‹ De la Chondro-péricondrite tuberculeuse du LarynxChapitre 22 sur 31 · OBSERVATION VIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VIII

Chondro-périchondrite du Thyroïde.

(Observation personnelle.)

Mae D..., 29 ans, ménagère à Paris, se présente, le 15 juillet 1910, à la Clinique des maladies des oreilles, du nez et du larynx de la Faculté. Depuis $ mois environ, elle a observé le développement progressif d'une tumeur siégeant à la partie antérieure du cou. Cette tumeur, du volume d’une noix, fait saillie un peu en dehors et à droite de la ligne médiane. A la palpation, qui n’éveille aucune douleur, la tumeur se révèle multilobée et fluctuante. Elle paraît adhérente au cricoïde et à la moitié inférieure de la lame droite du thyroïde. La peau, à son niveau, est de coloration rouge violacé.

Deux ganglions de la chaîne carotidienne sont perceptibles à droite, un à gauche.

A l’examen laryngoscopique, la muqueuse laryngée apparaît saine. Aucun signe de tuberculose. Dans la région sous-glottique, l’on aperçoit, lorsque la malade respire largement, une tuméfaction rougeâtre à sommet acuminé faisant saillie dans la lumière du larynx et siégeant sur la partie antérieure du cricoïde.

La malade, qui a été atteinte, il y a deux ans, d'adémite cervicale suppurée dont elle porte les cicatrices, a eu, l’année suivante, une pleurésie gauche. Depuis lors, elle tousse fréquemment et accuse un état d’anémie assez marquée. En l’espace de cinq années, elle vient de faire trois fausses couches, la dernière datant de six semaines. Néanmoins, aucune trace de syphilis. Actuellement, l'auscultation des poumons révèle une respiration rude et saccadée aux deux sommets, avec craquements au sommet gauche en arrière et frottements à la base du même côté. Le mari de la malade est un tuberculeux pulmonaire.

Les antécédents de M" D... joints à son état actuel, permettent de soupçonner lorigine tuberculeuse de l’abcès prélaryngé. Le diagnostic de périchondrite thyro-cricoïdienne étant fait, vu le degré de fluctuation de la collection purulente, on décide d'intervenir chirurgicalement.

Le 30 juillet, après anesthésie locale à la cocaïne, incision de l’abcès sur la ligne médiane. Le pus s'écoule tout d’abord très liquide et de couleur citrine, puis il s'épaissit, devient grumeleux et présente une coloration jaune verdâtre. Avec le doigt, l’on sent le cartilage cricoïde intact, puis remontant en haut et à droite, suivant le décollement des parties molles, on arrive sur la moitié inférieure de la lame droite du thyroïde dont on perçoit la dénudation sur une étendue équivalant à la surface d’une pièce de cinquante centimes. Il n'existe pas de communication entre le foyer extérieur de chondro-périchondrite et la tuméfaction interne observée au laryngoscope.

Après curettage des fongosités adhérentes aux parois de l’abcès, badigeonnage au chlorure de zinc à 1 p. 50, drainage par mèche de gaze sèche et pansement occlusif.

L’inoculation du pus et des fongosités au cobaye, pratiquée par le D' Lemaire à l’hôpital Saint-Antoine, apporta la preuve de la nature tuberculeuse de laffection.

A la suite de l'intervention, la malade vint à la Clinique, durant trois jours consécutifs, puis un jour sur deux pendant près de deux semaines, pour faire renouveler son pansement. La plaie ne suppurait plus dès le troisième pansement et paraissait en très bonne voie de guérison lorsque, le 17 août, la malade partit pour la campagne. A son retour, au mois d'octobre, elle reparut à la Clinique. La cicatrisation de la plaie cervicale s'était imparfaitement effectuée. Une petite fistule subsistait à la partie inférieure de la ligne d’incision, fistule par laquelle suintait, chaque jour, une goutte de pus jaunâtre et épais. Telle est encore la situation à l’heure actuelle. A l’intérieur du larynx, l’état n’a point changé.

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