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COLONIES FRANÇAISES ; MADAGASCAR ; LES CONCESSIONS DE TERRES

La superficie territoriale occupée par ces dix-huit colons atteignait 1,489 hectares 31. Dix-huit autres colons militaires avaient touché le montant d'une seule annuité, soit 11.500 francs, et la superficie occupée par eux atteignait 1.691 hectares 51. Quelquesuns de ces militaires ont déjà très bien réussi et nous sommes heureux de voir qu'ils se livrent surtout aux cultures vivrières, les seules vraiment importantes à développer actuellement pour l'avenir de l'île; les denrées coloniales de luxe ne les occupent qu'à titre d'essai (1).

La prévoyance conseillerait à notre gouvernement de ne pas pousser, autant qu'on le fait dans nos colonies, à la production artificielle de denrées coloniales de luxe, le café, le cacao, la vanille,le girofle, etc., ce sontlà de très mauvais conseils qu'on donne à nos colons ; il vaut beaucoup mieux pour eux et pour tout le monde qu'ils s'adonnent surtout à l'élève du bétail et aux cultures vivrières.

Peut-être serait-il possible de provoquer un courant d'immigration à Madagascar, de Franco-Canadiens, parmi ceux de ces proli-

(1) Voici ce que dit de deux de ces colons militaires un rapport officiel : « Installé depuis le mois de septembre 1899, à Analamazaotra, dans le cercle de Moramanga, sur une concession d'une superficie de 40 hectares, le sergent N... a fait preuve, depuis son entrée en possession, d une activité infatigable. Il possède, en effet, actuellement, 5 hectares de rizières en plein rendement, 1 hectare de maïs et autres cultures vivrières indigènes, 50 a?es de pommes de terre et une plantation de 500 pieds de café, il élève, en outre, 25 bêtes à cornes, 30 porcs et 200 volailles. Il a enfin construit une maison d'habitalion de 4 pièces qui est entourée d'un jardin potager de 50 ares. Intelligent et travailleur en même temps que sobre et économe, le sergent N... a su, comme on le voit, tirer le meilleur parti de ses modestes capitaux, qui se composaient de ses économies, s'élevant à 2.600 francs, et d'une subvention de 2 000 irancs. Il est aidé dans son entreprise par son père, qu'il a fait venir de France, témoignant ainsi de sa confiance dans la réussite. L'œuvre poursuivie par le sergent N... est en excelleute voie.

J'en dirai de même de celle à laquelle s'est consacré le soldat P.... Détenteur de 100 hectares de terrains situés dans les environs de Manjakandriana, ce colon militaire, ancien valet de ferme en France, se trouve tout heureux et tout fier d'être, à Madagascar, le propriétaire de la ferme des Mûriers. Ce nom qu'il a donné à sa concession, est, du reste, absolument mérité ; car, lorsqu'on arrive sur le petit mamelon où il a bâti sa maison, son hangar, ses étables, on se croit transporté dans la cour d'une ferme normande, où rien ne manque, pas même la fosse à purin. En paysan, aussi avisé que rude à la besogne, P. .. a compris qu'il était nécessaire de se livrer, avant tout, à la culture malgache; aussi a-t-il créé 5 hectares environ de très belles rizières, 3 hectares de patates, maïs, manioc et pommes de terres et défriché 10 hectares qui vont être incessamment mis en culture, lia, toutefois, effectué quelques essais de mûrier, do caféier, de tabac et enfin de blé. Cette dernière tentative, quoique très satisfaisante, a été faite sur une trop faible étendue de terrain pour qu'on puisse se prononcer d'une manière absolue sur l'avenir réservé à cette céréale dans la région. Il a enfin constitué un troupeau de 9 bœufs, 5 vaches, 4 veaux, 1 génisse, 23 moutons, 10 porcs, 1 truie et une basse-cour de 80 poules et canards, 8 oies et 13 lapins ». [Journal des Débats du 8 octobre 1901.)

22? DE LA COLONISATION AU XIXe ET AU XXe SIÈCLE

tiques descendants de Français qui vont se perdre aux Etats-Unis. Le climat du plateau central leur conviendrait parfaitement et si l'on pouvait en amener 5 à 600 par année, au prix d'un sacrifice de 1 million de francs par an, on pourrait avoir à la fin du xxe siècle, surle plateau central de Madagascar et dans les régions de la grande île, les plus propres au peuplement européen, peut-être 200.000 à 300.000 colons ruraux d'origine française ou franco-canadienne, et l'exemple des Boers du Transvaalet de l'Orange montre quelle est la puissance et la vitalité d'un pareil noyau de vigoureux paysans. A défaut de Franco-Canadiens, un excellent élément de colonisation, ce serait les paysans norvégiens, si les missionnaires de cette nationalité, si actifs à Madagascar (voir plus loin page 235), pouvaient y amener un courant d'immigration de leur compatriotes,

Les voies de communication sont à Madagascar très embryonnaires et, par la nature des terrains et le relief du sol, elles sont d'une construction et d'un entretien très malaisé. La rareté de la main d'oeuvre y ajoute une difficulté de plus. Il faut faire quelquesunes de ces voies de communication, mais, dans l'état présent de la colonie, il ne convient pas d'en abuser ; ce serait des sacrifices inutiles et prématurés.On ne doit pas oublier que la mise en valeur de ce vaste pays exigera plusieurs siècles. D'ici à vingt-cinq ans, on ne peut qu'amorcer l'œuvre avec prudence et réflexion. On a presque entièrement terminé (juillet 1901) une route carrossable de Tananarive à la côte Est, aboutissant à Tamatave ou aux environs et déjà les automobiles y circulent. Un chemin de fer est actuellement en construction par les soins de l'Etat, ce qui ne paraît pas la combinaison la plus économique,la plus sûre et la plus simple, de Tananarive à la même côte et au même port, s'y rattachant soit directement, soit par le canal des Pangalones. Ultérieurement, il pourra être utile de construire une autre lignée ferrée de Tananarive à Majunga qui, placée sur la côte Occidentale, en face de Lourenço-Marquez,est une place de grand avenir. Ces deux lignes construites, et la deuxième peut être encore ajournée un certain temps, on pourra ne plus entreprendre, pendant une ou deux décades d'années, des travaux de première grandeur ; quelques routes ou quelques petites voies ferrées très élémentaires sur le plateau central aux environs de Tananarive suffiront longtemps. Il ne faut pas disperser la colonisation, ni par conséquent les travaux publics ; le système Wakefiield, dont il sera parlé plus loin à propos de l'Australie, s'impose tout particulièrement à Madagascar, sinon dans ses maximes de détail, du moins dans son principe général de ne pas favoriser la dissémination prématurée des colons.

Il conviendrait aussi de renoncer à notre coûteux système de doubler toujours une voie ferrée d'une route et réciproque-

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