COLONIES DE LA FRANCE : LA COTE DES SOMALIS; DJIBOUTI
surfaces montagneuses et désertes, car le nombre d'habitants n'est pas porté dans nos statistiques à plus de 52.000; si peu hospitalier que soit le pays, il est évident que, avec le temps et la paix, il pourrait y avoir un assez grand développement de la population.
A l'heure présente, cette possession nord-est africaine offre ce double, et jusqu'ici modeste. avantage, d'être une station de charbon, convenablement placée et d'un facile accès, et de nous ouvrir une porte sur 1'A.byssinie et le Ghoa. Cet arrière-pays n'est pas sans importance actuelle et surtout future. Les populations noires, de qualité relativement supérieure, qui y habitent et qui, sous le sceptre de Ménélick, y constituent un empire cohérent et puissant, garderont, sans doute, toujours leur indépendance, contre laquelle les Italiens se sont brisés, et ce n'est pas à nous, en tout cas, à y porter atteinte (Voir le tome Ier de cet ouvrage, page 338). Notre intérêt est d'aider à la conservation de ce grand Etat noir chrétien, le seul qui existe à la surface du globe. Par une politique habile nous pourrions prendre quelque influence dans cette région, au proiit de nos capacités techniques et de nos capitaux.
Un Français et un Suisse, qui étaient arrivés à se faire bien voir de Ménélick, ont obtenu de lui la concession d'une ligne ferrée qui, en sortant du territoire français, pénétrera jusqu'à l'important centre commercial de Harrar, susceptible encore plus tard d'une prolongation nouvelle; le chemin de fer a été audacieusement entrepris sans subvention ni garantie d'inlérêt, avec une simple délégation, de la part du gouvernement abyssin, d'une fraction des droits de douane sur les marchandises qui entreraient dans le pays par cette voie. Au moment où nous revoyons ces lignes (février 1902), cette ligne ferrée partant de Djibouti et construite par la Compagnie (française) des chemins de fer abyssins est achevéejusqu'au kilomètre 200, dont 90 kilomètres dans le Somaliland français et 110 en territoire abyssin. Malheureusement la société française avait été grevée d'énormes apports de la part de ceux qui avaient obtenu la concession de Ménélick et la lui avaient transférée. Il en est résulté de grandes difficultés pour la Compagnie française qui s'est trouvée à bout de ressources ; il reste encore environ 200 kilomètres à construire pour aboutir à Harrar, et l'on juge utile, pour avoir un trafic de quelque importance, de prolonger la ligne assez loin vers l'Ouest, jusqu'à Addis-Ababa, la capitale du négus Ménélick. Les obligations émises par la Société française étant très dépréciées, il lui est impossible de se procurer de nouveaux fonds, ce qui lui eût été facile si les apports stipulés à leur profit par les concessionnaires eussent été moins considérables. D'autre part, le gouvernement français ne se sou-
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riait pas, jusque-là, d'accorder une subvention à une œuvre aussi excentrique par rapport à l'ensemble de notre action coloniale.
La Compagnie française des chemins de fer abyssins crut devoir traiter avec des sociétés anglaises, la New African Company, VOceana et la Neio Egyptian, pour l'achèvement de cette ligne qui n'allait alors que jusqu'au kilomètre 170; ces trois compagnies et la société française auraient fondu leurs intérêts dans une compagnie nouvelle qui s'appelle Y International Ethiopian Railway Trust and Construction Company. C'est, paraît-il, avec de l'argent britannique qu'aurait été effectuée la construction des 30 kilomètres les plus récemment établis. Outre la continuation de la ligne jusqu'à Addis-Ababa, ce qui implique plus que son doublement, la société nouvelle avait l'intention de détacher un embranchement sur le port anglais de Zeila (1). 11 se pourrait alors que le rameau actuellement construit de Djibouti au kilomètre 200 devînt en totalité ou en partie secondaire et, au lieu d'être le tronc principal de la ligne, n'en fût qu'un modeste affluent.
Il est regrettable que l'avidité des promoteurs de l'entreprise ait ainsi épuisé prématurément le crédit de la société française et menace d'enlever à l'œuvre son caractère français. Notre colonie de la côte des Somalis profitera, néanmoins, dans une certaine mesure, d'un chemin de 1er de pénétration qui, si l'on ne peut dire qu'il n'aura rien coûté aux capitalistes français, n'aura, du moins, imposé aucune charge soit à la colonie, soit au gouvernement de la métropole. En tout état de cause le gouvernement français a le droit et le devoir d'exiger que les 90 kilomètres construits sûr notre territoire restent absolument français par le personnel exploitant et le conseil d'administration. La fusion avec une Compagnie britannique, ne saurait concerner que la partie de l'a ligne qui ne se trouve pas sur noire territoire. Il se fait en janvier 1902 de grands efforts pour amener le gouvernement français à intervenir dans cette affaire afin de lui maintenir son caractère national (2).
Il serait désirable que notre gouvernement se résolût, en effet, à cette intervention qui ne serait pas bien coûteuse ; une garantie d'intérêt pour la construction de 200 kilomètres à peu près restant
(1) Voir le rapport de la New African Company à l'Assemblée générale annuelle du 4 juillet 1901 {Reçue Sud- Africaine du 14 juillet 1901, page 462).
(2) En février 1902 le gouvernement français a déposé un projet de ioi donnant la garantie de la Colonie française de la Côte des Somalis et du gouvernement français, jusqu'à concurrence d'une somme annuelle de 500,003 fr. pendant cinquante ans, à rémission d'un emprunt de 12 millions par la G >dv pagnie des chemins de fer abyssins » pour l'achèvement de la ligne jus qu'à 300 kilomètres à partir de la Gôle. Cette mesure, bonne en principe, est insufflante ; au lieu d'arrêter la ligne à 300 kilomètres, il eût, sans doute. fUlu la pousser à 450 ou 500 pour qu'elle eût une efficacité véritable ; une garantie de 7 ou £00,000 fr. dans ces conditions eut été probablement moins onéreuse qu'une de 500,000 fr. pour 300 kilomètres.
LES ETABLISSEMENTS FRANÇAIS DE i/lNDE
encore à construire, ou même de 300, ne l'engagerait pas pour plus de 600,000 à 700,000 francs par an; il est probable que le produit net de toute la ligue, si elle était bien exploitée, couvrirait bientôt cette somme ou, tout au moins, plus de la moitié.
La colonie française de la côte des Somalis reçoit une petite subvention annuelle du gouvernement français, laquelle était de 250.000 francs, d'après les propositions de la Commission du budget de 1901. Il y faudrait ajouter une somme, difficile à discerner, dans l'ensemble des dépenses militaires coloniales non spécialisées ; mais il est peu supposabie que cette dernière somme dépasse 4 ou 500.000 francs.
Notre possession de la côte des Somalis, quoi qu'importante par l'étendue et non négligeable par la situation, est encore toute rudimentaire.EUe ne ligure que tout récemment, dans les Statistiques coloniales [Commerce), publiées par notre ministère des Colonies ; l'Annuaire de 1898 ne contient rien à son sujet. Il est probable que, jusqu'aux travaux du chemin de fer du moins, les affaires y ont été insignifiantes. D'après l'Annuaire de 1899 [Statistiques Coloniales), les importations ont monté en cette année, à 3,953,310 fr., dont 1,709,967 fr. de France et 2,243,343 de l'étranger ; quant aux exportations, elles n'ont atteint que 2,245,215 fr., dont 137,170 fr. seulement de France, moins du dixième du total.
11 n'est pas impossible, toutefois, que cette dépendance, assez excentrique et qui restera toujours secondaire dans le nouvel empire colonial français, ne prenne avec le temps quelque développement. Il ne faut ni la dédaigner ni s'y épuiser.
LES ÉTABLISSEMENTS FRANÇAIS DE L'ïNDE
Des vestiges assez mesquins de notre vieille ambition coloniale sont nos rares établissements dans l'Inde : Pondichéry, Yanaon, Karikal, Mahé, Ghandernagor : leur superficie est de 500 kilomètres carrés environ ; c'est assez dire que nous n'avons, outre ces cinq villes, que leur banlieue et quelques terres autour : leur population montait, en 1898, à '^77,000 âmes dont un millier d'Européens et 1,500 métis environ. Par des causes qui ne sont pas expliquées, la population avait diminué de 13,000 âmes depuis 1876. Ces possessions ont. semblé à certains esprits offrir si peu d'utilité qu'on en a demandé bien des fois l'abandon, la vente ou l'échange; cependant, au point de vue commercial et fiscal, ce sont des établissements productifs, les seuls, avec la Gochinchine, qui donnent à la métropole des revenus supérieurs à leurs dépenses. Il n'est pas bon en outre d'abandonner un souvenir d'an-
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donnes et glorieuses entreprises nationales. Enfin, dans ce temps de guerres maritimes, plusieurs de ces postes, notamment Pondichéry, peuvent nous être utiles comme dépôts de charbon et lieux de ravitaillement. Ce serait donc une grande faute que de nous en dessaisir. Voici quels étaient les mouvements des échanges, en 1863, en 1878, en 1887 et en 1898, dans ces établissements :
La cause de l'énorme recul de 1887 à 1898 doit être le détournement du trafic par les ports britanniques, car le régime de douane dans nos établissements de l'Inde est relativement assez libéral.
Le commerce avec la France et les colonies françaises, qui était, en 1863, de 8,949,413 fr. est descendu, en 1898, à 4,411,000 fr. En 1898, l'importation de France et de nos colonies n'a monté qu'à 820,571 francs et l'exportation pour la France et ses colonies à 3,590,474 francs. L'abolition de la traite des noirs, qui fut remplacée par les engagements des coolis, a rendu, pendant quelques années, de l'animation à nos possessions indiennes. On n'évalue pas à moins de 100,000 le nombre des coolis qui ont été embarqués dans nos comptoirs de l'Inde pour la Réunion, les Antilles et la Guyane.
On a rencontré jusqu'à 1870 dans nos établissements de l'Hindoustan les défauts et les vices ordinaires de l'administration française : là comme partout, il semblait que nous eussions pris à tâche d'étouffer toute vie locale et toute représentation collective; les indigènes s'en plaignaient hautement; ils voulaient voir modifier les institutions communales, ils demandaient qu'on augmentât leur participation à la gestion des intérêts locaux ; ils faisaient des vœux pour obtenir une représentation spéciale de l'agriculture dans le conseil général de la colonie ; ils y voulaient voir admettre les délégués des cultivateurs avec voix délibérative : enfin ils accusaient l'impôt foncier d'être trop lourd et mal assis, et ils priaient qu'on le ramenât aux bases établies par la vieille législation indoue. Ils voulaient en outre un système de travaux publics mieux entendu, l'amélioration des canaux et des routes, et un régime des eaux et irrigations plus propice à leur agriculture. L'administration française était donc coupable des mêmes erreurs et des mêmes fautes en Asie qu'en Afrique et en Amérique : l'hostilité contrôla vie communale et la représentation
Importations, Exportations
Totaux