‹ De la colonisation chez les peuples modernes (volume 2)Chapitre 12 sur 154 · LA TUNISIE : LES PROPRIÉTÉS EUROPÉENNES · texte numérisé non relu

LA TUNISIE : LES PROPRIÉTÉS EUROPÉENNES

Français

Italiens

Autres Européens

Hectares 11.973 5.868

Ares.

En définitive, les Européens, au 1er janvier 1900, détenaient en Tunisie 547,156 hectares de terre, à peu près l'étendue d'un département de France ; les Français possédaient, à eux seuls, bien près des neuf dixièmes de cette superficie, soit 479,704 hectares, les Italiens un peu moins de un dixième, soit 45.391 hectares et les nationalités diverses 4 p. 100 environ, soit 22,059 hectares. Ces proportions sont très favorables à nos compatriotes : néanmoins, on a remarqué le grand développement des achats de terres par les Italiens en 1899 qui ont presque équivalu à la moitié des achats de terres faits par les Français ; la plus grande partie de ces achats italiens porte sur trois grands domaines : l'un de 3,160 hectares, le second de 1,600 et le troisième de 700, ensemble 5,460. Ces vastes propriétés ont été achetées par des sociétés italiennes pour les morceler entre leurs compatriotes. La colonie française s'est émue de ces acquisitions; si elles devaient continuer tous les ans de ce train, il pourrait y avoir lieu, en effet, à quelque alarme; mais il est peu probable que ce mouvement d'achats italiens persiste avec intensité dans les prochaines années, quoique évidemment il faille s'attendre à ce que l'élément italien tienne une place importante en Tunisie, non seulement comme main-d'œuvre, mais même, avec le temps, comme richesse. Ce qui serait actuellement plus sérieux, c'est la tendance au morcellement d'un certain nombre de grands domaines français entre des métayers italiens ou des emphythéotes de cette nationalité. Nous examinerons plus loin cette situation, ainsi que l'immigration italienne en Tunisie, que beaucoup de colons français décorent du nom de « péril italien ».

Ce n'est pas seulement dans la région du Nord ou celle du Centre, douées de pluies régulières et assez abondantes, c'est aussi dans celle du Sud que se portent les capitaux et les agriculteurs européens : les 24,196 hectares (1), objets d'achats ou de locations avec promesses de vente en 1899, se répartissaient ainsi, quant à l'origine de la propriété et quant aux régions :

(1) On remarquera sans doute que ce chiffre de 24,196 hectares diffère de celui de 18,409 donné au haut de cette page comme représentant les achats faits par les Européens dans Tannée 1899 : ces deux chiffres sont, cependant, tirés de la même publication officielle, le Rapport sur la situation de la Tunisie en 1899, pasres 50 et 52; nous ne nous chargeous pas de concilier ces différences, très fréquentes dans les statistiques ; on remarquera, toutefois, que dans le chiffre le plus élevé sont compris des locations avec promesses de ventes et des acquisitions aux Habous, proprement à enzel, deux catégories qui ne sont pas des constitutions de propriété intégrale.

DE LA COLONISATION AU XIXe ET AU XXe SIÈCLE.

Hectares.

Achats au domaine 10.444

Locations au domaine avec promesse de vente. 1.252

Achats aux particuliers et aux Habous 12.500

On nous dit que ce chiffre reste sensiblement le même que les

années précédentes.

Sur ces 24,196 hectares, il s'en trouvait près de la moitié, soit 11,100, dans la région du Nord, à savoir 8,500 dans le contrôle (district administratif) de Tunis et 2,600 dans celui de Medjez el Bab; 1,900 hectares étaient placés dans la région du Centre, à savoir 1,2()0 dans le contrôle de Kairouan, 600 dans celui de Grombalia et 100 dans celui de Thala; enfin 10 500 hectares appartenaient à la région du Sud, dont 7,000 au contrôle de Sfax et 3,500 à celui de Gabès. En ce qui concerne ce dernier, il s'agissait seulement de la vente entre Français d'une vaste propriété unique, le domaine de l'Oued Mêla; mais dans les autres contrôles, les lots vendus étaient, en général, d'importance moyenne, sinon même petite, de 50 à 100 hectares.

Les achats de propriétés par les Européens, dans le Midi de la Tunisie, ont reçu une très grande impulsion de la mise en vente par le gouvernement, suivant une méthode heureuse, des terres dites Sialines, dans la région de Sfax. Ces terres avaient été données au commencement du xvie siècle à une certaine famille Siala; pour des causes que nous ignorons, le Domaine public les prit ou les recouvra en 1870, c'est-à-dire onze ans avant notre occupation. Un décret du 8 février 1892 décida leur mise en vente au prix de 10 francs l'hectare sous condition de les planter en oliviers dans les quatre ans. On sait que la région de Sfax contient les plus belles et les plus productives plantations d'oliviers qui soient peut-être au monde. Un inspecteur de la viticulture et de l'arboriculture avait été chargé de « la reconnaissance agronomique de ces terres sialines, à l'effet d'en étudier la valeur culluraie et de rechercher les points les plus propices à la plantation des oliviers . » Dans une première campagne, il avait exploré 500,000 hectares, non pas que toute cette étendue fût propice aux plantations. De 1892 jusqu'à la fin de 1894, 222 demandes de terres sialines, au prix et dans les conditions sus-indiquées, avaient été reçues par l'administration ; dans ce nombre, 24 portant sur 6,000 hectares émanaient de Français; 5 pour 160 hectares, d'étrangers; enfin 193- pour 8,840 hectares, d'indigènes. La publication officielle, La Tunisie, Agriculture, Industrie, etc. (1896), fixait à 72,000 hectares les demandes des terres sialines, tant pour les indigènes que pour les Français, ou plus exactement les Européens; elle ajoutait que « comme il importe de laisser aux indigènes qui avaient coutume de vivre sur ces terres les espaces qui leur sont indispensables,

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