OBSERVATION I
Périchondrite et nécrose du Cartilage aryténoïde.
(W. SCHEPPEGREL, de New-Orléans. — Communication à la Société d’Otologie, etc., mai 1808, in Xevue internationale de Rhinologie, Otologie et Laryngologie. — Paris, 1808, VIII, page 574.)
20 août 1892. — Miss L. B..., 33 ans, vient à Eye, Ear and Throat Hospital. La malade a la voix enrouée. Elle se plaint de douleurs dans la région thyroïdienne et de beaucoup de difficulté à la déglutition. Température : 38°6.
Examen laryngoscopique. — Il montre un mouvement défectueux de laryténoïde gauche et, à l'extrémité postérieure, une saillie qui, par la suite, fut reconnue pour le cartilage aryténoïde nécrosé.
On employa d’abord des mesures palliatives. Mais l’état empira peu à peu. Et, comme la malade s’amaigrissait en raison de la dysphagie, je décidai d'enlever la saïllie du cartilage au moyen de l’anse froide. J'y réussis et l’examen histologique prouve que le fragment extrait était le cartilage nécrosé. Cette opération fut suivie d'amélioration considérable des symptômes et une ulcération, qui s'était développée en face de l’aire malade par irritation mécanique due à la saillie du cartilage, céda alors aux applications d'acide lactique. Le champ opératoire se couvrit de granulations nombreuses. Six semaines plus tard, celles-ci s'étaient tellement développées, qu’elles gênaient sérieusement la parole et la déglutition. La douleur était de nouveau considérable. L'examen au stylet ne fit découvrir aucune trace d'autre nécrose. L’anse froide fut employée plusieurs fois, mais toujours les granulations récidivaient.
Dans le but d'obtenir une cure radicale, j'utilisai alors l’électrocautère ‘et le tissu malade fut enlevé soigneusement au moyen d’une électrode pointue pour le larynx. La malade était accoutumée à ces manipulations endolaryngées et, après anesthésie complète des parties par une pulvérisation de cocaïne à 5 %, on pouvait agir sans difficulté. Cette fois, le
résultat fut satisfaisant. Les parties guérirent peu à peu et, deux mois
plus tard, elles étaient complètement cicatrisées. Le cartilage aryténoïde gauche est raccourci de sorte que la bande ventriculaire empêche de voir les cordes vocales, sauf dans la phonation forte. Mais il n’y a aucune infiltration ou douleur, seulement un peu de fatigue en parlant. Les mouvements défectueux de la corde vocale gauche sont compensés par l'augmentation de ceux de la droite, de sorte que l’émission de la voix se fait bien.
11 octobre 1894. — La malade a engraissé de 5 livres et paraît très améliorée. Il y a encore une élévation de un à deux degrés tous les jours. A l'examen laryngoscopique, la difformité due au raccourcissement et à l’immobilité du cartilage aryténoïde gauche se voit facilement, mais il n’y à ni douleur, ni gêne pour parler ou déglutir. La lésion laryngée, dans ce cas, semble due à la tuberculose, ce qui est confirmé par les antécédents familiaux et l'élévation continue de la température, mais n’a jamais pu être prouvé par l'examen bactériologique et physique toujours négatif.
Un point intéressant de cette observation est l'élévation continue de la température. La malade a été suivie par moi pendant 6 ans. Quoique sa santé soit bonne et qu’elle ne se plaigne d'aucun malaise de la gorge, que l’appétit et le poids aient augmenté, que l’examen physique n'ait jamais révélé de trouble pathologique dans la poitrine, je n’ai jamais vu cette personne avec une température normale. Le thermomètre varie entre 37% et 38°4. Et, à un moment, ayant donné un thermomètre pour prendre la température deux fois par jour, cette particularité a toujours existé. Des médicaments divers ont été prescrits sans effet, les meilleurs résultats ayant été cependant obtenus avec les préparations arsenicales. Sans doute, il existe un foyer d’irritation dans l'organisme et probablement de nature tuberculeuse; mais l’analyse des urines et les examens physiques répétés n’en ont pu déceler le siège.
Les bons effets de l’électrocautère, qui détruisit complètement les granulations, ce que les applications successives de l’anse froide n'avaient pu faire, sont intéressants.