APERÇU DES FRAIS GÉNÉRAUX DE LA PREMIÈRE ANNÉE
(a) Frais de nourriture.
(1) 13 personnes exigent pour 8 jours 3 \ alqueires de maïs, pour 1 an ou 52 semaines, 169 alqueires. L'alqueire de maïs dans l'intérieur coûte 960 reis en
cuivre 162p40
(2) Le même nombre de personnes a besoin pour une semaine, d'un quart alq. de riz; donc 13 alq. par an
au prix de 240 reis 3$120
(3) De plus, par semaine, 2 alq. de fèves; 104 alq. par
an, au prix de 1,280 reis 133£120
(4) De plus, par semaine, 32 livres de lard; 1,664 livres par an, au prix de 38 reis 53$248
(5) De plus, ^ alq. de sel, ou à peu près 25 livres par
an: soit, au prix de 100 reis. . 2§500
(6) De plus, par semaine, 4 livres de sucre; 208 livres
par an; soit 33§280
(7) De plus, 8 mesures d'eau-de-vie de canne par semaine; soit 416 mesures par an, ou . . . . 66$560
(8) Enfin, de la viande boucanée, 32 livres par semaine;
soit, par an, 1 ,664 livres, évaluées à . . . . . 99$840
(b) Salaire du feitor et des journaliers.
(1) 10 journaliers à 200 reis par jour, font pour l'année 730$000
(2) Salaire du feitor 300$000
(c) Frais d'établissement.
(1) Outils et ustensiles 30$000
(2) 6 bœufs de trait à 12,000 reis. .... 72$000
(3) 6 truies et i porc . 16$000
(4) 6 vaches et 1 taureau [ 00$000
(5) Poulets, chiens de chasse, fusils et poudre. . . 36$000
Sommes totales (a), (b), (c). . . 1:837$908 Ces frais pourront, la seconde année, être re'duits comme suit :
(a) Frais de nourriture.
(1) Lard pour six mois 26$624
(2) Maïs pour toute l'année 162$240
(3) Riz pour toute l'année 3$120
(4) Fèves pour toute l'année 133$120
(b) Salaires 43$800
(c) Frais d'établissement 254$000
Restant des frais pour les années suivantes. ... 1 :213$004
Il en résulte que les frais généraux pour ces trois années s'élèvent à :
(1) Frais de la première année 1 :837$908
(2) Frais de la deuxième et de la troisième année. . 2:430$008
Total 4:267$906
Il doit être admis que l'exploitation sera calculée sur 24 alquières de maïs, et s'étendra sur une superficie de 70 hectares de terrain. D'après cette donnée, la terre aura produit 48 alquières de fèves et 48 alquières de riz.
Le résultat du premier ensemencement est toujours le moins productif, par la raison que la force reproductive des plantes est encore dans toute sa vigueur, et que le sarclage de la terre n'a pas encore eu tous ses résultats. C'est pourquoi dans la contrée où sont situées ces propriétés, on ne calcule le rendement du maïs que pour 150, des fèves pour 7, et du riz pour 7.
En prenant pour base les prix ci-dessus, qui sont ceux en usage dans le pays, on peut établir le produit des trois années comme suit :
ï) Maïs m pour 1 , 24 alq. 3,600 alq. à 960 reis. 3:456^000
2) Fèves 336 alq. à 1 ,280 reis. . 417$280
3) Riz 326 alq . à 240 reis .' . . 78&240
Produit de la première année. . . 3: 841 £$20
Produit des deux autres années. . . . . . 7:683)^040
Produit des trois années. . . 11:524$560
Si de cette somme on réduit pour faux frais 15 °/0. 1 : 728^675
Reste. . . 9:795$985
Et de plus les frais ci-dessus 4:267$906
Il restera un bénéfice net de 5:528^079
qui pourra être employé soit à de nouvelles constructions, soit à l'amélioration de la propriété.
Dans le calcul de M. Ackermann, nous avons admis toutes ses
évaluations, quoiqu'il s'en trouve qui sont contraires à toutes les notions reçues: telles sont celles sur le rendage du riz, des fèves, et sur la fertilité du sol, qui est généralement plus productif la première année que la seconde; mais nous acceptons ces résultats précisément parce que, dans notre opinion, ils sont au-dessous de la réalité. Ils démontrent du reste qu'avec une somme d'environ deux contos de reis (aujourd'hui près de 6,000 francs) on peut mettre en culture à peu près 70 hectares, et, tous frais payés, recueillir un bénéfice d'environ cent pour cent. C'est à peu près le résultat que nous avons obtenu pour les Etats-Unis. On conçoit, du reste, que le bénéfice serait encore bien plus grand si l'on pouvait se passer du feitor en cultivant par soi-même; et dans aucun cas, si l'emplacement est bien choisi, il n'est possible de conserver la moindre appréhension sur le succès d'une telle exploitation.
Nous renvoyons à la fin de ce volume la loi provinciale de Sainte- Catherine sur la colonisation, en faisant remarquer que toute loi provinciale est subordonnée à la loi générale,
DE L'INFLUENCE FUTURE DE L'ÉTABLISSEMENT DE LA SOCIÉTÉ BELGE-BRÉSILIEN NE DE COLONISATION SUR L'INDUSTRIE , LE COMMERCE ET LA NAVIGATION DE LA BELGIQUE , ET DE L'ÉMIGRATION CONSIDÉRÉE COMME SEUL MOYEN EFFICACE DE SOULAGER LA DÉTRESSE DES CLASSES NÉCESSITEUSES.
Il est bien certain que dans le commencement de son entreprise la Société belge-brésilienne de colonisation ne pourra exercer qu'une faible influence sur l'industrie, le commerce et la navigation de la Belgique; mais aussitôt que les premières difficultés auront été vaincues, que son administration sera régulièrement organisée, ses comptoirs établis tout le long de la côte du vaste empire du Brésil, et qu'une partie du flot de l'émigration européenne aura pris cette nouvelle direction, si on peut parvenir à la lui imprimer ainsi que nous espérons bien y réussir ; alors l'établissement de la Société belge-brésilienne de colonisation prendra un développement dont il serait difficile dès à présent d assigner les limites.
Afin de connaître jusqu'à quel point on peut conserver l'espoir d'imprimer cette nouvelle direction à l'émigration européenne, nous avons examiné, dans le chapitre précédent, la marche qu elle suit aujourd'hui, et nous avons vu combien l'avenir doit paraître inquiétant pour tout émigrant qui quitte ses foyers à l'aventure. On ne saurait donc pas mettre en doute que si, avant qui! ne les abandonnât, on lui garantissait au delà des mers, dans un pays salubre , une existence facile , où par son travail il pourrait acquérir, au bout d'un temps très-court, une honnête aisance, où
il serait affranchi de tout service militaire et pourrait retrouver ses compatriotes, ses anciens amis, sa famille, ou se faire rejoindre par eux; on ne saurait mettre en doute, disons-nous, que remigrant n acceptât de preïérence de telles conditions, surtout lorsque sous le ciel heureux de sa nouvelle patrie il pourrait conserver ses mœurs, ses habitudes, la religion de ses pères, et jouir de tous les droits ainsi que de toutes les libertés civiles que peut accorder la constitution la plus libérale.
Dès qu il est établi que nous pourrons attirer vers nous une partie de l émigration européenne, nous pouvons espérer d alimenter la navigation, d activer le commerce et de favoriser 1 industrie de la Belgique. L'émigration européenne, toute grande quelle puisse être (plus de 100,000 individus par an, non compris ceux qui se dirigent vers l'Algérie), est loin d abaisser le chiffre de la population des divers États dont elle sort; on sait bien qu'aux époques de tranquillité et de paix, et lorsqu'une nation est arrivée a un tel degré de perfection dans lagriculture, quil ne reste plus rien à ajouter à ce qui existe, les effets comparativement lents de 1 émigration, bien loin d'appauvrir un pays, ne servent qu à augmenter ses richesses ; puisque cette émigration, tout en débarrassant ce pays d une lourde charge, d un tiraillement incessant, n'a pu, de nos jours, diminuer le chiffre de la population qui, malgré elle et partout, a continuellement suivi une loi d accroissement, tandis que, par ce moyen, on est parvenu bien souvent à créer de nouvelles relations fort avantageuses pour ceux qui étaient restés dans la mere patrie.
Bien des fois on a agité la grande question de rémigration, et on a avancé que tout Étal jaloux de sa prospérité, et surion! de sa puissance, devait s'y opposer par toutes les voies
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légales: on s'appuyait pour cela sur cet ancien préjugé que toute diminution dans la population , quelle qu'en fût l'agglomération , appauvrissait un pays: et ceux qui soutenaient de telles opinions ne s'apercevaient pas qu'ils confondaient les époques et les mots. Sans doute les grandes migrations de peuples, telles que l'histoire nous en rappelle quelques-unes, peuvent être désastreuses pour les nations; mais quel rapport peut-il exister entre ce déplacement de tout un peuple, et l'allégement que nous cherchons à porter à l'exubération dune population trop agglomérée, qui se meurt de faim quand ses bras inoccupés ne demandent que du travail pour vivre ?
Ainsi donc . si la migration doit être considérée comme préjudiciable à la puissance et aux intérêts de toute grande nation, il ne peut en être ainsi de l'émigration qui, bien loin de pouvoir devenir une cause de calamité, doit, au contraire, être envisagée comme une circonstance heureuse: car lorsque le bon sens d'un peuple le porte à s'affranchir par ce moyen des difficultés du moment, au lieu d'avoir recours à des violences et à des bouleversements, on ne peut nier que chez la nation qui sait ainsi sortir d'une situation forcée et alarmante , il n'y ait un grand fond de sagesse et d humanité. Or, c'est bien là la position de la Belgique, où, dans l'état actuel des choses, l'émigration nous paraît être le seul moyen efficace de soulager la détresse des classes nécessiteuses; et, en effet, de toutes parts, dans ce royaume, les établissements et les bureaux de bienfaisance jettent le cri d'alarme, les ressources qu'ils possèdent, et qui dépassent douze millions par an, sont devenues inefficaces ; il faut de prompts remèdes au mal qu'ils déclarent incurable; l'indigent, l'homme atteint par la misère ou frappé par le malheur, est condamné à mourir d'inanition ou de honte. Et lorsqu'on cher-
che la cause de ce malaise, qui paraît augmenter dans une proportion vraiment effrayante, où la trouve-t-on? D'abord dans la disproportion qui existe entre la population et la production, ensuite dans l'anéantissement de certaines industries qui autrefois servaient à alimenter une nombreuse population, mais dont depuis longtemps il était facile de prévoir la chute, malgré les secours et les enquêtes par lesquels on a essayé vainement de les soutenir; dans ces essais malheureux, enfantés par l'imprévoyance et conduits par l incapacité, qui ont jeté le découragement sur tant d'entreprises utiles : dans la suppression de tous débouchés pour celles qui luttent encore: dans le défaut d'avenir pour toute grande industrie nécessairement restreinte par les limites étroites du royaume ; dans la position critique où se trouve tout pays de production qui n'a pas assez de puissance pour traiter avec les États voisins d'égal à égal, et qui est obligé de se soumettre aux exigences des étrangers; enfin, dans beaucoup d'autres faits qu'il serait fastidieux d enumérer : et quand on cherche des remèdes à une telle situation: que propose-t-on ? La diminution des impôts ou la suppression de quelques-uns d'entre eux. Mais lhistoire des temps modernes comme celle des temps anciens n'a-t-elle pas démontré que si la diminution des impôts, même la suppression de quelques-uns d'entre eux, peuvent alléger le fardeau qui pèse sur le peuple, elles sont impuissantes pour sauver une nation de toute crise sérieuse; n'a-t-elle pas démontré encore que les grands travaux entrepris par l'Etat ne sont que des palliatifs tout au plus bons pour se garantir contre les dangers du moment? N'avons-nous pas vu que les protections, les facilités accordées au commerce, à l'industrie ou à la navigation sont des moyens insuffisants, parce que la plupart du temps elles sont données sans prévision d'avenir: et même
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ne s'est-on pas toujours décidé à employer tous ces moyens lorsqu'il n'était plus temps d'y avoir recours? En pre'sence de telles leçons, n'est-il pas préférable de favoriser une émigration partielle, que de s'exposer à un de ces bouleversements qui ruinent les masses au profit de quelques-uns? Car bien rarement les commotions violentes profitent aux institutions et aux intérêts matériels des nations qui les subissent.
L'émigration, chez un peuple qui se trouve dans de telles conditions, peut donc être considérée comme un bienfait pour tous; d'ailleurs, qui oserait s'opposer au droit inaliénable que possède l'homme d émigrer en pays étranger pour y chercher, par son travail, les aliments nécessaires à son existence, lorsqu'il ne sait plus les trouver chez lui? En vain nous objectera-t-on qu'il reste encore en Belgique plus de 300,000 hectares de bruyères et de terrains vagues à mettre en culture, et qu'ainsi on pourrait donner à l'exubérance de la population ces champs à exploiter; qui en payerait les frais? On sait aujourd'hui ce qu'il en coûte pour rendre les bruyères productives, et combien de cultivateurs se sont ruinés dans ce genre d'entreprise. Ainsi donc, donner en aumône ces champs stériles serait ajouter encore à la misère du prolétaire. L'exploitation des bruyères belges, avant que le temps en ait bonifié le sol, n'est donc pas acceptable; où est linsensé qui courrait ainsi à sa perte et sans pour cela soulager celui qu'il voudrait aider? Si donc, dans certains cas, l'émigration partielle peut être considérée comme un bienfait, dès que cette circonstance arrive, ce qu'on a évidemment de mieux à faire, c'est de la diriger de telle manière que son déplacement puisse procurer le plus grand soulagement à la nation qui y pourvoit.
C'est là le but de l'établissement que nous nous proposons de
fonder, et, sous ce dernier rapport, nous ne connaissons pas de pays plus favorable que le Bre'sil, qui, par la fertilité' de son sol, la nature de ses productions, la douceur de son climat, ses neuf cents lieues de côtes, son immense superficie et son admirable position géographique, est destiné peut-être à devenir pour l'Amérique du Sud ce que les États-Unis sont pour l'Amérique du Nord.
Ainsi, la question de l'émigration pour la Belgique se simplifie et se réduit à savoir si une alliance intime entre ce pays et le Brésil, une fusion d'intérêts entre les deux peuples, peut convenir à ces deux États. Mais, parla charte de concession que nous avons obtenue de l'empereur du Brésil, et par l'expression bienveillante des sentiments qui animent l'assemblée provinciale de cette belle partie du Brésil où nous avons à former notre premier établissement, cette question a obtenu la meilleure des solutions: et en présence de tels témoignages de l'ardent désir qu'a ce peuple de se lier étroitement d'intérêt avec les Belges, peut-on mettre en doute que la Belgique ne répondrait pas à de telles avances? Nous ne le croyons pas; nous sommes même convaincus qu'elle saura apprécier les efforts et les sacrifices que nous avons déjà faits afin d'obtenir quelques moyens efficaces pour soulager la détresse de ses classes nécessiteuses, tout en favorisant le développement de son commerce, de son industrie, de sa navigation, et cela même au profit de ceux qui soutiendront l'établissement que nous avons à former.
Qu'on dise à l'honnête indigent belge, qu'il soit laboureur ouartisan, que de la porte même de sa pauvre demeure on se chargera de lui jusqu'à ce qu'il soit établi dans sa nouvelle patrie, et jusqu'à ce que de la terre qu'on lui donnera après quelque temps en toute propriété, il ait pu tirer les aliments nécessaires à son existence; qu'on lui dise encore qu'en échange du bien-être qu'on
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lui procurera ainsi, il ne sera tenu qu'à payer une modique rente pendant un temps très-court, qu'à restituer les avances qu'on lui aura faites, l'intérêt de ces avances, sa quote-part dans les frais que nécessiteront 1 établissement des voies de communication toutes à son profit, I érection et l'entretien des hôpitaux où il obtiendra asile pour ses infirmités, celle des temples destinés à la célébration du culte, celle des écoles pour l'instruction de ses enfants, et tout ce qui est nécessaire à une existence civilisée; qu'on lui dise également que dans les comptoirs de la compagnie il pourra à tout instant se débarrasser de l'excédant de ses productions, en échange desquelles il trouvera dans sa caisse des valeurs équivalentes, ou dans ses bazars des marchandises de son pays à sa convenance; et peut-on supposer qu'il préférera sa misère et le dépérissement des siens à l'avenir qu'on lui offrira? peut-on penser que ce malheureux, qu'abattait l'adversité, ne bénira pas la main qui l'aura ainsi soulagé? C'est la profonde confiance que nous avons en sa gratitude qui nous a fait surmonter avec persistance toutes les difficultés qui se sont opposées à l'obtention de moyens efficaces pour le secourir; mais là ne se bornent pas les bienfaits de l'établissement projeté, ni les avantages de sa création. Qu'on jette un coup d'ceil sur les tableaux officiels du commerce belge avec l'étranger, qui en octobre 1842 ont été publiés par les soins du ministre des finances, et on sera frappé des résultats défavorables des balances de commerce entre la Belgique et quelques pays étrangers, dont nous donnons ici les évaluations :