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COLONIES FRANÇAISES. SOUDAN, TCHAD, VOIES DE COMMUNICATION

mais où les Anglais n'ont, pour ainsi dire, pas pénétré (1). C'est nous qui avons fait la police de toute cette région, qui en avons chassé Rabâh, et régulièrement elle devrait nous appartenir. Le Bornou a de grandes « possibilités » ; Kouka, sa capitale, ville complètement détruite par Rabah, était, au témoignage de Barth, confirmé par M. Foureau, une très grande et relativement belle cité, aux maisons en grande partie en maçonnerie, et peuplée de 100.000 habitants. Il serait à désirer que nous obtinssions, moyennant compensation, soit la possession du Bornou, si c'est possible, soit tout au moins un redressement de frontière, qui reportât celle-ci jusqu'au Komadougou Ouaoubé et à son affluent supérieur le Ouani ; ce serait d'ailleurs, conforme à l'esprit des conventions passées avec l'Angleterre, lesquelles devaient nous donner non seulement toute la région saharienne, mais aussi une partie de la lisière du Soudan.

De même, un redressement de frontière, pour abaisser celle-ci vers le Sud, serait nécessaire entre le Niger et Zinder.On a reporté trop au Nord la limite du Sokoto, de sorte que, pour nous rendre du Niger à Zinder, nous sommes obligés, ou bien à partir de 200 kilomètres du fleuve, de rester dans le désert, sur un parcours de 250 kilomètres, ou bien, ce qu'ont fait la mission Voulet-Chanoine et la mission Klob, de passer par Matankari, Kouni, Maradi, qui sont en territoire anglais. Il faudrait placer cette dernière ligne d'étapes dans la zone française, en supprimant l'arc de cercle qui fait, en cette contrée, saillie dans notre zone, et en prolongeant, en ligne droite, jusqu'au fleuve, notre limite d'au-dessous de Gouré, Zinder, Tessaoua (2). Enfin, tous les territoires du Sultan de Zinder devraient nous être attribués.

Ces rectifications indispensables devraient s'obtenir d'un commun accord ; la démarcation de la convention du 14 juin 1898 a été faite toute théoriquement et sans cartes ni connaissance des lieux. Les Anglais, d'autre part, n'ont encore occupé ni administré aucun district, ni même aucun point dans ces régions. Et c'est une gêne extrême pour nos colonnes, qui sont attaquées sur le flanc par des Touaregs, se rejetant en territoire britannique. Régulièrement, nous aurions le droit de les y suivre, puisque l'Angleterre ne fait aucune police et n'entretient aucune force dans la zone qui lui est dévolue ; mais ce droit de suite et de

(1) Voir dans l'Economiste Français du 1er juin 1901 notre article intitulé :

La (/uestion de Terre Neuve et les compensations éventuelles.

(2) Le décret constitutif de notre troisième territoire militaire, celui de Zinder, admet nettement la possession, par nous, de la li<me directe à travers l'arc anglais ; il dit en effet : « Le moment paraît venu de relier par l'établissement de postes à Kouni et à Maradi, nos postes de Saï et de Zinder »>. Or, d'après la démarcation britannique, Kouni et Maradi seraient en territoire anglais.

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répression, que nous devons exercer, à défaut d'elle, peut donner lieu à des complications et des froissements.

Un des moyens d'obtenir rapidement ces indispensables rectifications de frontières, ce serait de conclure avec l'Angleterre, pour toute cette partie de nos colonies, des arrangements commerciaux stipulant, sinon l'absolue égalité de traitement, du moins un régime de tarifs modérés, comme celui qu'a établi le traité anglotunisien de l'année 1897. (Voir, plus haut, page 12.)

Il pourrait être utile aussi de rectifier la démarcation établie par le traité du 4 février 1894 avec l'Allemagne, entre la colonie allemande de Cameroon et de l'Adamaoua et nos possessions de TOubanghi et du Tchad. Quoique cette dernière masse d'eau ne soit pas un simple marécage et encore moins un pur bourbier, ce n'est pas, néanmoins, une grande mer intérieure, à laquelle il y ait lieu de donner accès à toutes les nations qui possèdent d'importantes colonies sur la Côte. La possession d'une portion des rives du Tchad n'a aucun intérêt pour l'Allemagne, et si l'on pouvait, par une entente, abaisser la frontière allemande au 10e degré de latitude Nord, ou tout au moins au 11e, on n'aurait porté aucun préjudice au développement futur de la colonie de Cameroon. Gomme on l'a vu plus haut (Tome 1er, page 319), les Allemands sont fort éloignés d'avoir occupé le territoire jusqu'au 10e degré ; les Français sont les seuls à avoir fait une œuvre active dans toute cette région du Tchad ; ce sont eux qui l'ont pacifiée ; il est juste qu'on leur en tienne compte ; cette pacification leur a constitué, sinon d'une façon absolue, des droits nouveaux, du moins des titres à des arrangements plus équitables et plus normaux.

Jusqu'ici nos possessions du Tchad n'ont d'autre route de communication avec la France que les suivantes : 1° du Sénégal à Saï et, de là, à Zinder, puis à N'Guimi, sur le lac, par les voies si défectueuses que nous venons de décrire; 2° en remontant le Niger depuis son embouchure et, à partir de Saï, en empruntant la route précédente; 3° en remontant le Congo, depuis son embouchure également, puis TOubanghi et un de ses sousaffluents, jusqu'à Krébedgé, d'où, après un portage de 150 kilomètres, on atteint le Gribingui, affluent du Chari, qui, par un delta boueux, débouche dans le Tchad même.

Ces trois routes sont exorbitamment longues et commercialement impraticables. Cela est de toute évidence pour la dernière. Construisit-on un petit chemin de fer de 150 kilomètres entre Krébedgé et le Gribingui ou même de 250 kilomètres entre ce dernier cours d'eau etBanghi sur TOubanghi, au point où, celuici est, en amont, embarrassé de rapides, ce qui pourra un jour se faire, pour des raisons stratégiques ou locales, l'énormité du

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