OBSERVATION X
(SILHOL)
Appendicite présentant les symptômes de grossesse extra-utérine
Le 24 octobre on me présente une malade qui n’a plus été réglée depuis le mois de juillet et qui souffre de violentes douleurs abdominales.
Déjà, il y a trois semaines, elle a eu quelques douleurs au niveau des reins et du bas-ventre, elle a eu des nausées et des vomissements et a perdu un peu de sang clair. Plusieurs confrères l’ont examinée à ce moment, ils ont conclu à une grossesse de trois mois et demi et, craignant un avortement, ont fait appliquer des cataplasmes chauds et administrer des lavements laudanisés. Les douleurs se calment momentanément.
Depuis deux jours, les douleurs ont repris, très violentes, commençant par les reins, finissant au bas-ventre. La malade n’a plus perdu.
Les seins de la malades sont gonflés, avec aréole pigmentée ; il s'écoule un peu de colostrum, dit l'observation ; quelqu'un me signale que le fond de l'utérus est au voisinage de l’ombilic ; c’est une femme enceinte.
Les douleurs sont très vives ; état syncopal, pouls petit, sueurs froides ; température : 38°.
Au palper, je suis surpris de ne trouver nulle part le fond de l'utérus.
Le toucher est douloureux, l'utérus est plutôt petit, le fond n’est pas senti exactement à cause de la sensibilité extrême de la malade. Le cul-de-sac postérieur est douloureux, on sent des nodosités à orientation transversale parfaitement mobiles.
De
Le cas était embarrassant : signe de grossesse, utérus petit, cul-de-sac postérieur douioureux contenant de petits corps mobiles. Il y avait de fortes présomptions en faveur de la grossesse extra-utérine, il est rare même qu’on ait autant de raisons d'y croire.
Après avoir fait surveiller la malade par les externes du service pendant la nuit, je me décidai, le lendemain, à faire une laparotomie exploratrice. Mon impression était : grossesse extra-utérine en train d'avorter, étant donnés les symptômes de travail que la malade présentait nettement, ou bien un inconnu que je ne pouvais diagnostiquer; j'admettais plutôt la possibilité d'une laparotomie blanche.
À l'ouverture du ventre : annexes et utérus parfaitement sains. utérus particulièrement petit, infantile ; aucune lés:on au petit bassin, mais appendicite. L'appendice long plongeaïit dans le petit bassin et se mettait en rapport avec les annexes elles-mêmes prolabées dans le cul-de-sac postérieur (c’est tout ceci qui avait donné l'illusion de petites parties fœtales).
Cet appendice était vascularisé et il y avait,autour de lui, quelques adhérences molles ; j'en fis la résection.
Guérison sans drainage. À partir de l'opération, et bien que rien n'ait été fait aux annexes, la malade n'a plus présenté aucun trouble et les règles ont reparu pendant qu’elle était en convalescence à Salvator.
En résumé, cette femme a eu des phénomènes de congestion génitale ,avec arrêt des règles pendant trois mois. A l'opération, elle n'avait rien autre que de l’inflammation subaiguë d’un appendice ectopié en rapport avec les annexes droites. Depuis l'ablation de l’appendice les douleurs ont cessé et la malade a eu ses règles.
Je ne sais pas jusqu’à quel point il serait avantageux de fouiller le mécanisme de cette mise en scène.
[Il me parait admissible que l’appendice enflammé au contact des annexes, ait pu provoquer ces phénomènes de grossesse. Comme il s'agissait vraisemblablement d’appendicite chronique, qui est si fréquente, j'ai cherché dans l’histoire
ER
antérieure de la malade s’il y avait quelque chose. Il y a deux mois, elle avait déjà eu une crise plus légère avec douleur au-dessous de l’ombilic, irradiant dans les reins et dans
tout le ventre, avec suspension des règles ; c’est Le seul épisode antérieur.
OBSERVATION XI (Dr Sizxor)
Collection suppurée de l'ovaire droit avec appendicite, présentant les symptômes d'une grossesse extra-utérine.
Mme Jeanne H..., 32 ans, m'est adressée, le 20 novembre, avec le diagnostic de grossesse extra-utérine.
L'histoire de la malade et les signes physiques qu'elle nous présentait, donnaient de la vraisemblance au diagnostic.
Cette femme, en effet, mariée depuis 6 ans ne présentait aucune histoire génitale. Une grossesse bien terminée à 27 ans; un accouchement de 7 mois 1/2 à 28 ans — à 30 ans, troisième grossesse, accouchement normal. Rien chez cette femme jusqu’au 1° novembre dernier. Elle avait été bien réglée comme d'habitude, le 17 septembre puis le r7 octobre.
1er novembre : douleurs violentes et brusques dans tout le côté droit du ventre, qui augmentent le lendemain. La malade vomit ses aliments à plusieurs reprises. Elle va plusieurs fois à la selle en diarrhée. Elle garde le repos au lit pendant deux jours avec de la glace sur le ventre. Elle traîne ainsi jusqu'au 10 novembre; ce jour-là elle a une métrorrhagie avec de petits caillots; ceci dure plusieurs jours, puis s'arrête. Je l'examine le 23 novembre et, à ce moment, elle souffre légèrement du ventre ; son appétit est revenu. T.: 37°4. Elle se sent beaucoup mieux, mais entre à l'hôpital sur les conseils de son médecin qui l’a convaincue de la nécessité d’une opération. À l'examen, rien de notable dans la fosse iliaque droite ; la malade en souffre à la palpation basse comme pour une salpingite.
Au toucher, le doigt arrive sur un col petit, à orifice assez ouvert, de consistance normale ; l'utérus est transporté en masse à gauche et immobilisé. Les culs-de-sac sont peu marqués, le col peu saillant, le cul-de-sac droit est tout à fait effacé. À ce niveau, le toucher combiné au palper montre une masse volumineuse assez résistante, régulière, qui empiète un peu sur le cul-de-sac postérieur; elle remonte jusqu'au niveau du fond de l'utérus. Cette masse arrondie est sensible, mais pas très douloïreuse. Rien dans le cul-desac gauche, difficilement explorable.
En résumé, il s'agissait de lésions siégeant au niveau des annexes droites, ayant débuté brusquement, trois semaines auparavant, sans aucune raison, chez une femme sans aucun passé génital, lésions volumineuses, unilatérales autant que l'on pouvait s'en rendre compte, et ne s'accompagnañt pas d’élévation notable de température : 37°4.
Tous ces éléments étaient peu en rapport avec un diagnostic de salpingite aiguë, et l'hypothèse d'une collection non inflammatoire était assez admissible. Hydrosalpinx ? Je n'ai pas une très grande expérience de cette affection, mais les cas dont j’ai gardé le souvenir étaient des histoires d’affection chronique.
Hématosalpinx ? C'était vraisemblable. Et, tout en me méfiant d’une collection salpingienne en vue de laquelle J'avais fait préparer le Potain, au moment où je commençais ma laparotomie, je continuais à admettre le diagnostic de mon collègue.
À l’ouverture du ventre, la face postérieure de l'utérus est très adhérente, surtout à droite. Une grosse masse arrondie est développée à droite de l’utérus et un peu sur sa face postérieure.
A plat ventre sur cette grosse masse sont couchés parallè-
ement deux cordons. Le postérieur, l'appendice très dilaté,
vasculaire, conduit, à travers quelques adhérences intestinales, jusqu'au cœcum. L'autre cordon, plus mince, plus rubanné, vasculaire, est la trompe qui semble peu malade.
1e" temps: Section de l’appendice au thermo.
2e temps : Ablation de la trompe et de la poche.
L'examen de la pièce montre que la trompe est réunie à la poche par de petits amas jaunâtres, indices de iésions anciennes et qui sont en relation eux-mêmes avec les petits amas semblables qui séparaient l’appendice de la trompe.
En résumé : collection suppurée, développée au niveau de l'ovaire droit, en relation intime avec une trompe simple-
ment vascularisée et avec un appendice malade, probablement, depuis quelque temps déjà.