VILLA DE LAG11NA A LA SERRA GERAL ET A LACES
Kilomètre *.
De la Villa de Laguna à Piédade (par terre) . 46
De Piédade au hameau das Pedrinhas 9
Du hameau das Pedrinhas au Rodeo da Ilhota (Poso) 9
Du Rodeo da Ilhota au Rio das Pedras-Grandes 9
Du Rio das Pedras-Grandes au Poso Raposo 6
Du Rio Raposo au Rio Armazem (Poso) 2
Du Rio Armazem au Poso et arroio do Biscoite 2
Du Poso do Biscoite au Poso et Rodeo do Baroso 4
Du Rodeo do Baroso au Rio clas Palmeiras 2
Du Rio das Palmeiras au Poso das Palmeiras 2
Du Poso das Palmeiras au Rodeo das Palmeiras \
Du Rodeo das Palmeiras au Rio e Poso do Ario 3
Du Poso do Ario au Poso do Pinheiro Seco 3
Du Poso do Pinheiro Seco au Rio de Lageado do Cedro. .... 4
Du Lageado do Cedro au Rio de Ponte alta 5
Du Rio de Ponte alta au Rodeo da Capetinga 3
Du Rodeo da Capetinga au Rodeo et Rio do Barro preto 3
Du Rodeo do Barro preto au Rodeo do Barro branco. . . . • . 3
Du Rodeo do Barro Branco au Rio Bonito 8
Du Rio Bonito au Rio Passadous 9
Du Rio Passadous à la Serra Gérai • \Q
De la Villa da Laguna à la Serra Gérai 447
Montée de la Serra Gérai 16
De la Serra Gérai au Rio das Pelotas 30
Du Rio das Pelotas au Rio Lavatudo 20
Du Rio Lavatudo au Rio das Caveiras 50
Du Rio das Caveiras à Lages 25
De la Villa da Laguna à Lages 288
Nota. Ces dernières distances sont très-incertaines.
DES VOIES DE COMMUNICATION
La Viila da Laguna est bâtie sur le bord du lac dont elle tire son nom, dans une petite vallée qui se trouve entre les différents pics peu élevés, de formation granitique, qui composent le morro de Magelhaens. De la maison du colonel nous découvrîmes presque toute la Laguna;, en face, à l'ouest-nord-ouest , nous avions les hauteurs du Parohe; au sud-ouest, et dans le lointain, Je prolongement de celles du Mai Lucia; devant et tout près de nous, l'embarcadère et le port, où quelques bricks et plusieurs autres bâtiments de moindre importance se trouvaient à l'ancre. Des myriades d'oiseaux aquatiques occupaient le matin les atterrissements qui s'étaient formés dans le lac, et plusieurs cétacés venaient jouer dans ses ondes si tranquilles, lorsque le vent n'en ridait pas la surface. La matinée était très-belle, et les premiers rayons du soleil levant donnaient à ce tableau un si délicieux aspect, que nous nous surprîmes regrettant que cette terre ne fût pas la nôtre.
La Villa da Laguna a beaucoup perdu de son importance depuis l'invasion des Ferrapes en 1859; la moitié de ses maisons étaient en ruine ou abandonnées; à la vérité, elle commençait à se refaire des désastres d'alors, et quelques nouvelles constructions, plus soignées et mieux entendues, avaient déjà remplacé les anciennes; mais cependant elle n'était pas encore entièrement remise de la rude épreuve à laquelle elle venait de résister.
Bâties en briques en granit, et plafonnées en dehors comme en dedans, plusieurs de ses maisons ont deux étages, et il y en a même qui en ont quatre. Le caractère général de ces constructions est le type de Rio. presque celui de Lisbonne. Donnez 20,000 âmes à cette ville, et elle deviendra un des séjours les plus agréables du Brésil, tant parle riant aspect des paysages qui l'environnent, que par la
douceur de son climat et la grande facilite' de ses communications avec tout le littoral du lac et des nombreux affluents qui s'y jettent; mais pour jouir de toute la magnificence du site qui se développe sous les yeux, il faut monter sur le pic le plus élevé du morro de Magelhaens; de là vous découvrez les hauteurs boisées qui se trouvent à l'entrée de son port, les deux morros de Santa-Martha, la Serra de Mai Lucia, le contrefort qui de la Serra Gérai descend entre cette rivière et le Tubarào, et qui par ses deux versants alimente les nombreux affluents de ces deux rivières, le grand contrefort du Taboleiro. les morros de Santa-Anna, qui au loin se perdent dans des flots de lumière, plus vers l'est, la pointe d'Imbituba; puis l'immensité de la mer, où les îles d'Arraras.d'Itacolomi, dos Lobos, ces immenses blocs déformation cristalline surchargés de végétation, servent de jalons et quelquefois d ecueils aux marins inexpérimentés.
Les contours gracieux qu accusent les trois lagunes qui se déroulent devant le spectateur, et dont on peut saisir tout l'ensemble, les deux à trois cents lieues carrées des forêts vierges qui remplissent les intervalles des hauteurs que nous venons de signaler, et les charmants contrastes qu'offrent les portions défrichées de la petite chaîne du Parobe ou du Sambaqui dont le pied sert de limite occidentale au lac, tout cela forme réellement un tableau charmant. Mais en ne parcourant que les hauteurs où Ton se trouve, que de sujets d'admiration ! Sur ce bloc de granit qui est paré de tout le luxe de la végétation, qu'on cherche un seul grain de sable où les plantes qui le surchargent puissent trouver le suc nécessaire à leur alimenlation ! El cependant cette roche a ses molécules tellement agrégées entre elles, que l'acier le mieux trempé y est bientôt émoussé dès qu'on veut la tailler. N'est-ce pas là un prodige de la nature0
DES VOIES DE COMMUNICATION
Qu'on descende ensuite d'une centaine de mètres, on tombera au milieu d'un dépôt de coquillages fossiles recouvert partout de débris organiques de poissons, et élevé à près de trente mètres au-dessus de la surface des eaux. Ce petit phénomène distrait un peu l'attention de la grande scène qui se déroule devant les yeux; mais bientôt on y est ramené malgré soi pour admirer l'assiette de cette ville, si bien protégée par les deux petits promontoires entre lesquels elle se trouve bâtie, et la jolie position de son port dont les navires se reflètent si gracieusement dans l'onde. Tout cela est si beau, qu'on regrette malgré soi que cette terre ne soit pas la patrie, ou tout au moins qu'elle ne puisse pas y être transportée avec sa végétation si belle et son climat si tempéré.
Le lendemain nous quittâmes la Laguna, fortement touché de la généreuse hospitalité que nous venions de recevoir du colonel Franca da Silva, et nous nous dirigeâmes par Villa Nova et Imbituba vers Desterro. Le même jour, nous bivaquâmes tout près du Biraquera, et le lendemain nous arrivâmes bien tard au Macembu. Le pays que nous venions de traverser longeait en partie la Serra du Taboleiro, toute couverte de forêts vierges que nous laissâmes au couchant à environ 50 kilomètres. Partout la végétation se montrait avec beaucoup de vigueur, et les habitations que nous rencontrâmes le long de la route accusaient une certaine aisance qui n'était pas à dédaigner.
Arrivé au Macembu, nous eûmes à gravir le morro dos Cavallos. dont la côte très-rapide était presque impraticable. Comme nos animaux étaient très-fatigués de la longue course qu'ils venaient d entreprendre, nous nous décidâmes à aller par mer avec les bagages jusqu'à Rosario, et d'affréter à cet effet un canoa. Nous doublâmes ainsi le morro dos Cavallos. où nous trouvâmes nos
chevaux avec lesquels nous nous proposions de poursuivre jusqu'à S. José', et de là, en traversant le détroit, jusqu'à Desterro; mais le major Caetano José' da Costa ayant appris que nous avions hâte d'arriver à Desterro, s'empressa de mettre à notre disposition un grand canoa qu'il posse'dait, et poussa même la politesse jusqu'à nous y conduire. Nous aimons à rapporter ces faits, parce quils servent à faire connaître le caractère des Brésiliens, et parce que nous considérons comme un devoir de leur rendre ce témoignage public de notre gratitude pour la généreuse hospitalité qu ils nous ont non pas accordée, mais prodiguée.
Nossa Senhora do Desterro est la résidence du président de la province et de presque toutes les autorités qui dépendent de son administration; elle est le lieu où rassemblée législative provinciale tient ses sessions annuelles: elle a une douane, et une garnison assez forte. Elle possède une église collégiale, une du tiers ordre des franciscains, une autre plus petite sous l'invocation de l'Enfant- Dieu, à laquelle est joint un hôpital et une maison pour les enfants trouvés. Enfin une quatrième église est également en construction elle est élevée par les nègres et destinée à leur usage particulier. La capitale possède une maison communale très-insignifiante, un palais assez vaste pour le gouverneur, une prison, un arsenal en construction, une assez belle caserne avec une très-belle esplanade, un hôpital, un théâtre, et quelques autres édifices de moindre importance. Ses rues, tirées au cordeau à angle droit, sont bordées de maisons construites en briques et en granit, d une assez belle apparence, presque toutes ornées de balcons; et rien n'est plus séduisant que ses faubourgs, qui ne sont qu'une réunion de chacras (maisons de campagne), bâties et ornées d après le type des quintas des environs de Lisbonne. On y arrive par des allées charmantes, sous une voûte
DES VOIES DE COMMUNICATION
naturelle d'orangers, de citronniers, de cafiers, don Ion découvre à chaque instant des vues admirables.
La ville est dominée du côté de 1 est par le morro do Àntào, qui par le sud se réunit à celui de Mininos Deos. qui n'en est qu'un contrefort. Du sommet d une de ces hauteurs, on jouit dïin coup d'ceil superbe. La ville qui se trouve dans la vallée avec ses clochers et ses principaux édifices, le port et ses cinquante à soixante navires à fancre, les embarcations qui le sillonnent en tous sens, la baie qui sépare 1 île de la terre ferme et que le détroit semble diviser en deux parties bien distinctes, le nombre des petites îles dispersées de tous côtés, les énormes rochers qui çà et là surgissent de la mer tout couverts de végétation, la variété des petites baies, la multiplicité des plages , les presqu îles , les promontoires , au loin cet aspect grandiose du Cambirola dont la cime se perd souvent dans les nuages, et au pied duquel se voient une multitude de collines dont la diversité de couleurs dans les parties cultivées contraste si heureusement avec la teinte violacée du lointain; toutes ces montagnes, ces vallées, les unes cultivées, les autres couvertes d'épaisses forêts vierges, et une variété d'objets impossibles à décrire et qui se succèdent sans interruption, déroulent devant les yeux de l'étranger un tableau si admirable, qu'il ne sait pas les en détacher.
Le caractère général des habitants est bon et prévenant, ils ont un goût légèrement prononcé pour la magnificence; ils ont dans le langage beaucoup d'élégance, l'esprit chevaleresque, de la dignité, beaucoup de facilité de conception, et avec une assez forte dose d'esprit naturel, fort peu de disposition à le faire sentir. Les dames de Sainte-Catherine passent pour être les plus belles et les plus aimables du Brésil. Nous n'avons malheureusement pas assez sé-
journé dans leur pays pour asseoir un jugement à cet égard; nous croyons cependant que s'il y a usurpation dans cette réputation, cela doit être bien peu de chose.
Pendant le séjour que nous avions fait à Desterro entre notre exploration au nord et celle au sud, nous avions cru devoir consulter l'assemblée provinciale, alors réunie, sur l'opportunité de rétablissement d'une colonie belge au centre de la province. L'assemblée délibérait encore sur cette question lorsque nous mîmes à la voile pour la Laguna; mais à notre retour, nous trouvâmes la réponse à la lettre que nous lui avions adressée. Elle avait parfaitement saisi le but que nous nous proposions d'atteindre; elle en avait compris toute l'importance, et s'exprimait à cet égard avec une conviction vivement sentie, et avec cette franchise qui est le cachet de toutes ses délibérations. Heureux de l'assentiment et de la coopération de cette digne assemblée, nous fûmes fortement affecté de la dissolution des chambres brésiliennes, dont la nouvelle nous parvint presque en même temps que la communication de l'assemblée provinciale. Un mouvement politique avait éclaté à S. Paul, et toutes les troupes de la province avaient reçu ordre de s'y rendre immédiatement afin d'empêcher qu'il ne se propageât, et surtout qu'il ne se mît en rapport avec les insurgés de Rio Grande par Lages et Curitiba. Ces troubles, qui furent promplement apaisés, n'en contrarièrent pas moins nos projets, parce que nous eussions désiré reconnaître la route de Lages par le Trumbudo , ce qui dans l'occurrence était devenu impossible. Mais nous pouvons y suppléer, parce que nous avons en notre possession une reconnaissance faite vers la fin du dernier siècle par les lieutenants Limba, Joào de Bitancourt, Fereira, Machado et Souza, et que depuis lors aucun changement notable n'y est survenu. Nous allons en donner
DES VOIES DE COMMUNICATION
une analyse, afin de jeter un nouveau jour sur la topographie de cette province « .
De la garde de Marni, située sur la terre ferme à l'ouest de la ville capitale et à 18 kilomètres de distance environ, mesurés en ligne droite, la route entre dans la forêt déserte, se dirige vers l'ouest, et suit à peu près une direction moyenne parallèle au rumb O.-S.-O., en prenant successivement toutes celles comprises entre le S.-S.-O. et le N.-N.-O., décrivant ainsi une ligne excessivement tortueuse dont le développement jusqu'à l'embarcadère du Rio Clara, dans les Campos da Cima da Serra, est équivalent à 112 kilomètres, qui se trouvent répartis de la manière suivante :
De la Garde de Marni à Quilombo-Grande, 9 kilomètres. Ce sentier suit la rive gauche du Rio Maruhi sur un terrain assez uni qui permettrait le roulage. A Quilombo il se dirige vers le N.-O., il monte sur le morro da Taquara, continue par différents rumbs à gravir plusieurs hauteurs assez élevées jusqu'à la vallée du Pai- Garcia, que fertilise le Rio das Tijucas Grandes, qui se trouve à 44 kilomètres de la Garde de Maruhi. Du point le plus élevé de cette montagne, on voit au sud, à environ trois lieues de distance, la Serra do ïaboleiro, qui se rattache à la Serra Gérai par le grand contrefort dont nous avons déjà parlé. Tout l'intervalle entre ces hauteurs paraît être très-peu montagneux. De ce même point on voit au N.-E. la vallée de Biguassu; plus à l'ouest, duhaut du morro da Espéra, qui se trouve à 41 kilomètres de la Garde de Maruhi, on voit au S.-O. la plaine élevée de Boa Vista, vers laquelle se dirige le sentier en prenant différentes directions entre de petites
1 Voyez la carte de la province de Sainte-Catherine, par l'auteur.
collines jusqu'à ce qu'on arrive à une montagne très-élevée, appelée Morro Grande (grande montagne), de laquelle la plaine de Boa Vista se trouve éloignée de six kilomètres.
La plaine de Boa Vista . qui se trouve sur une haute montagne, est à peu près circulaire; elle peut avoir de 4,800 à 4,900 mètres de diamètre, et est presque partout inaccessible, assise comme elle l'est sur un rocher à pic d'une très-grande élévation. De cette plaine on voit à l'est, à environ 45 kilomètres, le morro de Cambirola et la Serra do Taboîeiro; au sud, le contrefort déjà cité; au S.-S.-O., les pics Trumbudo et Redondo de la Serra Gérai, à environ 15 kilomètres de distance, et au nord, à travers une échappée qui se trouve entre la Serra Gérai et le Morro Grande, un pays qu'on ne sait pas très-bien reconnaître.
Entre la plaine de Boa Vista et la Serra Gérai se trouvent deux rivières et un grand ruisseau , et en suivant la route du pic Redondo, on descend de la Serra Gérai entre des hauteurs trèsescarpées jusqu'à la plaine qu'arrose la rivière de Santa-Clara, qui n'est autre que l'origine de l'Uruguay-Mirim.
La route ou le sentier que nous venons de décrire passe à travers une des parties les plus montagneuses de la province, en gravissant successivement toutes les hauteurs. On a reconnu depuis qu'on aurait pu les éviter presque toutes, et que les dépenses nécessaires pour l'ouverture de la nouvelle route, telles quon les faisait dans cette province, pouvaient s évaluer de la manière suivante :