LE SOUDAN FRANÇAIS CENTRAL. LA RÉGION DU TCHAD
Nous avons jusqu'ici peu parlé du Soudan français central. Nous pensons, en effet, que notre groupe de colonies de l'Ouest Africain ne doit guère, administrativement etpolitiquement, s'étendre, de même que géographiquement, au-delà de la vallée du Niger du côté de l'Est. Tombouctou est dans cette région occidentale avec les oasis d'Araouan, de Taoudénit ; mais Zinder, le Damerghou et l'Aïr n'en sont pas et devront ultérieurement faire partie de notre possession du lac Tchad. La démarcation entre notre Soudan Central et notre Soudan Oriental devra se trouver à un point entre Zinder et le Niger. Il serait prématuré de le déterminer actuellement.
Tombouctou, ville déchue à qui Barth attribuait 13.000 habitants en 1853 et Lenz jusqu'à 20.000 en 1880, n'en a plus que 6.000 aujourd'hui. Sa prospérité pourrait renaître par la mise rationnelle en culture de la riche vallée du Niger environnante, peutêtre aussi par la reprise de certaines industries indigènes. Le Transsaharien Occidental qui, partant de Djénien bou Resq et du Touat, aujourd'hui sous notre domination, y devra aboutir, en fera aussi, ou du moins de Koriumé, son port, situé à quelques kilomètres, un centre de distribution de produits.
Quant au Transsaharien Oriental ou Grand Central Africain, qui de Biskra, par Ouargla, longera le Hoggar et l'Aïr, c'est à
Zinder qu'il devra avoir, semble-t-il, sa tête de ligne, pour se poursuivre ensuite sur le Congo, quitte à détacher une branche contournant le lac Tchad. Zinder que, dès 1898 et 1899, par la simple inspection de la carte et les récits de Barth, nous indiquions comme le point d'aboutissement du Grand Central Africain (1), est maintenant mieux connu. On en a des descriptions de M.Foureau et du capitaine Joalland,chef de la mission de l'Afrique Centrale, l'une des trois missions — les deux autres étant celles de M. Foureau, venue du Nord, et celle de Gentil, venue du Sud — qui, en 1900, ont détruit la puissance de Rabah et constitué notre possession effective du Damerghou,du sultanat de Zinder, du Kanern et duBaghirmi,c'est-à-diredetouteia région nord, est et sud du Tchad.
Dans une séance de la Société de géographie de Paris, le 14 mai 1901, le capitaine Joalland a fait un tableau enchanteur de Zinder et de son territoire. « Nous avons pris et pacifié, dit-il, ce beau pays de Zinder, que je considère comme le joyau de notre empire colonial dans ie centre de l'Afrique (2) ». Toute
(1) Voir notre article du 1er juillet 1899 dans la Revue des Deux Mondes sur le Transsaharien, lequel résumait nos nombreuses conférences à ce sujet; se reporter aussi au premier volume de cet ouvrage, pages 522 à 524.
(2) Voici un autre passage du discours du capitaine Joalland à cette réunion de la Société de géographie de Paris : « Pour donner une idée exacte de ce qu'est ce pays de Zinder, il me faudrait évoquer des tableaux des Mille et une Nuits. Il me faudrait décrire et l'intérieur du palais du Sultan, avec ses lits couverts d'étoffes de soie et de velours brodé d'or, le tout parfumé à l'essence de rose ; il me faudrait évoquer le faste oriental transporté en pleine Afrique Centrale ; il faudrait décrire aussi ces cavalcades où les accoutrements les plus grotesques se mêlent aux manteaux brodés et aux velours damassés. Le cadre de cette conférence ne me permet pas de m'étendre sur ce sujet. Qu'il me suffise de dire que le pays de Zinder est un pays riche où le blé, le citronnier, le mil, le niflïs, le riz, les dattiers, etc., en un mot tous les produits soudanais, poussent en abondance. Le climat y est absolument sain, aussi ne crains-je pas d'affirmer que ce pays est appelé à un grand avenir, sinon pour la grande, du moins pour la petite colonisation ». Parlant d'une reconnaissance faite par le capitaine joalland entre Zinder et Tessaoua, dans la zone qui est reconnue à la France, le Bulletin de V Afrique française résume ainsi les impressions du capitaine : « Il était le 28 août (1900) à Tyrméni, où avait eu lieu le combat du 29 juillet 1899, le 29 à Tounkour, pays de mil splendide, le 30 à Koutché, le 1er septembre à Ghébaré et Tessaoua. Dans tout ce pays, la tranquillité était absolue, l'accueil excellent, les récoltes bonnes. Tessaoua est un très grand village entouré d'un beau tata crénelé moitié moins haut que celui de Zinder, mais bien entretenu; le serky était allé au devant du capitaine. Les cases sont bien construites, très propres ; tout respire le bien-être, car Tessaoua commerce beaucoup avec l'Air et le Damerghou... La récolte était, à ce moment, d'une extraordinaire abondance, qui, correspondant avec l'occupation du pays, attirait aux Français la sympathie de tous ».
Et le même organe, toujours à propos des explorations-conquêtes du capitaine Joalland, résume ainsi la traversée de Dikoa, ancienne capitale de Rabah, à Zinder; malheureusement la plus grande partie de ce pays appartient au Bornou et fait partie de la zone anglaise : « Villages traversés de Dikoa à Zinder : Limda, pays riche, beaucoup de lougans, terrains argileux, partout
DE LA COLONISATION AU XIXe ET AU XXe SIÈCLE
la lisière environnante est riche et cultivée, susceptible surtout de beaucoup plus de cultures par l'établissement de la paix, la sécurité donnée à l'aisance et à la richesse et l'extirpation de la brousse. Le rectangle qui forme le territoire à nous alloué du sultanat de Zinder et qui est plus favorisé, descendant plus au sud que le reste de nos possessions entre le Tchad et le Niger, a de 360 à 400 kilomètres de longueur, ce qui est déjà très appréciable. Il y a aussi d'importantes possibilités culturales dans le Damerghou et l'Aïr, d'après les récits de Barth, le plus instruit et le plus sûr des explorateurs africain?, celui aussi qui a fait dans le pays le plus long séjour (1). Si les appréciations de M. Foureau sont un peu moins optimistes que celles du grand voyageur allemand, cela paraît provenir, d'une part, de ce que M. Foureau, d'après son propre aveu (2), a visité cette contrée dans une saison exceptionnellement sèche, et aussi, sans doute, des ravages auxquels elle a été sujette dans la deuxième partie du xixe siècle, qui ont eu pour résultat la dépopulation et un recul des cultures.
Quand on sort du rectangle méridional formé par notre territoire deZinder,unpeuau-delàdeGouré,ou plutôt à Kakara, en remontant vers notre limite, plus septentrionale à ce point, on est jusqu'au Tchad dans une région plus défavorable. « De Gouré jusqu'à Kakara (longitude 9°16), dit le commandant Joalland, se trouvent plusieurs villages assez importants. Nous arrivons à Kakara, dernier village avant le Tchad. A 65 kilomètres de ce point se trouve le puits de Mirh ; au-delà s'étend un long espace sans eau que j'esti-
des mares; Slimandi, Maidougouri, grand village très riche en toutes cultures; Magouméri (19 juin), réunion de plusieurs villages ; Gama, suite ininterrompue de lougans, aspect riche et gai, puits abondants ; Serisari, Zabou, toujours beaucoup de cultures ; Goumsaye, auprès du Komadougou et de Doutch (24 juin); lac Gambarou, vallée du Komadougou, d'une végétation abondante, Ranaraa, sortie de la vallée, Abou-Kolomi, Kouzizi, suite ininterrompue de cuvettes à pentes raides, mares natronées, pays pauvre et désolé ; Gourselay (3 juillet), grand village de 2.000 habitants ; Dirikoua, Birni, Gobeta, Foulatari, Bitoua (8 juillet); Djigaoua, Ghia, Zinder (10 juillet) ». Voir pour toutes ces citations relatives à l'exploration du capitaine Joalland, le Bulletin du comité de V Afrique française, livraison de juin 1901, pages 195 et 19d. S'il se trouve des parties pauvres dans ce trajet, il en serait ainsi pour toute traversée un peu longue d'un pays européen, et il ne faut pas oublier que tous ces territoires avaient été opprimés et ravagés depuis plusieurs années par Rabah, ce qui pouvait avoir causé en certains lieux une désolation, tenant moins à la nature qu'aux dévastations des hommes.
i'1) Dans son savant ouvrage : V Afrique à Ventrée du xxe siècle, déjà cité par nous, M. Lorin, professeur de géographie commerciale à l'Université de Bordeaux, dit très judicieusement (page 237) en parlant de Barth, que « sa relation reste un modèle de précision scientifique; ... c'est lui aussi qui est rssté le plus de temps dans ces régions, sans autre but que l'observation du pays, de sorte que c'est toujours à son autorité qu'il faut en venir. »
(2) Voir la Réforme sociale du 1er avril 1901, page 53(3.
mais de 100 kilomètres ». Le Nord et le Nord-Est du Tchad, le pays dit le Kanem, a été aussi représenté comme désert, ce qui est possible actuellement, mais, en outre, comme incultivable, ce qui paraît fort exagéré. Le capitaine Joalland semble avoir donné la note exacte : « Tout le pays entre N'Guimi (extrémité nord-occidentale du Tchad) et N'Gouri (situé vers le milieu de la rive orientale) est absolument désert. Autrefois, habité par des noirs, il a été complètement abandonné depuis l'arrivée des Ouled Sliman (tribus arabes) ; les habitants se sont tous retirés vers le Tchad et le sud du Kanem... Les Ouled Sliman ne font aucune culture; ils se consacrent exclusivement à l'élevage de troupeaux (bœufs, moutons, chameaux), mais, avant tout ils sont pillards et c'est à eux principalement qu'on doit imputer la ruine du Kanem. Parasites des noirs, ils vivent du travail de ces derniers ».
Cette ruine du Kanem n'est donc pas irrémédiable; loin de là même; car,toujours d'après l'officier explorateur que nous venons de citer, il y a encore dans le Kanem, même malgré ces ravages et l'insécurité, des contrées florissantes : « Les noirs du Kanem, dit le capitaine Joalland, ce sont les seuls gens intéressants de tout le Kanem proprement dit. Du sud du Chittati (ou Schitati, contrée au nord-est du Tchad, vers le 15e degré de latitude) jusqu'au Bahr el Gazai (qui débouche au sud-est du Tchad), et du Tchad jusqu'à cette grande zone déserte qui sépare le Ouadaï du Kanem, existe un pays riche en grains, en dattes, en bétail. Quand on songe aux richesses que ce pays peut produire, malgré son état d'anarchie et les luttes qu'il a été obligé de soutenir, on est en droit d'espérer en faire une colonie splendide, maintenant que nous y avons apporté la paix et établi l'unité de commandement (1). »
Ces mots « une colonie splendide », désignant les perspectives du Kanem, ce n'est pas nous qui les avons écrits, c'est un officier explorateur, qui traversa le pays après une série d'événements y ayant répandu la désolation.
Tout en reconnaissant que la partie septentrionale du Tchad n'appartient pas à la pure nature soudanienne, il est excessif d'en faire une fraction du Sahara. La grande carte allemande de l'Afrique de R. Lûddeke (éditée chez Justus Perthes, à Gotha) place, avec raison, la limite méridionale du Sahara de ce côté, Sud Grenze der Sahara, à un degré et quart environ de latitude au nord du Tchad, au-dessus d'un point appelé Béduaram, c'est-à-dire vers le 16e degré et quart.
Quant au Tchad lui-même, on a beaucoup discuté s'il est une mer intérieure ou un marécage. La dernière opinion est aujour-
(1) îlelation du capitaine Joalland à la Société de géographie de Paris en mai 1901, Bulletin du comité de l'Afrique française, juin 1901, pages 191 et 192.
100 DE LA COLONISATION AU XIXe ET AU XX° SIÈCLE
d'hui la plus généralement admise : « Le Tchad, écrit M. Lorin, n est pas une vaste mer, dont la possession permettrait la circulation entre des rivages d'accès facile ; c'est beaucoup plutôt un immense marécage, zone d'isolement entre les contrées littorales, réservée par la nature aux ébats des hippopotames et des caïmans; il est douteux que le commerce puisse organiser une navigation pratique sur ce bourbier (1). » Ce jugement paraît excessif. Sans doute le Tchad, avec des rivages le plus souvent vaseux et indécis, n'est pas une mer intérieure d'une navigation assez aisée, comme la mer Caspienne ou le lac Baïkal. Mais, dès maintenant,il s'effectue à sa surface une certaine circulation d'hommes et de produits : « Encombré de roseaux, de bancs d'alluvion à peine émergés, sauf au sud-ouest, dit encore M. Lorin, où des îlots plus stables servent de refuge à une population de pirates ; un courant très faible pousse les eaux vers la rive occidentale, dont il envase les ports (2). » D'après les relations de Gentil et de Joalland, la situation du Tchad serait un peu moins défavorable. Ce lac ne paraît pas différer beaucoup des cours d'eau, affluents de gauche du Nil, qu'a descendus Marchand en se dirigeant sur Fachoda. On sait que c'est l'administrateur des colonies, Gentil, le héros de cette partie de nos opérations africaines, qui, dans sa première mission, en 1895, fit naviguer un petit vapeur, le Léon Blot, transporté par morceaux depuis Krébedjé, sur les eaux du Tchad. Dans le récit de sa seconde mission (1899-1900), fait à la Société de Géographie de Paris en mai 1901, M. Gentil, aujourd'hui commissaire du gouvernement au Chari, s'exprime ainsi : « Après le combat de Koussouri, de nombreuses tournées furent entreprises dans tous les sens. J'eus l'occasion d'effectuer un nouveau voyage sur le Tchad avec le vapeur Léon Blot. Comme les eaux étaient encore presque basses, je puis affirmer, sans crainte de me tromper, que le grand lac est navigable en toutes saisons, à condition de se tenir à une distance de 3à5 kilomètres delà côte. A cette distance, les fonds sont de plus de 3 mètres, augmentant de beaucoup vers le large. Du côté de l'Est les bancs de sable sont très nombreux et du côté de l'Ouest, des grands ionds. Nous sommes restés une huitaine de jours sur le Tchad et avons pu ainsi reconnaître tous les bras de son delta. Malheureusement, le temps nous manqua pour pousser jusqu'aux îles habitées par les Bouddoumas. Pirates et voleurs, ces indigènes ne manifestent pas grand désir d'entrer en rapports avec nous. Ce serait, cependant, une chose très désirable, car ils sont relativement riches ; ils élèvent beaucoup de bœufs qu'ils font paîl re sur la terre ferme et qu'ils rentrent dans leurs îles à la moindre
(1) L'Afrique à Ventrée du xxe siècle, page 243.
(2) Id. Ibid.
alerte, dans leurs pirogues de joncs tressés. Dès que nous serons installés définitivement au Kanem,nous pourrons étudier de plus près ces insulaires qui méritent d'être connus (1) ».
Ainsi parle le commissaire du gouvernement Gentil, le seul Européen qui, à l'heure actuelle (juin 1901), ait navigué, et cela à deux reprises, sur le Tchad. Il n'est pas permis de tirer de ces observations la conclusion que cette nappe d'eau, d'environ 30 à 40.000 kilomètres carrés (2), étendue égale à celle de 5 ou 6 départements français, marécageuse et herbeuse, il est vrai, sur une grande partie de ses rives, soit un vaste et uniforme bourbier, impropre à toute navigation. On découvrira, sans doute, quelques anses aboutissant à des terrains plus fermes et où, avec de petits appontements peu coûteux, on pourra gagner les fonds de 2 et 3 mètres, suffisant largement à une navigation capable de transporter beaucoup d'hommes et de produits.
Tout l'Est et le Sud du lac nous appartient sans conteste : le Baghirmi est un pays bien arrosé, jadis très peuplé, avec une capitale Massénya, qui, avant les ravages de Rahah, était une cité importante et prospère, comme Barth en témoigne. On lui attribuait plus de 20.000 habitants. Ici on est dans le climat tropical, avec une chute de pluies régulières de 1 mètre par an, tombant entre juin et septembre. Les chevaux et les bœufs y réussissent; toutes les cultures des tropiques peuvent s'y développer. En remontant le Ghari, le grand fleuve de l'Afrique Centrale qui réunit pour les déverser dans le Tchad la plus grande partie des eaux descendant des terrasses du Ouadaï et des montagnes de l'Adamaoua et qui garde 2 à 3 mètres de profondeur, se prêtant ainsi à la navigation, puis son affluent le Gribingui, on arrive, toujours en plein territoire français, après un portage d'environ 150 kilomètres, à Krébedjé, sur un sous-affluent de l'Oubanghi : on se trouve alors dans notre colonie du Congo où règne le climat équatorial,
Notre protectorat sur l'Oubanghi s'est établi en 1897 ; il s'est affirmé par notre efficace intervention en faveur de notre protégé, le sultan Gaourang, contre le féroce conquérant Rabah. On lui a laissé, sous notre contrôle, l'administration du pays, avec la charge de contribuer aux dépenses de création et d'entretien de nos postes militaires.
On lui a interdit les razzias, qu'il effectuait auparavant, de temps à autre, sur les rives du Ghari ; nous occupons et administrons directement le Delta du Tchad, c'est-à-dire l'embouchure du Chari,
(1) Bulletin du Comité de V Afrique Française, juin 1901, page* 188 et 189.
(2) Nachtigal attribue au Tchad 27.000 kilomètres carres; Rohlfs seulement 11.000 pendant les basses eaux ; Reclus 50.000 lors des grandes crues. Reclus, Géographie Universelle, tome XII, page 667.
DE LA COLONISATION AU XIXe ET AU XXe SIÈCLE
habité par des populations arabes, pasteurs et agriculteurs ; notre autorité directe s'étend aussi sur les populations païennes, constituant des groupes Sara, des Nyellens, des Kaba-Mara, etc.
La convention franco-anglaise du 21 mars 1899, conclue après Faclioda, en nous enlevant tous les territoires faisant partie du bassin du Nil, nous a reconnu, dans le Centre Africain, tous les pays situés au Sud du Tropique du Cancer jusqu'à la frontière du Darfour et son prolongement septentrional. C'est ainsi que le Tibesti, le Borkou. et le Ouadaï nous sont échus. A l'heure présente (décembre 1901), nous n'occupons aucune de ces contrées, quoiqu'il soit question d'envoyer une mission au Ouadaï.
Le Tibesti, qu'atteignent les pluies de l'Atlantique, participe, néanmoins, de la nature saharienne, tout en possédant quelques pâturages qui permettent l'élève du bétail ; ses habitants sont surtout des pasteurs et des chameliers, convoyeurs de caravanes. Le Borkou, pays de terrasses, de 4 ou 500 mètres d'élévation moyenne, avec quelques pics plus élevés, a des cours d'eau irréguliers, qui permettraient une utilisation plus fructueuse du pays ; de même pour le Bodelé, district plus déprimé et à soussol plus frais qui attient au sud du Borkou.
Le Ouadaï offre un autre caractère et des ressources plus amples et plus variées. Séparé du Kanem par une assez largezone de steppes, aujourd'hui presque déserte, il se rattache au Baghirmi par une zone de cultures. Sa population de cultivateurs nègres et de pasteurs arabes, musulmans ou islamisés, est considérable. On a élé jusqu'à l'évaluer à 8 millions d'habitants (1), ce qui paraît, toutefois, fort exagéré. Sa capitale, Abesh, est entourée de puits abondants. Toute la région méridionale est arrosée par des pluies d'été régulières ; la culture du coton paraît y avoir de l'avenir ; le pays est regardé comme très supérieur au Darfour. Les habitants ou plutôt les maîtres du Ouadaï ont longtemps opprimé et ravagé le Baghirmi et le Kanem ; on leur a fait la réputation de musulmans farouches. Aujourd'hui, ce pays, comme tous ceux de cette vaste région centre-africaine, parait en décomposition, et sa prise de possession, autant qu'on en peut juger, ne nous offrira pas de difficultés graves.
En définitive, nous sommes très bien lotis au Nord, à l'Est et au Sud du Tchad ; à l'Ouest, au contraire, notre domaine, susceptible d'une culture intensive, est beaucoup plus étriqué. Il serait indispensable d'obtenir par des échanges et des traités nouveaux, un redressement de frontière, du côté de Zinder et du Bornou. Nous avons suggéré l'idée d'échanger nos droits sur Terre-Neuve contre la possession du Bornou, qui est dans la zone britannique,
(1) Lorin, l'Afrique à Ventrée du xx* siècle, page 240.