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LE TRANSSAHARIEN DU TCHAD OU GRAND CENTRAL AFRICAIN

ment un grand et productif Empire Africain, il est de son devoir manifeste et de la prévoyance patriotique la plus évidente d'ac corder cette garantie et de faire exécuter cette œuvre sans retard.

Le chemin de fer Transsaharien vers le Tchad, ou Grand Central Africain, est l'instrument indispensable, qui doit être, en outre, en soi, à la longue très rémunérateur, de la mise en exploitation du Soudan Central ; c'est la seule chance réservée à la France de faire une œuvre de tout à fait premier ordre.

Il faut que notre pays lui donne la priorité sur toutes les autres entreprises coloniales. Il ne faut pas, en effet,trop disperser nos efforts. Que l'on achève le chemin de fer du Sénégal au Niger, ce qui ne doit être qu'une dépense d'une quinzaine de millions, qu'on laisse la colonie de la Guinée française faire à ses frais le chemin de fer de Konakry à Kouroussa, les colonies de la Côte d'Ivoire et du Dahomey entreprendre, à leur frais également, des voies ferrées analogues de pénétration et les pousser, si elles le peuvent, jusqu'à d'autres points du Niger ; qu'on se contente de leur faciliter le crédit à bon marché, sans leur donner ni garanties d'intérêts ni subventions, ce qui disperserait trop les sacrifices de la métropole, et qu'on porte tout l'effort métropolitain, jusqu'à son achèvement, sur le Transsaharien du Tchad, le Grand Central Africain, qui doit constituer la colonne vertébrale de l'Afrique (1).

Des concurrences, par voie d'eau, allant du Tchad ou de sa région au golfe du Bénin, ne paraissent pas à craindre. Les cours d'eau africains ont un régime trop instable, pour se prêter, sur tout leur cours, à une navigation très active et très économique. Encombrés de rapides, de bords marécageux, fermés par une barre farouche, ils auraient besoin d'énormes et très coûteux travaux pour pouvoir lutter contre une voie ferrée bien établie, même beaucoup plus longue. Quant aux chemins de fer que nos rivaux projettent du golfe du Bénin ou de Cameroon à la région du Tchad, s'ils sont d'un tiers ou parfois de moitié plus courts que le Transsaharien, ils auront l'inconvénient, très grave en ce qui concerne les voyageurs, quoique moindre pour les marchandises, d'aboutir à une côte malsaine et éloignée, infiniment loin de l'Europe, au lieu de déboucher en pleine Méditerranée occidentale. La différence entre le fret de Philippeville ou Alger, à Marseille, Gênes, Triesteou même Liverpool et Londres, qui ne dépasse pas 10 à 12 francs et parfois tombe à 7 ou 8, et le fret des mêmes ports européens au golfe du Bénin ou à celui de Cameroon, qui monte à 28 ou 30 francs, représente déjà,à 2 centimes par kilomètre, un millier de kilomètres, sans compter les éco-

(1) Voir plus haut, sur le Transaharien, tome lor de cet ouvrage, papes 516 à 524 et se reporter, pour une étude détaillée, à notre article consacré à ce sujei dans la Revue des Deux Mondes du 1er juillet 1899.

DE LA COLONISATION AU XIXe ET AU XXe SIÈCLE

nomies surl'assurance el aussi l'avantage de la plus grande rapidité et régularité dans la livraison.

L'exécution du Transsaharien du Tchad, du Grand Central africain, est d'autant plus nécessaire et même urgente que les Anglais projettent en ce moment de pousser jusqu'à Kano, la grande ville commerçante du Soudan Central, le chemin de fer de Lagos à Ibadan, ce qui menacerait politiquement et économiquement nos possessions centre-africaines, si elles n'étaient pas rattachées à la France par une voie aboutissant le plus directement possible à la Méditerranée en face de Marseille (1).

Il est difficile de savoir exactement la superficie et encore plus la population de nos colonies de l'Afrique occidentale et centrale. Les statistiques de notre ministère des Colonies sont, nous l'avons rUt et l'on ne saurait trop le redire, absolument déplorables. Dans son rapport sur le budget de 1901, M. Le Myre de Yilers, qui donne l'étendue et la population (page 174 du dit Rapport) de la plupart de nos Colonies, y compris le Congo et Madagascar, ne met aucun chiffre à ce sujet en face des noms de nos colonies de

(1) On jugera de la situation par les lignes suivantes que nous extrayons du Petit Temps du 21 novembre 1901.

« Notre correspondant de Lagos nous envoie le texte d'un discours extrêmement important fait à Lagos par le gouverneur, sir William Mac Gregor :

Après avoir insisté sur la nécessité primordiale pour la colonie de Lagos de continuer au plus vite la construction du chemin de fer Lagos-Ibadan au Niger et du Niger à la Nigeria septentrionale, le gouverneur continue :

« Vous êtes familier, sans doute, avec le grand projet, assez aisé d'exécution, qui tendrait à étendre la voie algérienne de Philippeville jusqu'à la région comprise entre le Niger et le Tchad. Cette ligne se relierait avec celle de Porto- Novo, à SaL Grâce à cette ligne, une force militaire française partant d'Algérie se trouverait à portée de Lagos et de la Nigeria septentrionale en une semaine environ.

« Donc, pour des raisons défensives, il est tout à fait désirable que le chemin de fer de Lagos soit continué jusqu'à la Nigeria septentrionale, sinon l'ombre de la France pèsera sur nous, et nous serons incapables de défendre et notre territoire et notre commerce. L'effet des voies françaises sera, si nous restons tranquilles, d'orienter vers elles une proportion considérable de notre commerce, tant aux importations qu'aux exportations, sans parler de la perte de prestige. La question étant largement impériale, il est nécessaire que les fonds soient de prime abord avancés par la trésorerie impériale. Quelque temps s'écoulera avant que la ligne existante, Lagos-Ibadan, puisse relever le budget local du fardeau de payer l'intérêt sur sa construction. Le peuple anglais est capable de comprendre qu'une voie ferrée de Lagos à Kano serait le meilleur et le plus sùr moyen de civiliser tout le pays.

« Ce résultat ne demanderait vraisemblablement pas de dépenses plus grandes qu'une série d'expéditions militaires. Beaucoup de vies et beaucoup de sang seraient épargnés en ouvrant le pays de cette façon et cela constituerait un actif permanent. La locomotive serait préférable au canon Maxim. Il est d'une évidence telle qu'un chemin de fer de Lagos au pays haoussa s'impose que l'on peut dire que c'est un axiome* Lagos doit également insister, auprès du secrétaire d'Etat des colonies, sur l'union de notre colonie à la Nigeria septentrionale. »

POSSESSIONS FRANÇAISES DE i/OUEST ET CENTRE AFRICAINS 169

l'Afrique occidentale et centrale. D'après certaines publications, le Sénégal aurait 470.000 kilomètres carrés et 1.170.000 habitants; le Soudan français J 20.000 kilomètres carrés et 2.400.000 âmes; la Guinée 90.000 kilomètres carrés et 1 million d'habitants; la Côte dlvoire, 50 000 et 600.000; le Dahomey 40.000 kilomètres et i700.000 âmes; en tout 760.000 kilomètres carrés et 5.870.000 habitants (1). Ces chiffres sont absolument dérisoires, notamment ceux relatifs au Soudan français. Ils ne tiennent évidemment aucun compte de nos récentes conquêtes et de l'arrière-pays de nos colonies côtières.

Il est étrange qu'il faille recourir à des documents anglais ou allemands pour avoir des notions un tant soit peu précises, du moins approximatives, sur l'étendue des Colonies françaises Ouest- Africaines.

LeStatesmarfs Year-Book pour 1901 (2) donne les superficies et les populations suivantes pour nos colonies de l'Afrique occidentale et centrale. Nous rappelons en même temps les chiffres de l'Algérie et de la Tunisie, et nous traduisons les milles carrés en kilomètres carrés à raison de 2,6 kilomètres carrés pour 1 mille carré :

Possessions de la France dans le Nord, VOuest et le Centre de V Afrique

Superficie

Population

Territoires militaires de l'Ouest et du

En y joignant 117.000 kilomètres carrés que nous possédons à Djibouti et sur la Côte des Somalis avec 200.000 habitants, nous nous trouverions posséder sur le Continent africain, l'île de Madagascar par conséquent non comprise, 9.666.000 kilomètres carrés, avec une population de 29.880.000 habitants, soit 18 fois l'étendue de la France et les trois quarts de sa population. Dans cette étendue la plus grande partie est, sans doute, inutilisable ; nous avons maintenu le chiffre de 2.500.000 habitants que le document anglais attribue à ce qu'il appelle : Sahara

1 Annuaire de l'Economie politique et de la Statistique, de Maurice Block, année 1899, pages £51 et 852.

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Région, laquelle évidemment doit comprendre pour lui autre chose que le désert du Sahara.

En retranchant, de ce tableau nos possessions de l'Afrique du Nord, Algérie, Tunisie, la région du Sahara et le Congo, quoiqu'une partie de ces deux dernières contrées appartiennent à l'Afrique Centrale, il reste pour les établissements français, de l'Ouest et du Centre africain à proprement parler, dont nous venons de traiter dans cette partie de chapitre, une étendue de 3.068.000 kil. carrés, avec une population de 13.200.000 habitants, susceptible de tripler ou quadrupler dans le cours du présent siècle.

Les renseignements allemands, peu différents des précédents, attribuent 323.000 kilomètres carrés et 2 1/2 millions d'habitants à notre colonie de la Côte d'Ivoire, 152.000 kilomètres carrés au Dahomey et 1 million d'habitants, et avec tous les territoires militaires 3 millions de kilomètres carrés pour nos possessions dans TOuest de l'Afrique et leurs prolongements à l'intérieur (1).

Tous ces chiffres sont nécessairement approximatifs, l'ensemble de ces territoires étant encore peu exploré et insuffisamment délimité. Mais qu'il y ait là l'embryon d'un colossal Empire colonial, c'est ce dont on ne peut douter.

Il est bon de dire quelques mots du système administratif auquel est soumise cette immense superficie. Jusqu'à un décret du 15 juin 1895, nos possessions de l'Ouest Africain, en grande partie encore à l'état de création ou de conquête, constituaient cinq colonies différentes : le Sénégal, la plus ancienne et le noyau du tout, le Soudan français à l'intérieur, la Gainée française comprenant le protectorat du Fouta-Djallon, la Côte d'Ivoire, le Dahomey et dépendances. Ce morcellement a cessé par le décret de juin 1895, créant le gouvernement général de l'Afrique Occidentale. On donnait comme motifs de la nécessité de cette institution nouvelle, d'une part, la situation créée dans le Soudan méridional par les opérations militaires qui venaient d'avoir lieu jau sud de Kong et, d'autre part, les conflits d attributions qui s'étaient produits déjà l'année précédente entre des gouverneurs voisins au sujet d'incidents survenus dans les contrées avoisinant notre protectorat du Fouta-Djallon.

Ce décret fait du gouverneur général le représentant du gouvernement dans les territoires du Sénégal, du Soudan français, de la Guinée française et de la Côte d'Ivoire : ces quatre colonies furent placées sous sa haute direction politique et militaire, tout en gardant leur autonomie administrative et financière sous l'autorité de gouverneurs résidant à Konakry et à Grand-Bassam et d'un lieutenant-gouverneur résidant à Kayes. Le Dahomey

(1) A. Zimmermann, Die Kolonial potitik Frankreichs, page 387 et 390.

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