COLONIES DE LA. FRANCE : MADAGASCAR ; BUDGET; ADMINISTRATION
devenait très abondante, atteignant 60 à 100 millions de francs par an.
Le budget des dépenses pour 1899, les dépenses militaires omises, était fixé au chiffre de 13,771,609 fr., chiffre presque strictement égal à celui des recettes :il se répartissait ainsi, quant aux principaux articles : le personnel de l'administration française, 1,479,000 fr. ; le personnel de l'administration indigène, 445,000 fr. chiffre modeste; le matériel de l'un et de l'autre, 72,000 ; la direction du contrôle financier, 79,500; le service du Trésor, 216,000; le servicedes douanes, 849,000; le service judiciaire ,310,000; la police et les prisons, 150, 000 ; les frais de transport du personnel et du matériel, 632,000 ; les dépenses diverses d'intérêt général, 131, 300; les frais de perception des impôts, 400,000; les frais de dépêches et d'informations télégraphiques, 58,000; l'imprimerie officielle, 253,000 fr. , chiffre élevé ; ensemble, pour ce que l'on peut appeler les frais généraux d'administration et de justice et les frais de perception des impôts, environ 5 millions de francs ou 36 à 37 p. 100 approximativement du total du budget. Les milices, auxiliaires de la police plutôt que de l'armée, coûtent 2,126,000 fr. ; l'annuité de l'emprunt malgache de 1885 converti et d'un emprunt complémentaire de 60 millions pour les travaux publics exige 2,625,000 francs; cela porte à bien près de 10 millions l'ensemble des prélèvements qui ne correspondent à aucune mise en œuvre actuelle du pays. Il reste à peine 4 millions ; le service des postes et télégraphes prend 1,231,000 francs; le service des travaux publics, 629,000; celui des mines, 77.000; le très utile service topographique, 401,000; celui des domaines, 94,000; celui des forêts, 64,000; celui de l'agriculture, 155,000; les ports, rades et phares, 83,000 ; en réunissant ces sept derniers chapitres, qui ont une application économique, on arrive à environ 1,540,000 fr. ; mais, ce sont en grande partie, pour la moitié tout au moins, des dépenses d'entretien. L'instruction publique figure au budgetde Madagascar sous deux chapitres, l'un dénommé Ecole professionnelle, pour 135,500 fr.; l'autre, service de l'Enseignement, 422,110, ensemble 558,000 fr. ; cette somme est loin de représenter tous les efforts faits dans l'île pour y propager l'instruction; les œuvres des missions, en effet, n'y figurent pas. Viennent ensuite, les hôpitaux et la police sanitaire pour 180,000 fr. ; les subventions aux budgets municipaux et la contribution de la colonie aux dépenses de l'Etat, pour 59,570 fr. ; les dépenses imprévues pour 200,000, et la participation de la colonie à l'Exposition universelle de 1900 pour 200.000 fr. également.
Voilà, certes, un bien maigre budget, pour 600.000 kilomètres carrés de territoire; il serait, cependant, très imprudent de chercher à le grossir, autrement qu'en proportion du produit spon-
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iané dos taxes existantes et du remaniement que nous avons suggéré aux droits de douane. On ne peut exiger plus d'impôts des si peu nombreuses et si pauvres populations malgaches. Quant à la métropole, elle maintiendra, sans doute, longtemps encore, pendant 15 ou 20 ans par exemple, une subvention annuelle de 1 à 2 millions au budget de Madagascar ; mais il ne serait pas raisonnable qu'elle l'accrût. Le chemin de fer de Tamatave ou d'un point voisin à Tananarive, actuellement en cours d'exécution et dont l'achèvement doit être obtenu dans une période de huit ans (dont une année est déjà écoulée), ajoutera, sans doute, pendant un temps assez prolongé, une charge assez lourde, sinon pour les insuffisances d'exploitation, que l'on peut espérer éviter, du moins pour l'intérêt du capital que les recettes ne couvriront pas au début. Si, plus tard, on y joint une ligne ferrée de Majunga à Tananarive, ce sera une cause nouvelle de dépenses, indirectement il est vrai, sinon tout d'abord directement, productive. Il sera donc prudent d'administrer très sagement, très modestement, très économiquement, Madagascar., en évitant toute mégalomanie, en s'aidant de tous les concours utiles d'indigènes ou autres, en profitant de toutes les ressources naturelles: étendue des côtes, ports, cours d'eau de pénétration, en évitant d'engager des entreprises hâtives et surtout de les disséminer sur un pays si vaste et actuellement sî désert.
On ne pourrait se montrer un peu plus hardi que si Madagascar se révélait comme une grande contrée aurifère, produisant par exemple de 60 à 100 millions d'or par an, ce qui donnerait immédiatement une grande impulsion à l'île ; même alors, tout en étant plus large pour les travaux publics, il faudrait se garder de toute griserie et, comme les Anglais de l'Afrique Australe, exécuter très simplement, à très bon marché et très rapidement, les œuvres essentielles que l'on serait porté à entreprendre. En dehors de cette hypothèse de la découverte et de l'exploitation à Madagascar de ressources aurifères de premier ordre, la mise en valeur des richesses de l'île devra, pour éviter tout cataclysme, se poursuivre sans précipitation et avec une très longue patience.
Il est un chapitre important que nous avons vu très médiocrement doté au budget, c'est celui de l'Instruction publique : 558.000 francs seulement. Heureusement à Madagascar, comme au Congo et dans beaucoup de nos colonies, l'œuvre très utile des Missions décharge, fort efficacement d'ailleurs, le budget d'une grosse partie de ce fardeau. Les missions catholiques et protestantes ont toujours été, bien avant notre établissement officiel, très actives dans la grande île. Leur concours est infiniment précieux et la France commettrait un attentat contre ses propres intérêts en usant, par exemple, de rigueur envers les jésuites
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dans cette contrée; c'est ici qu'il convient d'appliquer la maxime d'un des rares hommes d'Etat qu'elle ait possédés dans le dernier quartier du xixe siècle que « l'anticléricalisme n'est pas un article d'exportation ». Tout en pouvant avoir, en très petit nombre, à Tananarive et dans deux ou trois centres principaux, quelques écoles supérieures ou collèges laïques, le gouvernement fera bien de s'en fier pour le gros de l'œuvre del'enseignement aux Missions; il pourra allouer aux missions françaises quelques subventions proportionnées au nombre des élèves ; elles en tireront un bien plus grand parti qu'il ne le ferait lui-même-
En 1900, il y avait, comme enseignement officiel (laïque) du premier degré (supérieur), 5 écoles comptant841 élèves garçons et 70 élèves filles ; deux écoles du deuxième degré en création et 205 écoles du troisième degré fréquentées par 19,585 élèves, dont 11,708 garçons et 6,966 filles. On ne voit pas bien l'utilité actuelle de ces écoles officielles (laïques) du troisième degré, qui sont fort coûteuses ; ce terrain, pour longtemps, pourrait être abandonné aux missions. Celles-ci sont de six catégories : les missions catholiques qui sont aux mains (des Jésuites et cinq sortes de missions protestantes, une française et les autres étrangères ; toutes ensemble, elles ont 2,914 écoles, dont 1,295 catholiques et 1,619 protestantes, et sont fréquentées par 195,211 élèves, chiffre déjà important, dont 99,262 pour les missions catholiques, soit un peu plus de moitié pour celles-ci. Le reste des écoles et des élèves se répartit comme il suit : 461 écoles et 31.650 élèves pour la mission protestante française; 73 écoles et 5.773 élèves pour la London missionary Society ; 86 écoles et 6.992 élèves pour la Friends Foreign Mission Association; 107 écoles et 6,425 élèves pour la mission anglicane; soit 19, 190 élèves pour toutes les missions anglaises ou moins du dixième des enfants recevant de l'instruction. La mission norvégienne, beaucoup plus répandue que les missions anglaises, a 892 écoles et 45.109 élèves: En définitive, en réunissant les écoles gouvernementales laïques de tout degré et les écoles des missions, on a un nombre d'élèves de 215,707, dont 151,408 fréquentent les écoles françaises, 45,109 les écoles norvégiennes et 19,190 les écoles britanniques. C'est un grand progrès depuis l'établissement de notre domination.
Il n'y a pas lieu d'éliminer les missions étrangères qui, parleur activité passée et sous la réserve qu'elles ne se livrent à aucun prosélytisme national et qu'elle enseignent notre langue, peuvent être considérées comme ayant sinon des droits acquis positifs, du moins des titres à la bienveillance ou tout au moins à la tolérance ; mais il est probable que graduellement, surtout dans les districts nouveaux, les missions françaises gagneront de plus en plus de terrain.
Quanta l'utilité d'apprendre notre langue aux Malgaches, souvent contestée par les sociologues coloniaux, elle ne fait pour nous aucun doute. Au point de vue politique et social, la langue est à la fois le signe et le gage le plus sûr de la prise de possession d'un pays ; c'est le lien par excellence ; c'est aussi le moyen le plus certain d'influence.
Convertis, d'ailleurs, ou se convertissant au christianisme, doués d'un vif instinct d'imitation, sinon tous les Malgaches, à coup sûr les Hovas, peuvent sans inconvénient grave pour leur mentalité apprendre le français ; il faudra, sans doute, ensuite, chercher à leur procurer des lectures instructives et morales. L'esprit religieux, si on n'y l'ait pas obstacle, pourra, comme pour les Canadiens français, les mettre à l'abri de certaines influences démoralisantes que propage une partie de notre littérature. Nous ne croyons pas, d'autre part, que la liberté absolue de la presse, avec l'effrontée et folle licence dont elle jouit dans quelques-unes de nos possessions, en Algérie par exemple, puisse d'ici à un temps très prolongé être introduite à Madagascar.
Ce n'est pas évidemment notre langue seulement qu'il faut enseigner aux Malgaches, c'est en partie nos méthodes de travail et nos arts appliqués. Ils doivent être les auxiliaires de notre œuvre colonisatrice ; on doit les rendre capables et dignes de jouer ce rôle. Les écoles professionnelles et techniques inférieures, c'est-à-dire comportant un enseignement peu compliqué, modeste et pratique, peuvent beaucoup y aider. Il ne faut pas, cependant, chercher à transformer la généralité des Malgaches en contre-maîtres ou en commis; la plupart devront rester des laboureurs, des bergers ou des manœuvres ; car la question de la main-d'œuvre prime quasi toutes les autres, dans cette île immense et à si infime population.
Il faut de la main-d'œuvre pour les travaux publics, si peu nombreux soient-ils (1). Les colons ont besoin de main-d'œuvre, aussi, non pas tant pour planter ou cultiver la vanille, le café, le girofle, cultures de luxe, que l'on s'efforce à grand tort de développer artificiellement et prématurément par des encouragements officiels, mais pour l'extension des cultures vivrières (2), de beaucoup les plus intéressantes et les plus productives, pour le bon aménagement de l'élevage et pour l'utilisation des richesses forestières.
(1) En 1901 on avait introduit à Madagascar, pour les travaux du chemin de fer, des Italiens ; ceux-ci se mirent en grève et on dût les rapatrier; autrement, les Italiens ne formeraient pas un mauvais élément d'immigration et, si loin de leur patrie, disséminés, ils ne constitueraient aucun élément dangereux au point de vue politique.
(2) On a vu plus haut (page 229), que cette grande île ne fournit pas tout son approvisionnement de riz.