OBSERVATION IX
(Extrait du compte rendu de la séancedu 10 février 1913, de la Société nationale de médecine de Lyon. Rapport de M. Paul Dufourt, interne des hôpitaux).
Cholécystite aiguë phlegmoneuse. — Cholécystectomie à chaud. — Guérison : 38 jours.
J’ai l'honneur de présenter, au nom de M.le docteur Leriche, les pièces d’une cholécystectomie faite à chaud pour une cholécystite aiguë suppurée.
Il s'agissait d’une femme, A. Louise, cinquante et un ans, n’ayant jamais eu de grossesse, sans passé pathologique.
Depuis quatre ans, elle avait présenté trois coliques hépatiques à caractères nets, observées toutes les trois par le docteur Boyer : elles furent remarquables par leur grande bénignité et leur courte durée (24 heures à peine). Dans l'intervalle, la santé était parfaite.
Dans la nuit du 2 au 3 février 1913,nouvelle colique hépatique avec la symptomatologie habituelle : douleur, vomissement bilieux... Mais cette fois, au bout de 48 heures, l’état s’aggrava brusquement : douleurs et vomissements redoublèrent d’intensité ; la température monte à 390,5, et la malade perçut dans le flanc droit comme une sensation de déchirure, en même temps qu’apparaissait et se développait une tuméfaction de la région vésiculaire. Devant cet épisode imprévu, le docteur Boyer songea à une complication grave et posal’indication chirurgicale.
Intervention : Malgré le parfait état général de la malade, le lendemain, 6 février (au début du quatrième jour), M. Leriche intervint d'urgence, dans le service de M. Poncet. La tuméfaction, grosse comme un poing, était très basse dans la fosse iliaque, le foie étant très ptosé ; elle fut abordée par une incision courbe ; des adhérences récentes symphysaient le bord du foie
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et la vésicule à la paroi ; elles furent libérées au doigt, puis le foie fut extériorisé et l’ablation de la vésicule pratiquée sans incident d’arrière en avant, comme d'habitude; elle était énorme, tendue, violacée, fissurée près du col. Une ligature fut mise sur le cystique qui était oblitéré, quelques mèches furent placées dans le lit vésiculaire et la paroi partiellement refermée,
Les suites paraissent devoir être très simples (1).
L'examen de la pièce montra la grosse vésicule que voici, distendue à l’excès par du pus d’abcès chaud ; il n’y avait ni bile, ni sable, mais un très gros calcul de 4 © de large, de 5 de long, libre dans ce pus phlegmoneux. Les parois de la vésicule, malgré sa distension, étaient épaisses et œdémateuses ; la muqueuse est encore recouverte d’exsudats membraneux et puriformes. Au niveau du col, il existait enfin une ulcération très nette, amorce certaine d’une perforation en voie de réalisation.
Commentaires de M. Paul Dufourt (même séance).
Il s’est agi, en somme, d’une onflammation phlegmoneuse aiguë survenue dans une vésicule fermée, et en voie de perforation. Le cas est intéressant par la brutalité et la gravité de l’accident survenu au cours d’une lithiase en apparence très bénigne.
La pièce est intéressante au point de vue anatomopathologique.
Enfin, le traitement aussi doit être signalé: la cholécystectomie précoce est la thérapeutique de choix dans ces cas. Elle est bien supérieure au simple drainage de la vésicule, qui ne met nullement à l’abri des accidents ultérieurs et quelquefois n’arrête même
(1) A la date du 17 février, la malade est en parfaite voie de guérison : les mèches sont enlevées, il n’y à eu aucun écoulement biliaire.