L OUEST-AFRÏCAIN FRANÇAIS '. L'ADMINISTRATION
l'Ouest Africain, le? fédérations qui se forment entre les diverses colonies britanniques d'une même région : le Dominion Canadien, l'Australian Commonwealth, les plans de fédération sudafricaine. Il y a, toutefois, cette différence que toutes ces colonies britanniques sont ou des colonies de peuplement ou, tout au moins, des colonies mixtes, tandis que nos possessions de l'Afrique Occidentale ne peuvent être que des colonies d'exploitation. A l'heure présente (1901), la personne du Gouverneur général, M. Ballay, qui connaît à merveille toute l'Afrique tropicale, ayant été au Congo un des compagnons de Brazza et ayant administré pendant dix ans, avec le plus grand succès, la Guinée française, doune toutes les garanties que la concentration dans les mêmes mains de la haute direction de toutes nos affaires ouest-africaines produira tous les fruits dont elle est susceptible.
Une mesure que l'on doit, au contraire, blâmer comme absolument prématurée et actuellement nuisible, c'est la dislocation, effectuée en 1899, du Soudan français et la répartition de sa vaste étendue, sauf trois territoires militaires, entre les colonies de la Côte. Le Soudan français formait une unité ; il s'appliquait surtout aux populations musulmanes des deux rives du Niger; il comprenait un pays, géographiquement et ethnographiquement, très différent de la côte (1), plus récemment conquis aussi et pacifié. Il était, d'ailleurs, confié alors à un homme de beaucoup de mérite, le général de Trentinian, qui, en y maintenant et y étendant la paix, y faisait de louables essais de colonisation. On eût pu restreindre un peu la superficie du Soudan français, sans le disloquer. Il eût été bon d'en reporter plus loin le siège, de Kayes, par exemple, à Ségou, sur le Niger, où le gouverneur eût été plus près de toutes les contrées récemment soumises et des Touaregs et autres populations sahariennes et nomades oppressives.
On a, au contraire, morcelé, par la création de trois territoires militaires indépendants, ceux de Tombouctou, Saï et Zinder, la surveillance et l'administration de tout cet immense arrière-pays, qu'il eût été plus utile de maintenir sous une direction unique.
Quoiqu'elles relèvent politiquement du gouverneur général de l'Afrique Occidentale, nos diverses colonies de la région conservent chacune une autonomie administrative et financière, et ont un régime intérieur très différent.
Le Sénégal, que nous possédons, du moins en ce qui concerne
(1) M. Henri Lorin, dans son ouvrage : Y Afrique à Ventrée du xx9 siècle, décrit fort bien les très grandes divergences qu'offrent à la fois la nature des lieux et les populations, à mesure que Ton va de la côle à l'intérieur. On ne trouve aucune dissemblance de ce genre dans notre petite Europe, beaucoup plus uniforme par le caractère des lieux et par la mentalité des habitants.
174 DE LA COLONISATION AU XIXe ET AU XXe SIÈCLE
Saint-Louis et le bas fleuve, depuis plusieurs siècles, jouit d'institutions beaucoup plus développées que nos autres colonies ouestafricaines. Le régime communal, analogue à celui de France, ayant l'élection à sa base, s'y épanouit dans les communes de plein exercice, Saint-Louis, Gorée, Dakar, Rufisque. Ces mêmes communes élisent un Conseil Général et enfin un député à notre Parlement. Ce sont là nos larges et libérales habitudes pour nos anciennes colonies ; elles ne laissent pas que d'avoir quelques inconvénients ; on ne peut approuver le suffrage universel ainsi octroyé non seulement à des blancs ou des métis, mais à des noirs, sans les assujettir à des conditions de propriété et d'instruction qui en limitent le nombre. Ces inconvénients sont moindres, toutefois, au Sénégal qu'aux Antilles; les députés au Parlement français sont des blancs, quelquefois des hommes de mérite. Le budget local, cependant, se ressent, au grand détriment de la métropole, dont les subventions se trouvent par là même accrues, d'un certain gaspillage électoral.
Les habitants des communes précitées, au nombre d'une quarantaine de mille sur plus d'un million, sont seuls à jouir de ces droits. Le reste du Sénégal, de beaucoup la majeure partie, est administré sous une sorte de régime de protectorat avec le concours de chefs indigènes que Ton maintient ou que l'on remplace suivant qu'on le croit utile.
C'est un régime du même genre qui est appliqué dans toutes nos autres colonies de la région, et il paraît assez bien fonctionner. Les Français, on le sait, par la plasticité de leur caractère et de leur esprit (c'est là une de nos qualités colonisatrices, dégénérant parfois, par son excès, en défaut), font assez bon ménage avec les indigènes; et, défait, on ne voit guère dans les colonies françaises des révoltes, comme celles qui éclatent si fréquemment dans les colonies anglaises voisines, notamment dans ces dernières années chez les Achantis et sur les bords de la Gambie. Pendant longtemps, nous n'aurons à exercer dans ces pays qu'une autorité un peu patriarcale, en ayant soin d'assurer aux Européens toutes les libertés personnelles et économiques, qui ne seraient pas en opposition manifeste avec les droits ou les intérêts primordiaux des indigènes. Il serait bon, dans des comités consultatifs, de donner accès aux notables Européens là où ils sont un peu nombreux, sans leur conférer de pouvoir de décision ; leur groupement en une Chambre de Commerce ou une Chambre d'agriculture paraît le meilleur procédé à ce sujet. L'autorité, comme la responsabilité, doit rester aux mains des gouverneurs, dans ces pays où les Européens ne forment jamais que de petits groupes infimes.
Le régime commercial dans nos colonies de l'Ouest de