‹ De la colonisation au BrésilChapitre 48 sur 145 · ANIMAUX SAUVAGES ET UTILES A L'HOMME · texte numérisé non relu

ANIMAUX SAUVAGES ET UTILES A L'HOMME

Quadrupèdes. — Nous classons dans cette catégorie ceux qui peuvent servir à la nourriture de l'homme, ou à la destruction de tout ce qui peut lui être nuisible.

Le pécari, tajassu, curés, tayazus ou porco de mato, telles sont les diverses dénominations qu'on donne, le long de la rivière de la Plata et au Brésil, à la famille des porcs et des sangliers ; mais, dans la province de Sainte-Catherine, on se sert plus généralement de celle de porco de mato, et il y en a de deux espèces. Ces animaux voyagent ordinairement par troupes de cinquante à soixante individus, et lorsqu'on traverse les forets vierges si embarrassées de végétation, l'approche d une de ces bandes se signale d'abord par le bruit des joncs et des bambous qu'ils cassent ou renversent dans leur course déréglée , bruit qui contraste singulièrement avec le silence de ces vastes solitudes. Bientôt on entend un grognement éloigné qui devient de plus en plus bruyant, et si on se trouve sûr le passage d'une de ces troupes, du reste très-inoffensives, il ne faut pas perdre le sang-froid, car la moindre éminence peut vous mettre

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à l'abri de leurs tentatives. Lorsqu'on les laisse passer, jamais ils n'attaquent, mais si on en blesse un, ils reviennent quelquefois tous ensemble ; alors du haut de la pierre ou du tronc sur lequel on s'est réfugié, on peut à coups de fusil , ou plus facilement encore à l'arme blanche, en tuer autant qu'on veut, et il n'est pas rare d'abattre, dans une seule chasse, une vingtaine de ces animaux, dont chacun peut peser une quarantaine de kilogrammes.

Il y a deux espèces de Pécari qui diffèrent du porc ordinaire en ce qu'ils n'ont pas de queue, ni d'ergot supérieur aux pattes de derrière , et qu'ils ont sur la croupe , un peu au-dessus de la place de la queue , un exutoire naturel d'où suinte sans cesse une liqueur fétide et blanchâtre. La grande espèce a environ lm10 de longueur; elle est noire, sauf les deux lèvres et la mâchoire inférieure qui sont blanches. La petite espèce, qui n'a que 0m95 de longueur, a une fourrure mieux garnie et grisâtre. Les deux espèces prises jeunes peuvent être apprivoise'es, et il serait peut-être avantageux de le faire, quoiqu'elles n'aient qu'une portée de deux petits, qu'on dit réunis par le cordon ombilical au moment de leur naissance.

Lorsqu'on les blesse ou qu'on les tue, ces animaux ne poussent aucun cri. Deux fortes défenses sont les seules armes que la nature leur a données, et, comme ils ne peuvent s'en servir contre un objet qui est à deux pieds au-dessus du sol, dès qu'on peut, comme nous l'avons dit , se réfugier sur un tronc renverse' ou sur une pierre , on peut en faire une boucherie sans aucun danger. La chair de cet animal , qui se nourrit principalement de racines et de pinhones (semences du pin araucanien de la grandeur du gland d'Europe), est très-délicate et fort estimée ; mais il faut avoir soin, immédiatement après l'avoir tué, d'enlever l exutoire qu'il a sur la croupe, car, sans

cette précaution, la chair prendrait un mauvais goût. Lorsque les habitants tuent plusieurs de ces animaux, ils boucanent aVec soin les chairs qui peuvent ainsi se conserver longtemps.

YÏAnta, ou Mborebi, ou Tapir-assu, qui est le plus gros animal de l'Amérique du Sud, a la chair moins savoureuse que celle du porco de mato. Il paraît que rien n'est plus facile que de l'apprivoiser. Sa fourrure, dont tous les poils sont courts, est obscure et cendrée, à l'exception de la gorge et du bout des oreilles qui sont blanchâtres. Sa longueur varie de 2m à 2m16 dont il faut compter 0m10 pour la queue. Au garrot il mesure assez généralement lm10; il a trois doigts par derrière et quatre par devant. Les femelles, qui sont plus longues que les mâles, ne portent qu'un petit à la fois. Cet animal est herbivore, nage parfaitement et vit très-isolé. Il se cache dans les bois et ne sort que la nuit. Jamais on ne le rencontre par troupes , et on ne le voit le jour que lorsque , pourchassé par les chiens, il est obligé de quitter son gîte. Au dire de quelques habitants, en se couchant sur sa fourrure, on peut se guérir de certaines maladies incurables , et la poudre de ses ongles est un excellent spécifique contre lepilepsie.

Cerf, Guazûs ou Feados. — 11 y en a plusieurs espèces, dont le plus grand, nommé Guazû-puçû, peut avoir lm70 de longueur. Les femelles sont un peu plus petites. Les mâles seuls ont des cornes qui ont 0m37 de long; leur bois ne porte que quatre andouillers. Leur couleur est rouge bai.

LeGuazû-ti n'a que lm10 de longueur; son bois qui n'a que trois andouillers n a que 0m30; sa couleur est bai rougeâtre à la pointe et brun plombé à l'intérieur.

Le Guazû-pita a lm20 de long et son bois très-court n aqueOm13; il ne porte pas d andouillers, sa couleur est d'un rouge doré vif.

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Le Guazû-bira a lm10, ses cornes n'ont que 0m03, et sa couleur est d'un brun bleuâtre.

Singes , Macacos. — Nous en avons vu plusieurs, mais ces animaux fuient avec tant d habileté, et se réfugient sur des arbres si élevés, que le plomb de nos fusils ne pouvait les atteindre. Quelques habitants les mangent, et les Indiens en sont très-friands.

Tamanduâ. — La plus grande espèce, le tamanduâ ou nurumi, a environ lm40 de longueur, non compris la queue qui peut avoir de 0m70 à 0m80. C'est un animal dormeur, stupide et solitaire, qui ne porte qu'un seul petit à la fois. Lorsqu'il est attaque', il se dresse sur le derrière pour recevoir son ennemi dans ses bras et l'y serrer de toutes ses forces avec ses ongles, qui sont son unique défense. Jl se nourrit de fourmis, et par là n'est pas sans utilité.

La plus petite espèce, le caguaré, n'a que 0m70 de long, sans la queue qui peut avoir 0m40 à 0m44. L'extrémité, qui est dégarnie de poils jusqu'au tiers de sa longueur, sert à l'animal pour se suspendre et se soutenir sur les arbres. Cette espèce sent fortement le musc: c'est le tamanduâ de Buffon, que Linné confond avec la première espèce; il se nourrit également de fourmis.

Chat sauvage, Gato de mato. — Cette famille paraît être assez nombreuse dans cette province. On en distingue plusieurs espèces dont quelques-unes pourraient aisément s'apprivoiser, et seraient fort utiles pour la chasse aux rats et aux souris.

Lièvre, Cuati. — Il y a dans les forêts de Sainte-Catherine quelques lièvres qui ne ressemblent pas à nos lièvres d'Europe dont ils n'ont pas, à beaucoup près, la légèreté; mais ces animaux, entourés d'ennemis nombreux et toujours aux aguets, y sont assez rares. Le cuati a 0m60 de long, sans la queue qui en a presque autant. Les femelles ont dix mamelles, et leur portée est de quatre

ou cinq petits. Ils n'habitent que les bois; on peut les apprivoiser.

Loutre. — On en rencontre plusieurs espèces, et l'on prétend que la chair en est très-bonne. Ordinairement ces animaux vivent en famille sur les bords des lacs et des rivières tranquilles, où quelquesuns creusent leurs terriers. Nous en avons aperçu dans le Parobé ou le Sambaqui qui pouvaient avoir 0m60 à 0m70; ils nous saluaient par une espèce d'aboiement sec et rauque, et disparaissaient immédiatement après, pour reparaître au bout de quelques minutes. Cette manœuvre se répéta aussi longtemps qu'ils nous eurent en vue, mais nous ne pûmes les poursuivre, parce qu'il ne nous convenait pas de ralentir la vitesse ni de changer la direction de notre canào, occupe' que nous étions alors de faire le relèvement de la rivière. Leur portée paraît être de cinq à sept petits. Rarement ils sortent le jour; c'est au clair de lune qu'on en fait la chasse.

Il existe encore dans cette province quelques autres quadrupèdes utiles à l'homme, tels que le tapity ou lapin sauvage, qui a 0m40 de long et dont la portée est de trois ou quatre petits; l'apereâ, herbivore stupide. qui a 0m30 de long et dont la porte'e est d'un ou deux petits, et quelques tatous; mais ces espèces sont peu connues, et nous n'avons pas eu occasion d en voir.

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