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LA TUNISIE I LES RICHESSES MINÉRALES

mier lieu les gisements de phosphate de chaux qui sont immenses: l'Algérie et la Tunisie paraissent, à l'heure actuelle, les contrées du monde le mieux pourvues de cette matière, si utile à l'agriculture moderne par les superphosphates dont elle fournit la base. Les phosphates du Metlaoui, à 50 kilomètres au-delà de Gafsa, ont trouvé des concessionnaires qui, outre une redevance de 1 franc à 1 fr. 50 par tonne à payer au gouvernement tunisien, suivant les quantités extraites, ont construit à leurs frais, sans aucune subvention ou garantie d'intérêts, un chemin de fer, ouvert au public, de 245 kilomètres jusqu'au port de Sfax. Cette ligne ferrée, construite ainsi gratuitement, outre le transport des phosphates et le mouvement maritime dans le port d'aboutissement, aidera singulièrement à la mise en valeur de toute la région méridionale de la Régence, d'autant qu'elle est susceptible d'un prolongement jusqu'aux oasis de Tozeur et que sur elle se grefferont sans doute, avec le temps, d'autres lignes descendant à Gabès et remontant, par Fériana, jusqu'à Kasserine, contrée jadis prospère. En 1900, première année d'une exploitation complète, la Compagnie des phosphates et du chemin de fer de Gafsa a exporté 170,000 tonnes de cette matière; n'était un déplorable accident, un éboulement dans la mine, quia coûté la vie à une centaine d'ouvriers et obligé à changer le plan d'aménagement et d'exploitation, l'année 1901 aurait exporté 250,000 tonnes de phosphates, et l'on fût arrivé, sans doute, à 300,000 ou 400,000 tonnes d'exportation annuelle dans les années suivantes ; l'accident de la fin de 1899 aura éloigné d'un an ou deux ces perspectives, sans les supprimer ou, du moins, sans guère les amoindrir. D'autres contrées de l'ancienne Régence contiennent d'importants gisements de phosphates, moins réguliers et moins immenses, mais d'une plus grande teneur peut-être : à la fin de l'année 1900 le gouvernement tunisien a ainsi concédé à une société, autre que celle de Gafsa, les phosphates de Kalaa es Senam, entre le Kef et la frontière algérienne, moyennant une redevance de 1 fr. 73 par tonne; il est question que le chemin de fer de Tunis à ces phosphates, avec embranchement sur le Kef, se rattachant au tronçon actuellement construit et long de 60 kilomètres de Tunis au Pont du Fahs, soit construit sans subvention ni garantie d'intérêt, avec la seule perspective des transports des phosphates de Kalaa-es-Senam et du trafic local : ce serait 180 à 190 kilomètres de voie ferrée nouvelle ouverte au public, sans dépense pour le gouvernement tunisien, dans la partie de la région centrale qui se prête le plus à la culture et à l'habitat par les Européens.

Il n'y aurait rien d'impossible, si les prix des phosphates se maintiennent, comme ils l'ont fait jusqu'ici, à ce que vers 1906 ou 1907, la Tunisie exportât 6 à 700.000 tonnes de phosphates,

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l'Algérie en faisant autant, si bien que notre Afrique du Nord déverserait sur le globe 1,200,000 à 1,500,000 tonnes de phosphates ; la consommation actuelle dans le monde est de 2,500,000 tonnes environ, à laquelle en 1900 la Tunisie a contribué par une exportation de 170,000 tonnes et l'Algérie par une de 303,000. On voit, outre l'activité des mines même, le travail et les bénéfices qu'elles pourraient donner, quel important trafic ce serait pour les voies ferrées et pour les ports.

Ces gisements de phosphates, ceux du moins des environs de Gafsa, étant énormes et supposés contenir des centaines de millions de tonnes, la concession des mines et du chemin de fer de Gafsa étant limitée à soixante ans, il en résulte qu'il y aurait tout au plus alors 40 ou 50 millions de tonnes de phosphate enlevées et qu'il resterait encore d'abondantes quantités de cette matière, devant appartenir alors en toute propriété au gouvernement, qui en tirerait peut-être 5 à 6 millions de revenu net par an. D'ici là les redevances de 1 franc à 1 fr. 73 ne tarderont pas, sans doute, à lui rapporter une ann uité de 800,000 à 1 million de francs.

La découverte des gisements de phosphates, dontil existe encore, en dehors des deux que nous avons cités, d'autres dépôts, mais moins considérables, dans la Régence, a donc été pour la Tunisie un immense avantage. Mais il existe dans ce pays d'autres richesses minières, notamment de nombreux gisements de plomb et surtout de calamine (zinc), dispersés un peu partout. Ces métaux sont de plus en plus utiles à la civilisation et, s'ils n'ont pu maintenir les prix très élevés auxquels ils étaient parvenus en 1899 et 1900, ils auront toujours un ample débouché. Sur tous les points de la Tunisie on les recherche et on les trouve fréquemment; les plus puissantes sociétés minières et métallurgiques du vieux monde, la Société Asturienne des mines et la Vieille-Montagne, par exemple, se sont assuré et s'assurent chaque jour des gisements tunisiens, de calamine particulièrement; en outre, des sociélés locales se sont fondées, dont certaines sont arrivées à la prospérité. Depuis 18^8 il y a eu une véritable fièvre de recherches de mines; en cette année, le nombre de demandes de permis de recherches (l'autorisation administrative étant nécessaire pour triompher de la résistance éventuelle des propriétaires) s'était élevé à 186; il est monté à 414 en 1899. Malheureusement, les déplorables et condamnables lacunes des statistiques tunisiennes, défaut qu'elles ont en commun avec les statistiques françaises, ne permettent pas de se rendre compte de l'importance des exportations des métaux dans une année toute récente. En 1898 l'exportation du zinc montait à 3 millions de francs (on ne nous dit pas le nombre de tonnes de minerai, ce qui serait très instructif) ; la moitié de cette exportation allait en Angleterre, le

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