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LA TUNISIE : L'AMÉNAGEMENT DES EAUX

la même ligne ferrée, beaucoup d'autres terrains sans doute dans Ja région entre Gafsa et Thala, aujourd'hui encore très peu parcourue et surtout très peu possédée par les Européens, seront affectés principalement à cet arbre fruitier. Il ne faut pas oublier, toutefois, qu'il faut bien près d'un quart de siècle pour qu une olivette, qui ne contient, comme dans la région de S fax, que 17 à 20 arbres par hectare, arrive à pleine productivité. Comme les plantations s'échelonneront, le doublement ou le triplement delà production de l'olive, dans l'ancienne Régence, qui atteint actuellement une valeur d'environ 25 millions de francs comme moyenne annuelle, demandera peut-être près d'un demi siècle. Cette culture aura le grand mérite d'être très favorable à la population indigène, car elle ne peut guère se faire que par elle, et d'augmenter les petites propriétés arabes, puisque, sous le régime le plus efficace, celui du M'rharça, la moitié des plantations est abandonnée en toute propriété aux M'rharcis.

Il s'en faut que dans le nord de la Régence, où ils sont, d'ailleurs, nombreux, les oliviers donnent autant de résultats que dans la région du Sahel, à savoir la zone côtière qui va d'un peu au-dessus de Sousse à un peu au-dessous de Sfax. Les forêts d'oliviers du Nord, plantées beaucoup plus drues (1), sont aussi beaucoup plus mal soignées et en voie de dépérissement, en partie à cause des impôts excessifs ou mal assis; quoique moins favorable à cette culture que dans le Sahel, le sol et le climat y sont pourtant propices, et une régénération de toutes les olivettes serait rémunératrice ; les Européens y pourront contribuer.

Bien d'autres cultures arbustives existent et se développeront avec le temps : les amandiers, les orangers et mandariniers, citronniers, pistachiers, dattiers, abricotiers, pêchers, etc., et toute la variété de fruits, de légumes et de primeurs, de fleurs aussi de décoration ou à essences ; mais ces cultures raffinées, demandant un traitement très habile et des transports soignés, ne pourront s'implanter et se développer que progressivement.

L'aménagement des eaux contribuera à donner de l'essor aux branches successives de l'agriculture. Il ne faut pas faire grand fond, toutefois, sur l'irrigation pour les cultures courantes. La rareté des cours d'eau, l'importance médiocre des pluies et l'activité de l'évaporation ne permettent pas à l'agriculture vulgaire de recou-

(1) D'après l'ouvrage officiel : La Tunisie, Agriculture, Industrie, Commerce, etc., 1896, tome l", page 182, il y avaitalors en Tunisie 11,222,525 oliviers (admirons cette précision), dont 3,283,851 dans la région du Nor d (Bizerte, Tunis, Béja, Souk el-Arba, le Kef, Maktar), 2.055.000 dans la région du cap Bon, et 5,883,674 dans la région du Sahel et du Sud (Sousse, Kaironan, Sfax, Djerba, Gcibès, Zarzis, Arad, Tozeur); les olivettes de cette dernière région peuvent couvrir 140,000 à 150,000 hectares; celles plantées beaucoup plus serrées du Nord et du Centre une cinquantaine de nulle hectares.

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rir beaucoup aux arrosages. C'est à tort que l'on a cru que l'ancienne province romaine d'Afrique en tirait sa fécondité. Un archéologue des plus instruits et des plus perspicaces, M. Gauckler, chef du service des antiquités de la Régence, a parfaitement montré que toutes les canalisations et œuvres d'aménagement des eaux exécutées par les anciens dans les campagnes avaient presque toujours pour objet l'alimentation humaine et celle des animaux, ainsi que les divers usages domestiques, beaucoup plus que l'irrigation proprement dite qui était exceptionnelle. Un agronome contemporain très connu, M. Grandeau, après une visite de la Tunisie, a confirmé cette opinion (1).

Il est des cas, néanmoins, où, sinon pour la grande culture et pour les produits communs, du moins pour la petite culture et les produits raffinés, l'irrigation pourra embrasser une aire plus considérable que celle d'aujourd'hui. Là où elle s'exerce encore, en effet, il est rare que les sources soient complètement captées, que les canalisations ne perdent pas beaucoup d'eau. On me le signalait surplace dans une excursion que je faisais à Gafsa et on m'affirmait que le territoire utilisé de cette oasis pourrait facilement être doublé. Il est probable que, dans une plus ou moins forte mesure, il en est ainsi de la généralité des irrigations indigènes. Quelques cours d'eau aussi peuvent exceptionnellement être aménagés par des barrages, de manière à servir à l'agriculture. Quoique la plupart des bonnes sources doivent être destinées à l'alimentation et aux usages de ménage, il y aura quelque possibilité d'en approprier quelques-unes à l'arrosage. Enfin, la sonde artésienne peut, dans le Sud tunisien comme dans le Sud algérien (voir plus haut, tome Ier, page 433) vivifier quelques milliers d'hectares, aujourd'hui morts; une œuvre de ce genre a été ébauchée avec succès, dit-on, près de Gabès, à l'Oued-Méla.

Les « possibilités », pour emprunter aux Anglais une de leurs expressions significatives, de l'agriculture, de l'horticulture, de l'élevage et de la sylviculture en Tunisie sont donc considérables; ce sera, toutefois, une œuvre de longue haleine; il ne faut pas croire qu'on improvise la transformation d'une contrée assoupie depuis douze ou treize siècles. Nous parlerons plus loin des forêts, en traitant des finances, la plupart des forêts étant domaniales.

« L'heure est venue, dix ans après l'occupation, écrivions-nous dans la précédente édition de cet ouvrage (1891), de chercher à attirer dans l'ancienne Régence un nombre notable de petits et de moyens colons français La tâche est beaucoup plus aisée qu'elle ne l'a été en Algérie et il faut éviter les défauts que nous avons signalés à l'occasion de cette dernière, notamment la création officielle de centres et villages.

(1) Voir cette démonstration dans notre ouvrage : L'Algérie et la Tunisie^

2e édition, pages 406 à 408.

la Tunisie : caractères du protectorat.

« Les « Habous » et le domaine public offrent une ressource toute prête. On s'occupe de faire un recensement des biens « Habous ».On préjuge que leur surface, dans la partie fertile de la Régence, n'est pas moindrede 500,000 hectares et qu'elle approche peut-être de 1 million d'hectares. D'autre part, le domaine public comprend au moins 100,000 hectares. C'est donc sur 600,000 hectares au moins que l'on peut compter.

« L'administration n'a qu'à prendre dans cette énorme surface quelques districts bien placés, à les allotir, en les partageant en lots de 20 à 30 hectares qui sont largement suffisants pour une famille et en choisissant des endroits très sains. Qu'elle livre ces lots aux petits et aux moyens colons français (à l'exclusion des étrangers), moyennant une rente perpétuelle ienzel) qui, dans la plupart des cas, pourra ne pas dépasser 4 ou 5 francs l'hectare et qu'elle exige, comme garantie, un premier versement de 10 à 20 fr. par hectare. Elle n'aura pas à construire de village; mais elle pourrait faire provisoirement un caravansérail pour abriter les colons pendant la première année ; elle pourrait aussi faire les travaux d'adduction d'eau potable. Elle ne serait ainsi induite en aucune dépense, parce qu'elle trouverait une rémunération dans l'excédent de Yenzel au-delà de la maigre redevance, égale à celle payée antérieurement à l'administration des « Habous ». Sur les 600,000 hectares du domaine*public ou des ;< Habous » on pourrait ainsi installer graduellement 25,000 familles françaises. L'émigration agricole de la France qui est devenue considérable ne serait plus perdue pour la mère patrie. »

Ainsi parlions nous ici, il y a dix ans; malheureusement on a perdu six ou sept années, précisément celles de 1887 à 1896 ou

1897, où l'émigration des cultivateurs de France avait encore de l'importance et où l'on aurait peut-être pu dériver vers la Tunisie une partie du courant qui se rendait à La Plata ou au Canada. En 18U0, l'émigration française officielle était encore de 20,500 têtes ; elle tombait à 6,217 en 1891, et se maintenait à 5,528 et 5,586 en 1892 et 1893; les renseignements manquent sur les années plus récentes (1) : ces chiffres eussent encore comporté une dérivation de 2,000 à 2,500 têtes par an, soit de 20,000 à -.5,000 en une décade d'années. On ne s'est occupe sérieusement de diriger un courant de petits cultivateurs français sur la Tunisie que vers 1897 ou

1898, quand l'émigration française avait beaucoup faibli, puis on n'a pas pris les mesures les meilleures pour les y attirer. Quant aux espaces disponibles, on a vu que les Habous ruraux, du moins les Habous publics, car il y adesHabousprivés, sont moinsimportants

(1) Voir la Statistique italienne sur l'émigration, la plus compréhensive et la meilleure sur cet objet, pour l'année Ï69§ et ceilei qui Tout précédée

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qu'on ne le pensait dans les premiers temps de notre occupation et que celles de ces terres qui sont administrées par la Djemaïa (administration officielle des Habous publics) ne montent qu'à 155,741 hectares en 1899; le domaine public, d'autre part, encore insuffisamment délimité, est beaucoup plus considérable qu'il n'est dit ci-dessus ; mais une partie notable s'en trouve dans la région du Sud, peu propice à la culture par des paysans français. Néanmoins enjoignant aux ressources de son propre domaine et à ceux des Habous dans la région du Nord un prélèvement à l'amiable sur les énormes espaces déterres qui appartiennent da ns la même région à de grandes compagnies foncières, l'Etat tunisien eût pu certainement disposer de 200,000 à 250,000 hectares convenablement situés, de quoi implanter 5 à 6.000 familles rurales françaises, ce qui eût représenté 20 à 25,000 habitants. Nous reviendrons sur ce sujet en parlant de l'immigration italienne à la fin de ce chapitre sur la Tunisie.

Il est naturel, et ce peut être un moyen également d'installer l'élément français dans les campagnes et les petits centres, que nos compatriotes portent aussi leur esprit d'entreprise sur certaines opérations qui se rattachent de près à l'agriculture ou à l'exploitation du sol. L'on a déjà créé avec des capitaux français des huileries qui, en introduisant dans le traitement des olives, parfois même dans leur cueillette et dans les soins donnés à l'arbre, des procédés perfectionnés, peuvent rendre àla production tunisienne de très grands services. Les établissements de ce genre sont, en quelque sorte, des dépendances ou des prolongements de l'agriculture. Il en est de même des fabriques de semoules ou de pâtes alimentaires, des minoteries, des savonneries, deslaveries de laines, et de toutes les industries qui, d'une façon générale, donnent un premier degré d'élaboration aux produits naturels du sol.

Les produits spontanés du sol utilisables comme l'alfa, quoique celui-ci soit aujourd'hui fort déprécié, ne sont pas rares non plus dans le pays. Il en était exporté pour 2 millions de francs en 1898 et pour 1,414,000 francs en 1899.

L'ancienne Régence abonde, en outre, en carrières de plâtre, de chaux, de ciment, de marbres et d'argiles. L'exploitation en est aisée et, dans beaucoup de cas, rémunératrice; on peut souvent les exploiter à l'état brut; plus tard, on pourra les travailler sur place, et déjà on commence à Je faire; les briqueteries, les poteries et marbreries auront leur jour ; ce sera, sinon pour la main d'oeuvre commune, du moins pour les dirigeants et chefs d'équipe, un champ de plus ouvert aux Français.

Restent les richesses minérales proprement dites; onajlongtemps appréhendé qu'il ne s'en trouvât guère. Aujourd'hui l'on en connaît, Von en exploite et l'on en prépare de considérables : en pre-

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