‹ De la colonisation au BrésilChapitre 46 sur 145 · IL DE L'AGRICULTURE DANS LA PROVINCE DE SAINTE-CATHERINE · texte numérisé non relu

IL DE L'AGRICULTURE DANS LA PROVINCE DE SAINTE-CATHERINE

Dans la province de Sainte-Catherine la culture se fait de la même manière qu'elle se pratique dans tout le Brésil. Les premières semailles sont faites sur les cendres des bois brûlés et produisent excessivement, mais celles qui suivent produisent bien moins.

On fait un trou en terre à une faible profondeur, on y jette quelques semences, on le referme au fur et à mesure avec le pied, et tout se borne là.

Examinons les principales productions de cette province.

Maïs. — La récolte et le battage de ce produit s'y font de deux manières différentes. Dans les petites exploitations, on transporte à dos ou par des mules, et on égrène à la main. Dans celles qui sont un peu considérables, le transport se fait au moyen de lourdes charrettes, et on égrène sur le bateador, espèce de forte claie d un

mètre sur deux mètres, fixée entre quatre forts poteaux à environ un mètre de terre. Trois des quatre côtés sont garnis de cuirs ou de nattes verticales $ le quatrième côte' est ouvert. Sur cette claie on entasse des épis sur deux ou trois rangs d'épaisseur, et des nègres armés de longs bâtons, et placés en face de la partie ouverte, battent les épis jusqu'à ce que toutes les graines soient détachées, et, arrêtées par les surfaces latérales, aillent tomber, à travers la claie, sur des cuirs disposés là pour les recevoir.

Haricots. — Ce légume, qui forme la base de la nourriture des Brésiliens, donne plusieurs récoltes par an. Il s égrène à la main ou au fléau, mais alors cet instrument est beaucoup plus léger que celui dont on se sert pour le blé.

Blé. — Avant l'arrivée de Don Jean VI au Brésil, les capitanies de Rio Grande et de Sainte-Catherine produisaient à peu près tout le blé que l'on consommait le long du littoral de cet empire. Aujourd'hui on ne le cultive plus que dans l'intérieur, parce que le plus difficile pour les Brésiliens est de le transformer en farine, et ils ne sauraient lutter contre les farines des États-Unis ou celles d'Europe avec les moyens mécaniques qu'ils ont actuellement à leur disposition. Mais ceci ne peut plus durer longtemps ; car dépendre de l'étranger pour une denrée alimentaire de première nécessité, alors qu'on pourrait la lui fournir, est un fait aussi étrange que dangereux, et qui jetterait une bien grande perturbation dans la population du Brésil et de Rio de Janeiro, si, par suite de quelque conflit entre ce pays et toute autre puissance maritime, les arrivages venaient à cesser. Avant la récolte, on sarcle une ou deux fois trèsimparfaitement, suivant les localités et les circonstances météorologiques. Entre la plantation et la récolte il s'écoule ordinairement cinq mois, et. malgré l'exagération des prétendus rendements qu'on

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fait aller jusqu'à soixante pour un dans cette province, nous ne croyons pas qu'ils dépassent quarante pour un. Lorsqu'on veut faire la récolte, on se sert d'un grand coutelas (faca). avec lequel on coupe le ble' par poignées, à environ vingt centimètres de la naissance de l'épi; le reste de la paille pourrit sur pied. On bat le blé par le procédé déjà décrit du bateador, au moyen du fléau, ou par le piétinement des chevaux ou des mules. Dans ces trois cas, on est toujours obligé de le recueillir avec des balais sur une aire trèsmalpropre et mal préparée, et pour le vanner, on le jette en l'air avec des pelles, afin que le vent emporte les particules les plus légères; mais le blé ainsi n'est jamais bien nettoyé. Ces résultats, la rouille qui quelquefois attaque les moissons, et la difficulté qu on a de se défaire du grain, en l'absence de bons moulins pour le convertir en farine, font que le cultivateur brésilien a tout à fait abandonné cette culture, pour se livrer à celle bien moins productive du manioc, et dont un des grands inconvénients est d'épuiser le sol en bien peu d'années.

Heureusement pour le Brésil, il est facile de prédire une révolution complète et prochaine dans cette branche d'agriculture, révolution qui doit l'affranchir entièrement du tribut énorme qu'il paye annuellement à l'étranger.

Manioc. — Le produit de cette plante, que les Indiens regardent comme un don de leur prophète voyageur Suné, est encore une des bases de la nourriture brésilienne. M. le docteur Sellow en comptait plus de trente espèces pour le Brésil, et quelques autres savants font monter ce chiffre encore plus haut. Cependant on n'en distingue généralement que deux : Yaypi ou le manioc doux et le manioc ordinaire. Le premier est peu cultivé, on le mange sans qu'il soit besoin de le torréfier. Cuit sous la cendre, il a un goût très-

agréable. On le plante par boutures en tout temps, et on le récolte après un ou deux ans, selon les localités.

La culture du manioc ordinaire (mandioca) exige une terre trèsfertile qu'elle épuise promptement , et il est à désirer qu'elle soit abandonnée partout où elle peut être remplacée par le blé ou le maïs ; car non-seulement sa racine, dont on fait la farine, est une substance très-vénéneuse avant sa torréfaction, mais elle demande une grande manipulation pour sa réduction, et la plante elle-même est de toutes les plantes alimentaires celle qui donne le moindre rapport pour un temps et une surface donnés.

Le manioc est un petit arbrisseau, haut de quatre pieds environ, dont on réduit la racine en farine. Lorsqu'on veut planter un champ de manioc, on en prépare la terre à la houe, et de trois en trois pieds à peu près, on fait avec le même instrument des trous peu profonds, dans lesquels on enfonce obliquement une bouture de 6 à 7 pouces, coupée de tiges qui ont au moins un an ; on referme le trou avec le pied, en raffermissant le plant, et tout se trouve terminé. Trois mois après, on arrache à la main les mauvaises herbes, afin de ne pas blesser avec des instruments aratoires les racines de cette plante, qui sont peu profondes et qui pourrissent dès qu'elles sont atteintes.

On répète la même opération autant de fois que la végétation étrangère le réclame , et on fait la récolte de six mois à deux ans après la plantation, quoiqu'il paraisse que la meilleure époque est à dix-huit mois. Pour faire la récolte, on arrache la plante à la main, on en coupe les racines qu'on laisse sécher à l'air libre, à l'ombre, pendant vingt-quatre heures, après quoi elles sont propres à être réduites en farine , ce qui se pratique de la manière suivante : on enlève la pellicule noire qui enveloppe la racine , en la râpant avec un couteau, puis on la lave et on la présente à une machine à râper

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perpendiculairement à sa longueur ; la pulpe tombe dans une auge en bois où elle reçoit une première manipulation, en en exprimant avec les mains , autant que possible , le liquide vénéneux qu'elle contient en grande quantité; on met ensuite la matière dans des paniers flexibles, fabriqués avec des feuilles de palmier, qu'on pose sous des presses à vis , puis on la soumet à une première pression, et le liquide, qui s'en échappe, s écoule par quelques canaux pratiqués à cet effet hors du bâtiment dans un puits perdu. Partout où ce liquide se répand toute végétation est détruite, et les poules qui en boivent meurent à l'instant. Quelquefois on le recueille dans une auge, et alors, au bout de deux heures, on trouve au fond du vase une excellente gomme propre à empeser le linge, et qui pourrait être fort utile dans les arts ou dans l'industrie, mais qu'on n'emploie pas à d'autres usages. Après une demi-heure on serre plus fortement les vis , une nouvelle portion de liquide s écoule ; on répète une troisième fois la même opération , puis on retire les paniers de dessous la presse, on les vide dans une auge où la pulpe est légèrement triturée à la main , enfin on la passe à travers des tamis tressés avec du palmier, et on la torréfie dans des pay elles en terre de trois à quatre pieds de diamètre sur un pouce d'épaisseur et cinq à six pouces de profondeur. La farine alors est bonne à manger ou à conserver.

Riz. — Cette céréale se cultive dans des terrains qui sont exposés à des inondations et quelquefois sur des coteaux. On ne la sème point, on la plante dans des trous assez profonds pour qu'une foule d oiseaux, très-friands de cette graine, ne viennent pas la déterrer et la manger. C'est toujours avant la saison des pluies qu'on plante le riz. Dans des trous espacés d'un pied on jette quelques grains, on referme les trous avec le pied, et la plantation est faite. Dans un

ou deux mois on sarcle le champ , et après cinq mois on fait la récolte en coupant le riz par poignées très-près des épis.

Cette graminée produit environ cent pour un ; les habitants de cette province prétendent qu elle donne deux cents pour un ; mais il faut toujours faire la part de lexagération, et nous croyons que notre évaluation ne sera pas éloignée de la vérité. Toutefois nous devons ajouter qu un champ planté de riz le long de la rivière de Concescào, affluent de lltajahi-Mirim, et qui appartenait au lieutenant-colonel Augustinho Alves Ramos , envers lequel nous avons contracté de grandes obligations en acceptant sa généreuse hospitalité: que ce champ, disons-nous, rendait deux cents pour un.

Après la récolte on brise la paille en la foulant aux pieds : la racine produit ses rejets, et, en trois mois, on a une nouvelle récolte qui donne à peu près quarante pour un. Après avoir coupé celle-ci on abandonne le chaume aux bestiaux, qui s emparent avec avidité de cette nourriture.

L'orge , le seigle, le sarrasin, n ont jamais été cultivés dans la province de Sainte-Catherine.

La canne à sucre s'y cultive avec un médiocre succès, parce que le climat ny est déjà plus assez chaud. Cependant il y a quelques expositions où elle réussit assez bien : mais un des inconvénients de cette culture y est d épuiser promptement la terre, et comme les Brésiliens n'amendent jamais leurs champs, il en résulte quelle dépérit au bout de trois ans. Dans cette province on ne cultive guère la canne à sucre que pour la fabrication des eaux-de-vie (cachaça), dont lexportation et la consommation commencent à acquérir une certaine importance.

Il y a des terres dans cette province qui produisent toujours, sans se reposer, sans engrais et sans être fécondées par des inon-

dations: mais alors il faut en changer la culture. Lorsquon y plante la canne à sucre on en obtient ordinairement deux coupes, puis on y plante le manioc souvent deux fois de suite. Dès que cette racine ne reproduit plus suffisamment, on replante la canne à sucre, et ainsi de suite. Quelquefois cependant avec la canne à sucre on plante du maïs et des haricots, et comme la canne à sucre ne peut être coupée que de quinze à dix-huit mois, on obtient ainsi une récolte intermédiaire qui est généralement d'un très-bon rapport. Mais cette fertilité du sol est plutôt une exception que la règle, et on est dans l'habitude, si on ne fume pas les terres ainsi exploitées, de les laisser, au bout de neuf à dix ans. en jachère pendant cinq à six ans.

Nous venons de dire que la canne à sucre se coupe de quinze à dix-huit mois, et cela se pratique, en effet, ainsi ; mais l'âge auquel il faudrait la couper, et l'époque de sa plantation, sont encore des problèmes d'agronomie qui restent à résoudre. Dans l'état actuel de la question , nous croyons qu'il serait plus avantageux de la couper à douze mois.

Pour faire une plantation de cannes on creuse des rigoles d'un pied de profondeur, et à deux pieds et demi de distance, on dépose des morceaux de canne qui ont au moins deux ou trois nœuds, on referme la rigole, et la plantation est achevée. De trois en trois mois on sarcle la terre, et lorsqu'on veut faire la récolte, un homme coupe les cannes aussi près que possible du pied, un autre qui suit en arrache les feuilles qu'on laisse sur le champ, un troisième les met en tas, et enfin des mules ou de lourdes charrettes les enlèvent et les transportent au moulin.

Cafier. — Cet arbrisseau dont la fleur ressemble à celle du jasmin, et dont le fruit a l'apparence d une cerise, n'est cultivé au

Brésil que depuis 1770. Sa fève d'abord mal préparée fut peu estimée sur les marchés d'Europe , et il n'y a que très-peu d'années que quelques planteurs ont compris qu'il était de leur intérêt de mieux en soigner la dessiccation.

Jusqu'à ces derniers temps c'était le café de la province de Rio- Janeiro qui passait pour être le meilleur de tout le Brésil; mais, soit que le climat de Sainte -Catherine convienne mieux à cette plante , soit que les soins qu'on y apporte à sa préparation soient mieux entendus, il est constant que le café que nous avons vu dans cette province peut au moins rivaliser avec celui de Rio, et qu'il s'y vend plus cher. La fève de cet arbrisseau y est à peu près de la dimension de celle qu'on récolte à Moka , et paraît tenir le milieu entre celle-ci et celle de Saint-Domingue. La dessiccation s'y fait cependant encore d'une manière très-imparfaite.

On plante le cafier en quinconce , tantôt seul , tantôt entremêlé d'orangers ; la distance entre les plantes est très-variable . elle est généralement de quinze à vingt-cinq pieds, et à cette dernière distance on intercale des orangers.

La plantation du café commence à prendre un peu d'extension au nord de la province. En 1810 la valeur des exportations ne s'élevait qu'à quinze mille francs, et comme il faut attendre avant de pouvoir compter sur le moindre produit, la culture en fut presque abandonnée. Depuis quelques années seulement on vient de la reprendre, et en 1838 la valeur des quantités exportées se montait déjà à près de cinquante mille francs. Nous ignorons à quelle somme elle peut monter aujourd'hui.

Lin. — Le lin n'est plus cultivé dans cette province: les bras manquent. la manipulation en est difficile et trop coûteuse, et la graine n'y csl pas employée, faute de savoir en extraire 1 huile;

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on y a donc substitué le coton, et si, au sujet de la culture du lin, il fallait en croire le rapport des habitants, au temps où on cultivait cette planté, on y aurait fait jusqu'à six récoltes par an. Mais quelque foi que nous ayons dans les paroles de ceux qui nous l'ont affirme', et quelque convaincu que nous soyons de la prodigieuse fertilité' de Sainte-Catherine, nous ne pouvons admettre de pareils re'sultats, et nous devons convenir que nous les considérons comme exagérés. En en rabattant la moitié', il restera encore suffisamment pour satisfaire à toutes les exigences.

Chanvre. — La culture de cette plante est également abandonne^. Trop de main-d'œuvre, et le de'faut d'emploi de la graine dont on ne sait pas extraire l'huile, y ont fait renoncer les habitants.

Nous ne pouvons nous dispenser de rapporter ici un fait qui prouve que les mauvais encouragements et les demi-mesures de la part de l'administration sont quelquefois plus nuisibles qu'utiles.

Le ministère portugais, voulant encourager dans la province de Sainte-Catherine la culture du chanvre, qui passait à cette e'poque pour être le plus beau qu'on connût, offrit non-seulement la graine pour rien, mais encore il s'engagea à en acheter toute la re'colte au prix de 3,200 reis l'arobe pre'pare'e, prix qui alors était considéré comme assez élevé ; mais au même temps le lin se vendait dans le pays à raison de 4,960, et les agriculteurs ne voulurent plus cultiver le chanvre, qui paraissait devoir leur donner moins de profit. Pour forcer le ministère à renoncer à ses encouragements, ils imaginèrent de faire bouillir la semence avant de la semer, afin de pouvoir ainsi frauduleusement établir que la terre n'était pas propre à cette culture.

Si on remontait à la source de beaucoup de malheureux essais

iU CHAPITRE CINQUIÈME.

$ -.) auxquels, bon gré mal gré. on a prodigué des encouragements, on

en trouverait des explications aussi claire que celles que nous venons de rapporter, et qui feraient connaître les causes auxquelles il faudrait les attribuer.

Coton. — Le coton est indigène dans la province de Sainte- Catherine, et sa culture paraît y être très-productive, le sol et le climat lui étant excessivement favorables. On en cultive de deux espèces -, celui qui produit le coton jaune (nankin) et qui est peu recherché, et le coton blanc qui est préféré.

On sème les graines du cotonnier après l'hiver, en septembre ou en octobre, suivant les saisons. En décembre ou en janvier, on nettoie la terre et on arrache les plants superflus, en ayant soin de laisser entre ceux que Ion conserve une distance de 4 à S pieds. On fait la récolte depuis la fin de mai jusqu'en septembre, après quoi on brise le cotonnier immédiatement au-dessus du sol. Au mois de janvier suivant, on façonne la terre à la houe, et les mêmes arbrisseaux produisent ainsi pendant trois années de suite.

Quelquefois il arrive qu'on plante les graines du cotonnier dans des trous espacés de 4 à 5 pieds. Alors, au mois de janvier, lorsqu'on nettoie le champ, on ne conserve à chaque trou que deux ou trois plants; mais la première méthode est préférable. Dans Tun comme dans l'autre cas, on met le terrain à profit, dès la première année, en plantant entre les cotonniers du maïs et des haricots, par le moyen que nous avons déjà décrit. Il est facile, d'après cela, de se former une idée de la richesse de cette terre toujours exploitée et jamais amendée.

Tabac. — Cette plante, connue des Indiens sous le nom de petun, est aussi indigène au Brésil. Elle réussit parfaitement à Sainte- Catherine et est d'un très-grand rapport; mais sa culture demande

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quelques soins, et c'est plus qu'il n en faut, pour beaucoup de propriétaires, pour ne pas s'y livrer.

Lorsqu'on veut cultiver le tabac dans un champ qui n est pas trèsfertile, on est oblige' de fumer la terre avant les semailles, et lorsque celles-ci sont levées, on les abrite contre les ardeurs du soleil, en les couvrant avec de grandes feuilles de palmier, ou de fougères en arbres, et aussitôt qu'elles ont atteint un pied d élévation, on repique les plants par rangées, en ayant soin de les espacer à environ trois pieds ; puis on sarcle autant de fois qu'il est nécessaire. Au bout de deux mois, on e'tête la tige principale, et on enlève tous les bourgeons qui naissent entre cette tige principale et les feuilles, afin que celles-ci puissent prendre tout leur développement. Cette opération doit se répéter tous les jours, jusqu'au moment de la récolte, qui a lieu aussitôt que les feuilles se couvrent de taches d'un bleu verdâtre. Plus il pleut, plus les feuilles s'agrandissent et se fortifient, mais aussi moins elles ont de parfum. C'est le tabac qui vient dans la saison sèche dont la qualité est préférée.

Indigo. — L'indigotier (am7), cette plante de la famille dés légumineuses, croît à l'état sauvage dans les forêts de Sainte-Catherine. Sa culture, quoique très-facile et très-productive, est abandonnée. Cependant elle y est très-abondante et y vient avec une vigueur extraordinaire ; mais la terre la reproduit vainement, car telle est l'insouciance des habitants pour ce qui est en dehors de leurs habitudes, qu'ils ne se donnent pas même la peine de récolter ce qui pourrait être d'un si grand intérêt pour eux .

Un règlement (provisâo) du conseil d'outre-mer, en date du 26 avril 1642, permit aux colons brésiliens de cultiver l'indigo dans toutes les terres qui n'étaient pas favorables à la canne à sucre ; mais ce ne fut que sous le gouvernement encourageant du marquis de

Lavradio, ce vice-roi si ze'lé pour le bien public, qu'on s'occupa se'rieusement de cette plante. Pour engager les colons à la cultiver, M. de Lavradio fit acheter, pour le compte du gouvernement, tout l'indigo dont on voulait se défaire, à raison de 2,500 reis Xarratel ou livre (k. 0,46). Ce qui, pour cette époque, était un prix fort avantageux. Ce fut principalement dans les environs du cap Frio qu'on se livra à cette culture, et bientôt ce canton put fournir jusqu'à 4 ,500 arobes de fécule.

Le marquis de Lavradio eut le bon esprit de ne pas s'en tenir à ce prix de 2,500 reis, qu'il augmenta ou diminua en raison des qualités fournies ; aussi les cultivateurs s'occupèrent non-seulement d'en mieux soigner la culture, mais encore d'en perfectionner la fabrication, et un nouvel encouragement, l'exemption des droits, fut accorde'.

La culture de l'indigo prospe'ra durant toute l'administration du vice-roi et celle de son digne successeur Luiz de Vasconcellos e Souza ; mais dès que ces deux hommes eurent disparu des affaires publiques, cette prospérité fut bientôt détruite, et, soit négligence, soit intérêt, on cessa de veiller à ces bonnes dispositions. La fraude s'en mêla : on falsifia les produits, la confiance se perdit, et le commerce fut dégoûté. Dès lors, cette plantation et cette industrie furent perdues pour le Brésil. C'est là ordinairement la récompense réservée tôt ou tard à tous les actes de déloyauté de cette nature.

Aujourd hui on ne cultive plus l'indigo ; mais on en fabrique encore cependant pour l'usage domestique, avec des plantes qu'on arrache dans les forêts.

Nous ne pouvons, à cette occasion, nous défendre d une remarque : c'est que. lorsqu'une industrie a besoin d être soutenue, il ne

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lui suffit pas qu elle ait des encouragements, mais il lui faut encore des hommes capables de les distribuer.

Ricin. — Cet arbrisseau à fleurs unisexuelles et sans corolles est indigène dans la province de Sainte-Catherine. C'est principalement de la graine d une de ses variétés, le palma-christi, qu'on extrait l'huile dite de ricin, dont on se sert pour l'usage domestique, et dont on pourrait faire un commerce d exportation qui ne serait pas sans importance.

V arbre à maté ou ilex Paraguariensis de M. de Saint-Hilaire croît, à Jetât sauvage, dans les bois de Sainte-Catherine. Le défaut de culture en rend peut-être les productions inférieures à ceux des plantations en quinconce des jésuites ; mais rien ne serait plus facile que de soigner cette culture et d'attirer dans la province le grand commerce qui se fait de ce thé américain.

Thé. — C'est dans la province de Saint-Paul, limitrophe de celle de Sainte-Catherine, qu'on cultive, avec beaucoup de succès, l'arbuste à thé de la Chine, et quoique sa préparation L isse encore à désirer, il n'en est pas moins vrai que sa qualité est supérieure. Des essais ont été faits dans la province de Sainte-Catherine, et ont donné des résultats au-dessus de tout ce qu'on attendait. Nous avons en notre possession des échantillons du thé de Saint-Paul de la Facenda, de S. Exc. le ministre des affaires étrangères, M. Aureliano de Souza Oliveira Coutinho, que nous devons à son obligeance, et qui prouvent jusqu'à quel point ces produits peuvent déjà rivaliser avec ceux de la Chine.

INous croyons inutile de continuer l'examen de la culture des plantes qui composent la prodigieuse variété de toutes les productions du règne végétal de la province de Sainte-Catherine. Ce serait d'ailleurs un travail qui dépasserait les limites nécessairement très-

restreintes de ce mémoire, et nous croyons, en outre, qu'il suffira de faire connaître qu'on trouve dans cette provinee, non-seulement toutes les productions des autres provinces du Bre'sil, celle de Para exceptée, mais encore beaucoup d'autres qu'elles ne produisent pas.

Indépendamment des plantes alimentaires telles que le froment, le maïs de toutes qualités, le seigle, l'orge, l'avoine dont la production y serait très-abondante, on y possède presque toutes les variétés de tubercules qui servent à la nourriture des hommes , et parmi lesquelles nous citerons les pommes de terre, les topinambours, les ignames que l'on plante dans les lieux sombres et humides, qui donnent une double récolte et dont quelques-unes pèsent jusqu'à vingt-cinq kilogrammes; les bâtâtes, le cara barbuda, le cara biju donnant des fruits qui pèsent jusqu'à dix-sept livres; ïaypi et toutes les espèces de manioc; le cara dura, plante rampante qui porte, suspendus à ses tiges, quarante à cinquante fruits du poids d'environ un kilogramme et qui peuvent remplacer les pommes de terre. On y trouve également toutes les légumineuses cultivées en Europe, telles que les fèves, les pois, les haricots, les lentilles et plusieurs autres, indigènes dans la province, comme le feijâo-guadou, dont la gousse contient une espèce de petits pois, et le mandubin (arachys) dont les gousses s'enfoncent dans la terre pour y mûrir , et qui contiennent trois ou quatre grains semblables à de petites avelines. Enfin, toutes les productions de nos potagers sans exception, telles que les choux, les laitues, les chicorées, les navets, les raves, les asperges, les salsifis, le céléri, les concombres, le sénevé, dont la graine sert à faire la moutarde, les tomates, la menthe, le persil, la coriandre, les citrouilles, le melon, l'ananas, la pastèque, les fraises, etc., etc. Tout cela y réussit admirablement, ainsi qu'une quantité de fruits indigènes trop longue à énumérer.

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On conçoit aisément que sous un ciel aussi favorise' on doit trouver une grande variété de plantes odoriférantes/Aussi la lavande, le romarin, le jasmin, la rose, le basilic, le giroflier, l'œillet, etc., y viennent parfaitement.

Parmi les arbres fruitiers on distingue l'olivier, l'amandier, le mûrier, l'oranger, le limonnier, le citronnier, le pêcher, le prunier, le cognassier, le figuier, le poirier, le cerisier, la vigne, le bananier qui, selon M. de Humboldt, produit sur un terrain donné cinquante fois plus de substance alimentaire que la même surface en Europe plantée en céréales, et une variété d'autres, indigènes dans le pays. Mais la culture de quelques-uns de ces arbres est encore dans son enfance, et on ne pratique presque jamais l'opération de la greffe.

Parmi les plantes utiles mais non alimentaires qu'on rencontre en si grand nombre dans cette province, on remarque, outre celles dont il a déjà été question, la salsepareille dont la racine est employée en médecine comme dépuratif et sudorifique, et le nopal à cochenille dont la culture, qui fut encouragée sous les viceroyautés du marquis de Lavradio et de Luiz Vasconcellos e Souza, était déjà très-productive sous l'administration du zélé et infatigable gouverneur de Sainte-Catherine JoséPerreira Pinto, depuis 1786 jusqu'en 1791, période durant laquelle l'agriculture et l'industrie de cette province progressèrent, et à laquelle il faut remonter pour trouver sa première plantation de café. Indépendamment de la salsepareille et du nopal on trouve l'arbuste gravata, que la terre produit avec abondance et sans frais de culture, dont on tire par fermentation et par macération une fibre forte et flexible , avec laquelle les habitants font des cordes et des câbles pour leurs embarcations , des fils pour leurs filets de pêche , et qui servaient autrefois pour tisser leurs voilures et les sacs dont ils avaient besoin:

puis Yestopo-pao, autre arbuste de l'écorce duquel on extrait une excellente e'toupe pour calfeutrer les navires. Enfin, une quantité d'autres productions qu'il serait trop fastidieux d'énumérer.

On fait remonter jusqu'à trois cents les différentes espèces de bois que produit la province de Sainte-Catherine, et qui servent à différents usages. Bien que nous ayons en notre possession une trèsbelle et très-nombreuse collection de ces bois (170 espèces), nous croyons ce chiffre exagéré, et nous donnons, à la fin de ce mémoire, la nomenclature alphabétique des essences dont l'existence ne peut être contestée.

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