COLONIES DE LA FRANGE ; MADAGASCAR ; VOIES DE COMMUNICATION
ment. Celle-là s'impose pour les communications àlongue distance, celle-ci pour les relations et les transports à proximité.
On calcule que, à l'heure actuelle, le transport par borjanes (porteurs) de Tananarive à Tamatave revient à environ Ofr. 80 par kilomètre; la route diminuerait ce prix des deux tiers; avec un chemin de fer les tarifs pourraient rester élevés, soit 15 à 20 centimes le kilomètre pour les marchandises de grande valeur, et descendre, à 5 ou 6 centimes, parfois moins, pour les produits communs. Quant au transport des personnes par fllanzanes (sorte de chaises à porteur) ils reviennent à environ 140 fr. pour les 350 kilomètres de Tamatave à Tananarive en sept jours et 80 francs environ dans le sens inverse ; la voie ferrée pourrait avoirun tarif de 20 centimes par kilomètre en première classe, de 10 à 12 centimes en deuxième classe et de 3 à 4 centimes en troisième.
Dans l'état actuel et pendant très longtempsles communications entre les diverses parties de l'îlè devront s'effectuer par le cabotage. Au moment où nous écrivons (1901) trois compagnies françaises importantes font à la fois le service entre la métropole et Madagascar et desservent les principaux ports en les reliant entre eux : les Messageries maritimes ont deux paquebots par mois de Marseille, ptrAden, Zanzibar, Anjouan, Mayotte, à Majunga, Nossi-Bé, Diégosuarez, Sainte-Marie et Tamatave, et deux retours mensuels également par le même itinéraire. La Compagnie des Ghargeurs-Réunis a un départ mensuel, alternativement du Havre et Bordeaux, faisant escale à Lisbonne, Dakar, Gape-Town, Port-Elisabeth, Lourenço-Marquez et Beïra, pour Majunka, Tamatave, Vatomandry, Mananjary et Fort-Dauphin, et un retour mensuel également par les mêmes escales. Enfin la Compagnie havraise péninsulaire assure un service régulier tous les vingt jours entre le Havre, Marseille et Majunka, Diégo-Suarez, Tamatave, Vatomandry et Mananjary, et un autre tous les quarante jours de Saint- Nazaire et de Bordeaux aux mêmes ports. Le retour a lieu soit par le même itinéraire, soit suivant les circonstances avec quelques variations d'escales.
En définitive, il y a environ cinq bateaux français par mois de France à Madagascar et vice versa, desservant en même temps les cinq à six ports principaux de la grande île. On remarquera que toutes ces lignes se dirigent d'abord sur Majunka, qui, par sa situation en face de l'Afrique Australe, en même temps peutêtre que par son territoire, paraît avoir une plus grande valeur que Tamatave. Aussi eût-il mieux valu peut-être construire d'abord la ligne ferrée de Majunka à Tananarive que celle de Tananarive à Tamatave. La dernière ne dispensera sans doute pas de la première.
Les Messageries maritimes ont, en outre, deux lignes annexes
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et mensuelles, l'une partant de Diego-Suarez et touchant Nossi- Bé, Analalava, Majunka, Maintirano, Morondava, Ambohibé et Tuléar, c'est-à dire toutes les stations un peu importantes de la côte Occidentale, l'autre reliant la grande île à Mozambique, Beïra, Lourenço-Marquez et Natal.
Une société française secondaire, la « Compagnie Française de Commerce et de Navigation », avait établi un service entre Diégo- Suarez et Fort-Dauphin, en faisant escale à tous les ports un peu notables de la côte Orientale, mais elle menaçait de la supprimer si le gouvernement ne lui allouait pas une subvention. Il serait sage de lui en allouer une qui, sans doute, ne serait pas bien importante, peut-être une centaine de mille francs, car Fort-Dauphin, situé à l'extrémité méridionale de i'île,paraît avoir de l'avenir; il ne peut être question, de très longtemps, de le rattacher à Tananarive par une route de terre qui serait exorbitamment coûteuse, et ce port ne paraît, à l'heure actuelle, pourvu que d'un service mensuel par les « Chargeurs-Réunis », ce qui est trop peu.
D'autres navires irréguliers, vapeurs ou voiliers (on sait que l'Etat français a commis la sottise de pousser par des primes extravagantes à de grandes constructions de ceux-ci), ajoutent des liens intermittents entre la colonie et la métropole.
Notre régime commercial à Madagascar qui est ultra protectionniste n'y attire pas de nombreux navires étrangers, du moins d'une manière régulière. Cependant, il arrive fréquemment que les navires de la ligne allemande « Deutsche Ost-Afrika Linie » mouillent à Majunka et Nossi-Bé.
Nous sommes d'avis que la France devrait atténuer, dans une assez large mesure, le tarif ultra-protectionniste qu'elle a établi à Madagascar. Au contraire, par des raisons surtout d'ordre politique, nous pensons qu'elle doit réserver exclusivement à ses navires le cabotage sur ses côtes et dans les fleuves (1).
Le fret entre la France et Madagascar, et réciproquement, varie en général entre 50 et 60 francs la tonne, parfois 65 francs, ce qui est fort élevé : d'un port de l'île à l'autre, il oscille le plus souvent entre 15 et 25 francs.*
Les cours d'eau sont très abondants dans l'île sur les deux versants; ils sont, surtout ceux de la côte Occidentale, le Betsiboko et le Mangoki notamment, navigables jusqu'à une assez grande
(l) La Notice sur Madagascar, sinon officielle, du moins officieuse, de M. René Fournier, parue à l'Imprimerie Nationale (1900), dit bien (page 14) : a La navigation est absolument libre sur les côtes de Madagascar pour tous les pavilloos », mais cela ne parait pas s'appliquer au cabotage, c'est à-dire au transport de marchandises d'un port de Pile à un autre port de l'île. Les Anglais se plaignent beaucoup, en effet, d'être exclus de ce commerce; il ne faut, par des raisons politiques, leur faire aucune concession à ce sujet.