MORALITÉ DU GOUVERNEMENT
naissance aucune circonstance dans laquelle le gouvernement impérial n'a été au delà de ses engagements.
Nous terminerons ce chapitre par l'opinion que M. Ackermann a émise sur ce sujet; dans l'intéressant ouvrage qu'il a publie' sur le Brésil, il dit : « Le gouvernement brésilien a toujours rempli religieusement ses promesses et ses engagements envers tout le monde, et malheureusement aussi quelquefois envers des ingrats. A cet égard, il n'y a qu'une voix parmi tous les étrangers qui habitent la capitale de l'empire. Bien des fois on l a vu venir au secours des victimes de spéculations malheureuses, quoiqu'il se soit trouvé presque toujours la dupe d'aventuriers étrangers qui, trop souvent, sont parvenus à surprendre sa bonne foi, et à intéresser son humanité aux conséquences de leur conduite insensée, etc., etc. »
La colonisation de l'immense empire du Brésil est une œuvre d'une portée si colossale que nous osons à peine l'aborder. Depuis longtemps nos méditations et nos études se sont portées vers cet objet, et, après avoir cherché dans les faits qui se sont passés chez tous les peuples du monde, les causes de succès et d insuccès des divers essais qui ont été tentés, nous avons acquis la conviction que donner le sol au colon, et rien que le sol, n'est que peupler sans organiser. Partout où l'homme marche sans esprit de prévoyance, sans but d'avenir, il s'expose au découragement et se crée bien des sujets de regret. Jetez au hasard, sur cette terre si fertile, une population active et laborieuse livrée à ses propres ressources, le premier occupant sera heureux et satisfait. Etabli sur le bord de quelque rivière navigable, de la porte de sa demeure, où il aura lui-même construit son embarcadère, il chargera ses productions, qu'il fera transporter facilement en destination de toutes les parties du monde:, mais que son voisin vers l'intérieur lui demande passage à travers ses terres, pour arriver jusqu'aux berges où il désire également embarquer ses productions; qu il lui demande en outre une part contributive pour l'entretien de la voie , dont lui seul profilera, et l'opposition soutenue par l egoïsme apparaîtra en son entier; heureux encore si elle ne se montre pas sous le masque de l'envie et de la haine ! Ainsi donc, à part l'organisation légale dont les lois
du pays ont seules à connaître, il en reste deux autres qu'on ne peut perdre de vue : l'organisation intellectuelle ou morale, et l'organisation matérielle, destinée à veiller au bien-être futur des colons, jusqu'à ce qu'ils puissent y pourvoir par eux-mêmes. Pourquoi cette terre , dont nous venons de développer les abondantes ressources, est-elle si dépeuplée? Pourquoi? Parce que, indépendamment de plusieurs autres causes, l'ancien système de colonisation adopté par les Portugais et qui de toutes parts heureusement tombe en désuétude, est un système absurde, dépourvu de vie et d'organisation, qui, par son isolement, contient un germe de mort qui ne tardera guère à le faire succomber. Pourquoi le flot de l'émigration ne s'est-il pas porté jusqu'à ce jour au Brésil, et pourquoi se transporte-t-il de préférence aux États-Unis, où il faut pénétrer de plusieurs centaines de lieues dans l'intérieur avant de pouvoir trouver un pouce de terre inoccupée, et où il faut disputer aux Indiens, les armes à la main, la faible portion dont ils sont encore les maîtres? Pourquoi? Parce que les institutions du Brésil sont peu connues en Europe et ont été souvent calomniées, et, encore une fois, parce que le mode de concessions, connu sous le nom de sesmaria était un mode destructif de toute civilisation, par les obstacles incessants qu'il mettait à la création de voies de communication, par l'isolement où il plaçait les concessionnaires, et par l'impossibilité où se trouvaient la plupart d'entre eux, de mettre à exécution les engagements que leur imposaient leurs concessions; ce qui les forçait la plupart du temps à abandonner leurs établissements bien avant qu'ils fussent en rapport, sans pour cela renoncer
1 Aujourd'hui encore en vigueur au Brésil, qui accordait d'immenses concessions de terres (sesmarias), sans l'obligation réelle de les faire peupler,
à leurs droits de possession, qu'ils sont toujours parvenus à maintenir envers et contre tous.
Il ne peut être ici question ni de colonies militaires, ni de colonies dépendantes de la métropole et exploitées à son profit exclusif : nous avons une mission bien plus pacifique et bien plus belle à remplir: nous avons à organiser le travail pour rendre à la civilisation par la culture, d'immenses étendues de terre enlevées au domaine de Thomme par les difficultés insurmontables qui s opposent à chaque instant à sa marche. Mais là n'est pas encore la plus belle gloire de l'œuvre que nous allons fonder : arracher à la misère, à la mort peut-être nos malheureux concitoyens qui périssent de faim, parce que la charité aumônière qui les alimentait ne suffit déjà plus pour les nourrir; utiliser leurs bras qui ne demandent que du travail pour vivre; venir en aide aux nombreux établissements de bienfaisance, dont les ressources sont loin de pouvoir satisfaire aux besoins; éviter que, poussée par le désespoir, l'exubérance de notre population ne se porte à des extrémités qui trouveraient peut-être une excuse dans l'excès de sa misère; fonder des villes nouvelles, des ports nouveaux, et créer ainsi pour notre industrie, notre navigation et notre commerce, des ressources nouvelles, pour les tirer de cet état de chômage dont ils semblent ne plus devoir se relever; tel est le but auquel il nous est maintenant permis d'aspirer.
Ce but est noble, sans doute, mais pour que l'œuvre puisse prendre tout le développement dont elle est susceptible, pour qu elle puisse devenir grande et utile, il faut qu'elle soit durable; et pour pouvoir être durable, il faut quelle soit productive pour tous. Or. il n y a qu'une forte organisation, au maintien de laquelle tous soient intéressés, qui puisse faire atteindre ce résultat.
Laisser au colon le soin de gérer ses afFaires comme bon lui sem-
blera sous la protection des lois de sa nouvelle patrie, ne lui imposer d'autres charges que celles qui sont nécessaires à son existence comme peuple civilise' , et réclamer de lui une équitable indemnité des avances qu'on aura été obligé de faire pour lui procurer le bien-être que nous lui aurons donné en échange de sa misère, tels sont les principes sur lesquels on peut s'appuyer sans crainte d'être taxé d'inhumanité ou d'imprévoyance.
Ce n'est pas dans ce livre qui, à tout prendre, n'est qu'un rapport sur l'exploration que nous avons entreprise, qu'il nous appartient de traiter de l'exploitation future de la concession. C'est là un objet sur lequel nous désirons, avant tout, consulter les intéressés, il est vrai que de mûres réflexions nous ont conduit à un système d'exploitation peut-être meilleur que ceux qui ont été essayés jusqu'à ce jour: mais si la foi que nous avons dans le mode que nous essayerons de faire adopter est entière, elle ne nous autorise cependant pas à le faire déjà connaître. Nous y suppléerons par quelques évaluations qui serviront à préparer les esprits sur l'exploitation future de la concession, et à les mettre à même de ne pas se jeter aventureusement dans une entreprise dont ils ne connaîtraient ni le but, ni les ressources.
Emigration. — line fois la détermination prise d'émigrer, laquelle est presque toujours fille de la nécessité, le plus difficile pour le malheureux colon est de trouver l'argent nécessaire pour son passage. S il parvient à y réussir, il lui reste à chercher un navire à bord duquel il puisse l'obtenir, et durant toute sa navigation, il se trouve sous le coup d'une espèce d'appréhension dont aucun ne sait se défendre, mais qui ne l'inquiète pas faiblement sur le sort qui l'attend dans un autre monde dont il ne connaît ni les usages, ni le langage, et où il n'est pas certain de trouver l'allégement à sa misère.
comme il lavait espéré d'abord. A vrai dire, 1 embarras ne commence pour lui qu'au moment de son débarquement. Est-il pauvre et a-t-il de la famille, qu'en fera-t-il si le travail de ses mains ne trouve pas les ressources nécessaires à son alimentation? S'est-il embarqué avec quelques ressources, que fera-t-il avec son or, ses instruments de travail, ses titres de famille? Y trouvera-t-il un ami, un homme qui sache le comprendre, un compatriote ou un étranger en qui il puisse placer sa confiance, et sur l'appui et la protection duquel il puisse compter pour le tirer de la crise momentanée mais difficile dans laquelle il va se trouver? C'est ici que se font sentir la nécessité et les avantages de l'établissement d'une compagnie qui puisse le guider, et en le secourant, le débarrasser de toutes ces préoccupations si inquiétantes.
Une fois la détermination prise d emigrer, vers quel pays l'émigrant se dirigera-t-il, et où trouvera-t-il les renseignements nécessaires avant de prendre une détermination finale? N'a-t-on pas abusé de tout, même en matière de colonisation ? S'est-il interrogé pour savoir le but qu'il se proposait et les moyens qu'il allait employer pour l'atteindre? A-t-il consulté sa constitution? Peut-il dans sa pauvre ignorance savoir si ce qu'on répète de tel ou tel climat est vrai ou tronqué? Et que deviendra-t-il si quelque maladie de langueur ou spontanée doit l'enlever aux siens, ou si ceux-ci doivent succomber avant lui sous l'influence délétère des miasmes de l'asile qu'il aura été chercher au loin? Ici donc encore, l'émigrant a besoin d'un guide, d'un aide, et une compagnie solidement constituée, dont le lieu d'exploitation satisfait à la première de toutes les conditions, la salubrité, est, croyons-nous, la meilleure institution qu'on puisse lui offrir .
L histoire des émigrations modernes prouve que c'est princi-
paiement de l'Allemagne que sont sortis les émigrants qui se sont portés vers l'Amérique. A la vérité, les Espagnols, les Portugais, et plus tard les Français et les Anglais, s'y transportèrent en assez grand nombre: mais, à l'exception de ces derniers, le mouvement de l'émigration chez ces peuples s'est à peu près arrêté, et rien chez eux n'est à comparer au grand flot d émigrants qui sort encore annuellement de l'Allemagne sans destination arrêtée. On estime que de Brème et de Hambourg, il en part tous les ans de 1 4,000 à 1 5,000 ; un bien plus grand nombre s'embarquent dans les ports de la France, de l'Angleterre et de la Hollande; fort peu passent par la Belgique. En 1817, 30,000 Allemands partirent de Baden, du Wurtemberg et de la Hesse pour l'Amérique du Nord; un nombre égal arriva jusqu'à Amsterdam, et, faute d'argent, fut obligé de rebrousser chemin. En 1818 et 1819, 40,000 personnes traversèrent la Hollande pour se rendre en Amérique, et vers cette époque aussi se forma à Berne la première société organisatrice pour l'émigration, qui envoya un grand nombre de Suisses aux États-Unis. En 1820, on transporta une colonie à Vandaiia,en Illinois; mais cette entreprise mal conduite ne put réussir, faute de prévoyance et de connaissance suffisante des localités. Et qu'ont fait jusqu'à ce jour les Etats de l'Allemagne pour protéger les émigrations? Rien, absolument rien. A peine rémigrant a-t-il quitté sa terre natale, qu'il est livré à son ignorance et à son inexpérience, prêt à devenir la dupe de qui veut l'exploiter; mais si un tel abandon n'a pu arrêter l'émigration, ne faut-il pas en conclure qu'elle est devenue une nécessité dont il serait peut-être dangereux d'arrêter le cours? L'histoire de l'émigration dans ces derniers temps présente des faits bien déplorables, qui eussent dû attirer l'attention générale sur la position des émigrants indigents. Chassés de chez
eux par la faim, marchant sans association et sans but, errant à 1 aventure dans 1 espoir d un sort meilleur, que de fois na-t-on pas vu les habitants des ports et des communes maritimes pourvoir à leurs premiers besoins, souvent avec une générosité qui honorait l'humanité'. Après de longues et de bien rudes épreuves, profilant des leçons de leurs devanciers, d'autres eurent recours à l'association. On forma des caisses communes, on nomma des conducteurs de rémigration chargés de la dépense de rembarquement, du voyage, et en général de toutes les affaires concernant la communauté, qui rarement se composait de plus de cent personnes. De cette modification résultèrent quelques améliorations ; on put ainsi arriver sans encombre jusqu'au lieu de destination: mais là se brisaient les liens éphémères qui unissaient les émigrants; chacun allait de son côté, cherchant son existence la où ses goûts ou ses capacités le poussaient; et ce germe, dont il eût pu sortir un peuple nouveau s'il avait été mieux cultivé, ne servit qu'à jeter çà et là quelques individus qui par leurs mœurs et leurs habitudes, leurs souvenirs et leurs goûts, eussent sans aucun doute préféré rester réunis.
Survinrent ensuite les associations de secours mutuels, qui ne furent pas sans utilité pour les émigrants à leur arrivée ; mais pour jouir des bénéfices de ces sociétés, on leur imposait des conditions telles, que tous leurs rêves de bonheur et leurs espérances d un meilleur avenir durent bientôt s'évanouir. A un état de choses si malheureux , il n'y avait qu'une puissante protection qui put porter remède; et de la part des gouvernements, ils ne pouvaient guère en espérer dès qu'ils renonçaient à tous leurs droits de citoyens, à moins que de graves motifs n imposassent à ceux-ci des devoirs qui tenaient aux époques critiques de leur situation, ou à des vues politiques plus ou moins bien entendues. C'est ainsi qu'en
France et en Angleterre, les gouvernements dirigèrent longtemps eux-mêmes les émigrations, et souvent eurent lieu de le regretter.
Aujourd'hui l'émigration allemande continue à se diriger au hasard, et les émigrants cherchent, autant que possible, à se fixer dans le voisinage des lieux habités par leurs compatriotes : mais déjà ces contrées sont très-peuplées et les terres s'y vendent à de très-hauts prix. C'est toujours aux États-Unis que les Allemands continuent à émigrer presque exclusivement. En 1827 et 1828, le grand -duché de Bade et le Wurtemberg fournirent plus de 10,000 personnes à l'émigration : en 1829, 3,000 partirent encore de Bade et de la Suisse ; et en 1830, un grand nombre d habitants de l'Odenwald, de la Bavière rhénane, de Darmstadt et du Wurtemberg , dont plusieurs possédaient des fortunes considérables , prirent la même direction; quelques-uns, en petit nombre, se rendirent au Brésil. En 1831 , il y eut encore plus de 24,000 émigrants des pays que nous venons de citer, et la plupart s'embarquèrent à Amsterdam. Enfin, dans le duché de Nassau et en Saxe quelques associations se sont formées, mais nous n'en connaissons ni le but ni les conditions.
Après cet aperçu rapide sur l'émigration moderne, il peut être utile d'examiner vers quels lieux se dirigent les émigrants des États qui n'ont point de colonies. Nous venons de voir que c'est principalement aux États-Unis qu'ils se rendent; or, dans ce pays, c'est entre les monts Alleghany et l'Atlantique que se trouve le plus ancien des établissements modernes de colonisation , mais dans cette zone, qui peut s'étendre sur 400,000 milles carrés, toutes les terres ont des propriétaires et des tenanciers, et si l'émigrant y débarque, le plus souvent à cause de la facilité du passage, ce n'est guère que pour la traverser. Ensuite vient le district le plus
important, celui qui est arrosé par le Mississipi et ses affluents, qui fertilisent une des plus grandes vallées du monde, d'environ 1 ,500,000 milles carrés ; cette zone est en voie de colonisation , et déjà il faut y aller fort au loin pour trouver des terres inoccupées. Enfin, il reste aux Etats-Unis un dernier district, dont la superficie peut s'estimer à 300,000 milles carrés, c'est la zone des montagnes Rocheuses, contrée sauvage et refuge des Indiens refoulés de la vallée précédente, où quelques établissements coloniaux ont été tentés sur les bords de TArkansas , un des grands affluents de la rive droite du Mississipi. Mais là régnent déjà la fièvre jaune et le choléra, en sorte que l'air empesté de ces contrées enlève presque toujours les colons avant quils aient pu y prendre pied; et s'ils parviennent à résister aux influences délétères de ce climat insalubre, ils n'en restent pas moins exposés aux attaques des sauvages et farouches Indiens qui habitent ces contrées, et qui, dans leurs excursions de peuple chasseur, viennent les envahir et souvent les massacrer. Pour poursuivre donc la marche de la colonisation jusque dans ses derniers résultats, il faut remonter le Mississipi et y chercher quelques faits dans le passé, qui puissent nous mettre à même d'asseoir notre jugement sur les éventualités de favenir. Examinons donc les chances qui, naguère encore, existaient pour cette émigration.
Lorsqu'un émigrant voulait se rendre aux États-Unis, il avait à supporter les frais de déplacement jusqu'à rembarquement, les frais de passage, et enfin les frais de translation jusqu au siège de son établissement, déjà très-avancé dans rintérieur des terres: et arrivé à cette distance , en supposant son exploitation en plein rapport , que pouvait -il faire de ses productions avant qu'il n'existât des routes? Avec quoi payer leurs frais de transport jusqu'au marché
le plus voisin, presque toujours le long du littoral? Aurait-il pu supporter la concurrence des établissements plus voisins que le sien ? Voilà les graves questions qui devaient le préoccuper et fort peu le rassurer sur son avenir.
Le prix de passage des ports de l'Angleterre à Boston , New- York, Philadelphie ou Baltimore, à l'entrepont, est, pour les personnes au-dessus de 14 ans, de 100 fr., pour les enfants de 7 à 14 ans la moitié ou 50 francs, pour les enfants au-dessous de 7 ans le tiers ou 33 francs, et au-dessous de 12 mois rien. Alors le navire fournit l'eau, le feu et les ustensiles de cuisine, et monte les couchettes pour les passagers. Un tiers du passage doit être payé au moment où il est arrêté, et sert de garantie; les deux autres tiers, au moment de mettre à la voile. Ce tiers est acquis de droit au navire, si le passager ne se présente pas au moment indiqué.
Le prix des passagers de chambre est de 380 francs, et pour les enfants de 250 francs.
Le colon, aussitôt son débarquement dans un de ces ports, doit chercher du travail pour vivre, et comme la vie animale est trèschère, il n'a d'autre parti à prendre qu'à s'avancer vers l'intérieur, à moins que par état il ne soit charpentier de navires, auquel cas il trouvera de l'emploi immédiatement. Si donc le colon est laboureur ou qu'il exerce tout autre métier ou industrie, sa position, par son émigration, n'aura fait qu'empirer. Et qu'on ne s'imagine pas que la terre y soit productive comme au Brésil, et que le climat y soit aussi délicieux; il y a longtemps que ces questions sont décidées. Le climat des États-Unis est en général très-rigoureux et le sol assez peu fertile. Mais poursuivons, et examinons les résultats de la colonisation dans la vallée du Mississipi, où l'émigration trouve le plus de chances de succès. Dans cette vallée, qui n'est pas ratraî-
chie par les brises de la mer , 1 été est assez insupportable et les hivers assez rigoureux, parce que ces mêmes brises ne viennent pas en adoucir la température. Dans le commencement toute constitution européenne y réclame quelques soins, bien qu'au total le pays ne soit pas insalubre. La terre, recouverte de forêts et de prairies, y produit du blé, du maïs, de Forge, de l'avoine, du tabac, du coton, du lin, etc., etc. Un hectare de terre y rend en moyenne 20 hectolitres, 50 litres lorsqu'il a été ensemencé en blé, lequel pèse environ 74 kilogrammes l'hectolitre, dont la valeur approximative est de 15 francs au bord du fleuve.
Récemment, pour trouver dans cette vallée encore quelques terres dans une situation avantageuse, il fallait remonter le fleuve jusqu'à l'État de l'Ohio, l'Indiana ou llllinois; là, pour cent hectares de terre, dont on en clôturait vingt, et dont on en labourait et ensemençait quarante, pour récolter, construire l'habitation et entretenir la famille pendant un an, il fallait, d'après les évaluations de M. Shirreff, à peu près neuf à dix mille francs, et avec cette dépense et du travail, on pouvait entretenir, au moyen de cette exploitation , quatre vaches , huit élèves et plusieurs porcs et animaux de basse-cour. Indépendamment du produit journalier de ces animaux, on récoltait en blé seulement environ 820 hectolitres, lesquels, à 15 francs l'un, rapportaient 12,500 francs. La seconde année, on pouvait mettre en culture une quarantaine d hectares et augmenter le nombre des vaches et des élèves. En ne prenant encore que la seule récolte en blé, l emigrant, au bout de 18 mois, récollait : d'abord la première année. . . 820 hectolitres; la seconde année, sur 80 hectares. . . . 1,640 »
Ensemble : 2,460 hectolitres.
Ces 2.460 hectolitres, a 15 francs, donnaient 56.900 francs.
Mais les dépenses avaient augmenté, et M. Schirreff estime que le chiffre total ne dépassait pas 14,000 francs. Le bénéfice réalisé de Immigrant qui possédait un capital de 15 à 20,000 francs et un personnel suffisant, en y comprenant les frais démigration, était donc, au bout de dix-huit mois, d'environ cent pour cent en numéraire, et d'une propriété de cent hectares mise en culture avec tout son mobilier.
Ainsi se trouvait résolue la question de l'émigration aux États- Unis pour une famille de travailleurs qui possédait un capital de 15 à 20,000 francs; nous disons travailleurs, et non pas laboureurs, parce que la connaissance de 1 agriculture perfectionnée, sans devoir être négligée, est d'une faible importance là où on obtient des résultats semblables, et chacun aura déjà pu remarquer sans doute que nous ne nous sommes pas arrêté sur les produits qu'on pouvait encore recueillir après la seule récolte en blé dont nous avons tenu compte.
Examinons maintenant quel est l avenir que pouvait espérer aux Etats-Unis une famille pauvre, mais honnête, qui ne possédait ni sou ni maille; et pour cela, supposons qu'elle fût assez nombreuse pour mettre en culture quarante hectares de terre, dont le prix d'achat devait rester hypothéqué sur lexploitation jusqu'à ce qu'elle pût le rembourser. En nous fondant de nouveau sur les évaluations de M. Shirreff, ce prix d'achat, l'entretien de toute la famille, la construction de son habitation, l'achat et l entretien d'une vache, de quelques porcs et de quelques animaux de basse-cour, montaient à la somme de 3,500 fr.: et sa première récolte, à 240 hectolitres
de blé, lesquels, à 15 fr., font fr. 3,600
Et 870 hectolitres de maïs, a 2 fr. 20 c ... 1 ,914
Ensemble : fr. 5.514
indépendamment du produit de la basse-cour, dune vache, d'un légumier, etc., que nous supposons destinés à l'entretien de la famille.
Ainsi, ces pauvres gens qui mouraient de faim en Europe, après avoir passé une année dans l'aisance , sous un ciel bien moins rigoureux que celui qu'ils avaient délaissé, pouvaient non-seulement rembourser le prix d'achat de leur exploitation, mais se trouvaient encore en possession de tout le mobilier nécessaire à leur industrie, maîtres d'une habitation, et ayant en réserve une somme au moins de deux mille francs. De tels résultats n'étaient pas à dédaigner, et étaient bien de nature à inspirer de la confiance à ceux qui, par calcul ou par philanthropie, se décidaient à les secourir; mais pour les obtenir, il fallait que cette pauvre famille trouvât quelqu'un qui se chargeât de la guider dans son émigration et de lui faire les avances nécessaires pour la mise en exploitation de son nouvel établissement, ce qui n'eut presque jamais lieu. Cette main bienfaisante, ce guide de l'émigrant, dont l'intérêt, d'accord avec l'humanité, doit veiller continuellement à son bien-être, n'est autre que la compagnie que nous avons à fonder. C'est sous son protectorat que tout homme frappé par l'adversité ou né dans la misère doit pouvoir, par son travail, espérer un meilleur avenir, dès qu'il pourra justifier de sa moralité par des attestations convenables.
Nous pourrions continuer cet examen des émigrations modernes, mais comme toutes les inductions que nous pourrions en tirer donneraient à peu près des résultats analogues , il devient inutile de nous appesantir plus longtemps sur les avantages incontestables de l'émigration pour toute population qui ne peut plus trouver chez elle les aliments nécessaires à son existence, dès qu'on peut offrir à celle-ci foutes les garanties nécessaires pour la rassurer sur son avenir.
Dans l'examen que nous venons défaire du sort que pouvait cspe'rer 1 émigration européenne aux Etats-Unis, nous nous sommes base' sur une exploitation située près de quelque voie navigable : mais cette supposition est devenue depuis quelques années fort difficile à réaliser. Pour être exact, il eût fallu faire entrer dans les éléments du calcul la part contributive pour la création et l'entretien des voies de communication, sans lesquelles l'émigrant est condamné à consommer lui-même ses productions ; ensuite, nous n'avons tenu aucun compte de sa contribution pour le service de TEtat, celui du culte, et l'érection ainsi que l'entretien de ses hôpitaux et autres établissements d'utilité publique, laquelle contribution doit être retranchée des bénéfices de son exploitation. En évaluant toutes ces quotes-parts au dixième de ses profits, il restera encore, en dernière analyse, un fort beau résultat.
La fertilité du sol brésilien, comparé à celui des États-Unis, se trouvant à peu près dans le rapport de 3 à 2, et les frais d'entretien ou d'existence y étant bien moins élevés, en acceptant les évaluations ci-dessus comme base des profits éventuels qu'un émigrant pourra recueillir au Brésil, on sera sans aucun doute au-dessous de la vérité; mais nous croyons cependant fort utile d'entrer dans quelques nouveaux développements qui sont particuliers à ce pays, et qui jetteront encore plus de jour sur le but de l'entreprise.
On a si souvent calomnié le Brésil, qu'on était parvenu jusqu'en ces derniers temps à faire naître une espèce de répugnance dans l esprit des émigrants, des spéculateurs et des négociants qui avaient tourné leurs regards vers ce vaste empire ; et quoique, en réalité, on n'eût aucun fait à reprocher au gouvernement de ce pays, naguère encore ses engagements étaient considérés, par quelques personnes
assez haut placées, comme ne méritant pas la moindre confiance. Dans leur haine ou leurs préventions mal fondées, elles n'y voyaient qu'un moyen de faire ressortir leur importance, en mettant sous le couvert de l'intérêt public leurs malveillantes insinuations ; mais nous n'avons pas à réfuter de pareilles calomnies, car le temps en fera justice. Aujourd'hui, le gouvernement brésilien commence à être connu et se trouve au-dessus de toutes ces misérables attaques, qui n'ont pu lui nuire quelque temps que parce qu'elles se tramaient dans l'ombre et n'étaient jamais portées officiellement au jour.
Peu d'entreprises coloniales ont été essayées au Brésil ; et dans le nombre de celles qu'on a tentées, jamais le gouvernement n'a abusé de la bonne foi des colons, qui ont été assez souvent trompés par les fondateurs. C'est ainsi que, dans une affaire de ce genre, le gouvernement, s étant aperçu que les entrepreneurs ne cherchaient rien moins qu'à faire des esclaves de leurs colons, intervint sur-le-champ, et déjoua leur plan infâme en prenant les colons sous sa protection et en leur accordant d'autres terres aux environs d'Ilheos et d'Almeida, où se trouvent les deux premières colonies allemandes qui se fondèrent au Brésil. Depuis lors, Ilheos a successivement acquis un tel accroissement que cet endroit a déjà été élevé au rang de villa.
Nous avons parlé, dans le chapitre précédent, des efforts qui furent faits, il y a un siècle, sous Jean V, pour coloniser le Brésil ; mais, après cette première tentative, le gouvernement du Brésil retomba dans sa léthargie ordinaire, dont il ne se réveilla qu'en 1814.
En 1812, on suivait encore les errements des administrations précédentes ; on traquait ou refoulait les malheureux indigènes les armes à la main, lorsque, vers cette époque, le digne et brave colonel Marlier, de Marseille, qui avait servi autrefois dans la légion
de Mirabeau, et qu'on dit vivant encore dans la forêt de Guido, reçut l'ordre d une expédition contre les Indiens ; mais au lieu de procéder comme ses devanciers avec cruauté, il sut, par la douceur et par l'humanité, gagner ces sauvages et parvint, non-seulement à fixer les Puris et les Goroados à des demeures stables et à les accoutumer à l'agriculture, mais encore à dompter les Botocudes, qui, de toutes ces tribus, sont les plus farouches \
Le W novembre 1814, le gouvernement portugais, qui s'était réfugié au Brésil, fit un appel aux étrangers, en promettant à ceux qui viendraient s'établir au Brésil les mêmes avantages et droits qu'aux Portugais, et même la franchise de tout impôt; mais ce fut en vain. Le mouvement de l'émigration, arrêté par la longue lutte dont l'Europe n'était pas encore complètement sortie , n'avait pas encore recommencé. Sous Jean VI, en 1818, voulant toujours encourager l'émigration, on fit un nouvel essai; on établit une caisse de secours au profit des émigrants étrangers; mais le Brésil, qui, depuis sa découverte, avait toujours été fermé à toutes les autres nations, n'était pas encore assez connu pour pouvoir espérer d'attirer sur son sol une partie de l'émigration européenne, qui avait pris sa direction vers les États-Unis.
A la même époque, on forma des colonies de la couronne. On accorda aux colons le passage franc, et on pourvut à leur entretien pendant un an et demi ; on leur donna du gros et du menu bétail, des mulets, des chevaux, et tout ce qui était nécessaire à leur exploitation , sous la condition de restituer au bout de quatre ans ces mêmes animaux en bon état : ils obtenaient en outre les semences et plants nécessaires, tels que riz, froment, maïs, fèves, pommes de terre, lin, ricin, chanvre, plants de cafier, cotonnier, manioc, etc.
' Aekermann , l'Empire du Brésil.
La terre qu'ils mettaient en culture leur était assurée en propriété. Ceux qui étaient transportés aux frais de l'Etat étaient exemptés de tout impôt pendant huit ans ; cette exemption était de dix ans pour ceux qui se transportaient à leurs propres frais. Ces colons, du reste, jouissaient de tous les droits des citoyens brésiliens. A chaque colonie étaient attachés un médecin et un prêtre, ce dernier salarié par le gouvernement. Enfin, sous le rapport de la religion, on ne fit plus comme autrefois de distinction dans les cultes; le pays fut ouvert à toutes les communions chrétiennes, et les prédicateurs protestants aussi bien que les prêtres catholiques furent rémunérés par le trésor public.
A côté de ces nouvelles mesures prises par le gouvernement brésilien, les particuliers n'en conservèrent pas moins le droit de fonder des colonies pour leur propre compte , et quelques entreprises de ce genre se renouvelèrent, mais presque toutes sans succès, parce qu'elles avaient été établies sans prévisions d avenir, sans ressources suffisantes, et toujours fort avant dans les terres, où les voies de communication manquaient pour le transport des produits jusqu'aux lieux de consommation. Ceci est d'ailleurs un fait qui vient de recevoir tout récemment sa confirmation , par la dispersion de la colonie que M. de Langsdorff, ci-devant consul russe, avait fondée à Mandioca. Formé à grand renfort d annonces, cet établissement n'existe plus aujourd'hui; mais aussi, ce n'est pas uniquement avec des annonces qu'il est possible de faire marcher une exploitation quelconque, lorsque des vices d'organisation s opposent à sa prospérité. Le gouvernement intervint donc dans cette affaire , et voyant que l'emplacement avait été mal choisi et que les ressources étaient insuffisantes, il transporta une partie des colons, déjà dispersés, dans les colonies de la couronne, et acheta
même la propriété à M. de Langsdorff, pour la transformer en un atelier pour la fabrication de la poudre.
Tout individu qui possède des terres au Brésil peut les faire exploiter par des colons étrangers, pourvu que les contrats entre parties ne soient pas en opposition avec les lois de l'empire, et que les copies en soient déposées aux autorités compétentes; mais en général les propriétaires brésiliens préfèrent l'exploitation censitaire (benefeitorias), par des nègres affranchis ou des indigents libres, qu'on rencontre en assez grand nombre sous le nom de mor adores.
D'autres essais de colonisation, toujours encouragés par le gouvernement avec une grande libéralité, furent encore tentés successivement; mais soit que tous ces essais isolés entraînassent avec eux trop de motifs de découragement, soit qu'ils fussent dépourvus de toute espèce d'organisation, ou qu'ils continssent quelque germe de dépérissement, toujours est-il que fort peu réussirent et que de part et d'autre on se refroidit, peut-être encore parce qu'on avait trop exigé de l'avenir en s'exagérant les résultats. Ainsi disparurent pour quelque temps toutes les améliorations qu'on avait espéré obtenir delà colonisation. Cependant ces mesures, quelque incomplètes qu'elles fussent, ne tardèrent pas à porter quelques fruits, et si tous les essais faits dans la province de Rio de Janeiro n'ont pas répondu à ce qu'on en attendait, il y eut cependant quelques entreprises de ce genre qui, mieux combinées, dépassèrent toute espérance. Parmi celles-ci nous citerons les colonies de Canto Gallo et Nova Fribourgo, fondées en 1818 par le prince régent, et qui fournissent aujourd'hui à Rio de Janeiro des approvisionnements et une grande partie du café qui s'exporte de cette ville ; les établissements du Micuri et de Caravelhos, une colonie aux environs de
Pernambuco, laquelle possède déjà plus de 5,000 habitants ; enfin, celle de S. Leopoldo, près de Porto Alegre, qui de tous les établissements de ce genre qu'on a créés au Brésil est peut-être le plus remarquable.
S. Leopoldo, qui doit sa fondation aux généreux encouragements de José Feliciano Fernandez Pinheiro, vicomte de S. Leopoldo, se trouve à environ 50 kilomètres de Porto Alegre (province de Rio Grande du sud), dans la vallée dun des affluents de la rivière Sino ; elle date à peine d'hier et compte déjà plus de 5,000 habitants, presque tous Allemands, quoiqu'elle se trouve au milieu du théâtre de l'insurrection qui, depuis cinq ans, désole cette belle province. Le territoire concédé à la colonie n'excède pas vingt lieues carrées de 25 au degré; mais il paraît qu'elle peut s'étendre beaucoup vers le nord, au delà de la Serra Gérai, dans les plaines élevées connues sous la dénomination de Campos da Cima da Serra, puisqu'elle est bornée de ce côté par les limites fort peu connues de la province. Beaucoup d'établissements y ont déjà été créés, et tandis qu'une partie des colons s'adonnent aux travaux de l'agriculture et à l'élève des bestiaux , d'autres exploitent des scieries, des distilleries, des tanneries, des briqueteries, etc., et grâce à l'extrême fertilité du sol et à son heureuse disposition, on y cultive à la fois les denrées coloniales et toutes les productions d'Europe. Des terrains qui se trouvent enclavés dans la concession, et dont autrefois les Brésiliens ne savaient tirer aucun profit, qui, par conséquent, étaient à peu près sans valeur, se vendent aujourd'hui à des prix très-élevés ; des édifices, des écoles, des établissements de bienfaisance, et jusqu'à un théâtre, s'y sont élevés; de belles routes ont été construites, et une société d'actionnaires paraît s cire formée parmi les colons pour jeter un pont sur le Sino; de
façon que S. Leopoldo est devenu, en peu d'années, un des sites les plus modernes et les plus agréables du Brésil.
îl est donc vrai que lorsque la colonisation est dirigée avec intelligence et loyauté, elle peut espérer un brillant avenir. C'est là un fait qui nous paraît incontestable. Cette colonie de S. Leopoldo, qui est la plus considérable des colonies allemandes, a été formée dans le principe avec quelques Allemands des provinces rhénanes et du nord de l'Allemagne, et s'est accrue successivement des soldats licenciés de la légion allemande, auxquels le gouvernement accordait toutes les faveurs dont jouissaient les colons de la couronne. Quelques autres essais ont été tentés dans la province de Sainte-Catherine, avec des hommes qui faisaient partie de la légion allemande; mais établies trop dans l'intérieur de la province, et privées de toute voie de communication avec la côte où se trouvent les lieux de consommation, elles n'ont pu progresser : toujours à cause de la cherté et de la difficulté des transports, cette éternelle pierre d'achoppement.
Examinons maintenant comment se font les exploitations agricoles au Brésil, et le résultat qu'elles donnent. Pour cela, nous allons emprunter à l'excellent ouvrage de M. Ackerman sur le Brésil, dans lequel on trouve beaucoup de notions très-intéressantes, un compte détaillé des frais d'établissement et du produit d'une exploitation rurale (roça), qui est basé sur des calculs cer- , tains, dont M. Ackerman prétend pouvoir d'autant mieux garantir l'exactitude, qu'il était depuis longtemps intéressé dans une affaire de ce genre. Cet état a été établi d'après un contrat passé avec un intendant (feitor), et tiré des livres de l'établissement.
Le feitor entra avec deux esclaves au service du propriétaire, pour l'espace de trois ans. Il s'engagea non-seulement à surveiller
les travaux pendant ledit espace de temps, mais encore à fournir à 1 établissement , indépendamment des deux esclaves, douze bœufs de trait et une charrette. Il s'obligea de plus, clans la première année :
1° Avec le secours de dix journaliers, à mettre la propriété en culture et à faire les récoltes;
2° A établir les chemins nécessaires;
3° A construire les bâtiments d'habitation et les magasins, ainsi que les moulins à riz et à maïs;
4° A délimiter la propriété avec des piquets;
5° A y introduire en temps utile le bétail nécessaire, et établir des pâturages convenables;
6° A soigner la vente des récoltes, et à tenir régulièrement les livres nécessaires.
Il était tenu de plus d'établir des bananeries, un jardin fruitier de toutes les espèces de fruits sauvages et d'Europe, ainsi qu'un grand jardin potager.
De son côté, le propriétaire s'engageait, à l'expiration de la première année, à fournir 6 bœufs de trait et une charrette, 6 vaches et un taureau, 6 truies et un porc, la volaille nécessaire, et à son entrée en fonctions, à fournir au feitor 6 fusils de chasse et 4 chiens de chasse et de basse-cour, et à lui payer annuellement 300,000 reis pour son salaire (environ mille francs à cette époque).
Il fut convenu et arrêté que la nourriture du feitor et des journaliers serait à la charge du propriétaire, mais qu'à dater de la deuxième année et pour la suivante, le nombre des ouvriers serait réduit à six, et que la plus grande partie des aliments devaient provenir de la propriété. La journée de chaque ouvrier, non compris le feitor et ses esclaves, était fixée à 200 reis en cuivre.