‹ De la colonisation au BrésilChapitre 49 sur 145 · QUADRUPÈDES SAUVAGES ET NUISIBLES · texte numérisé non relu

QUADRUPÈDES SAUVAGES ET NUISIBLES

On a généralement trop exagéré ou trop méprisé la férocité de quelques animaux sauvages du nouveau monde. Comme l'une et l'autre de ces opinions pourraient avoir des résultats fâcheux, nous allons tâcher de rétablir les faits.

Les animaux sauvages fuient les habitations des hommes, et ne tuent qu'autant quils se sentent aiguillonnés par la faim. Comme les vastes solitudes du Brésil fournissent d'abondantes ressources à

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ceux qui les habitent, ils y quittent rarement leurs repaires; une fois l'appétit satisfait, leur férocité naturelle est engourdie, et l'on peut sans danger passer à côté d'eux. Mais qu'une cause quelconque les chasse de leur retraite, et que, dans leur émigration, la faim vienne les tourmenter, alors leur instinct féroce reprend le dessus, et malheur à l'imprudent qui, sur la foi de certains récits, me'priserait ces cruels ennemis. Pour mieux les connaître, e'coutons Azara qui les a longtemps étudiés. Dans sa description du yaguareté, tigre ou jaguar de la plus forte espèce, il dit : « Il est impossible de l'apprivoiser, et peut-être même est-il plus « fe'roce que le lion, puisque non-seulement il tue quelque espèce « d'animal que ce soit, mais qu'il a encore assez de force pour « traîner un cheval ou un taureau tout entier jusqu'au bois où il « veut le dévorer, et même il traverse à la nage, et charge' de sa « proie, une très-grande rivière, comme je Vaivu. La manière dont « il tue les animaux qu'il mange, indique également sa force. En « effet, il saute sur un taureau ou sur un cheval, lui met une patte « sur le chignon, de l'autre saisit le museau, et dans un instant il « leur tord le cou. Cependant il ne tue qu'autant qu'il a besoin de « manger, et quand une fois son appe'tit est satisfait, il laisse passer

« toute espèce d'animaux sans les attaquer Il ne craint rien, et

« quel que soit le nombre d'hommes qui se présentent à lui, il s'ap- « proche, en prend un et commence à le manger, sans même se « donner la peine de le tuer auparavant ; il en fait autant des chiens « et des petits animaux. Il monte sur les gros arbres un peu pen- « che's lorsqu'il veut prendre le frais, et quand il est e'tourdi par « les aboiements de plusieurs chiens qui le poursuivent, c'est alors « qu'on peut le tirer de près: mais il ne faut pas croire que cent « chiens suffisent pour le réduire, »

M. Azara est un auteur se'rieux et consciencieux qui affirme avoir vu. Il ne peut donc exister le moindre doute sur la force prodigieuse de ces animaux, pas plus que sur leur courage et leur férocité, et à l'appui de ce qui précède, qu'il nous soit permis de rapporter ici trois faits qui sont à notre connaissance.

En 1825, nous trouvant sur la route de Mexico à Pueblo Viejo de Tampico (nous ne nous rappelons plus exactement si c était entre Tantajuca et Rancho Nuevo ou bien entre Tianges et las Tortuyas), une nuit, les mules, au nombre d'une centaine, furent enfermées dans un enclos palissade' (coral), et le lendemain on en trouva quinze qui avaient e'te' tuées et trois enlevées par-dessus la palissade.

Dans la province de Rio- Janeiro, un de nos amis se trouvant en visite chez un fazendeiro (grand fermier du Bre'sil), fut témoin d'un événement à peu près pareil. Une jument fut enlevée par-dessus une palissade. On fit une battue le lendemain, et le jaguar fut tué avec perte de quelques chiens. L'anne'e précédente, le même propriétaire y avait perdu toute sa meute inutilement.

Une autre fois, un de nos guides, se trouvant pendant la nuit couche' dans les bois avec un de ses camarades, et ayant laisse' e'teindre le feu, fut réveille' en sursaut par un cri que jeta son compagnon. Instinctivement il prit son pistolet et le déchargea sur un objet qu'il ne put distinguer dans l'obscurité de la nuit. C'était un jaguar, qui d'un bond s'était élancé sur Thomme qui dormait à côté de lui, l'avait redressé d'un seul mouvement, et renversé de l'autre côté, la face contre terre. Le jaguar effrayé, mais non blessé, car on ne trouva aucune trace de sang, s'était enfui, et notre guide put ramasser son compagnon grièvement blessé et à moitié mort de saisissement, quoiqu'il fût très-courageux.

Enfin, lorsqu'on voyage dans les domaines de ces animaux, il n'est pas rare de les voir s'emparer, pendant la nuit, des chiens qui s'endorment au bivac.

Ainsi donc, s'aventurer dans les forêts américaines sans se mettre en garde contre des ennemis aussi dangereux, serait une grande imprudence^ et, d'un autre côté, ne pas oser s'y hasarder et avoir peur d'y séjourner, serait de la pusillanimité. Tout se réduit à connaître son ennemi tel qu'il est et à l'apprécier à sa juste valeur, et c'est ce que nous avons tâché de faire comprendre.

Le yaguareté ou jaguar, qui est l'hôte le plus dangereux des solitudes brésiliennes, habite ordinairement les bords des rivières, telles que le Paraguay, le Parana et l'Uruguay, ainsi que les îles nombreuses qui se trouvent dans leurs lits. Ils choisissent toujours les endroits les plus fourrés ; ils sont solitaires, pas trop légers à la course, et sortent rarement le jour de leurs repaires. La nuit, ils vont à la chasse ou à la pêche ; ils nagent avec beaucoup de facilité, et lorsque le jaguar veut attraper du poisson, il laisse tomber sa bave pour appât, et d'un coup de patte jette au dehors tout ce qui s'y laisse prendre. On lui fait la chasse au moyen de bolas, espèce de fronde formée de trois lanières en cuir, d'un mètre à un mètre et demi de long, réunies en un centre commun, et à l'autre extrémité desquelles se trouvent cousues trois pierres ou trois balles de cuivre du poids, chacune, de deux kilogrammes environ. Les Indiens des Pampas et des Missions qui ont l'habitude de ces instruments, les manient avec une dextérité incroyable. On se sert aussi du laço, espèce de nœud coulant qu'on lance autour de l'animal, et avec lequel on le traîne jusqu'à ce qu'il soit étranglé. On le chasse encore au fusil et au pistolet, avec des meutes bien dressées :, enfin, il y a des chasseurs brésiliens assez hardis pour attaquer ces ani-

maux avec la faça, espèce de couteau de chasse qu'ils portent toujours avec eux.

Nous sommes entre' dans quelques de'tails sur l'espèce la plus redoutable de tous les animaux malfaisants du Brésil, et nous avons cru qu'il était de notre devoir de faire connaître tout ce que nous en savions, afin que chacun, en face des faits que nous venons de rapporter, pût se faire une idée exacte des dangers que présente le voisinage de ces animaux, comme aussi de la sécurité' à laquelle il croira pouvoir se livrer. Pour notre part, nous ajouterons encore que nous avons parcouru, dans les deux Ame'riques, bien des contrées, que nous avons couche' bien des mois à la belle e'toile, quelquefois avec un seul guide, et que jamais aucun accident malheureux ne nous est survenu; il est vrai que nous faisions bonne garde.

Dans la partie de la province de Sainte-Catherine qui est comprise entre la Serra Gérai et le littoral, on ne rencontre point le jaguarete' (tigre des Espagnols) ; au haut de la Serra même, on ne trouve que le jaguarete' noir, dont nous avons eu une belle peau, longue de lm50 sans la queue. Le jaguarete' habite, au Brésil, les missions portugaises limitrophes de Sainte-Catherine, et une partie de la province de Rio Grande. La portée de ces animaux est de deux à quatre petits. Ces deux espèces sont assez rares.

Le jaguar. — Cet animal, moins fort que les précédents, se rencontre quelquefois dans les bois de Sainte-Catherine ; il a , à peu de chose près, les mêmes mœurs que le jaguarete'.

Le Couguar. — Le couguar de Buffon, ou lion d'Amérique, est un autre habitant des forêts de Sainte-Catherine. Pendant notre exploration au Tubarào, on en tua un qui avait environ lm50 de long, la queue non comprise. C'est le lion d'Afrique, mais un peu plus petit, et sans crinière. Il fait la chasse aux poulains, aux

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veaux et autres animaux plus petits, et alors mâles et femelles s'entr'aident ; mais jamais ils n'attaquent l'homme, et paraissent être moins dangereux que les jaguars.

Nous pourrions citer encore plusieurs autres espèces de la famille des chats, telles que Fonça, qui a lm20 de longueur, sans la queue, \echibi-guassiij, qui n'a qu'un mètre, le chat noir, le yaguarundi, etc. , mais il y a tant de confusion encore dans les différents noms qu'on donne à ces animaux, selon les localités où ils se trouvent, qu il est presque impossible de s'y reconnaître, et que nous croyons superflu de pousser plus loin cet examen.

La province de Sainte-Catherine contient aussi plusieurs espèces de furets, le renard tricolore, une variété que les habitants appellent cachorro de mato (chien des bois), le zorillo ou yaguaré, espèce de furet, et beaucoup d'autres de la famille des rongeurs, connues sous diverses dénominations, mais nous ne nous y arrêterons pas.

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