‹ De la colonisation chez les peuples modernes (volume 2)Chapitre 74 sur 154 · COLONIES FRANÇAISES : MADAGASCAR; LES CONCESSIONS DE TERRES · texte numérisé non relu

COLONIES FRANÇAISES : MADAGASCAR; LES CONCESSIONS DE TERRES

taie, les concessions de 100,000 à 120,000 hectares, égales à la surface de l'un de nos arrondissements français, suffisant dans la plupart des cas. Il ne faudrait jamais, au moins d'ici à une quinzaine d'années et jusqu'à ce que l'expérience des grandes concessions actuelles apparaisse comme concluante, dépasser pour l'ensemble 10 à 12 millions d'hectares, soit le sixième ou le cinquième de la surface de l'île. Il ne faut pas renouveler les fautes commises au Congo français.

Ces grandes concessions ont, naturellement, pour objet l'exploitation et l'aménagement des forêts et l'élevage du bétail. On peut y comprendre la recherche des mines et un privilège à ce sujet, au moins pendant une période d'années limitée (dix à quinze ans). Il sera rare, sauf aux environs des centres de direction et d'exploitation, qu'on s'y livre à l'agriculture; le défaut de main-d'œuvre y mettrait obstacle dans la plupart 'des cas. Les concessionnaires doivent être tenus, de la manière la plus stricte, à respecter les propriétés soit individuelles, soit de village des indigènes, ainsi que tous leurs droits de jouissance, quitte à cantonner équitablement ces droits quandils sont trop dispersés etnuisent à Aménagement des ressources naturelles. Les concessionnaires doivent aussi constituer des réserves de terre, destinées à être allouées aux indigènes, au fur et à mesure que la population se développera; et aussi il convient qu'ils soient astreints à subir des prélèvements, en cas de besoin, pour la petite colonisation européenne, si celle-ci vient à se produire ou à être jugée utile dans leurs districts; mais les prélèvements à ces deux derniers titres ne doivent pas dépasser ensemble, dans les vingt ou trente prochaines années, 20 à 25 p. 100 de la superficie totale et une indemnité en ce cas doit être allouée au concessionnaire quand il a fait des travaux utiles sur la partie qu'on lui enlève ou dans son voisinage.

De petites concessions de terres sont aussi accordées, tantôt à titre gratuit, tantôt à titre onéreux, dans des périmètres déterminés, à des cultivateurs européens. Le maximum de l'étendue à titre gratuit est de 100 hectares. Au 31 décembre 1899, il avait été alloué ainsi, à titre provisoire, 945 concessions, portant sur 85.369 hectares, soit environ 90 hectares, en moyenne, pour chacune. Quant aux concessions accordées à titre définitif, après mise en valeur, elles étaient, au 31 décembre 1899, au nombre de 123 pour une superficie de 7,381 hectares. Il faut joindre, aux chiffres qui précèdent, 41 locations du domaine public, embrassant 12.542 hectares (1). Toute cette étendue, à titre soit provisoire, soit définitif, de la petite et de la moyenne colonisation, soit possédée, soit louée, représente un peu plus de 1,100 lots et de 100,000 hectares; mais, comme il peut y avoir plusieurs lots entre

(1) René Foumier, Notice sur Madagascar, pages 119 à 157.

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les mêmes mains, sauf pour les concessions gratuites, on ne peut guère compter plus de 8 à 900 colons ruraux. Ce système de concessions n'ayant commencé à être appliqué qu'en 1895 et n'ayant pris une notable extension qu'à partir de 1897, le résultat doit être considéré comme satisfaisant.

Si ce mouvement se maintenait, on pourrait peut-être, à la longue, constituer sur le plateau central un assez fort noyau de petits colons français ruraux, ce qui, pour notre possession du pays et l'avenir de notre colonisation, aurait une importance considérable. La colonisation militaire y a été amorcée avec succès; un certain nombre de soldats qui ont fait leur temps de service dans le pays s'y sont fixés et y ont appelé leurs familles ; c'est là une excellente source de recrues. Des lots bien choisis devraient toujours être tenus gratuitement à la disposition des soldats disposés à s'y établir, ainsi qu'à celle des enfants devenus adultes des colons. L'immensité du pays et le peu de densité de la population le permettraient. On provoquerait ainsi, parmi les colons, en y introduisant notamment le système canadien du homestead, des habitudes de prolificité. Il faudrait aussi modifier notre Gode civil dans le sens d'une plus large liberté détester pour le père au profit de l'un de ses enfants et de la conservation intégrale du domaine. L'Etat devrait constituer des centres salubres, pourvus de tout ce qui est nécessaire au point de vue matériel et moral : école, église, adduction d'eau.

Voici quelques renseignements sur la colonisation militaire à Madagascar; elle ne porte malheureusement que sur quelques dizaines d'individus, mais si ce petit courant se maintenait et que ces colons énergiques pullulassent comme les Franco-Canadiens et les Boers, cela pourrait, dans un siècle, constituer un noyau important. Tout militaire désireux de créer dans l'une de ces contrées une exploitation agricole et agréé par l'autorité supérieure se voit octroyer, pendant deux années consécutives, une subvention qui est prélevée sur un crédit inscrit annuellement à cet effet au budget local et dont le chiffre maximum est fixé à 4.500 fr. pour ces deux années. Par contre, il s'engage à résider trois ans sur sa concession, à la mettre en valeur dans le même délai, et, enfin, à concourir, durantle même laps de temps, aumaintien de la sécurité du pays s'il y est requis. Il doit, de plus, justifier de l'emploi des subsides qui lui sont alloués et dont la remise lui est faite, au fur et à mesure de ses besoins, par le chef de la circonscription où il est établi.

Telles sont les principales dispositions de l'arrêté d'avril 1899. La Feuille de renseignements de V Office Colonial indiquait à la fin de l'été 1900 que 18 colons militaires avaient touché le montant des deux annuités prévues à l'arrêté de 1899, soit 36.300 fr.

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