CLIMAT, SAISONS ET SALUBRITÉ
Après avoir fait connaître les productions principales de la province qui nous occupe, il faut bien aussi que nous parlions de son climat et des saisons qui viennent régulièrement le modifier. Mais avant d'entrer dans un sujet aussi intéressant, nous nous hâtons de prévenir nos lecteurs qu'un séjour de quelques mois ne nous a pas donné le droit de le juger d une manière absolue, et que là, comme partout ailleurs, le climat, pris dans son acception vulgaire, et la salubrité dépendent non-seulement du degré de latitude, mais encore de la hauteur au-dessus du niveau de la mer des lieux où I on se trouve; des vents dominants; s'il existe des chaînes de montagnes, de la direction de ces chaînes; des inondations, des flaques d'eau, des débordements et de plusieurs autres causes que, pour
une appréciation consciencieuse, on ne doit pas négliger de prendre en considération, surtout en l'absence de tout document acceptable. Et pour ne citer que deux exemples bien frappants de ce que nous avançons, qui ne connaît pas l'insalubrité de toute la côte orientale du Mexique? mais montez sur le premier plateau ou table qui est caractérisé par la végétation du chêne, et vous trouverez un des plus beaux climats du monde. La ville de Mexico, qui est située par 19° 2§' latitude nord, est, sous le rapport du climat, un séjour délicieux, tandis que le port de Tampico, qui se trouve par 22° 15' et partant bien plus éloigné de l equateur, est un séjour tellement dangereux, que depuis le mois de mai jusqu'en octobre, les naturels eux-mêmes se cloîtrent dans leurs maisons, et n'en sortent pour travailler que lorsqu ils y sont forcés par la plus impérieuse nécessité, et que les jeunes Européens surtout ne pourraient y demeurer un seul jour sans compromettre leur santé. Nous en parlons sciemment, car en 1825 nous payâmes notre tribut à cet affreux climat. Fièvre jaune, vomito negro, tout vint nous assaillir en même temps, à la suite d'une légère fatigue que nos devoirs d'alors nous avaient imposée- et ce ne fut que plusieurs années après, durant notre séjour au Chili, que nous parvînmes à nous affranchir des derniers symptômes de cette cruelle épidémie. S'il pouvait rester le moindre doute sur l'insalubrité de toute cette côte, nous pourrions rapporter ici le compte si effrayant que, d'après des registres authentiques, M. de Humboldta rendu de la mortalité dans tous les ports de mer de cet État.
Ce fait donc établi, il reste à examiner si l'insalubrité de cette terre ne doit pas être attribuée à la nature de son sol, aux phénomènes météorologiques, ou à toute autre cause, et l'on ne peut mieux y arriver qu'en la comparant à une autre terre dont la latitude soit
moindre encore. Or, dans la province du Para, au Brésil, qui se trouve sous la ligne et seulement à quelques mètres au-dessus du niveau de la mer, on ne connaît aucune fièvre pernicieuse. Mais aussi toute cette contrée est presque continuellement rafraîchie par les vents du nord-est, qui se lèvent régulièrement le matin et tombent le soir. Aucune grande chaîne de montagnes ne se trouve à l'intérieur pour s'opposer à leur courant, et ils enlèvent toutes les émanations délétères qu'ils remplacent par l'air frais de la mer. Dès lors, on doit déjà comprendre que ce pays doit être moins chaud et plus salubre que ne le ferait supposer sa latitude.
Au Mexique, au contraire, durant la saison des pluies, de mai en octobre, toute la côte se trouve sous le vent de l'intérieur, et la faible brise, surchargée de tous les miasmes contagieux et morbifiques qui proviennent de la décomposition des plantes en putréfaction et des vases que recouvrent les fréquentes ondées, infecte toute la contrée et donne naissance aux fièvres pestilentielles contre lesquelles les Européens luttent vainement, sans que ni soins, ni prévoyance puissent les y soustraire.
Il est donc vrai que l'influence des vents dominants ne doit pas être négligée dans l'examen des causes de la salubrité d'un pays, et nous en tiendrons compte dans l'appréciation de celle de la province de Sainte-Catherine.
C'est encore à une circonstance de cette nature qu'il faut attribuer l'insalubrité de la côte d'Afrique, où les mêmes causes produisent les mêmes effets.
A Sierra Leone, qui est situé par 14° 6' de latitude sud, sur une péninsule sans eaux stagnantes, sans marais, dont le sol, s élevant insensiblement sur le niveau de la mer, est terminé par une superbe chaîne de collines boisées jusqu'au sommet, et qui par conséquent
se trouve dans des conditions apparentes bien plus favorables que la côte orientale du Mexique, eh bien ! à Sierra Leone la côte est sous le vent de l'intérieur, et l'intérieur, vu du haut des collines, tout en se présentant sous l'aspect le plus séduisant, n'en est pas moins un foyer de maladies contagieuses et d'affections morbides, dont les émanations sont sans cesse poussées vers la côte ; et telle y est la mortalité, que naguère encore sur 1,000 officiers anglais, il en mourut 209 dans l'espace d'une année, que de 1 ,685 soldats, il n'en restait que 2 sur 100, et 1 seul sergent sur 12 en état de faire son service. (Voyez la Revue Britannique , mars 1842.)
A Bahia, qui est à peu près sous le même parallèle que Sierra Leone, la terre, sans cesse rafraîchie par les fortes brises de mer, ne possède aucun germe pestilentiel, et tandis que la température n'y dépasse pas 25° centigrades, à Rio de Janeiro, qui est plus éloigné de l'équateur, la chaleur s'élève quelquefois à 35 degrés et demi. La latitude ne suffit donc point pour déterminer la température, et on ne peut rien en induire d'absolu sous le rapport de la salubrité, car la ville de Rio, bâtie sur une ancienne crique dont une grande partie, à chaque marée, laisse encore les vases à découvert, se trouve placée, par cette cause et diverses autres, dans des conditions très-favorables pour l'épidémie : telles sont le peu de largeur de ses rues, où l'air circule difficilement; la construction défectueuse des maisons, qui généralement sont dépourvues de cours; la dégoûtante habitude qu'ont conservée les habitants de vider chaque soir tous les immondices sur la plage qui est bordée par la ville, et l'impossibilité qui en résulte pour eux de prendre le frais après les chaleurs du jour; et cependant l'air à Rio est pur, le climat y est sain, et jamais on ne s'y est ressenti d'aucune maladie pestilentielle, malgré la haute température moyenne! A quelles causes faut-il
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donc attribuer des faits semblables? Nous croyons que c'est aux circonstances topographiques de son immense baie qu'il faut avoir recours pour expliquer la grande chaleur qui règne dans cette ville, et que c'est aux vents dominants qui soufflent sur toute la côte du Bre'sil qu'on doit l'air sain qu'on y respire.
Sans doute la latitude d'un lieu a une influence considérable sur ce qu'on appelle vulgairement son climat, mais il est, et nous croyons l'avoir prouve', d'autres circonstances qui ne sont pas moins importantes et qu'il est bon de ne pas négliger.
Pour mieux procéder dans l'appréciation du climat et de la salubrité' de Sainte-Catherine., nous commencerons par la description que nous allons donner des différentes saisons.
Le printemps, qui commence en septembre et qui se caractérise par le développement de la se've, est, de toutes les saisons, celle qui est la plus sujette aux orages. Selon un auteur déjà cite', M. Paulo José' Miguel de Brito, qui a fait un long séjour dans cette province, ce sont les mois de novembre et de décembre qui y sont les plus délicieux (aprazivel). A la fin de décembre on commence à sentir l'approche de l'été, qui se prolonge jusqu'à la fin de mars, et alors se déploie la végétation avec une vigueur et une magnificence extraordinaires. Pendant cette saison, la chaleur est assez intense, et deviendrait insupportable, si tous les jours, entre onze heures et midi, une bonne brise du nord-est ne s'élevait pour venir rafraîchir l'air. Cette brise souffle jusqu'au soir, et se trouve presque immédiatement remplacée par une autre, connue sous le nom de terrai, qui ne tombe qu'entre neuf et dix heures du matin. C'est donc de dix heures à midi que la chaleur est le plus forte. Dans les mois de décembre et de janvier, il pleut assez souvent, mais généralement à la nuit. Dans les autres mois, on peut compter sur
un jour de pluie au moins, aux époques des syzygies de la lune.
En avril commence l'automne, qui est la saison la plus régulière. Alors les jours sont vraiment enchanteurs (incantadores), et les nuits délectables (deleitavel) ; l'air est pur, et la salubrité' au-dessus de toute expression.
Dans les premiers jours de juin, le froid se fait sentir, particulièrement le matin lorsque souffle le terrai, auquel les habitants donnent le nom de minuanos, du nom des aborigènes qui habitaient autrefois sur le plateau de la Serra Gérai. Dans cette saison, qui correspond à l'hiver, les brises de mer ne sont plus aussi régulières et commencent plus tard qu'en e'té. Au commencement de juillet, on est en plein hiver. La mousson du nord-est est dominée par celle du sud-est ; les vents soufflent quelquefois avec violence, l'atmosphère se couvre, devient humide, lourde pendant quelques jours, et les orages et les pluies se succèdent plus fréquemment. Au mois d'août, ces phénomènes disparaissent, et au mois de septembre on entre de nouveau dans la délicieuse saison du printemps.
Température. — Après un séjour de quelques mois seulement à Sainte-Catherine, nous ne devons pas nous hasarder à donner des tables de températures moyennes, et nous regrettons cette lacune dans notre travail, qu il ne nous a pas été donne' de remplir, de quelque peu d'importance qu'elles puissent être, après tout ce que nous avons dit de la salubrité' en général, ainsi que des faits qui la caracte'risent particulièrement.
Nous étions à Sainte-Catherine en mars, avril et mai, et constamment nous nous y sommes exposé à toutes les intempéries de l'air et à l'ardeur du soleil. Nos devoirs nous interdisaient de songer à des précautions sanitaires ou à des soins hygiéniques. Une trop
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grande responsabilité pesait sur nous: il fallait se dévouer, corps et âme, à la mission que nous avions acceptée, et nous croyons avoir rempli cette partie de notre tâche. Or donc, arrive' à Sainte-Catherine, malade et exténué par les chaleurs de Rio, nous nous y sommes promptement rétabli, le jour parcourant le pays, et la nuit couchant sur la dure, sans que jamais la pluie ni la chaleur aient pu nous arrêter dans nos courses, et sans que ni nous ni aucun de ceux qui nous accompagnaient ayons ressenti la moindre altération à notre santé. Durant notre court séjour en cette belle province, la dilatation du mercure dans le thermomètre n'a pas dépassé 22° 40' Réaumur; la nuit, elle diminuait quelquefois jusqu'à 13° 6' R. ou 17° centigrades.
Le savant voyageur Van Langsdorff, qu on peut citer comme un écrivain consciencieux , et qui se trouvait en 1804 à Sainte-Catherine, au milieu de l'été, dit que, dans les mois de décembre et de janvier, la dilatation ordinaire du mercure, dans le thermomètre de Réaumur, à terre et à l'ombre, était de 20 à 22 degrés; que la plus forte chaleur ne dépassait pas 26 degrés, et que pendant l'hiver, le thermomètre marquait assez souvent 10 degrés. Le fait est qu'en hiver il tombe de la grêle le long de la Serra Gérai, et qu'il gèle quelquefois sur le plateau qui se trouve au sommet de cette chaîne.
Ainsi donc la province de Sainte-Catherine, par ses tempéraratures extrêmes, par la direction générale de ses montagnes, par ses vents dominants (moussons), par l'ordre et la régularité de ses saisons , et par la déclivité générale de son sol , jouit de toutes les conditions essentielles à un bon climat. Aussi estelle incontestablement un des endroits les plus délicieux de la terre, et poisède-t-elle un sol des plus fertiles. On peut consulter
Langsdorff, Moris, Mawe, Duperrey, tous ceux qui ont eu le bonheur de toucher cette terre fortunc'e, et on verra que leur te'moignage est unanime. Et nous , qui avions la mission , dont nous comprenions toute l'importance, de l'examiner particulièrement sous le double rapport de son climat et de sa salubrité', nous sommes heureux de pouvoir confirmer les faits qu'ont avances nos devanciers, tout en confessant que, sur les bords de quelques petites rivières, il existe des mare'cages où l'humidité' jointe à la chaleur et à la mauvaise nourriture des fruits sauvages, peut développer quelques germes de fièvre et de dyssenterie. Nous terminerons ce chapitre en ajoutant que les me'decins du Bre'sil ont l'habitude d'envoyer leurs malades à Sainte-Catherine pour y re'tablir leur santé', et que les navigateurs y relâchent souvent pour s'y remettre, avec leurs équipages, des fatigues d'une longue traverse^, ou d'une station prolongée dans un lieu moins salubre.