‹ De la colonisation chez les peuples modernes (volume 2)Chapitre 82 sur 154 · COLONIES DE LA FRANCE. MADAGASCAR : INDIGÈNES ; MAIN-D' OEUVRE · texte numérisé non relu

COLONIES DE LA FRANCE. MADAGASCAR : INDIGÈNES ; MAIN-D' OEUVRE

Comme partout, nombre de colons et certains écrivains coloniaux étourdis pensent qu'un régime habilement plagiaire de l'esclavage, une réglementation clu travail indigène par la contrainte, un système de corvées et de prestations, peut seul procurer cette main-d'œuvre. Le général Galliéni, un moment et avec certaines précautions, fit un essai dans cette voie, non pas, il est vrai, en imposant aux indigènes une obligation de travail chez les colons, mais en tâchant de leur rendre ce travail avantageux par certaines immunités dont il les ferait bénéficier. Pour faciliter, donc, aux colons le recrutement de la main-d'œuvre, divers arrêtés, en date du 16 janvier 1900, réglementèrent les engagements de travail des indigènes ; Us accordèrent à ces derniers, lorsqu'ils seraient engagés au service d'Européens pour une durée d'au moins une année, l'exemption de la moitié des prestations qui sont de trente jours par an ; ils fixèrent, en outre, le minimum de salaires à 0 fr. 40 par jour dans les campagnes et 0 fr. 60 dans les principaux centres de la colonie. Ce système donna lieu aux plus criants abus, une connivence s'établissant entre les indigènes et certains colons pour des contrats fictifs, l'indigène faisant profiter les colons d'une certaine somme pour la remise de ce contract fictif qui l'exemptait de quinze jours de prestation sur trente.

Il fallut retirer ces arrêtés et renoncer à ce régime. Nous croyons qu'il faut repousser toute réglementation de ce genre et laisser le travail des indigènes complètement libre. Les trente jours de prestation par an doivent être regardés, d'autre part, comme tout à fait excessifs et devraient être réduits de moitié. Graduellement la main-d'œuvre malgache deviendra plus zélée et plus abondante; l'extension des cultures vivrières notamment y aidera, l'exemple aussi et une rémunération convenable. Le régime de la main-d'œuvre forcée pousserait les habitants à la fuite et à la dispersion, détruirait la famille et rendrait l'île encore plus déserte ; il faut, au contraire, la peupler le plus rapidement possible, en doubler entrente ans le nombre d'habitants par le développement des cultures vivrières et des exploitations rudimentaires, bois, pâturages, etc.. L'âge de la vanille et du café viendra plus tard. Actuellement (1901), le salaire ordinaire moyen des ouvriers agricoles est de 12 francs par mois, plus deux mesures de riz dont le prix représente environ 25 centimes par jour ; le tout correspond donc à une vingtaine de francs par mois.

Madagascar est, à l'heure présente, une des colonies les plus onéreuses à la Franco ; on ne saurait s'en étonner, vu son étendue, la date toute récente de l'occupation (mai-octobre 1895), laquelle vient à peine de s'étendre (1901) à tout le territoire.

238 DE LA COLONISATION AU XIXe ET AU XXe SIÈCLE

Outre 1 million à 1,500,000 francs environ (1) de subvention annuelle au budget propre de nie, la dépense militaire qui incombe totalement à la métropole (sauf quelques frais de milice supportés par le budget de l'île), est de 29,457,242 francs, au budget de 1901; sur cette somme, ce qui est affecté aux troupes proprement dites monte à. 20,147,000fr. et représente 1,725 francs enmoyennepartêtepourl'effectif moyen qui est de 15,897 hommes. Le rapporteur du budget des colonies de 1901, M. Le Myre de Vilers, fait remarquer que, dans l'Afrique Occidentale, la dépense est seulement de 1,500 fr. par tête de soldat et dans l'Indo- Chine de 1.000 fr. (2). On pourrait tirer de ce rapprochement la conclusion que, sans diminuer l'effectif, il serait possible de réduire graduellement de 5 à 6 millions la dépense des troupes, surtout si les cultures vivrières (c'est toujours là qu'il en faut venir) étaient plus développées.

Madagascar coûte donc actuellement 30 millions environ par an à la France; on peut avoir l'espérance que ce sacrifice s'abaissera rapidement à 20 millions, peut-être même, dans 15 ou 20 ans, à une dizaine; mais il faudra, sans doute, une trentaine d'années avant que la colonie puisse supporter toutes ses charges militaires et maritimes. La possession de cette immense île, pleine de promesses, n'aura pas été achetée trop cher à ce prix.

Afrique orientale française. Côte des Somalis

Il était écrit que, dans ce siècle, la France ne laisserait aucun des versants de l'Afrique sans y établir quelques ports où faire flotter son drapeau. Nous possédions, dès 1855, Obocksur la Mer Rouge, mais nous ne l'avons occupé activement qu'en 18S1 ; on y disait le sol fertile et la position bonne. Il fallut un peu revenir de ces appréciations très favorables ; mais dans le voisinage nous trouvâmes une position meilleure, comme port et peut-être comme territoire, Djibouti. Nous y avons fondé, en 1888, un établissement d'une certaine importance, que visitent trois fois par mois dans chaque sens les navires de notre grande compagnie subventionnée, les « Messageries Maritimes ». Peu à peu nous avons acquis toute une longue bande de la côte des Somalis ; on évalue à 120,000 kilomètres carrés la superficie qui nous y est assujettie; c'est très vaste, puisque cela équivaudrait à plus du cinquième de la France; mais ce sont des

(1) On a vu que cette subvention métropolitaine figurait pour 1,800,000 francs au budget insulaire de 1899; le gouvernement demandait pour 1901 de fixer cette subvention à 1,5UO,000 francs ; mais la Commission du budget (Rapport de M. Le Myre de Vilers, pages 175 et 188) proposait de rabaisser à 1 million de francs.

(2) Id., ibid., pages 206 et suivantes.

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