LA GUINÉE FRANÇAISE
Séparé du Sénégal, sur la côte, par le petit et trapu territoire de la Guinée Portugaise, mais relié à lui non loin de la côte, se trouve une de nos possessions, plus nouvelle, mais très intéressante, la Guinée Française, avec le Fouta-Djallon et ses prolongements jusqu'au haut Niger pour arrière-pays. C'est un de nos établissements les plus prospères, grâce en partie aux ressources du sol, aux qualités de la population, les Peuls, race intelligente qui domine le Fouta-Djallon, et, d'autre part, à l'habileté du gouverneur Ballay, qui, de 1889 jusqu'à ce jour (1901), n'a quitté la Guinée française que pour devenir, en 1900, gouverneur général de toutes les possessions françaises de la Côte Occidentale d'Afrique, sorte de vice-royauté.
M. Ballay a donné un grand essor à la capitale de la Guinée française, Konakry, située sur la côte et dont le port et le commerce grandissent chaque jour, un peu aux dépens deFree-Town, capitale de la voisine, très ancienne et plus stationnaire, colonie anglaise de Sierra-Leone. Konakry a aujourd'hui 10.000 habitants, dont plusieurs centaines d'Européens; elle comptera sans doute deux ou trois fois plus de population avant que la moitié du siècle soit écoulée.
Le Fouta-Djallon forme un chapelet de montagnes de hauteur modérée, ne dépassant guère 1.300 mètres, et de vallées bien arrosées; il produit, en quantité, le caoutchouc, dont on exporte pour ô à 7 millions par an, puis le kola; les districts côtiers y ajoutent l'huile de palme, et les cantons voisins du haut Niger y joignent les peaux d'animaux et un peu de coton. Les forêts pourront fournir des bois variés, quand un chemin de fer, en voie d'exécution, sera livré à l'exploitation.
Il n'est pas, dans tout le domaine colonial de la France, de possession dont l'avenir paraisse plus certain et plus brillant. Le chemin de fer de Konakry à Kouroussa, sur le bief supérieur navigable du haut Niger, d'une longueur de 080 kilomètres, avec un embranchement sur Timbo, capitale du Fouta-Djallon, a été étudié en 1896-97 et 1898-99 par le capitaine Salesses et l'adjoint du génie Naudé. On estimait la dépense à 80.000 francs le kilomètre; il s'agit de la voie étroite d'un mètre, qui doit constituer le type de la généralité des chemins de fer de toute l'Afrique. Le Comité des travaux publics des Colonies à Paris, en juillet 1900, en a adopté le plan, en portant par prudence et à cause du prix