‹ De la colonisation chez les peuples modernes (volume 2)Chapitre 77 sur 154 · COLONIES DE LA FRANCE : MADAGASCAR; LE RÉGIME COMMERCIAL · texte numérisé non relu

COLONIES DE LA FRANCE : MADAGASCAR; LE RÉGIME COMMERCIAL

distance dans les terres, à des boutres de 5 à 6 tonneaux et à des chalands plus importants. Il y a là de très précieux et peu coûteux instruments de pénétration, dont il faudra user afin d'épargner les routes.

Il ne peut être question, en effet, de faire, d'ici à un quart de siècle, sinon un demi-siècle, un grand nombre de routes ou de chemins de fer ou de travaux publics, en général, dans un territoire aussi étendu, aussi tourmenté et aussi dépourvu de population. De vaste travaux publics seraient actuellement et prochainement un gaspillage. Il convient d'user des moyens naturels de communication qui sont nombreux par les côtes et les fleuves dans cette île oblongue et si bien pourvue d'eau.

On a vu que le commerce extérieur à Madagascar est soumis au régime le plus restrictif : c'est notre tarif général du il janvier 1892 qui s'y épanouit avec tous ses excès, sauf quelques rares exceptions où les droits de notre tarif métropolitain sont un peu atténués. Les produits français entrent en franchise de droits de douane, ce qui constitue une lourde faute, car la colonie se trouve ainsi privée de ressources financières qui lui seraient très utiles, sinon même indispensables. Il faudrait assujettir en principe tous les produits français à des droits qui seraient de la moitié ou du tiers des droits frappant les produits étrangers similaires.

A côté des droits de douane à l'entrée, il y a des droits de douane à la sortie, ce qui n'est nullement blâmable dans un pays primitif où l'impôt intérieur est difficile à asseoir et à lever : le taux général des droits de sortie est de 10 p. 0/0, mais parfois cette quotité paraît dépassée : ainsi, pour les bœufs, vaches, taureaux, veaux, où la taxe de sortie est de 15 francs par tête, ce qui, pour le bétail de ce pays, paraît excessif et devrait être réduit.

Pour suppléer au faible rendement des droits de douane à l'importation (les marchandises françaises étant exemptes et les étrangères assujetties à des droits en générai prohibitifs, par conséquent improductifs), on a établi sur un certain nombre d'articles des taxes dites de consommation qui grèvent toutes les marchandises dénommées au tarif soit étrangères, soit françaises, soit même indigènes, qu'elles soient introduites du dehors ou produites dans le pays. Le tarif de ces droits de consommation dénomme 26 denrées qui sont, pour la plupart, des denrées d'alimentation ou de consommation personnelle, celles que Ton taxe dans la plupart des pays : les boissons, le sucre raffiné, le tabac, le sel, l'huile d'olive et les autres huiles végétales, le pétrole, les allumettes, les cartes à jouer, l'opium, etc. On y a joint les tissus de toutes sortes qui sont grevés d'un droit de consommation de 5 p. 0/0 à la valeur. C'est le seul droit, très modique (il T. II 15

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pourrait être accru de 50 p. 100, sinon même doublé), que paient les tissus français ; les tissus étrangers le supportent aussi, mais en plus des droits de douane énormes qui les grèvent.

Le commerce extérieur de l'île est encore peu important; il s'est, toutefois, développé, surtout à l'importation, par suite de l'entretien de l'armée et des travaux publics entrepris ; en voici les chiffres :

Commerce extérieur de Madagascar.

Années Importation Exportation Total

Francs Francs Francs

Les chiffres de 1900 sont encore provisoires.

Ce commerce est encore bien modeste, surtout l'exportation, quoiqu'il y ait eu un très grand progrès de ce côté depuis cinq ans.

Grâce au tarif ultra-protectionniste, la métropole accapare la plus grande partie de ce trafic. En 1898 elle et ses colonies prenaient part à l'importation pour 16,121,710 fr. sur un total de 21,627,817 fr., ne laissant ainsi que 5,506,107 fr. aux divers pays étrangers; en 1899, la part de la France et de ses colonies avait encore grossi et celle de l'étranger baissé : 24,223,219 fr. à la première, 3,693,395 fr. seulement au second, sur un total de 27.916.614 fr.

A l'exportation, par son essence toujours plus libre que l'importation, la différence était moindre : 2,291,327 fr. pour la part de la France et de ses colonies, 2,683,222 pour celle de l'étranger sur un total de 4,974,549 fr., en 1898, et, avec un changement notable, 5,445.135 fr. pour la France, 2,601,273 fr. pour l'étranger, sur un total de 8,046,408 fr. en 1899.

L'Angleterre ne figurait plus, en 1899, que pour 398,915 fr. à l'importation, l'Allemagne pour 349,082, les Indes anglaises pour 228,902, l'Amérique pour 64,114, etc.

Cette répartition du commerce, surtout à l'importation, est tout à fait anormale et ne représente nullement un état de choses désirable : elle équivaut presque à l'exclusion de l'étranger, ce qui a nombre d'inconvénients et doit nuire à l'essor de la colonie. L'excessive prédominance des importations françaises dans les années ci-dessus peut tenir, toutefois, non seulement aux droits protecteurs immodérés, mais aussi à la quotité relativement considérable des denrées introduites pour le corps d'occupation. Il en sera de même plus tard pour les travaux publics en cours de préparation ou d'exécution, les contrats pour les travaux publics

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comportant l'obligation que les fournitures soient françaises. Madagascar est, en quelque sorte, une colonie séquestrée par la métropole. En voici la preuve :

Les principaux articles d'importation en 1899 étaient: les tissus de coton, pour 7,994,056 fr.,venant de France, et 846,775 fr. seulement, venant de l'étranger; en 1896 et 1897, avant l'application , de notre tarif général, la part de l'étranger était dix fois plus con sidérable ; ainsi en 1896, les importations de tissus français à Madagascar ne montaient qu'à 1,609,309 fr. et celles des tissus de l'étranger atteignaient 4,997,131 fr.; en 1897, celles des tissus français n'étaient que de 504,356 fr. et celles des tissus étrangers, probablementpar prévision de l'application de notre tarif nouveau, montaient à 6,510,112 fr.; elles se sont donc depuis lors réduites des 6/7èmes environ. Les vins ordinaires figuraient à l'importation en 1899 pour 2,171,500 fr., tous de provenance française, sauf le chiffre insignifiant de 3,963 fr. Les alcools divers et liqueurs importés avaient une valeur de 1,868,000 fr., tous aussi d'origine française, sauf 44,500 fr.Les vins de Champagne, pour 247,000 fr., étaient tous français. On avait importé pour 813,500 fr. de riz, provenant, sauf 53,425 fr., des colonies françaises ; les farines de froment, à concurrence de 1,247,000 fr., venaient aussi toutes de France ou de nos colonies, sauf 78,159 fr. Dans les viandes salées et conservées importées, la part de la France était de 170,658 fr., celle de l'étranger de 26,402.La bimbeloterie importée était presque exclusivement française, à savoir 353,807 fr., contre 10,068 fr. de l'étranger. La prépondérance de la France dans l'importation des tabacs fabriqués était encore bien plus forte : 202,791 fr., contre 595 fr. 50 de tabacs étrangers. Il n'y avait que pour les huiles de pétrole, substance non produite en France, que la part de l'étranger devînt supérieure à la nôtre, à savoir 163.583 fr. contre 6,428 fr. provenant de France.

On sent, dans toute cette nomenclature, la part très grande de l'entretien du corps d'occupation. En parcourant cette répartition entre la France et l'étranger des importations à Madagascar, on ne peut s'empêcher de penser au commerce extérieur des anciennes colonies espagnoles. Ce n'est pas là un modèle à prendre.

Les exportations de la grande île sont, nous l'avons dit,jusqu'ici peu considérables, quoique s'étant assez rapidement développées depuis 1898; on a vu que, dans les trois années 1K96, 1897 et 18Q8, elles avaient été successivement de 3,606,000 fr., 4,342,000 et 4,974,500 fr. ; elles ont fait un grand pas, en 1899, s'élevant alors à 8,048,408 fr. et le progrès s'est encore accentué en 1900, où elles ont atteint approximativement 10,700,000 fr.

Madagascar, à l'heure présente, a deux principaux produits

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d'exportation, susceptibles, l'un et l'autre, l'un surtout, semble-t-il, d'un grand développement: le caoutchouc, dont il a été exporté en 1890 pour 1,047,383 fr. en France et pour 1,165,766 fr. à l'étranger, ensemble plus de 2,200,000 fr. Cette exportation a environ doublé depuis 1896 et 1897. Il est vraisemblable qu'avec une bonne et prudente exploitation des immenses forêts de la grande île, tout en aménageant bien ses richesses naturelles, l'exportation du caoutchouc pourrait rapidement quintupler, c'est-à-dire dépasser 10 millions de francs et ultérieurement décupler, ce qui produirait 20 millions (1).

Le second article, susceptible peut-être de beaucoup plus de développement encore, est l'or, dont il a été exporté en 1899 pour 1,070,825 fr. soit sous la ferme de lingots ou barres (la plus faible quantité), soit sous celle de poudre, le tout presque uniquement à destination de la France. En 1897, Madagascar, n'exportait encore que pour 213,612 fr. d'or et en 1898 que pour 338,522 fr. D'après un rapport récent du général Galliéni sur la production aurifère en 1900, l'exportation de For à Madagascar aurait monté cette année-là à 3,009,160 fr. Si cette somme arrivait seulement à décupler, ce qui paraît dans les possibilités, il pourrait en résulter une grande impulsion pour le développement de la colonisation. L1or est pour une colonie le plus efficace des stimulants; et ia plus précieuse des réclames; il ouvre instantanément de vastes régions et fait affluer les immigrants.

Un produit naturel, dont ^exportation s'est aussi sensiblement accrue, est le "raphia ; il en a été exporté en 1899 pour 838,744 fr. en France et dans nos colonies et pour 683,732 francs à l'étranger, ensemble 1,522,000 francs; l'exportation de cet article a plus que doublé depuis 1896. Puis, vient un produit, dont l'exportation peut énormément s'accroître : les animaux de race bovine, qui ont été exportés à concurrence de 170,400 fr. pour la France ou plutôt ses colonies en 1899 et pour 672,319 fr. pourl étranger, principalement pour la côte orientale d'Afrique, ensemble 842,000 fr. En dix à douze ans, avec un bon aménagement des pâturages, cette exportation pourrait quintupler, en vingt ans décupler, surtout à destination du Transvaal, de la Rhodésia et autres champs aurifères voisins. Le débouché des peaux brutes, fraîches et salées, dont il est sorti en 1899 pour 786,000 francs à savoir 451,247 francs pour la France et ses colonies et

(1) On dira peut être que la grande offre du caoutchouc en Europe et en Amérique tend à en faire baisser les prix; néanmoins, tout en ayant un peu baisse, depuis une demi-douzaine d'années de grande exportation africaine de cet article, les prix en demeurent encore assez élevés et le débouché de ce produit, notamment du chef du développement de l'automobilisme et du cyclisme. peut colossalement s'étendre dans le prochain quart de siècle ; l'amélioration des voies de transport rendra les prix rémunérateurs malgré la baisse.

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