COLONIES DE LA FRANGE. LES CHEMINS DE FER AU SÉNÉGAL
2 à 3 millions de francs, ce qui rémunérera largement le capital utilement dépensé, en laissant de côté les fautes énormes des débuts. Cette recette brute de 10.000 francs par kilomètre pour le chemin de fer du Soudan Occidental n'apparaît nullement comme un maximum et il est possible que, avec le temps, on arrive à beaucoup mieux. Cette petite voie ferrée, en effet, ressemblera, dans une certaine mesure, à celle du Congo ; elle servira de voie d'issue vers l'Europe à la plupart des marchandises d'exportation que la paix fera éclore sur de grandes étendues des vallées du haut et du moyen Niger. Elle aura peut-être à céder ultérieurement un peu du trafic de l'extrême haut Niger au chemin de fer de la Guinée française, Konakri Kouroussa, et une partie du trafic du moyen Niger au chemin de fer Transsaharien que l'on ne manquera pasd'exécuter un jour. Mais elle retiendra toujours une masse importante de transports. Si l'on admet qu'il en coûterait une dizaine de francs la tonne, ce qui est beaucoup, pour le transport des marchandises sur le Niger, puis, à un tarif moyen de 5 centimes la tonne, environ 26 à 27 francs pour les 525 à 540 kilomètres de chemin de fer, une douzaine de francs pour descendre en bateau de Kayes à Saint-Louis et 25 à 30 francs de Saint-Louis en Europe, on arrive à un coût total de 75 à 80 francs environ la tonne des environs de Segou ou de Tombouctou en Europe, ce que presque toutes les marchandises, même les plus communes, pourvu qu'elles soient produites dans desconditions de bon marché, peuvent aisément supporter. Le tarif de 5 centimes représente, d'ailleurs, un prix moyen et pour les denrées pesantes et de peu de valeur, on pourrait descendre à 3 ou 4; par contre, les produits riches ou demi-riches du Soudan et les articles manufacturés d'Europe pourraient aisément supporter un tarif de 10 centimes au kilomètre, parfois même de 15 ou 20. Il n'est pas possible que le chemin de fer du Sénégal au Niger ne soit pas destiné à un très grand avenir. On ne peut juger de ses destinées par la faible productivité actuelle des pays qu'il traverse ou auxquels il aboutira. Le général de Trentinian, gouverneur du Soudan en 1899, avait déjà fait quelques envois de coton nigérien en Europe; mais ce ne pouvait être que des échantillons; une lois la voie ferrée terminée, les cultures s'étendront et se diversifieront, elles se perfectionneront aussi. 11 serait très désirable de hâter l'exécution de cette œuvre de premier ordre et que la voie ferrée parvînt en 1904 au Niger. Ultérieurement, il pourra être utile d'établir une jonction entre la ligne du Sénégal-Niger et celle de Dakar à Saint-Louis, afin de n'être pas dans la dépendance de la hauteur des eaux du fleuve ; on ouvrirait ainsi toute la zone intérieure de la colonie.
En même temps qu'une grande impulsion économique par la
DE LA COLONISATION AU XIXe ET AU XXe SIÈCLE
mise en valeur de toutes ces régions, nous obtiendrions, par le succès de cette entreprise, qui a rencontré tant de scepticisme, de très importants résultats politiques, militaires et administratifs.
Le chemin de fer, dans notre siècle, constitue l'épine dorsale de toute œuvre colonisatrice.
Si Ton a le droit de gémir des incohérences commises dans cette capitale entreprise de voie ferrée entre le Sénégal et le Soudan, il faut, toutefois, considérer que d'autres peuples, réputés plus expérimentés et plus hardis que nous en grands travaux, les Anglais, par exemple, dans leur construction du chemin de fer de Mombassa, sur la côte orientale d'Afrique, au lac Victoria, ont subi presque les mêmes défaillances (1).
Le commerce du Sénégal s'est sensiblement développé de 1887, année où s'arrêtaient les tableaux publiés dans notre précédente édition (voir plus haut, page 127), jusqu'à l'heure actuelle.
On a vu qu'il ne montait alors qu'à25,812,000 francs à l'importa tion et à 13.944.000 francs à l'exportation, ensemble un peu moins de 40 millions ; il n'y avait presque pas eu de développement, depuis l'ancien régime, avec cette différence, essentielle toutefois, que l'exportation riecette denrée sacrilège, les pièces dinde, c'est-àdire les esclaves, avait été remplacée par des produits naturels.
Nos administrations françaises, particulièrement notre service colonial, sont si en retard dans leurs statistiques que, au moment où nous revoyons ces lignes (novembre 1901), nous ne sommes en possession que des relevés relatifs au commerce de nos colonies en 1899. En voici les chiffres pour le Sénégal :
Valeur des importations et des exportations du Sénégal en 1899.
I de France 30,702,516 )
Importations ] des colonies françaises 3,727,401 [ 50,059,834
f de l'étranger .... ! 15,629,917 )
( pour la France 17,9^7,210 )
Exportations l pour les colonies françaises. 321,108 > 23,546,425
( pour l'étranger .*. . .. 5,298.107 )
Total des importations et des exportations réunies 73,6ub,259
De ISÈ7 à 1899, l'augmentation a donc été de plus de 33 millions et demi, ou de plus de 80 p. 100, malgré la baisse de prix d'un grand nombre de produits. La part de la France est de 30,702,000 francs à l'importation, plus de 60 p. 100 de celle-ci, et de 17,917,000 francs à l'exportation ou des trois quarts de celle-là. En 1898 les importations au Sénégal étaient plus faibles (33,155,550 francs), mais les exportations atteignaient un chiffre plus élevé (29,146,735 francs) ; l'état des récoltes influe beaucoup sur ces dernières. Le commerce du pays est destiné à se déve-
(1) Etienne Grosclaude, Les nouveaux chemins de fer africains, 1899, p. 18.