiplient d^eux-m^mes par les semences de ceux de leurs fruits qui tombent et pourrissent, et par les rejetons qui naissent de leurs racines. On assure même qu^une des feuilles ou un morceau de Técorce du tronc , mis en terre , produisent de nouveaux arbres , qui prennent leur accroissement et donnent leurs fruits dans Pespace d'une année.

Les nombreuses utilités du cocotier ont !*«•«»»«'• été célébrées par tous les voyageurs. Son fruit est de la grosseur de la tête d^un homme ; il est revêtu d'une espèce de brou ou d'écorce , verte, fibreuse, épaisse d'un pouce, et sillonnée dans sa longueur par trois côtes ou arêtes. Sous cette enveloppe est une noix grosse comme un œuf d'autruche , d'un bois très-dur , et susceptible du plus beau poli. Cette noix, avant sa maturité, est totalement remplie d'une eau limpide, parfumée, d'une saveur piquante et agréable. A mesure que le fruit mûrit cette liqueur se coagule c(^tre le3 parois intérieures de la coquille , acquiert de

( j ) Cocos nucifera. Cocos inermU , frondibus pinnatls y ^lioîis replicatis, ensiformihus.

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Arbres fruî- ^^ consîslancc, et se change progressivement ^er« de U en une ohair blanche qui a le goût de Tamande : Teau qui ne s^est pas encore condensée reste au centre du fruit ; mais peu-à-peu elle s^épaissit, et finit par subir la même métamorphose. U n'est rien qui ne serve , rien qu'on ne mette à profit dans la noix de coco et dans le palmier qui le produit. On a calculé que par le secours de cet arbre seul et de spn fruit, on peut construire un vaisseau , lui fournir tous ses agrets , mâts , vergues , Yoiles , cordages f et l'approvisionner de toutes les espèces de vivres nécessaires à la subsistance de réquipage , cpmme eau fraîche , pain, vin , sucre, huile, vinaigre. Toutes ces substances alimentaires se tirent des fruits des cocotiers. Ce n'est pas tout ; ce qui reste des cocos embarqués forme encore une cargaison , dont le commerce procure un facile débit. Le P. Lobo, jésuite portugais , à qui nous devons peut-être la meilleure description qu'on nous ait donnée du palmier et de ses diverses espèces , assure avoir navigué lui-même le long des côtes dans des vaisseaux indiens , bâtis , équipés et approvisionnés de cette manière.

LtsoyaTîcr. Le goyavier (i), qu'on cultive dans les

(i) Psidium pyriferum. PsidlumfoUU lineatiSf obtusiusculis , pedunculis ufiffloris» Lin.

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provinces australes de la Chine , ne s'ëlève TT 7~7"

'^ ^ Arbres frui-

qu'à la hauteur de douze à quinze pieds. Le *J5''s <*« i»

, , Chine-

fruit qu^il donne est de la forme et de la gros->

seur d'une poire, terminée par une espèce de couronne comme la nèfle. Sa peau , qui devient jaune , recouvre une chair rougeâtre , juteuse, d'un goût agréable et aromatique, et toute remplie de petites semences graveleuses. Ce fruit est chaud , aide à la digestion , et fournit , par ses marmelades , un remède excellent contre la dissenterie. On le mange , à la Chine , dans les mois de juin et juillet.

Le manguier (i) s'élève jusqu'à lahau- umMiaUt. teur de quarante pieds et se couvre d'une cime large et touffue. Ses fleurs sont petites , blanches , nombreuses , et naissent en grappe à l'extrémité des branches. La mangue, qui succède à la fleur, est une grosse drupe ou fruit à noyau , charnue , arrondie , un peu arquée en forme de rein , et qui varie beaucoup dans sa configuration. La mangue passe pour être un des fruits les plus délicats des Indes , et il est généralement regardé comme l'un des plus sains : on peut

(i) Mangifera indica , sinicè kane^hou. Mtmgifera racemis •xpansis ; petalis apice reflexis^ diiupasubreni/ormif^lahrd, Lour. , Flora Gocbinch. , page 198.

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