TERRES DÉVOLUES A LA COURONNE
Prenez une zone de dix kilomètres de large tout le long de la route du littoral, et, sauf quelques exceptions, vous aurez à peu près la superficie des terres qui ne sont pas dévolues à la couronne. Il y a cependant encore quelques parties concédées dans l'intérieur, surtout le long de l'ïtajahi et du Tubarào; mais nous les croyons de peu d'importance, comparativement aux parties non concédées. Durant notre séjour dans la capitale, nous nous étions adressé à l'assemblée provinciale pour obtenir un état détaillé des terres déjà concédées, et celle-ci voulut bien nous prêter son concours pour obtenir ces documents ; mais à notre retour de notre exploration au sud , la session annuelle était terminée et elle avait laissé au secrétariat de la province le soin de nous aider dans ces recherches : soit qu'un tel état eût été un travail de trop longue haleine, soit qu'on ne se jugeât pas suffisamment autorisé pour nous en délivrer une copie, cette affaire souffrit quelques lenteurs, et nous ne pûmes obtenir aucun état officiel des terres non dévolues à la couronne. On nous donna cependant tous les renseignements désirables , et c'est sur ces renseignements et sur les nombreuses investigations auxquelles nous nous sommes livré, que nous avons basé les renseignements que nous venons de donner, et que nous avons dressé la carte de cette province. En y jetant les yeux on pourra voir approximativement les parties inoccupées ; elles y sont désignées sous la dénomination de sertôes incultos> dont l'acception française correspond à terres incultes de l'intérieur, mais que, eu égard à la végétation particulière de cette province, il faudrait traduire par forêts vierges de V intérieur.
Plusieurs parties le long du littoral appartiennent encore à la
nation, d autres n'ont été données que conditionnellement, d aut res enfin sont occupées sans aucun droit. 11 y a malheureusement au Brésil beaucoup de confusion dans la délimitation des héritages, et il y en a qui, se fondant sur la lettre de leur charte de concession dont la formule avait été mal conçue, ont élevé leurs prétentions jusque sur le domaine privé de l'empereur, quoiqu'il leur fût loisible de s'étendre dans toute autre direction.
Le gouvernement brésilien , vivement frappé des abus qui résultent de cette mauvaise organisation cadastrale , commence à comprendre la nécessité de la réformer, et nous savons dune source digne de foi qu'on songe très -sérieusement à atteindre ce but, auquel particuliers et gouvernement sont également intéressés.
DE LA MORALITÉ DES ENGAGEMENTS CONTRACTÉS PAR LE GOUVERNEMENT BRÉSILIEN, ET DE QUELLE MANIÈRE IL EN EXÉCUTE LES CONDITIONS,
Le gouvernement brésilien, si souvent calomnie' par ceux mêmes qui avaient mission de lui rendre justice, a toujours été au delà des engagements qu'il a contractés avec les particuliers , malgré les sévères leçons qu'il a déjà reçues de la rapacité de quelques aventuriers, dont il n'a été que trop souvent la victime. Mais à part la bonne foi avec laquelle le gouvernement a toujours cherché à remplir ses engagements, au milieu des circonstances extrêmement difficiles qu'il vient de traverser, il y a dans l'espèce, en dehors de la confiance que nous avons en sa moralité, un fait matériel qui domine aujourd'hui toute sa situation, et qui doit rassurer les esprits les plus timides et les plus méfiants : ce fait est qu'il est de la plus impérieuse nécessité, pour le Brésil , de songer sérieusement à la colonisation de ses vastes Etats si dépeuplés, surtout depuis que le commerce des esclaves, par les entraves qu'on lui oppose, peut être considéré comme définitivement supprimé. Sans doute c'est la un service que l'Angleterre rend à ce beau pays, peut-être sans le vouloir, mais que le Brésil payera de bien des sacrifices, quoique jamais trop cher, et qui jettera beaucoup de perturbation dans les fortunes et dans les propriétés privées. — Naguère encore lintroduction annuelle des esclaves était estimée à 50,000 environ, ce qui suffisait à remplacer la perte provenant de la mortalité, et quoique les colonies portugaises aient été celles où les nègres ont été trai-
tés avec le moins de rigueur , toujours est-il que le nombre des esclaves au Brésil, depuis la suppression de la traite, diminue dans une proportion assez alarmante pour tous ceux qui ont des établissements exploités par ces Africains.
La conséquence infaillible de cet état de choses, c'est que le mode d'exploitation devra changer, et que nécessairement il faudra remplacer peu à peu la caste nègre et esclave par une population blanche et libre. Or, pour arriver à ce résultat il n'y a qu'un moyen, c'est de favoriser la colonisation, et, au Brésil, nous ne croyons cela possible que sous de certaines conditions, que nous développerons dans le chapitre suivant. Il n'en reste pas moins démontré que le gouvernement brésilien est celui qui est le plus intéressé à coloniser et cela pour plusieurs motifs, tels que l'accroissement de ses revenus, de la production, de sa force, etc. , etc., qui tous militent en faveur de l'opinion que nous venons d'émettre. Or, où est le gouvernement ou le particulier qui ne remplira pas les clauses d'un contrat qui doit lui procurer une augmentation de richesses et de puissance; nous dirons plus, dont l'exécution est devenue pour lui une question d'existence? Pour justifier la confiance que nous avons en la moralité des engagements du gouvernement brésilien, par quelques faits qui, généralement, font plus d impression que les meilleures déductions , nous allons examiner brièvement l'historique de quelques conventions faites entre le gouvernement brésilien et les particuliers.
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Si notre mémoire est fidèle, cette compagnie avait formé avec le gouvernement brésilien, un contrat par lequel elle senga-