‹ De la colonisation au BrésilChapitre 129 sur 145 · BELGIQUE · texte numérisé non relu

BELGIQUE

Importations.

Exportations.

Différences.

Productions brésiliennes provenant d'autres pays.

Angleterre. . . .

États-Unis. . . .

Cuba et Porto-Rieo.

Haïti

Pays-Bas. . . .

Danemarck. . . .

Totaux. . .

La quatrième eolonne exprime la partie des importations qu'on pourrait remplacer par des provenances du Brésil.

Ainsi les importations anglaises en Belgique dépassent de 50,000,000 de francs les exportations belges en Angleterre, et parmi celles-là on trouve en productions qu on pourrait tirer directement du Brésil :

Graines oléagineuses.

Café

Coton en laine. . .

Thé

Riz

Tabac

Bois de teinture. . .

Cuirs verts et secs.

Ensemble pour plus de 16,000,000 de francs.

Les importations des États-Unis offrent des résultats analogues, ainsi qu'il est établi au tableau ci-dessus : et la somme totale des provenances qu'on pourrait tirer du Brésil, si ce pays voulait en échange admettre nos produits sur une base équitable de récipro-

DE LA SOCIÉTÉ BELGE-BRÉSILIENNE

cité, s'élèverait annuellement à 72,800.000 francs, ce qui donnerait un mouvement commercial d'environ 150,000,000 de francs.

Nous engageons les négociants et les armateurs de la Belgique à méditer sur ces considérations. Nous avons la conviction qu il y a de l'avenir au Brésil pour le commerce belge, et qu aucun pays ne se trouve aujourd'hui en de meilleures conditions, débarrasse comme il est de toute colonie, et parce que le Brésil, par sa position géographique, devient une des échelles les plus importantes pour le commerce avec tous les pays du monde.

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Mœurs , coutumes et caractère des Brésiliens. — Quoique notre but ne soit pas de faire une peinture des mœurs et des coutumes du Bre'sil , nous croyons ne pas pouvoir nous dispenser de faire remarquer combien les descriptions qui en ont été données dans ces derniers temps, sont surannées et tronque'es. Il y existe aujourd hui, parmi la classe aisée, à peu près les mêmes usages que dans les pays les plus civilisés de l'Europe ; seulement nous avons cru remarquer dans les manières un peu plus de recherche peutêtre et beaucoup de savoir-vivre.

Doux, affable et de tous les anciens colons qui ont eu des esclaves le plus humain , le Brésilien en général a le caractère facile et assez mobile ; doué d'une grande perspicacité, il saisit aisément les choses les plus abstraites, et les analyse avec une promptitude et quelquefois avec une éloquence vraiment remarquables. Comme tous les peuples du Midi, il a beaucoup de poésie dans les idées, l'organisation musicale très-développée, et ne s intéresse aux récits qu'autant qu'ils ont une teinte de merveilleux.

Langues. — La langue que parle le Brésilien est celle du Camoëns. que presque tous les savants étrangers qui l ont cultivée ont prise d'abord pour un dérivé du castillan.

Des mélanges des langues primitives de la Péninsule, combinés

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avec le grec, le latin, l'idiome des peuples barbares du Nord qui envahirent l'Espagne à 1 époque de la décadence de l'empire romain , et l'arabe, naquirent les divers idiomes espagnols et portugais, qui tous eurent leur littérature propre et tout ce qui pouvait constituer le caractère d'une langue entièrement indépendante. Ayant une origine plus ou moins commune, quoique toutes modifiées par les localités et les événements, elles avaient leur génie particulier et conservaient cependant cette grâce et cette tournure d'esprit qui en sont encore aujourd'hui le caractère.

Quoique le portugais, à l'époque de l'invasion des Barbares, ne fût point encore une langue épurée, elle n'en eut pas moins ses trouvères qui, au milieu de la carrière des armes, cultivèrent la littérature propre à ces temps reculés. Sous le règne de Jean Ier le Grand, vers la fin du quatorzième siècle et jusqu'au commencement du seizième, tout prospéra en Portugal; dans les actes publics le latin fut remplacé par le portugais , et pendant que le chant harmonieux et romantique des muses portugaises perfectionnait la langue, les arts et les sciences y firent de tels progrès que le Portugal, pendant quelque temps, fut placé à la tète de la civilisation européenne.

C'est durant cette brillante époque de la littérature portugaise que vécurent Gil Vicente, Bernardino Ribeiro et Vasco de Lobeira, dont les œuvres poétiques ajoutèrent toutes les beautés des poésies de l'antiquité aux charmes originaux de ce siècle.

Après la mort de don Manoël, Jean III réforma l'université de Coimbre ; on traduisit les auteurs grecs et latins , et l'idiome portugais, s épurant toujours, devint une langue classique.

Après la réforme de l'université, apparut Ferreira ; puis survint l immortel Camoëns, et après lui Vasco Mousinho: mais la langue

portugaise commençait déjà à se corrompre, et quoique beaucoup d'hommes remarquables soient venus successivement l'illustrer, sa plus belle époque était passée. Le Brésil peut revendiquer avec orgueil sa part de gloire dans l'illustration de la langue portugaise : Claudio Manoël da Costa, qui rivalise avec Métastase: José Basilio da Gama, l'auteur du beau poëme de X Uruguay, trop peu connu ; et quelques autres hommes remarquables, étaient Brésiliens. De nos jours, il se manifeste une nouvelle tendance au perfectionnement, et la langue du Camoëns pourrait bien reprendre le rang que lui avait assigné son génie dans le seizième siècle. Mais il reste à savoir d'où lui viendra la nouvelle impulsion ; car le Brésil a eu dans ces derniers temps ses poètes et ses savants, et possède aujourd hui beaucoup d hommes distingués. Ce serait un événement bien remarquable dans l'histoire de la civilisation , si cette ancienne colonie portugaise était appelée à donner une nouvelle illustration à la langue harmonieuse du célèbre Camoëns.

Aspect y climat, mœurs. Extraits de divers auteurs. — Trois siècles se sont écoulés depuis que l'aspect de la terre du Brésil a arraché au bon Lery cette expression si naïve : Sus, sus, mon ame ! il te faut dire ta joie; et s'il pouvait débarquer aujourd'hui dans la baie de Sainte-Catherine, bien loin d'avoir besoin d'encourager son âme pour rendre l impression que ces lieux délicieux ne manqueraient pas de produire, il deviendrait nécessaire d'en modérer les sensations; car ainsi que le dit Ferdinand Denis dans son ouvrage sur le Brésil , « sur cette zone étroite, encore si peu exploitée par les voyageurs européens, il semble que la nature ait voulu réunir les merveilles qu'elle a disséminées autre part: c'est le pays des riches insectes, des magnifiques lépidoptères: c'est la patrie des colibris et de ces innombrables oiseaux-mouches auxquels les an-

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ciens habitants avaient donné ie nom si expressif et si poétique de cheveux du soleil. Qu on lise tous les voyageurs qu'une relâche de quelques jours a fixés momentanément à Sainte-Catherine : sans avoir fait une étude spéciale de l'histoire naturelle du pays, ils signalent tous quelques faits importants dont l'industrie peut s'emparer. » Mais qu'on lise l'ouvrage du savant naturaliste hollandais Van Langsdorff, qui est le seul voyageur moderne qui, après avoir pénétré dans cette province, ait publié une relation de son voyage, et on sera convaincu comme nous qu'il serait difficile de trouver sur la terre un pays plus favorisé de la nature que celte province; il dit : « L'aspect de la terre qui se trouve devant nous (il était à bord «du vaisseau du célèbre navigateur Krusenstern), et que nous « voyons couverte de la plus belle végétation et de fleurs de toutes « couleurs , nous promit à la grande distance où nous étions un « séjour des plus agréables et des rafraîchissements abondants.

« La vue de la terre même la plus aride réjouit après deux mois « de navigation. Combien plus ne doit-elle pas le faire lorsque cette « terre se trouve sous tous les rapports tellement favorisée de la « nature, qu'elle brille de toutes les beautés imaginables!

« Un paysage magnifique s'élevait depuis la plage jusqu'aux mon- « tagnes verdoyantes, qui semblaient embrasées des feux du soleil « couchant. Mon imagination, excitée par cette belle scène de la « nature qui se déroulait sous mes yeux, me laissa à peine la force « d'attendre le retour du soleil pour visiter le paradis qui se trou- « vait si près de moi. Mes idées étaient grandes et exagérées, j'en ce conviens; et cependant, plus je me rapprochais de la terre, plus « la réalité dépassait mon attente. Mille fleurs de formes et de coucc leurs différentes répandaient un parfum qui , à chaque respiracc tion, fortifiait le corps et réjouissait l'esprit ; de grands papillons,

« que jusqu'alors je n'avais remarqués que comme des raretés dans « nos collections d'Europe, voltigeaient ça et là en grand nombre: « des plantes admirables, que dans nos serres je ne regardais que « comme de pauvres plantes rampantes, y croissaient dans toute la « vigueur de la végétation ; des colibris aux couleurs étincelantes « d'or aspiraient les fleurs riches de miel des touffes des bananiers. « et le chant d'oiseaux jusqu'alors inconnus, répété par les échos « des frais vallons, venait charmer nos oreilles. Des allées om- « breuses serpentaient d'une habitation paisible à l'autre et surpascc saient en beauté et en agrément, en variété et en simplicité, les « plus belles dispositions cle nos jardins d Europe. Tout ce que je m voyais autour de moi me ravit par sa nouveauté et me produisit m une de ces émotions qu'il est possible de sentir, mais qu'on ne « peut pas peindre.

« Vers le soir, avec mon butin de plantes et d insectes, je m'en « retournai à bord, où tous ceux qui étaient présents s'extasièrent m devant la grandeur, la variété, la magnificence et les mille cou- « leurs des papillons et des oiseaux que nous avions rapportés...

« ... Le sexe n'y est pas laid; parmi les femmes de distinction.

< nous en vîmes quelques-unes qui même en Europe auraient pu

< avec raison avoir des prétentions à la beauté : elles sont en gé- ( néral d'une force et d'une constitution moyennes , bien faites , « un peu basanées, des cheveux du plus beau noir et des yeux noirs

< pleins de feu. Ajoutez à cela que le beau sexe est très-avenant et

< qu il est loin de vivre aussi retiré et aussi séquestré que dans la ( mère patrie.

« La province est très -fertile et les vivres y sont à très -bon « compte: la nature y produit beaucoup, presque sans soins et sans w peine: il s'y trouve des fruits de toute espèce, tels que oranges,

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« citrons., limons, bananes, ananas, pèches, melons, pastèques, « figues, noix de coco, raisins, prunes, poires, du maïs, beaucoup « de racines mangeables et saines telles que les patates, les ignames, « le sagou, etc. Les poissons, les moules, les homards, et surtout des « crevettes d'une très-grande espèce, s'y rencontrent en abondance. <c La viande de boucherie aussi y est fort abondante et peu chère; « un bœuf du poids de 400 livres au moins ne se vend pas plus de « 45 francs.

« En ce qui concerne la température, nous trouvâmes que la « chaleur de 1 été' n'était pas aussi insupportable qu'on l'avait cru « d'abord. Pendant les mois de décembre et de janvier qui, pour « l'hémisphère méridional, répondent à nos mois d'été, la tempé- « rature ordinaire à terre, à l'ombre, était de 20° a 22° Réaumur: « la plus grande chaleur correspondait à 26°. Le gouverneur nous « raconta qu'une fois le thermomètre était tombé à 10° au-dessus de « zéro; ce qui était considéré ici comme la température la plus froide.

« Les mœurs et coutumes sont à peu près celles du Portugal, à « quelques différences près qui tiennent au climat et aux produc- « tions delà terre. Par exemple, plus on se rapproche du pays chaud, « moins il faut se couvrir, et c'est pour cela que le costume négligé « des dames consiste en un vêtement très-léger , une chemise et « un jupon d'une étoffe très-mince: chez les femmes distinguées, « la chemise est en toile très-fine et parfaitement garnie. Le soir, « dans les réunions, ces dames se présentent en costumes euroce péens ornés de beaucoup de rubans et de futilités, et plus les « toilettes sont bariolées et variées, plus elles leur paraissent belles. « Les hommes sont très-recherchés dans leur toilette, mais enlière- « ment habillés à l'européenne. Les nègres esclaves sont à peine « couverts.

« Les productions de la terre y sont très-nombreuses et pourront devenir des sources inépuisables d'un très-riche commerce, : aussitôt que les habitants se seront affranchis de la dépendance : de Rio de Janeiro, qui est la seule place où ils aient le droit de [ vendre leurs produits. Plus tard, lorsque ces délicieuses contrées t seront plus peuplées et moins négligées par le gouvernement central, toutes les productions que la douce nature verse avec tant de profusion sur cette île si privilégiée, pourront en faire : un jour une des places les plus commerçantes du Brésil. La culture du café et du coton donnerait un très-riche résultat : le £ riz et le sucre y viennent en assez grande abondance pour en t faire un objet considérable d'exportation. On n'y manque ni de c rhum ni d arak, et on pourrait également y cultiver l'indigo, le t poivre, la vanille, le baume de copahu et une infinité d'autres

< articles , mais les moyens d'exploitation et l'activité nécessaire y

< font défaut.

« Les plus belles essences et les plus grandes espèces de bois t pour la construction des navires et pour la menuiserie croissent

< dans les épaisses forêts , et pourraient devenir matière à une ( branche de commerce fort importante. . . .

« .... Dès l'aurore nous nous mîmes en route. Un jeune garçon

< portugais que j avais emmené avec moi portait les boîtes et les

< rafraîchissements, pendant que j'étais muni moi-même de trap- ( pes, de filets, de boîtes à botaniser et à insectes, dépingles et * d'autres outils nécessaires. A peine avais-je dépassé cette partie c de la côte que je connaissais déjà et qui m'avait apparu si belle et w si riche, et à peine avais-je mis le pied dans la route inconnue que k j allais parcourir, que de nouveaux et de plus magnifiques points

e jeter r1fin£i un ravissement plus profond encore.

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« Ensorcelé, et comme e'tourdi de toutes ces admirables beautés « de la nature, je dus marrêter plusieurs fois pour respirer. Mes « compagnons avaient peine à comprendre mon extase devant des « choses si ordinaires, devant la variété et la végétation des arbres « gigantesques tout chargés de fleurs; et comment le parfum de la « rosée, la force et la prodigieuse variété des plantes, tout enfin ce « que je voyais autour de moi pouvait exciter chez moi ce joyeux « enivrement.

« Au lieu de cocotiers et de bananiers, au lieu de plantations de « sucre, de café, de riz et de coton, au lieu de champs de mandioca « et de tapioca qui étaient le long du rivage, je voyais maintenant « des bois sombres, épais et impénétrables, le beroba, oleo> fîgueira, « garabisi, garaberi^ garaxuba, cedro> et d'autres arbres, tous les « plus gros, les plus hauts et les plus touffus que nos yeux aient «jamais aperçus. Ces troncs élevés, dont la cime était couverte « d'un feuillage épais et dont les branches étaient chargées de « fruits et de fleurs , produisirent une impression toute nouvelle « sur mon esprit ; il en fut de même des innombrables lianes, bou- « chinien, aristolochien , qui serpentaient autour de ces arbres « merveilleux et jusqu'à leur sommet, sans compter mille espèces « de plantes parasites qui formaient ça et là les plus jolis groupes « de fleurs.

« La nature prodigue qui a doté cette contrée au delà de tout ce « que l'imagination peut rêver en fertilité, en couleurs variées, en « richesse de végétation et en douceur de climat, l'a aussi peuplée « dïin nombre infini de créatures de toute espèce. Des reptiles, « des oiseaux, des insectes, des animaux amphibies que nous autres « Européens ne voyons qu'empailiés dans de grandes collections « d'histoire naturelle ou conservés dans l'esprit-de-vin, réveillaient

ce ici a chaque instant mon attention de la manière la plus vive.

ce D'un côte' nous apercevions des perroquets de grandeur et de ♦< couleur différentes qui, à notre approche, s'envolaient effraye's, « avec des cris aigus; d'un autre côté, un superbe oiseau (ramphas- « tos) au long bec, à la gorge tantôt rouge, tantôt jaune, qui, « insouciant de toute poursuite , dévorait les fruits inconnus de « l'arbre voisin; plus avant dans la forêt, on entendait les cris et les « hurlements des singes; à mes pieds s'ouvrait la tannière de la « panthère (tatu, dasypus, Linn); tantôt je vis un papillon bariolé e< qui, plus grand qu'un oiseau, voltigeait d'arbre en arbre, tantôt « un merveilleux colibri qui, en bourdonnant, humait le miel des ce fleurs odoriférantes, puis un serpent vénéneux qui, se glissant ce à travers l'étroit sentier, effrayait le voyageur étranger, pendant et que la divine harmonie du chant des oiseaux de diverses couleurs ce remplissait ses yeux et ses oreilles de plaisir et d'enchantement.

a Au milieu de la vallée où nous venions de descendre , nous « rencontrâmes enfin une hutte où nous ne trouvâmes pas, il est « vrai, un repas à l'européenne, mais une excellente pastèque qui, ce bien qu elle fût la seule dans la maison, nous fut offerte généreuse sèment et sans rétribution, avec une grande jatte de farine de « mandioca. Une gorgée d eau-de-vie et un morceau de pain dont ce nous nous étions munis complétèrent notre repas. A notre départ ce on ne voulut pas même recevoir en argent le prix de I hospitalité ce qu'on nous avait accordée et nous offrîmes un petit pain qu'on ee accepta avec reconnaissance, parce que l'homme du peuple ici ne ce mange que rarement du pain et se nourrit avec la farine de manioc, ce Ainsi restaurés, nous reprîmes notre route et avançâmes dans la ec vallée. Nous venions d'atteindre le but de notre voyage, le ruisseau ce de Riberào . lorsque mon guide me conseilla d oter mes bottes et

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« mes bas, et de les cacher dans la foret voisine, pour le suivre « pieds nus. Quoique cette proposition ne fût pas fort de mon goût, « parce que les serpents venimeux me tourmentaient encore l'es* « prit, il ne me restait pas d'autre choix pour satisfaire ma curio- « site', et il était impossible d'avancer dans ces épais fourrés sans « traverser le ruisseau qui serpentait à travers la foret. Les bas et « les bottes furent donc abandonnés dans le bois jusqu'au retour, « et nous traversâmes, ayant de l'eau jusqu'aux genoux, la petite « rivière plus limpide que le cristal. »

M. Van LangsdorfF fait ici la description de la chasse aux papillons. Peu habitué à cette marche à pieds nus, il eut bientôt les jambes ensanglantées. 11 poursuit son récit en ces termes :

« Les merveilles nouvelles qui se présentèrent à ma vue calée nièrent mes souffrances, et malgré le gonflement toujours croiser sant de mes jambes, je revins heureux et joyeux, et j'atteignis « très-tard dans la soirée, exténué de fatigue, la demeure de mon « guide, sous la conduite duquel cette journée comptera pour moi « comme la plus remarquable que j'aie passée en ce pays.

« Les habitants sont serviables, prévenants et hospitaliers; dans « chaque maison où j'arrivais, on m'offrait de la manière la plus « amicale de quoi apaiser ma faim, et de partager la nourriture de « la famille. Souvent j'ai pu avoir à la fois des œufs, du lait, du « poisson, des bananes, des oranges, des pastèques; d'autres fois, « je devais me contenter de tapioca et de fèves sèches, et c'est « alors que je reconnaissais la vérité de ce proverbe : Il n'est chère « que d'appétit.

« Dans cette saison, il pleut presque tous les jours. Une fois je « fus surpris par un orage et une pluie battante; mouillé jusce qu'aux os, je fus forcé de chercher un abri dans une petite hutte

« voisine. On m'y offrit sur-le-champ du linge propre, on s'em- « pressa de laver ceux de mes vêtements qui se trouvaient salis, et <( pendant qu'ils séchaient, on me pre'senta de quoi me reconforter.

« Chaque fois que je ne prévoyais pas pouvoir atteindre avant la « nuit le navire ou mon domicile fixé à Nossa Senhora do Desterro, «je trouvai toujours à coucher plus ou moins bien, suivant l'ai— « sance de mes hôtes. La couchette se composait ordinairement de « deux nattes de paille très-fine, étendues sur le sol et recouvertes « d'un beau drap de lit, d'un oreiller très-moelleux, et dïine coûte verture légère de coton, ou, à défaut, d'un second drap de lit.

« Quelque dur et incommode que dût me paraître d'abord un « pareil lit de repos, je ne tardai pas de m'y accoutumer, et je pus « remarquer à cette occasion de combien peu de chose l homme c< peut se satisfaire, et combien tout le reste ne sert qu'à l'effémi- « ner: car cette même et simple natte à laquelle je n'étais pas « accoutumé, et d'où je me réveillai aussi las que je m'y étais « couché, plus d'une fois dans la suite me fortifia et donna du ton à « mes membres affaissés par la fatigue...

« Les habitations des cultivateurs sont généralement petites, « commodes, et d'ordinaire bien et agréablement situées; elles se « composent presque toujours d'une salle commune, une ou deux (t chambres et une cuisine. Cette dernière se trouve aussi quelquece fois dans un bâtiment séparé de la maison, accompagnée d une ce chambre qui sert de réunion et de dortoir pour les esclaves.

ce Chez les cultivateurs aisés, la grande chambre est ordinairece ment planchéiée, mais non chez les pauvres. Il y en a peu qui ce soient pavées ; la plupart sont couvertes de feuilles de palmier ce d'une espèce encore inconnue. On trouve peu ou point de ces <c villages comme il y en a chez nous; les maisons sont bâties isolé-

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« ment, et séparées les unes des autres à distance inégale. Chaque « cultivateur a sa propriété' et son champ qui entourent sa maison. « Presque toutes les habitations se trouvent le long de la plage, « dans un bois d'orangers, et sont entourées de plantations de « bananiers, de cafiers et de cotonniers. Dans le voisinage de chaque « maison se trouve ordinairement une fontaine ombragée d oran- « gers, et d une eau claire et limpide comme le cristal. »

Cette traduction libre d'un extrait du chapitre II du Voyage autour du monde de M. Van Langsdorff, écrit en hollandais, peut donner une idée de ce qu'était la province de Sainte-Catherine en 1803. L'auteur est un homme consciencieux, et on peut le voir par le récit de son voyage; son caractère national doit le mettre à l'abri de tout soupçon d'exagération. Nous n'eussions pas osé faire une peinture aussi brillante de cette terre si favorisée par la nature, quoique nos émotions aient dépassé peut-être celles que M. Van Langsdorff a exprimées ; et c'est afin qu'on ne puisse pas supposer que nous cherchons à tracer un trop brillant tableau d'un pays qui nous rend malade de regret chaque fois que notre imagination nous y transporte, que nous avons préféré avoir recours a l'ouvrage de M. Van Langsdorff, qui, à l'exception de Paulo José Miguel de Brito, est, à notre connaissance, le seul qui ait écrit sur cetle intéressante province.

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