OBSERVATION IX
(Dr Brumaur, chirurgien de l'Hôpital International de Paris).
Appendicite et hémato-salpinx à gauche.
Le Dr Vergnes est appelé un soir, vers 9h. 1/2, chez une de ses clientes, atteinte brusquement d’une douleur au point de Mac-Burney. Le matin, la malade avait fait à pied une longue promenade au bois de Vincennes. Elle a déjeuné et diné parfaitement. La journée n'a été marquée par aucun malaise. La douleur, à localisation parfaitement déterminée à droite, éclate instantanément au moment du coucher. En même temps survint un étaf nauséeux et une dépression remarquable. Quand le D' Vergnes examine la malade, à 10 heures du soir, il n'hésite pas à porter le diagnostic d'appendicite, tant la douleur est fixe. Pas de sensibilité à gauche, ni en dehors de la région de l'appendice. Glace sur le ventre, abstinence absolue de liquides et de solides, injection hypodermique d’un centigramme de morphine. Décubitus dorsal. La température vaginale est de 30993.
Le lendemain, à la toute première heure, nouvel examen. Confirmation du diagnostic et appel du chirurgien.
À mon arrivée auprès de la patiente, mon confrère me fait ie tableau le plus exact de la situation et, aux renseignements précédents, il ajoute le suivant :
Retard de 12 jours dans les règles, apparition d’un écoulement sanguin par la vulve depuis le milieu de la nuit. Augmentation notable des douleurs et aggravation de l’état général.
Le ventre est météorisé dans presque toute son étendue, avec maximum à droite, au point appendiculaire. Pouls misérable, incomptable, nausées constantes, état syncopal. Rétracuon de la cuisse droite sur le bassin, La percussion, faite aussi délicatement que possible, donne la notion d’une s0-
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norité exagérée de tout l'abdomen ; de plus, elledonne lieu à une exacerbation considérable de la douleur.
L'opération d'urgence est décidée. La malade est endormie au chloroforme.
A l'incision classique de la paroi, un premier fait se produit : il existe une sorte d'œdème, d'infiltration entre Le péritoine et l’aponévrose musculaire du plan profond. A l'ouverture du péritoine, l'intestin fait hernie; selon les lois physiques, il nage au-dessus d’un liquide collecté dans le bassin et, en introduisant le doigt dans la boutonnière péritonéale, un sang d’un rouge vif s'écoule avec abondance. Je retire le doigt et, immédiatement, l'intestin, faisant office de bouchon, l'écoulement cesse. Deux doigts dirigés vers Île cœcum me permettent de sentir facilement l’appendice et de J'extérioriser. Il est doublé de voluine, rouge, enflammé, comme en érection, mais en aucun point il ne paraît menacé de sphacèle, ni revêtu de fausses membranes. Je le résèque entre une pince hémostatique et un fil de catgut placé près du cœcum. Deux fils passés en croix à son extrémité font une oblitération parfaite de la surface de section.
Je fais placer la malade sur le côté droit pour faciliter l'évacuation du sang épanché dans le péritoine et je vais à la recherche des annexes droites. Ovaire et trompe absolument normaux. Par l'ouverture classique de l'appendicectomie, je vais à la recherche des annexes gauches. Je ramène la trompe et l'ovaire, et je constate que la première est triplée de volume et au’elle est rompue à 3 centimètres environ de la corne utérine. Une artériole donne lieu à un écoulement saccadé, cause de l’inondation péritonéale. Un catgut n° 2 est placé à un bon centimètre au-dessus de la rupture de Ja trompe, il enserre ensuite l'ovaire et, d'un coup de ciseaux, je supprime ces deux organes.
A l'aide de compresses de gaze aseptique, montées sur des pinces de 20 centimètres, J'é,onge le sang répandu dans la cavité abdominale et le petit bassin et, quand j'ai obtenu un nettoyage complet, je place un grand drain de caoutchouc
De AS d'un calibre de 12 m/m et je suture par étages le péritoine,
les muscles obliques de l'abdomen et la peau.
Les suites furent des plus simples : arrêt de l'hémorragie, pas de suppuration, suppression du drainage au 10° jour. Enlèvement des fils cutanés au 11° jour. Repos au lit trois semaines et lever au bout de cette période.
On peut juger de l'avenir de la malade si l'opération avait été tant soit peu différée. Les colonies microbiennes de l'appendice n'auraient pas tardé à trouver dans le sang épanché, le bouillon de culture le plus apte à favoriser leur développement.
Donc, quand l’appendicite se complique de retard dans la menstruation avec développement de méteorisme, il faut songer à la possibilité d'une rupture tubaire (grossesse tubaire probablement) ; la faiblesse du pouls coïncidant avec l'hypothermie sera un précieux élément de diagnostic. Alors, au lieu de conclure à l'inutilité d'une opération, au contraire, on trouvera dans ces données une indication favorable à l'intervention immédiate sans aucun retard. Sans £ela, les lésions appendiculaires font courir le risque d'une généralisation de la péritonite. |
D'un autre côté, la persistance de l’hémorragie peut vouer les malades à la mort par syncope ou par épuisement. Il y a donc une nouvelle espèce d'appendicite qui, par l'hémorragie annexielle concomitante, nécessite une action chirurgicale rapide.