‹ De la Chine: ou Description générale de cet empire, rédigée d ..., Volume 2Chapitre 4 sur 40 · QU THIBET · texte numérisé non relu

QU THIBET

§ I. — ^écù Je Thistoire de celle uasle régioh.

Le Thibet est conna sons différents noms. Les Chinois rappellent Tsan ; les Tàrtares Barantoh, Bouttan , Tangoui. Les uns et les autres le désignent encore sous le nom de I^^sa, parce que le canton qui porte ce nom est Iç lieu on le dalaï-^lama tient sa cour. Le Thibet est renfermé entre le paysdeKokonor,

Du Thibet.

6o DE LA CHINE. LIV. IV.

DuThibet. ^^^ provinces chinoises de Sé-tchuenc et d' Yune-nane , le royaume d^Ava , les Etats du Mogol , la Buckarie et le grand désert de Cal>i. Son étendue , d'orient en occident , comprend plus de vingt degrés , et plus de huit du nord au sud.

Ce n'est que depuis Pan 420 de notre ère , qu'on commence à découvrir quelques faits distincts et suivis dans l'histoire du Thibet* Prmce.^«-/«i, Qtt appreud qu'il existoit alors dans ces contrées un prince, désigné sous le titre de iou/an, lequel s'assujettit plusieurs peuples voisins et poussa ses conquêtes jusqu'à se rendre maître de tout le Thibet. Lui et ses successeurs y régnèrent pendant plus d'un siècle , sans qu'ils eussent aucune communication avec la Chine.

Lonkan , prince toufan » est le premier souverain du Thibet qui commença, vers l'an 634> à envoyer des ambassadeurs à la Gbine. Sept ans après , ce même prince épousa la fille de l'empereur , et cette alliance accrut tellement sa puissance , qu'il vint à bout de soumettre à sa domination tous, les peuples qui étoient à l'occident de la Chine. Cette puissance des princes toufan se soutint pendant près de deux cents ans ; elle s'affoiblit ensuite , et se trouva presque anéantie vers l'an 907 , sur la fin de

Comm««c«iii«Bt ^eUpuiiMncedef

KfATS TRIBUTAïaSS. 6c

la dynastie des Ta», Plusieurs petits Etats se DuThibet formèrent alors dans le Thibet Les religieux ou prêtres de ce pays commencèrent insensiblement à posséder de grands domaines y et peu-* à-peu les supérieurs des divers monastères se rendirent si puissants , quHls exercèrent chez eux une autorité presque souveraine. Il paroit cependant qu'il y eut toujours un prince qui portoit le titre de roi du Thibet ; mais ces princes, sous la dynastie des Son , étoient tributaires de la Chine.

Cet état de décadence continua d^augmenter jusqo^â ce que Chi-tsou , premier empereur de la dynastie des Yueue , divisât tout le Thibet en plusieurs provinces ou départements, dont le principal fut Oussé-han ; c'est la partie la plus fertile du Thibet , et celle qui ofire le climat le plus doux ; c'est là qu'est situé Lassa, devenu la résidence ordinaire du suprême lama. Il se trouvoit alors dans cette contrée un bonze ou religieux , appelé Passepa. L'empereur lui accorda le titre de prince , l'honora du sceau d'or , et lui permit d'établir des tribunaux dans le pays de Oussé-han , et dans les autres parties du Thibet. Il obtint encore le titre de maître ou iustructçur de l'empereur, de docteur deTem-

DaThibet. P^^e, de chcf de la loi et même celui de ouan, qui signifie roi. Ses successeurs furent honorés detitressemblableSf etse reconnurent « coRime lui , tributaires des empereurs chinois.

En 14^4 1 ^^^ 1^ milieu du règne de Yon* lo , huit autres bonzes reçurent de Pempereur le titre de auan , accompagne des mémeis prérogatives dotit nous Tenons de parler. Leurs titres désignoient de grands docteurs, des maîtres de la loi , d«s propagateurs zélés de cette loi ; mais ces dénominations pompeuses ne les disf^ensoient pas de payer fe tribut qui leur étoit imposé.

^:n^!::^:TcM L^^s prmces bodzes du Tbibet prirent le îrf^ot'Thibêw' titre de grands lamcis r i^^rs l*attt ^4^^* ^^ plus puissanl d'entre eax,noiiim4 Tson^kepa, faisoit sa résidenice à Lassa ; il é^ift i^eeonna pour le chef de tous les liamas. C'est lui qui rendit dominante la loi du chapeau jaune ; car il faut observer qu'on distingue deux sortes de lamas, lesk uns à chape'a^ j«kitfes les autres à chapeau rouge. Son Succféssetfrfi^tt (e premier qui établit un tipa, ou premier ministre , qu'il chaîna du soin» de gouverner ses Etats. Celui qui vint ensuite fut aussi le premier qui prit le titre de dalaï-lama , titre éminent , qui réleyoit de beaucoup au-dessus des autres :

car dalaî signifie physiquement et morale^ DuThibei. mmt étendu , grand et presque sans bornes.

Les princes lamas n^étoient cependant pas encore le& seuls souverains du Thibet. Yers le commencement du dix -septième sîèck , un prince , appelé Tsan-pe^han, en posscdoit une grande partie à Pouest de Lassa. Sa domination s^étendoit jusqu^aux sources du Gange , et sur le pays de Sirinigar ^ arrosé pat le même fleoye. Le P. d^Andrada , jésuite , qui se trouvoit , en 1&24 » à la cour de ce prîoce y assure qu^il ëtoit un zélé protecteur de la loi chrétienne , et qu'il montroit une grande disposition à Vembrasser. L^histoire tartare de ce même temps vient à l'aboi de ce fait ; car elle rapporte que ce pnnce raéprisoit les^ femas , qu-^il avoit abandonné la k» du dieu Fo, et quHl cberchoit toutes les occasions de^ la détruire. Le dalaï- Iwna, vivement piqué dfis ne plits recevoir les dommages de T^aa-pa-han^, s^uni« sfvcc les Tartares du Koftonor : leur prince , nommé Kouchi, entra dbns le Thibet à la «été d'une paissante armée y attaqua Tsan - pa - hàa, le défit, le prit lui-même prisonnier, et le fit ''lettre à mort quelque temps après. C'est à ce 1* aai.ï-i*m» de.

* * * * Tient maftre de

pnncc tartare que le dalaï-lama fut redevable »<>«»»• Ti»ibei.

64 DE LA CHIN£. LIV. lY.

DuThibet ^c sa Souveraineté sur tout le Thibjet. Loin de s^approprier le fruit de sa victoire , Kouchi se déclara vassal du chef suprême de sa religion « et se contenta de recevoir de lui le titre de han , qu'il n'avoit jamais porté. Ce prince , pour continuer de protéger le dalaï - lama , et lui assurer la tranquille possession de ses nouvelles conquêtes, s'établit avec toutes ses troupes dans le voisinage de Lassa. Ses fils ne §e mirent pas en peine de retourner dans leur ancienne patrie , que leur père avoit abandonnée. Ils restèrent , à son exemple , dans le Thibet.

ÎIi«t^îrchStr En 1642 , le dalaï-lama envoya des ambassadeurs à Tson-té, père du premier empereur de la dynastie régnante des Tartares Mantcheoux. Il se mit sous sa protection, et lui paya tribut. Dix ans après, le dalaï-lamase rendit lui-même à Pé-kin, pour faire hommage à Tempereur. On s'empressa de le combler d'honneurs : il reçut du monarque chinois un sceau d'or et de magnifiques. présents, et fat confirmé dans son titre de dalaï-lama.

Kan*hi voulant honorer le tipa , ou pre« mier ministre du dalaï-lama, lui conféra le titre de ouan en 1698 , et lui accorda le «ceau d'or. Il s'en falloit cependant beaucoup que

ce ministre fût attaché aax intérêts de Tcm-. ^ ^.. — :• pereur. C étoit « an contraire , un perfide qni^ le trahissoit , et qui secondoit secrètement les' vues ambitieuses de Kaldan , Tun des princes éleuihes , ennemi dé(:laré des Tartares Mant-< cheoux. Il n'avoit pas même dépendu de lui» qaelc grand-lama n^entreprît point le voyage* de Pé*Kin , où Kan-hi Tavoit appelé ; et lorsque ce dalaï-lama fut mort ; il tint cet événe^ ment si secret , qu^il vint à bout de le cacher à ^empereur. Mais toutes ses intrigues furent enfin décpuTcrtes en lyoS. Latsa-han ^prince des Tartares du Kokonoif /fit mettre à mdrfc ce perfide ;minîstre. Kari-hi, instruit dtscri-» mes dont il s^éto&t xendu coupable , approuva le châtiment qui lesavoit suivi ; et envoya.des grands de sa cour au Hlibet^ pour lo^. gouverner de concert avec le prince tartare , qu'il combla de présents. Il pomma ensuite un dalaï-ladia ; qui fut le sixième de-ce titre.;

Le ichon-kar, pu principial roi des Eleu- L'fLu"^!": thés , fit ^ eu 1714» ««c irruption dans le Thir tL'ï!!! bet , et y commit de grands ravagies. Le prince tartare , qui voulut s'opposer . à ce torrent » fut tué dans un combat , et la célcbref pagode de Poutala fut presque réduite en cendre^. Lq roi des Eleutbes enleva de cette pagode et dq

66 BB LÀ eHIK£. LIT. IV.

DttThibet. ^^^^^^^ celles dn pays de& richesses imniease^ en or ^ argeat , cuivre , pierreriest étoffes , etc. M fit filtre maîn-basse sur un grand noHibre de lamas , et eu envoya plusieurs en Tartarie , enfermés dans des sacs qu'où cl^rgeoit sur des diaraeaui;. Ge prince prétendoit être le seul et légitime souverain duThibet ; il vouloit qme les lamas fussent dépouillés de toute autorité sttr les peuples ^ et que , renfermés dans leurs monastères , ils ne s^bccupassent que du soin de réciter des prières.

^'.V»^£t Lc8lanaasprirentiafuite»etsedi^ersèrent de tous côtés. LedalaS-lama s'empressa de ré«clamer la protection de Tempereur Kan^bi^ et les princes tartares du Kokonor, dont le pays éioit également ravagé , joignirent kurs prières aux siennes. L'empereur se rendit à leu«s vives instances iit assembla sur-le-champ un grand nombre de troupes , commandées par d'anciens^ ô£ftf iers tartares et chinois, et mit à leur té«e vm de s^s fHs et un de ses petito-filst. Cette armée se rendit dan^ k Ko-* konor ^ en cbassa celle du roi des Eleuthes ^ et entra dans lé Ttiibet , tandis qa\in autre corps dé troupes chkioises y pénétroit par la province de Sé-tchuene. Le dalaï-^lama fut rétabU:, et les antres lamas remis en pâ«*

. ÉTATS TRIBUTAIlttS. ^7

sésskm de leiirsiiiona^èrcft. Ce qtti restent 4es "Dtt^t^hîuT troapes âeutkés s'ëchappa pair les àéfiAé& idk» moDtagiteë.

Qtiotque Tordre et la tranquillité pa^os^î sent rétablis dans le Tbibet ^ cependaot PeanV perenr ordonna à (qael(|isea seigneurs lîartarc» de rester ^ Lassa et dans le Kôkonor ^ pour f gûuTertier en son. nom ^ et vettler Sur ks èi^ ffîarcbés du tthan-kar. Le même phn de cdn-^ diiîte fbt adopté et suivi par Teropereur Yon^ tchin , fils eft successeur de Kan-bi. Il con tino* d'entretenir de fortes armées , toujours prête» ï s'opposer aux courses du roi des Eleuthes» Cependant quelques grands du Tbityet se ré^ Toltèretît en 1727 : Tun d^enx prit même le ti** tre de gouterneur ^ général do pays, et fit mettre à tnort un prince tartare dû quatrième ordre « établi par Petnperéur pour adimmistr^r le TIttbet. Mais ces légers troubles furent ai^t sèment réprimés. L^empereur Kiene-lon él^^^ ta, eti 173^) i à k qualité de prince dû sécotid oràre , ceiui que Tmipereiir Yoiî-tchin ^^ son* père , atdit il^immé vice-fcri^ da Tbibet. La> paii^ s^ eâf ftiaintôMicr, et èrtle y parolll d'au-* taifii mieat établie , que tes Thibëts^ tie< craindront pbis désormais les incursions des Tartares életptfaes, derentis dépuis 1739 su-*t jets de Pempire.

68 DE lA CHINE. lilV. iV.

DuTFiîbetH -''D^ rapports plus récents nous ont fait con-

irrapiTon d«f Boîitre qu^Ques événements politiques, arrivés^

NÎ^aTdaii'. û postérieurement au Thibet. Nous les devons

Thibel. ^

a M. Samuel Tumier ,' chef dé Tainbassade shiglaise envoyée en lySS vers le prince lama y qui réside à Teschou-loumbou. Dans la relation intéressante qu^il nous à donnée de ce voyage j il nous apprend que la paix du Thibet a été troublée par l'irruption subite d'un peuple , voisin de 3es frontières ; irruption dont les suites ont été même funestes au commerce des Anglais dans cette partie de l'Asie. Nous exposerons toutes les circonstances de cet événement d'après le récit même de M* Turner, que nous ne ferons qu'abréger (i)- . En 1792, le gouvernement de Calcutta fut informé qu'un peuple guerrier, établi dans les montagnes du Népaul , qui botnçnl une partie du Thibet au midi et le Bengale au nord , avoit tout-à-icoup pris les armf s; et eàtahile territoire des ^hibétaiûs ; :on apprit même , bientôt après , qu^un corps jHombri^uxv de* ces Népauliens avoit d^jà pénétré 4an$ lés lEét^Uj^teschou^lcvna. Leur marche ?i voit été tjras-i^apîâe et n'avpit trioij v^ aticanç r^éysistaiice:

(i) y4mha^scL(!e au Thibeiettnt Bouton ^'p'i^ili^^^, Tûrner, trad. de Taxigl^îspar J«|Cftstëhi ,^ tome II ^ p>ge 9»^, :: /

de la part d^une nation pacifique , qui n*en- DuThibct treticnt point de soldats , et que to.utes sbs habitudes rendent étrangère aux armes.

Dès que les Népauliens s'approchèrent de Teschou-loumbou (i) , tous les religieux de ce riche et magnifique monastère prirent la fuite avec le jeune larna^ leur souverain , qui n'ëtoit encore âgé que de neuf à dix ans , et se sauvèrent au -delà du fleuve Tsan-^pou^^Âprês avoir mis cette barrière entre eux et l'ennemi ^ ils ralentirent leur marcke et s^arrêtèrent quel* que temps ; mais apprenant ensuite que les Nëpauliens s'étoient rendus inaitrçsr de fes^ chou - loumbou , ils se remîreDt en route eï conduisirent, à petites journées , .leurijeûiie pontife vers Lassa , capitale du Tfaibet et la résidence du dalaiMama; . •

Ardents à prc^ter des aVintages que leur of^ frôit leur facile inva^on ^ les. Népauliens se livrèrent sans aucun frein à leur goût pour le pillage : tout devint la proiezde leur diligenie

(1) Teschou-loumbou est un vaste monastère y composé de trois k quati*e cents maisons habitées ^ar des ^y longs ou religieux j il renferme y en outre, plusieurs temples , des mausolées , et le palais du prince lama , daus lequel résÂd^nt ,tou4 les officiers ecclésiastiques et civils- attachés à; cette cour. Le» habitants laïques , cultivateurs et ouvriers occupent de^ mai'* tons éparses autour du roônastène.

70 DE h^ CRISE. IIV. IV.

p^rj^j^^^ et, ins^tia^le i^pacUé. 11 est même Traisem-» btobk que les trésprs àfeeumulë» depuis fHu^ sieur3 »ièelea à Tescbou^ioambott avoient éti k. $fiul motif 4^ rirrttptioit de cette Horde de brigeuBKls ; aussi , dès qu'ils eureat enlevé de ce monastère ce qaHl renfermait de plus pré* cîeu;K , ét.dépomllé les tombeaux des princes lamas de Tor et de l'aident qui les contraient , ils se Jbàtèreni de regagner leurs montagnes ^ pofnr f mettre en sûreté tes riches dépouilles dont ils s^étotent chargés.

iCependanl les Tfaibéta^ns ne perdirent pas de temps pour informer la cour de Péi^kin de Fattôntat d'im peuple qui , ^ans aToîr à se plainjire d^aucùneproTOcatîoa, yenoit de por^ ter la Iguerre et la dévastation dans Tasile sacré des lamas. L^empereiir n^eut pas plutÂt reça eettenouvelle^qa'il donna surrle<hamp Poidre de faire marcher une armée au secours des che£fr de* sa religion. Les parties voisines de la Tartane fournirent de^ forces snffisantespoui* cette expédition ; elles s^assemblèrent aussitôt , et se mirent en marche pour Teschou-loumbou*

Iies.Népauliens étoient défà rentrés dans leurs montagnes , oii ils avoîent enfoui le riche butin dont ils sMtoient emparés. Ils revinrent ensuite sur leurs pas , et se rassemblèrent ea

iTATS T&IBOTÀIBES/ 7I

force dans la vaste plaine de Tiogri-mieidalii^ DnTiiibet qm sj& trouve à mi-cheaiin du Népaul à Tes^ chou-loanibou , ré8<^u6 d^y attendre ies Thi^ bëtains et leurs défenseurs , et d^cepter la JbataiUe s^Us éioient tentés de la lair <^rir.

Lie g^éral clûn<MS (i) s'avança sans hésiter à la tête de ses troupes; mais, avant d'attaquer r^dnemi» il donna ordre aux milices tbibétaines de s'écarter du lieu du combat ^ Toulant n'avoir à commander que des hommes accoutumés à manier les armes , et bien dkcij^linés. Cette précaution étoit sage et dictée par la prudence. Ces mesures prises , il fondit sur les Népauliens. La bataille Ait longue et sanglante. Les montagnards du Népaul combattirent avec la plus grande opiniâtreté ; mai$>i malgré leur courage et kurs efforts , ils forent complètement défiûte » et forcés de foir en désordre vers leurs montagnes»

Le général chincHs 1 habile h profiter de sea avantages , se mit à la poursuite des vaincus , qu'il rejoignit sur les fronti^es de leur propre pays t où ils s'arrêtèrent ; là « il leur livra une nouvelle bataille « qui lui valut une seconde victoire , aussi brillante que la première. J>« côté du Thibeté l'entrée des montagnes du

(i) n avoit iié tîce-roi de Canton et détestoit leâ An^àb.

7? I>ï: LA CHINE. LIV. IV.

DuThibet Néfwiïil se trouTe défendue par fe forteresse ^e Coti , où les 'NépauHens , en se repliant » laissèrent une gai^nison assez nombreuse pour pouvoir arrêter long- temps les Chinais. La force de cette position mit cette garnison en état de résister aux premières attaques de Pennetni ; ntiais fatiguée par des assauts multiplies , elle fut bientôt forcée d^abandonner la forteresse , et de se retirer dans l'intérieur des montagnes. Néanmoins elle opéra sa retraite , en prenant des mesures pour opposer tous les obstacles pos^bles à la' marche et aux progrès des Chinois : elle détruisit les chemins , enleva les ponts qui seîrvoient à traverser les torrents ^ et encombra d'arbres et de pierres tous les passages.

' Ces moyens de défense ne tranquillisèrent pas les Népaulîens. Dans la crainte de voir fondre sur eux des troupes victorieuses , ils s^adressèrent au gouvernement du Bengale, pour l'feïigàger à emj^lc^èr sa médiation en leur fàteur. Le capitaine Eîrkpatriek , officier anglais, partit alors pour le Népaul avec , le titre d'ambassadeur , et fut le premier de sa

nation qui obtint l'entrée de ce pays. Cette amlyassade n'eut aucun succès ; elle donna même lieu à des présomptions désavantageuses. Le

ISTATS TRIBUTAIRES. 73

-général chinois, mécontent de voir les Anglais se rapprocher du Nëpaul ; ne les peignit c[ue sous des traits défayorables dans les dépêches (Ju'il fit passer à Pempereur. Ces rap^ ports, et le refus qu'avoit fiiit le gouvemement de Calcutta de fournir des secours aux Thibé- ' tains coiïtre les Népauliens , autorisèrent la cour de Pé<-kin à ne voir dans les Anglais que des ennemis secrets et dangereux; et la ressemblance qu'on crut remarquer entre la tenue , les armes , la manière de combattre des soldats Népauliens et celles ides troupes indiennes qui sont au service des Anglais , contribua beaucoup à fortifier cette opinion.

L'armée chinoise avoit triomphé de tous les obstaclçs qu'on opposoit à sa marche , et commençoit à pénétrer dans les montagnes. Xes Népauliens ^ épouvantés dé leurs défaites et dePapprothe d*un ennemi victorieux ^ n'osèrent plus tenter de le cpmbattre. Ils demandèrent grâce, et , pour l'obtenir 9 recoururent aux supplications les plus humiliantes.

Le commandant chinois refiisa d'abord de les entendre ; cependant il se laissa fléchir et leur a<>corda la paix , en stipulant pour con- .ditions^ qu'ils xendroient tout ce qu'ils avoient enlevé dans le xnonastère de Teschou - Houm-

DuThIbet

74 ^^ ^^ CHINE. 3LIV. iV.

DuThibci, ^^^» ^'^^^ rertitueroient aux tombeaui^ 4e$ lamas les riche$ ornemente dont -on les avoit dépouillés , et qu'ils s'engageroient de payer jin tribut aanuel k rempereur de la Cliine. Des otages fur^t livrés pour garantie de ce traité , dont les conditions ne tardèrent pas à être exécutées. Alors le général chinois fit retirer son armée ; mais avant de s*éloigaer t il prit la sage mesure d^établir plusieurs fi»rts sur les frontières méridionales dit Thibet, quMl garnit de troupes suffisantes pour les défendre. Dans ce même temps , il reçut Tacte de sovtr mission du raja du Ségouim ou Seccum y petit territoire situé entre le liépaul et leThi- • bet. Ce raja , qui avoit été long-temps inquiété par les N^auliens » et souvent exposé à leurs brigandages , offrit de se rendre vassal de Pemr pereur de la Chine i à condition que les armées de ce moi^rque le prot^eroient. Cette proposition fiit acceptée » et le général fit cons^ truîre un fort dans le Ségouim , ou il laissa une garnison chinoise. Ce poste se trouve précisément sur la frcMitière du territoire qu^occupent les Anglais dans le Bengale.

« Les événements que je viens de rapporter > I) ajoute M. Tumer ^ ont beaucoup nui aux ^Anglais* Les. Chinois gardant , avec leur

DuThibet

ETÀTa TRIBUTAIRES. 75

svigibmc^ et leur jialoiisie accoutumées les » divers postes qu^Us occupent, ont inter- » rompu toute communication entre le Ben* » gale et les Etfits qui le bornent au nord. l\$ » ne laissent point passer d^^trangers , même » lorsqu'ils «ont lodous ou Bengalis* Les gos- » seyens eui^-mémes ( les pèlerins iudous ) sont » devenus Tobjet de la défiance chinoise. On » le^ accuse d^îngnititnde et 4e trahison envers » lanstiqu thihétaîne ; oa leur impute d'avoir » servi de guides et d'espions à ses ennemis » » et on les a , dit^on , chassés de Teschou* «loumboui où ils se rendoient autrefois en » grand nombre t par dévotion. Depuis la fu- ^ »ne$te^ agression des NépauUens . contre les » Etats du teschou^lama , le Bengale n*a plus » de commerce régulier avec le Thibet, »

Les Népauliens , dont il est ici question , sont précisément ce même peuple guerrier que les Anglais ont aujourd'hui à combattre dans VlAde , et avec lequel ils viennent » dit* pn « de condnre un traité de paix*

§ D. Climat , productions , commerce , mœurs et religion du Thibet.

Les saisons^ qui distinguent l'année an Thi- ^r^r'"' ^" ^^^y sont assex. constantes et uniformes., el

DuThibc». ^h^<^"^^ déciles ramène à peu près les mêmes vicissitudes de tempërature. Des temps variables , de la chaleur , quelques coups de tonnerre , des ondées , marquent le printemps , et ont lieu depuis lé mois de mars jusqu^à la fin de mai. La saison humide commence en juin et dure jusqu^au mois de septembre.; les pluies sont alors abondantes et presque continues. Depuis le mois d'octobre jusqu^au mois de mars , l'air est pur , le ciel serein , et presque jamais obscurci d'aucun nuage. Mais alors , pendant trois mois entiers , règne un hiver fort rude. Le Thibet y par sa position géographique , participe à l'élévation du plateau de la Tartarie et à la nature de son sol , imprégné de nitre : aussi les froids y sont-ils trèsrigoureux , et quelquefois même plus vifs que dans aucune contrée de l'Europe.

Sâpârtûoceiaeii. La odrtie la plus occidentale du Thibet , la-

tale, peu connue; r MT »

quelle s'étend jusqu'aux frontières desEtats du Mogol et de la province de* Cachemire^ est un pays peu connu , fort rude , et hérissé de montagnes presque impraticables. Les passages étroits qu'elles laissent entre elles ouvrent cependant l'entrée du Thibet à quelques voyageurs, qui, vènns de Ja Perse ouf de l'Inde , entasses^ de courage pour tenter cette route.

roQirdedettxini»- •iouiuùre*.

ETATS tftlBUTÀlRKS. ^^

ï>e x:e nombre ont ëté deux jésuites mission- OuThibet naircs , les PP. Freyre çt Desideri. Quelques fragments de teur intéressante relation pourront jeter quelque lumière sur cette partie du Tfaibet, jusquHci peu fréquentée, et sur laquelle nous n^avons presque pas de renseignements géographiques.

Ces missionnaires partirent;deI)eUiyle23sep' tembre 1 7 1 4 > se rendirent à .Lahor , et peu: de )oursr après se trouvèrent au pied du Caucase. « Le Caucase , dit le P. Desideri, est une longue suite de montagnes très -hautes, et très-escar^ pées. Après en avoir passé une , on en trouve une seconde plus haute que la première ; celle* ci est suivie d'une troisième y et plus on monte, plus on trouve à monter , jusqu^à ce qu'on ar- ^ rive à la plus élevée de toutes , qui se nomme Pir-pangial. Le sommet de ces hautes monta* gnes est toujours couvert de neige et de glaces. !Nous employâmes douze jours à ps^er ces montagnes à pied , traversant avec des peines incroyables d'impétueux torrents qui se forment 4e la fonte des neiges , et qui ^se précipitent avec rapidité à travers les pierres et les rochers. Ces torrents, auxquels il faut résister sans cesse , rendent ces passages extrémemçnt diflxcile^> et je me suis souvent vu

BuTbîbet.

78 I>E LA CÏIÏNE. IIV. IV.

force dé lA'atfacher à là queue d'un bd^uf de Charge , qui passoît en iifiême temps que mat , pôW n*êlre pas értiporté par ïa violence de ces courants. Je ne parle point du froid extrême que j^ai eu à souffrît' , pour n^aTôîf pas pris la précaution de me pourvoir de vêtemenls convenables à un si rude climat. Ce pays de montagnes , quoique d^aiMcurs si affreux , ne laisse pas d^éfre agréable en quelque^ endroits, parla multitude et la variété des arbres, par la fertilité du terroir ^ et par les différentes peuplades qu'ôil y rencontre. On y trouve quelques petits Etats , dont les princes dépendent du Mc^oL »

Les missiomiaireé arrivèrent à Cachemire le 10 mars 1715. La prodigieuse quantité de neiges qui tombent pendant Thiver et ferment absolument tous les passages , les obligea d'y séjourner peiidant quelques mois. Ils y prirent dbs informations sûr le Thîbet.

' « L^un des dêui , dit le P. Desideri , s^étend du septentrion yfers le couchant , et s^'ap^elle pêtit^ Thibet, ou Baltisiùn / it est à peu de jom^nées de Cachemire ; ses habitants, et les princes qui les gOilvernent, sont ifiarhoihé tans #t tributaires du Mogol. L'autre Thibet, i^ort

nomme l€ jgmnd ThUety oa Bulon , s^^tend dtt septentrion rers le lerattt , et il est ufi peu plus ëkrigtté de Cachemire. La rcMfte en est assex fré^fitentée par le» caravanes , , qui Totit tous )eft aae j cbercher des laines ; on passe ordJiMâreinent par des défiles. Les six on sept premières^ {«nrnées ne sont pas fort rudes ; mais, da»s la suite , les chemins deriennent très-difficHfes à cause des yents qui y régnent , des neiges , et de langueur extrême d^nn froidi tres-piqoaflit : à quoi il faut ajouter la nëcestité où Ton est de prendre te repos de la nint sufr h terre niM , quelquefois-sur la neige ou sur la glace. LegranidThîbet commence auhaui d'une affireose montagne toute conrefte de neiges , nommée Kamtâl. Un cdtë de la montagne est duéonHMie de Cachemire , l'autre appartient au Tlnbet. Noud étions partis de Cachemire te 17 mai , et le 3o nous passâmes Cette montagne, c'est-à-dire qtte ndus entrâmes dans leTbftet. n étoit tombé quantité de neige sur le chemin, que nous devions tenir. Ce chemin , qui eofldnit à Leh , autrtement Laâak , se &it eotre des mcNortagnes affreuses. Elles sdnt po- ^ les unes^ sur les autres , et si contignës , <ia^à peine sost-etles séparées par des torrents qm se précipitent avec impétuosité du haut

DuTbibet

DuThibet

80 DE LA CHINE. hl\. lY. j

des nkontdgnes , et qui se brisent avec tan^ de bruit contre les rochers » que les plus intrépides voyageurs en sont étourdis et effrayes Le haut çt le bas des montagnes sont égale ment impraticables ; on est obligé de mai-cher à mi-côte, et le chemin y est d'ordinaire si étroit , qu'à peine y trouve-t-on as^ez d'espace pour poser le pied : il faut donc marcher à pas comptés et avec une extrême pr^aution. Pour peu qu'on fit un faux pas , on rouleroit dans des précipices avec grand danger de la vie-, ou au moins de s^ fracasser les bras et les' jambes y comme il arriva à quelques-uns de ceux qui voyageoient avec nous. Encore si ces montagnes avoient <4es arbrisseaux auxquels on pût se tenir ! Mais elles sont si stériles; qu'on n'y trouve ni iplante , ni même un seul brin d'herbe. Faut^il, passer d'une i^pntagne à l'autre ? on a à traverser des jtQtrents ijfôpétueux qui les séparent., et l'on ne trouVe. point d'autre pont que quelque planche» étî*pHe et tremblante , ou quelques cordes t€;pdu(çs , entre'lasséesde branchages, yer.ts :o.n;esl; ?:Q«lve^t)C0ntraint de se dipçbaujçer. pour appuye^Jp pied avec moins de yiscjvie. Je fFémisepcore avï seul souvenir de ces affreux passages^, La, difficulté des chemins .n'es jL pas, la seule i(iCp^n^dité

ÉTATS TRIBUTAIRES. 8l

de cette route : il faut y joindre le froid le plus piquant , des vents furieux , des neiges abondantes, la nécessite de dormir sur la terre , exposé aux injures d'un si rude climat, et de ne se nourrir que delà farine de satiu , qui est une espèce d'orge. Les habitants du pays la mangent telle qu'elle est ; pour nous, nous la prenions d'ordinaire en bouillie , et ce n^étoit pas un petit avantage de pouvoir trouver un peu de bois pour la faire cuire (i). »

Ces courageux missionnaires n'arrivèrent à Ladak ou Latak qu'après quarante jours de marche , depuis leur départ de Cachemire.

La partie méridionale du Thibet , que les Anglais de l'Inde appellent le Bouùm, jouit d'un climat plus doux. Cette partie se compose d'une longue et large chaîne de montagnes , dont quelques-unes , très-élevées , sont habituellement couvertes de neiges ; mais dont les autres, la plupart tapissées d'immenses forêts , offrent à l'œil une éternelle verdure. Les chemins en sont escarpés et difficiles; mais ils conduisent à de fertiles vallées , dont les ouvertures , dirigées vers le midi , admettent une douce chaleur, et où croissent et

DuTiiibet.

La BonlaD, oa parti* mitridi(y« aala da Tliibet.

(i) Lettres édifiaiuee, anc. ëdit. , tome XV, page i83. II. 6

DuThibet

mûrissent d^abondantes moissons et des fruits de toute espèce.

iunt% Tia».po«. Lg Thibct est arrosé par un grand nombre de sources et de rivières , et sur^-tout par les eaux d^un fleuve qui le traverse dans toute son étendue. Les Thibétains le nomment Yaroutsan-pou, ou simplement 7^a/i*/?oii( le fleuve), et les Indiens , JBurhampouter ( né ou issu de Brahma ). Il prend sa source dans les mêmes lieux que le Gange , vers les monts Kentaïssé, non loin des frontières de Cachemire. Les deux fleuves naissants se séparent dès leur origine , et prennent des directions opposées ; mais pour se rapprocher ensuite et confondre leurs eaux , avant qu^elles se rendent à la mer. Le Gange coule vers Pouest , où une chaîne de montagnes , quMl rencontre y le force de se diriger vers le sud. Le Tsan-pou prend la route de l'est. Celui-ci , obligé de s'ouvrir un passage à travers des contrées rudes et montagneuses 9 suit long-temps un cours tortueux et resserré ; il élargît son lit dans les plaines et ferme beaucoup d'isles ; il passe au sud , et à peu de distance de Lassa ^ capitale et résidence du suprême lama ; et enfin , lorsqu'il a franchi les dernières limites du Thibet , il tourne vers le sud-ouest , entre dans le, Ben-

ETATS TKIBCfTAlRËS. 83

gale , au-dessous de Rangamatty^ , et rçncontrq DuThib«t le Gange , auquel il se réunit. Les deux fleu-» ves ne se séparent plus ; semblables y en quelque sorte , à deux frères qui ne se sont pas TUS depuis Tenfance , et qui , après de longues erreurs et de pénibles voyages » se retrouvent , étonnés de leur mutuel agrandissement* Le Gange et le Tsan-pou premient, après leur jonction , le nom de Megim , et roulent majestueusement leurs eaux réunies jusqu^à la mer , où ils se jettent par un grand nombre^ de bras et de canaux qulls se sont ouverts. ;

Le Thibet, sous le rapport de la fertilité , p.îlrcaî?''^'* est une des contrées de la terre que la naturo a le moins favorisées. Quelques cantons, plui heureusement situés le long des rivières, ou dans les vallées abritées des vents et du froid , s^ montrent ça jet là parés d^une asse^ riche végétation ; mais cette vaste contrée y ea ge-^ néral , produit pçu. On n'y cultive point le riz ; les récoltes de froment sont médiocres ; Torge seule y donne des moissons abondantes.^ Le plus célèbre et le plus recherché de se» végétaux est la rhubarbe. !Nous parlerons ailleurs de cette planté. Le sol de TintérieiiË^.du Thibet est sablonneux , aride « hérissé de ra* çhers et de montagnes i la plupart peu élevées;

84 DE LÀ CHINE. LIV. iV.

DuThibet "^^^^ ^^^^ ^^ dépouîUées de toute vei'dure* Les arbres , les broussailles m^me sont rares , et Phabitant ne connôît d'autre combustible que la fiente séché^ des animaux. Mais ce défaut de fertilité est compensé par d^autres avantages. 11 n'est peut-être pas de contrée où les animaux se multiplient avec moins de soins et dans une aussi rapide progression. Les campagnes du Thibet sont couvertes d'immenses troupeaux de gros et menu bétail ; elles abondent en gibier de toute espèce , en bêtes fauves I en oiseaux sauvages et domestiques. Ces ressources territoriales assurent la subsistance des Thibétains , et elle leur fournissent même encore d'amples moyens d^échange et de commerce.

Bttofs duTkibet. Le taureau du Thibet est h peu près de la taille de ceux d'Europe ; mais l'abondance et la longueur du poil dont il est couvert le iTont paroître plus gros. Les Thibétains l'appellent yak , et donnent à la vache le nom de dhé. Cet animal a la tête courte et armée de deux fortes cornes , arrondies , lisses, courbées eii demi-cercle, ettrès-ai^ës à leur extrémité. Ses oreilles sont petites ; son front , large et proéminent, est couvert d'une touffe de poil frisé. Ua les yeux gros , le mufle petit , les naseaux

KTATS TRIBUTAIRES. 85

peu ouverts , le cou court et arque ; les épatt"- Hu^xhibeu les hautes , la Groupe et les jambes basses. II porte entre les épaules une protubérance semblable à celle qui distingue les bo&ufs de Plnde ; elle est garnie d^un poil plus long et plus épais que celui qui recouvre Tépinc du dost Les épaules , les reins et la croupe sont revé-^ tus 4^une espèce de laine courte , épaisse et moelleuse ; mais les flancs et le dessous du corps sont garnis de longs poils flottants qui descendent jusqu^au jarret de Fanimal , et traînent quelquefois jusqu^à terre. Ce luxe de fourrure se montre sur-'tout dans la queue du yak^ laquelle , dans toute sa longueur y n,*offre qu^uae touffe épaisse de longs poils sayeux et brillants. Cesi animaux ont ordinairement Ic^ pelage npir ; on en voit cependant quelques-uns qui ont les épaules, Pépine du dos, la queue et la moitié des jambes de couleur blanche , quoique Le re^te du corps soit d^un noir foncét

Le taureau du Thibet a te regard sombre ; U paroît défiant et farouche, sur-tout à Tapproche de personnes dont la vue ne lui est pas familière. Au lieu des longs mugissements que poussent les bœufs d'Europe , il ne fait entendre qu^^n girognement sourd < qui n'a

DuThilMît

MfttttOBS.

ménrie lieu que quand ranimai est inquiet ou irrité.

Les yaks ne servent point au labour ; mais on les emploie comme bétes de somme , parce qu'ils ont le pied trèssûr dans les routes scabreuses des montagnes. On se nourrit de leur chair y et leur peau fournit la matière de plusieurs pièces d'habillement. Leurs queues sont dés objets de luxe , très - recherchés dans rindé et dans tout l'Orient. On en pare la tôte des chevaux et des éléphants, et l'on s'en sert ^ à la main , pour écarter les mouches et les ïnaringouins. Mais ce qui rend sur- tout ce bétail précieux auxThibétains » est l'immense quantité de lait qu'il leur fournit , et dont ils Ëibriquent un beurre excellent. Ce beurre , qu'ils enferment dans des sacs de peau, ou l'àir ne peut pénétrer , et où il se durcit par le froid , se conserve pendant des années en-* tières sans s'altérer. Ils le transportent au loin sur le dos de leurs yaks , et le débitent dans toute la Tattarie. ^

Le mouton est celui de tous les animaïux utiles dont l'espèce est la plus multipliée au Thibet. Il forme la richesse de toutes les familles /qu'il habille des produits de sa toison , et auxquelles sa chair fournit , pendant toute

Tannée , Taliment le plus habituel. Les Thibé- DaXhibct tains font d^amples provisions de cette viande , qulls ont le secret de conserver , soit pour la transporter dans leurs voyages , soit pour en faire usage dans le cours de Thiver. Le sel n*en^ tre point dans cette préparation ; leur procédé se réduit à dessécher les chairs de Panin^al , ce quUls obtiennent sans le secours du soleil ni du feu. Ils tuent le mouton , le dépouillent , en ôtent les entrailles , et , le dressant ensuite sur ses quatre jambes , ils le laissent exposé à un courant d'air froid /jusqu'à ce qu'il parvienne à une dessiccation complète. Ainsi j^réparée , cette viande se garde aussi long-temps qu^on le veut , et elle se mange crue.

Le mouton du Thibet difière de celui d'Europe , et paroît former une variété particulière à cette contrée. Il est d'une taille plus petite , et presque tous les individus ont la tête et les jambes noires. Leur laine est très-fine , douce et abondante. Us paissent indifféremment partout ; mais on préfère de les con^ duire sur le penchant des collines et dans les vallées froides , où il ne croît qu'une herbe courte. Aussi leur chair passe-t-elle pour être très-délicate et d'un goût exquis. Leur laine s'emploie à fabriquer des draps étroits^ asse«

Du Thibet

Cheveu.

88 DE LA CHINE. 1*IV. lY,

semblables aa drap de frise, mais dont le tissu est moins serré. Ces étoffes servent à rhabillement des lamas et à celui de presque tous les habitants , et le commerce en exporte des.quantiiés considérables. Toutes les peaux des moutons qu^on tue se préparent avec leur laine ; elles foùrmssent des vêtements pour rhiver. On prépare de même les peaux d'àgneauxy dont ta laine est d'une finesse extréme^^ Celles-ci sont très-recherchées par le luxe ; on les transporte dans toute la Tartaric et à la Chine même , où elles sont payées fort cher. C'est aux chèvres du Thibet que nous devons la matière première des riches et magnifiques tissus 9 que le Cachemire nous envoie sous le nom de schails. <(^ Nous vîmes , dit M^ Samuel Turner (i) , dans le voisinage du Kamtchieu (rivière) plusieurs grands troupeaux de ces animaux précieux , dont le poil sert à faire les magnifiques schals qui sont si recherchés. Ils paissoient Therbe sèche et rare qui restoit sur ces montagnes qui nous paroisrsoient nues. Cette espèce de chèvres est peutrêtre la plus belle de toutes^ Pour moi , je la trouve d'une beauté bien supérieure à la chèrvre d'Angora. La couleur de ces animai^x va;^

(i) Ambassade au Thibet ^ tome II, page i55.

ETATS TRIBUTAIRES. Sg

rîe ; il y en a de noirs , de blancs > de bleuâtres » nuThibet. et même dhm fauve clair. Ils ont les cornes droites , et sont moins grands que les plus petits de nos moutons d^ Angleterre. Le poil qui sert à faire des sçhàls est extrêmement fin et ras. Il est couvert par d^autre^ poils longs et durs 9 qui enveloppent Tanimal, et qui conservent la délicatesse de sa première robe. Ces chèvres doivent , sans doute , à la nature du climat qu^ elles habitent cette robe si fine et si chaude; car toutes celles qu^on a transportées au Bengale ont bientôt perdu leur beau poil , et ont été attaquées d'une éruption galeuse. Celles que j^ai envoyées en différents temps en Angleterre n'ont pas mieux réussi. Elles ne supportent pas plus la mer que les chaleurs du Bengale; quelques-unes sont arrivées en Angleterre, mais dans un €tat si foible qu'elles ont bientôt péri, n

A ces belles chèvres , qui nous fournissent ^-imai «n m«*c un si riche duvet, il faut joindre aussi Tani^ mal précieux qui nous donne le musc. Celuici habite les montagnes du Thibet comme celles de la Chine. Nous le ferons connoître, lorsque nous décrirons les animaux sauvages du territoire chinois. ,

La chaîne de montagnes, qui forme la par- chcTanx. lie méridionale du Thibet , possède une race

go DE LA CHINE. LIV. IV.

DuThibct. distincte de chevaux, qui paroit lui être particulière. On ne les retrouve dans aucun des pays limitrophes, ni même dam le reste <lu Thibet. Ces chevaux sont le plus communément de couleur pie , et portent sur un fond l très-blanc des taches noires , rouges et baies. Ils sont d^une moyeime taille , mais bien faits ; ont le corps raccourci , la jambe fine , et tous leurs membres dans une juste proportion. Ils sont vife y emportés , pleins de force et d^ardeur , et cette impétuosité fougueuse est soutenue par une égale vigueur de muscles. Elevés dans les montagnes et accoutumés à les parcourir y ces quadrupèdes étonnent par la vitesse avec laquelle ils en franchbsent ' les sommets les plus élevés. Aucune £aitigue ne les rebute ; la résistance qu^opposent les lourds fardeaux qu^on leur fait traîner , loin de ralentir leurs efforts , ne semble quUrriter leur ardeur et la renouveler. On reproche , en général , à ces chevaux d'être indociles et opiniâtres , mais ces défauts peuvent ne provenir que de la manière dure et mal*adroite dont on les élève. En les dressant avec plus d'habileté et en les traitant avec douceur, peut-être parviendroit-on à maîtriser la fougue de ces animaux et à les rendre soumis et dociles. On emporte de ces chevaux pour le

ÉTATS TRIBUTAIRES. gi

Bengale,' où ils arrivent avec les défauts de DuThibet leur éducation. On les y emploie aux plus pé« nibles travaux j mais la continuité de ceux-ci et les chaleurs brûlantes de ce climat les font périr en peu de temps.

Tous les chevaux dont on se sert dans les autres parties du Thibet sont étrangers et ne naissent point dans le pays. Les habitants les tirent des frontières de la Tartarie occident taie et de la petite Buckarie ; on les hongre avant de les livrer , et il est en même temps défendu de vendre des juments. Ces chevaux sont doux, dociles, et ont le pied trè^*sûr. Maïs ils ne se recommandent point par Pélé-^ gance des formes ; ils sont petits , lourds , mal proportionnés , surchargés d^une tété énorme, et ce qui achève d^enlaidir leur dis^ gracieuse figure , est la longueur de leur poil, qui les fait prendre de loin pour des ours. On ne ferre point ces chevaux; cet usage est inconnu dans tout le Thibet.

M. Samuel Turner , dans la relation de son out^us «auT»^ voyage au Thibet (i) , rapporte qu'il aperçut un jour une troupe de chevaux sauvages, «i T^ous continuâmes , dit-il , à marcher dans la plaine. Bientôt nous aperçûmes une troupe

(i) Tome I**", page xo6.

DuTfciUt d'aniBftaux que les Thibetains appellent gourhhaivs, c'esl-à-dire cheçaux sauiHiges % ils étoient si farouches y. qu'il nous fut impossible de les approcher assez pour pouvoir bien voir leur forme. Cependant^ avec une lunette , je distinguai quUls a voient de longues oreiUes , semblables à celles des ânes et des mulets ^ et une queue mince ,. garnie de fort peu de poils , laquelle leur tomboit jusqu'au jarret. Ilsavoient les oreilles , le cou , le dessus, au corps et la queue de la couleur des daims , et le front , |e ventre et les jambes plus clairs et tirant sur le blanc. Qn dit que ces animaux; sont exce^ivçment légers , et, qu'il est impossible de les apprivoise!: , et même de les prendre en vie lorsqu'ils sont grands. Qn en prend quelquefois de petits , mais bientôt ils languissent et meurent. Les Thibetains leur font la chasse , et , pour pouvoir les tuer y ils se mettent à l'afrût. On dit que la chair en est très-délicate. » Il est trcs-vraisemblahle et presque hors de doute que ces chevaux sauvages ne sont autre chose que le mulet et la mulë^ sauvages, appelés par M. Pallas le chenal hémiane ou demi-âne. Si cette conjecture est fondée , la iremarqqe du voyageur anglais est . d'autant plus intéressante ^ qu'elle nou$ apprend que

lÊ'rATS TRibUTÂIRkS. 9^

C6 quadrupède singulier, si long-temps incon- Du ThUiet. nu aux naturalistes , et qu^on croyoit n^exister ^ue danis les seuls déserts de la Davurie , se retrouve aussi daùs les plaines arides du Thibet. Nous ferons connoître avec détail le cheval hémione y lorsque nous traiterons de Thistoire naturelle de la Chine et de la Tartarie (i).

Si deis troupeaux nombreux et Taffluence m^"?*»^ r^'^»d^animaux de toute espèce dédommagent le Thibétain de la stérilité de son sol , les richesses que celui-ci récèle dans son sein lui ouvrent encore une seconde source de compensations* Cette contrée est véritablement une terre classique pour le minéralogiste. Le Thibet possède des mines d'or , d'argent , de cuivre , de fer, de plomb , de cinabre et de vif-argent , et en outre des réservoirs inépuisables de sel gemme et de tinkal , qui est le borax.

L'or , dont on recueille au Thibet une très- ^• grande quantité , est souvent fort pur. Il se présente sous la forme de poudre et de paillettes dans le lit des rivières > sur-tout dans les endroits où leur cours se détoui;ne et change de direction. Dans les ravins et les fentes des rochers , on le trouve le plus communément adhérent à des fragments de pierres, qui sont

(0 Voyez livre YIII; chapitre 4 ^ section a , ^ 5.

Du Tbibet. le quartz et le caillou , et tout semble indiquer quHl faisoit partie d'une masse plus considérable. Quelquefois on le décourre en forts morceaux et en blocs , disposa dans des filons irréguliers. Dans une année extraordinaite , où une excessive sécheresse fit fendre la terre en beaucoup d'endroits , ces crevasses mirent à découvert et firent recueillir une si grande quantité de ce métal , que la bourse ou sachet de poudre d'or perdit pendant quelque temps dans le commerce plus de la moitié de sa valeur habituelle. Ces richesses du Thibet passent dans quelques.Ëtats voisins avec ses rivières : une des principales entre , au sud-est , dans la province chinoise d' Yune-nane ; elle y a reçu le nom de Kine^-cha-kicm ( fleuve au sable d'or ) , à raison de la grande abondance de paillettes et de parcelles d^or qu'elle roule dans ses eaux.

coîTTt. Lg5 mines de cuivre sont en grand nombre

et très-abondantes. Les Thibétains emploient ce métal pour orner leurs temples , pour fabriquer leurs idoles , tous les ustensiles nécessaires au culte et en usage dans leurs monastères , et sur-tout les petites statues dans l'intérieur desquelles sont déposées les cendres d'un certain nombre de lamas décèdes ^ dont

lÊTATS TRIBUTAIRES. 9S

on a brûle les corps : ces statues , qui tiennent DuThiM. lieu d'urnes funéraires , sont rangées dans de longues galeries , dépendantes des temples ou des monastères.

On ne fait au Thibet presque aucun usage '*>'>»'»• «^;»»'>'* du plomb : aussi les mines qui le renferment sont-elles très-négligées. On pourroit au moins les exploiter par le seul motif d'extraire les parties considérables d'argent qu'elles contiennent ; mais les Thibétains sont si peu avancés dans la connoissance des arts,qu'ils semblent ignorer jusqu'aux méthodes de séparer ces métaux. Us ne tirent pas plus d'avantage de leurs mines de cinabre; ils emploient ce minéral colorant pour|ieindre leurs maisons , mais ils négligent d'en extraire le vif-argent. Les mines de fer languissent dans le même abandon. Observons néanmoins , pour la justification des Thibétains , que s'ils montrent peu d'ardeur pour le travail des mines , on doit peut-être moins l'imputer au dé&ut de connoissances et à l'oubli de leurs intérêts , qu'au manque de bois et à la rareté des combustibles. Ce n'est pas , en effet , avec de légères broussailles et avec la fiente desséchée des animaux qu'on peut alimenter des fourneaux , et leur faire prendre le degré de chaleur nécessaire pour

Borav. Sel gemme.

96 DE LA CHiNt:. IiIV. iV.

DuThibet. f^^^**^ » scparcr et purifier les métaux. La découyerte la plus précieuse pour le Thibet seroit celle d^une mine de charbon de terre ; elle feroit valoir et mettroit en activité toutes les autres. Mais jusqu^ci ce combustible minéral , quoique très -commun dans plusieurs parties de la Haute- Asie , ne s^est pas encore montré au Thibet.

C'est de cette contrée que nous vient , sous le nom de tinkal que lui ont donné les Indiens 9 une grande partie du borax que consomme PËurope. Cette substance fossile , au rapport de M. Robert Saunders , chirurgien de Pambassade anglaise au Thibet , se tire d'un grand lac , situe à quinze journées de distance et au nord de Teschou-loumbou ; ce lac , au* quel on donne six à sept lieues de circonférence , occupe le fond d'un bassin , environné de toutes parts par des hauteurs couvertes de rochers. Il ne reçoit dans son sein aucun ruisseau , on ne découvre même aucune fontaine dans tout son voisinage. Ses eaux sont uniquement alimentées par des sources salées. Le ' tinkal se forme ou se dépose dans l'intérieur du lac. Les ouvriers employés à l'extraire j l'arrachent en gros blocs , qu'ils brisent ensuite en de moindres morceaux pour en faci-

, ETATS TRIBUTAIBES. 97

liter le transport ^ et ils les laissent exposés à DTrMbdT l'air pour les faire sécher. Quoiqu'on tire le Unkal des eaux de ce lac depuis un grand nombre d'années», on ne s'aperçoit d'aucune diminution sensible de ce minéral. Les trous et les cavités que produit son extraction se remplissent et disparoisseht en peu de temps. Aussi est-ce une opinion généralement reçue parmi 1 es ;Thibé tains que le tinkal se renouvelle sans cesse. On ne le trouve point hors du lac ; il ne se montre dans aucun des terrains secs et élevés qui l'avoisinent. Dans le bassin même du lac, il semble affecter des gissements particuliers. On ne le cherche point vers le centre « où les eaux sont trop profondes , mais seulement jusqu'à une certaine distance du rivage , où le plan incliné des terres rend les eaux moins hautes. C'est , au contraire , du milieu du lac et de sa plus grande profondeur qu'on extrait le sel gemme , autre fossile non moins abondant que le tinkal. Les eaux du lac varient peu ; elles se soutieiui^at assez consr tamment à la même hauteur. La rigueur du climat les fait geler de bonne heure : dès le mois d'octobre, le froid et l'abondance des neiges forcent les ouvriers d'abandonner tous les travaux de l'extraction.

Page 1