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LA TUNISIE : LA CULTURE DES OLIVIERS

les parcelles de terres sialines pour la plantation d'oliviers commencent à devenir rares. » Elle terminait en disant que l'Etat possède d'autres terrains propices à la même culture à Sidi Nacer- Allah, au Gamonda, à Sbeitla et à Kasserine (1), c'est à dire dans l'intérieur ou entre Sfax et Gabès ; il n'est pas certain toutefois que, en s'éloignant davantage de la mer ou en descendant plus au sud, on trouve des conditions tout à fait aussi favorables à l'olivier que dans les environs de Sfax.

Il est regrettable que les publications officielles récentes ne donnent pas la récapitulation des terres sialines concédées depuis ]>92. D'après la Situation de la Tunisie en 1899, des titres définitifs auraient été remis dans la région de Sfax, en cette année, pour 4,745 hectares, et il aurait été délivré 29 nouvelles autorisations de planter pour 4,737 hectares. On continuait le lotissement et on préparait un projet de décret modifiant celui du 8 février 1892; « ce projet se caractérise, dit le rapport officiel, par une diminution des surfaces à planter (dans chaque concession), ce qui doit avoir pour conséquence une diminution des charges des planteurs et la possibilité de maintenir, dans les concessions, des terrains de culture et de parcours, considération dont l'imporiance a été reconnue en raison des besoins des populations indigènes. » Sur la ligne ferrée de Sfax à Gafsa, le domaine s'est fait attribuer 55,000 hectares de terres, de même 1,500 à quelques kilomètres de Gafsa, dans la direction deTozeur, d'autres encore dans la même région ; enfin, plus au nord, dans le Sahel, 1 Etat a reconnu et fait dresser les plans de 1,100 olivettes domaniales en vue de leur vente ou de leur gestion directe.

Les acquisitions de terrains à olivier et la plantation des arbres fruitiers par les Européens, presque exclusivement des Français, dans la région de Sfax, sont dues surtout au retentissement qu'a eu une brochure de M. Bourde, alors directeur de l'Agriculture en Tunisie (2). L'auteur se proposait de réhabiliter l'olivier, jusque-là dédaigné par les colons, quoi qu'il ne le fût pas par les indigènes, et de restaurer la culture de cet arbre fruitier dans toute la vaste zone où il a prospéré et dont il a fait la prospérité il y a une quinzaine de siècles. Les calculs les plus séduisants, en quelque sorte magiques, s'étalaient dans ce document officiel sur les perspectives des plantations d'oliviers dans la région de Sfax, sous le régime d'un contrat en participation, dit le m rharça, avec des cultivateurs indigènes. On fait à ces cultivateurs, dits m'rharcis, certaines avances et on leur abandonne en propriété la moitié de

(1) La Tunisie, agriculture, etc., I, 195.

(2) Rapport adressé à M. Rouvier, résident général de France à Tunis, sur les Cultures fruitières et en particulier sur la Culture i>k l'olivier dans le Centre de la Tunisie, 1 brochure in-12 de 87 pages avec carte. Tunis, Imprimerie Rapide, 1893.

DE LA COLONISATION AU XIXe ET AU XXe SIÈCLE.

la plantation au moment où elle entre en production ; au sujet des résultats de ce système et comme conclusion d'une foule de calculs précis, M. Bourde s'exprime ainsi : « Pour conserver 1 000 hectares, il en faudra planter 2,000 (en oliviers), engager une mise de fonds de 103,600 fr. et dépenser réellement 53,3 0 fr. (la réduction est due au remboursement des avancesparle m'rharci).A. vingt ans, on aura un revenu de 68,000 fr. et une propriété d'une valeur de 850,000 fr. On peut faire le même calcul pour toutes les superficies imaginables. En vingt ans, le capital est quindécuplé, et ce capital quindécuplé rapporte 8 p. 100, ce qui se rapproche sensiblement du taux ordinaire du loyer à Sfax. Le revenu annuel dépasse sensiblement la somme totale primitivement engagée (1).»

Aucune combinaison agricole, industrielle ou financière, n'offrirait de multiplication aussi remarquable et aussi certaine de capitaux. D'après la carte jointe à la brochure de M. Bourde, un bon tiers de la Tunisie, occupant tout le centre jusqu'un peu au-dessus de Gafsa et tout le littoral jusqu'au dessous de Gabès, se prêterait à ces merveilleuses plantations d'oliviers. L'auteur, toutefois, dans 1< texte, restreint cette possibilité de plantations à 1,300,000 hectares, ce serait encore énorme, et la plus-value possible à 1 milliard de francs (2).

Nous n'examinerons pas ici les calculs de M. Bourde et n'établirons pas les réductions que la prudence et l'expérience doivent leur faire subir; nous n'exposerons pas non plus les raisons pour lesquelles l'olivier, dont les produits sont aujourd'hui si concurrencés par tant d'articles végétaux et minéraux , ne peut plus avoir, au xxe siècle, la prédominance économique, sinon même le monopole, dont il jouissait pour la production et les divers usages de l'huile dans l'antiquité. Nous avons fait, dans un autre ouvrage, avec détail, ces recherches et cette démonstration (3).

Les plantations d'oliviers, néanmoins, dans le sud et le centre de la Tunisie, sans être une tirelire aussi multiplicatrice, offrent des chances d'être convenablement rémunératrices, et M. Bourde aura rendu un service au pays, malgré ses exagérations. Il est certain que la Tunisie, qui compte environ 200,000 hectares d'oliviers aujourd'hui n'en possédera jamais de nouveau 1,300,000; mais il serait peut-être possible et désirable que l'on atteignit, par des plantations nouvelles, le tiers, sinon la moitié, de cette superficie. Les terres que l'on a alloués à concurrence d une trentaine de mille hectares à la Société concessionnaire des phosphates de Gafsa et du chemin de fer de Gafsa à Sfax, les 55.000 hectares qu'on vient de voir que le Domaine s'est reconnus comme lui appartenant sur

(1) Bourde, Op. citât., p. 48 et 49.

(2) Jô., ibid., p. 28.

(3) Voir notre livre L'Algérie et la Tunisie, 2e édition, p. 416 à 429.

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