‹ De la colonisation chez les peuples modernes (volume 2)Chapitre 88 sur 154 · COLONIES FRANÇAISES OCÉANIENNES · texte numérisé non relu

COLONIES FRANÇAISES OCÉANIENNES

A nos possessions d'Asie peuvent se rattacher, malgré leur distance, nos îles de l'Océanie ; nous ne sommes venus que bien tard dans ces archipels nombreux où les Anglais, les Hollandais et les Espagnols nous ont de longtemps devancés. Aux Philippines, dans l'archipel de la Sonde, aux îles austraîasiennes, nous n'avons eu longtemps à opposer que quelques îlots peuplés de quelques milliers de sauvages. Cependant, nos navigateurs, La Pérouse, Bongainville, d'Entrecasteaux, d'autres encore, ont exploré et reconnu non seulement nombred'archipels minuscules, mais plusieurs des grandes îles du Pacifique et des parties importantes du continent australien. Absorbés par nos révolutions et nos guerres continentales, nousn'avons pas tiré partie de ces découvertes. Nos acquisitions sur cette mer sont dues à la monarchie de Juillet et au second Empire : elles proviennent d'une pensée plus politique que coloniale ; sous Louis-Philippe, on s'est laissé devancer de quelques instants pour la possession de la Nouvelle-Zélande; on a voulu acquérir sur toutes les mers une sorte de cordon de stations navales qui puissent servir de refuge à nos marins : c'est ainsi que Taïti était un point de protection et de ravitaillement pour les baleiniers français, alors qu'il y avait des baleiniers : outre ce groupe des îles de la Société, dont Taïti est le centre, et en laissant de côté pour le moment la Nouvelle-Calédonie, terre beaucoup plus considérable, nous possédons, dans le Pacifique, les îles Marquises, au nord-est des premières, puis au sud-est des îlots, nommés îles Gambier, et enfin depuis moins longtemps les îles Sous le Vent, comprenant Raïateïa, les îles Tubuai et Raïvavae, Rapa, l'archipel Tuamotou ; le tout a environ 2,400 kilomètres carrés et 30,000 habitants. Certaines de ces îles serviront d'escales aux lignes de paquebots qui uniront dans l'avenir l'Australie et l'Asie à l'Amérique occidentale et à l'Europe après le percement de l'isthme de Panama. Ces îlots ont donc une certaine importance au point de vue de la navigation : ils peuvent être utilisés encore, en cas de guerre navale,comme dépôts de charbons pour nos flottes; il était utile qu'ils tombassent en nos mains; enfin, certains apparaissent comme susceptibles d'une production de quelque importance.

Le principal de ces archipels est celui des îles de la Société ou de Taïti; cette dernière île elle-même, Taïti, avec près de 105.000 hectares de superficie, ne compte plus, avec ses dépendances, que 11,000 habitants; les guerres de religion suscitées par la jalousie des missionnaires catholiques et des protestants et

l'abus des liqueurs fortes ont réduit le nombre primitif des indigènes. On a fait dans cette île quelques essais de colonisation sérieuse. On a institué une commission municipale, un comité d'agriculture, des conseils de surveillance des écoles, et, ce qui vaut encore mieux, au point de vue de l'exploitation des produits naturels, une caisse agricole qui fait fonction de caisse de dépôt et d'épargne et sert en même temps d'intermédiaire aux colons pour l'achat des terres aux indigènes : en 1865, il n'y avait que 199 hectares rais en culture ; en 1866, on en comptait 1.017; en 1887, 3.093, tant à Taïti que dans les autres îles de ce groupe. En 1887, il existait à Taïti deux usines à égrener le coton, trois usines à sucre, sept distilleries de mélasse et miel. Un grand obstacle au développement de cette colonie, ça été, comme pour tous les autres établissements français, l'exagération et l'arbitraire des mesures administratives : on a éloigné les pêcheurs et les navires de commerce par les formalités et les taxes qu'on a voulu leur imposer. On exigeait des permis de séjour, on forçait les étrangers débarqués à Papeiti à rentrer dans la ville à une certaine heure, on conduisait l'île comme un couvent. En J861, l'on est revenu de ces fâcheux errements : on a supprimé d'un seul coup les droits de navigation, tonnage, expédition, permis et certificat. Mais le port de Papeiti se trouvait tellement discrédité qu'il a fallu du temps pour le relever. En 1899 et 1900, on s'est occupé d'y attirer quelque émigration européenne en y constituant un domaine de la colonisation. Une culture qui réussit très bien et qui a de l'avenir, c'est le cocotier, qui fournit, sous le nom de coprah, d'excellents tourteaux, très recherchés dans le vieux monde pour la nourriture du bétail et comme engrais. Depuis la création d'une ligne à vapeur entre Taïti et San-Francisco en 1900, la culture des fruits, qui trouvent maintenant aux Etats-Unis un débouché, y a pris de l'importance (1). Les 500,000 hectares de tous ces petits archipels, au lieu de 40,000 habitants pourraient facilement en nourrir cinq à six fois davantage, sinon dix fois même.

Le commerce, sans être négligeable, reste presque stationnais : en 1887, les importations, pour les îles de la Société, les Marquises et les Gambiers, atteignaient le chiffre de 3,256,511 fr., et les exportations 3.222.045 fr. ; en 1900, les importations pour les îles susnommées et les autres îlots que nous avons annexés depuis 1887 ont atteint 3,521,526 fr. et les exportations 3,597,000 fr. ; les principaux objets d'exportation sont : le coprah (1,221,000 fr. en 1900), les coquilles de nacre (1,100,000 fr.), la vanille (811,0U0 fr.). Les six septièmes de ce commerce se font

(1) Gouvernement de Tahiti. Rapport annuel. Exercice 1900.

DE LA COLONISATION AU XIXe ET AU XXe SIÈCLE.

avec l'étranger, notamment avec San-Francisco, Yalparaiso et Auckland. Quant à la navigation, le mouvement en était représenté, entrées et sorties réunies en 1900, par 84 navires, jaugeant 57,894 tonnes, parmi lesquels 24 navires français dont on nous laisse ignorer le tonnage. C'est encore pour de petites possessions un mouvement qui n'est pas insignifiant. Depuis le 1er novembre 1900, Taïti est relié à San-Francisco par une ligne à vapeur tous les trente-trois jours, ce qui la met à onze jours de San-Francisco età vingt-quatrejours de!amétropole,tandis que, auparavant, par les voiliers, elle était distante de la France de cinquante jours. Une ligne de vapeurs fait, en outre, un voyage tous les vingt-huit jours entre Tahiti et Auckland (Nouvelle-Zélande). Enfin tous les vingt-huit jours aussi un service à vapeur relie Tahiti aux Marquises,aux îles Sous le Vent et à l'île Moréa; on s'efforce, en 1901, d'assurer un service du même genre entre Tahiti et les îles Gambier et les Tubuai.On peut espérer que, après la percée de l'isthme de Panama, ce mouvement maritime deviendra beaucoup plus intense et que notamment un service s'établira entre Tahiti et la Nouvelle-Calédonie. Tout considéré, ces petits archipels français ont des chances d'avenir.

La population de tous ces groupes d'îles qui montait, en 1887, à 24.418 âmes, comprenait 2.039 Européens, dont 96 femmes. Il est vrai de dire que les fonctionnaires étaient au nombre de 96, les troupes de la garnison et la gendarmerie de 341, les équipages des bâtiments de guerre de 1,272, soit ensemble 1,709. Si Ton déduit la population flottante et les 96 femmes, à peine restait-il quelques douzaines de colons. En 1900, on évaluait à 2,490 le nombre des Européens de Tahiti. 11 y a là un conseil général élu.

Outre sa part de dépenses dans le budget général des colonies, qu'il est difficile de discerner, ce groupe d'archipels reçoit, pour son budget local, une subvention de 274,500 francs en 1901. Les recettes du budget local de Tahiti et Moorea en 1900 auraient été de 1,519,000 fr., offrant un excédent de 114,910 fr. sur les dépenses; les budgets des établissements secondaires : Marquises, Tuamotou, Garnbier, etc., et celui des îles Sous le Yent auraient laissé aussi des excédents, l'un de 174,532 francs, l'autre de 65,133, et la situation financière serait satisfaisante.

LaNouvelle-Calédonie a une bien plus grande importance que tous ces archipelsic'estuneîle d'une vingtaine de mille kilomètres carrés, soit égale à environ deux et demi départements français; ses dépendances les îles des Pins, de Nou, Ouen, Wallis, l'archipel Loyalty, y ajoutent environ2, 000 kilomètres carrés. La population de tout ce groupe était, en 1900, de 72,000 âmes environ, dont une vingtaine de mille Européens, presque tous Français. Admirablement située sur la route commerciale de l'Australie à l'Amérique centrale, la

Nouvelle-Calédonie peut espérer un bel avenir; elle a des richesses naturelles, spécialement des gisements de nickel, de cobalt et de cuivre, on a aussi parlé de houille, d'or et de zinc : les forêts abondent en bois de sandal. Même avant la déportation des condamnés de la Commune parisienne, la colonisation s'y portait et s'y développait lentement sans doute, mais cependant avec plus de succès que dans nos autres îles de plus ancienne acquisition. En 1863, il ne s'y trouvait que 434 Européens; en 1865, on y comptait 777 colons, 49 immigrants indiens, 942 fonctionnaires et soldats, 245 transportés de droit commun : en tout, 2.000 Européens. En

1870, le nombre des colons était de 1.562, celui des fonctionnaires de 289 ; venaient ensuite 754 soldats, 1.176 immigrants asiatiques ou africains et 2.302 transportés non politiques. Ce développement du nombre des colons libres en Calédonie avant 1871 est remarquable. Les indigènes paraissaient se convertir au christianisme et se laisser diriger par les missionnaires; mais l'on connaît cette culture purement négative qui enlève au sauvage ses instincts primitifs et ses qualités originelles sans lui donner les facultés de l'homme civilisé. On a beaucoup parlé d'une immigration chinoise ou indienne à la Calédonie ; on a voulu engager les colons de Bourbon, si maltraités depuis quelques années, à se transporter dans cette terre nouvelle que l'on réputait abondante en sols fertiles. Ce dernier système vaudrait mieux que le premier; car nous ne saurions trop condamner l'immigration par engagement des Chinois dans les colonies européennes. On a recouru plus tard et l'on recourt encore à l'immigration des Néo-Hébridais. Jusqu'à

1871, c'est à peine si les richesses naturelles de l'île ont été effleurées. Voici, en effet, le tableau du commerce pour 1863 et 1870 :

Importations francs 1.484.000 3.249. 182

Exportations 46.112 303.650

Totaux 1.530.112 3.552.832

On voit que les exportations étaient presque nulles. C'est évidemment la transportation qui, jusqu'en 1870, a fait vivre la Nouvelle-Calédonie. Le système administratif y a, dès les premiers jours, été moins défectueux que dans nos autres dépendances ; on a évité à la Nouvelle-Calédonie les fautes que l'on avait commises à Taïti ; on a voulu d'abord emprunter aux Anglais le système qu'ils avaient suivi dans leurs colonies pénales : on amis les condamnés qui se conduisent bien à la disposition des colons dans des conditions qui rappellent Xassignment of convicts à Sydney ou à Van Diémen.

Depuis 1871, pendant une décade d'années, il est échu à i&

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Nouvelle-Calédonie une bonne fortune. Gomme toutes les colonies, elle a profité des troubles civils de la métropole. Servant déjà de lieu de transportation pour les condamnés de droit commun, elle est devenue le lieu de déportation des condamnés pour participation à l'insurrection parisienne de 1871. Plusieurs milliers de déportés, 3 à 4,000 environ, y ont été internés. Leur chiffre a été sans doute en décroissant. De 3,937 (y compris les membres de leurs familles) en 1875. les déportés étaient descendus au chiffre modique de 3,345 en 1877. Les grâces d'abord, puis l'amnistie de 1880, ont privéla colonie de cet élément de population. Parmi les condamnés de cette nature qui y avaient été conduits, un très petit nombre seulement y est resté après que la liberté de rentrer dans la mère patrie leur eût été octroyée.

Les insurgés parisiens de 1871 n'étaient certes pas la catégorie d'hommes qui convenait le mieux pour peupler une colonie agricole. La plupart d'un naturel inquiet, beaucoup appartenant aux professions libérales, journalistes, professeurs, employés, ou aux élégants métiers de l'industrie parisienne, ébénistes, ciseleurs, graveurs, ayant tous l'esprit de retour, on ne devait guère s'attendre à ce qu'ils fissent souche de colons.

Néanmoins ils créaient toujours dans l'île un marché qui suscitait autour de lui la culture. Les colons civils égalaient à peu près en nombre, dans l'année 1877, les transportés : on comptait 2,982 des premiers contre 3,345 des seconds. Les cultures en éprouvèrent de l'impulsion, l'industrie aussi et le chiffre des exportations de l'île prit quelque importance. Des établissements de crédit se constituèrent, dont le principal, il est vrai, dut suspendre ses paiements et liquider.

La déportation a fait, à la Nouvelle-Calédonie, une réputation assez mauvaise. Les journaux métropolitains d'opinion avancée ont décrié le climat de l'île, ses productions, le sol. La presse étrangère a fait de même. On a prétendu que cette contrée était naturellement stérile, sauf quelques très rares morceaux de terre le long des cours d'eau. Le même reproche fat fait, il y a une centaine d'années, à l'Australie, il y a cinquante ans, à l'Algérie. Si la Nouvelle-Calédonie n'est pas la terre promise que l'on rêvait. elle a des ressources, cependant, qui peuvent sedévelopper.Sur les deux millions d'hectares qu'elle occupe avec ses dépendances il pourra, avec le temps, s'établir et vivre dans l'aisance quelques centaines de mille habitants. Elle en est bien loin encore.

Voici quelle a été la population européenne de la Nouvelle- Calédonie en 1864, 1868, 1877, 1887 et 1901 ; depuis 1887, elle ne paraît pas avoir augmenté sensiblement ; mais ses éléments se sont modifiés dans un sens plutôt favorable.

Population civile (colons)

Troupes..

Fonctionnaires et leurs familles

Transportés et leurs familles .....

Libérés astreints à la résidence

Condamnés en cours de peine

Totaux

lyoi

Le développement, quoique modique depuis 1877, n'est pas insignifiant.La population blanche libre en 1887 atteignait 9.061 individus; en en défalquant les 1,762 fonctionnaires, agents du service pénitentiaire et leurs familles, ainsi que les 1.714 hommes de la garnison, il restait 5,585 habitants auxquels ou à la plupart desquels on peut conférer la qualité de colons. Ces 9.061 âmes dépopulation européenne libre se divisaient en 6,111 hommes et 2.950 femmes. L'écart n'a rien d'étonnant pour une colonie aussi jeune et où l'élément militaire et administratif tient encore une grande place. Il est remarquable, d'ailleurs, que sur cet effectif on trouvât 1,692 habitants nés dans la colonie, dont38c> au-dessus de l'âge de quatorze ans. Quand on voit combien cette terre a été dédaignée, puis mal famée, cet élément blanc purement local, qui s'est accrû depuis 1887, mérite d'être signalé. Parmi les 2,515 libérés astreints à la résidence, il n'y avait que 177 femmes ; cela est regrettable, aussi bien au point de vue de la moralité présente qu'à celui du peuplement. La proportion est bien plus défavorable pour les condamnés en cours de peine ; il ne s'y trouvait que 11 femmes contre 7,466 hommes. Il eût été uiile de développer la transporlation féminine, d'encourager les femmes des maisons centrales ou les filles des grandes villes qui se rendent coupables de délits, à aller en Nouvelle-Calédonie. C'est avec des éléments viciés que se sont fondées beaucoup de colonies aujourd'hui florissantes, comme les récoltes poussent sur le fumier.

En dehors des 19.053 habitants de race européenne, il se rencontrait, en 1887,43,699 hommes de couleur, dont 1,825 composant l'immigration réglementée, c'est-à-dire les travailleurs soumis à une certaine surveillance, et 41,874 constituant la population indigène dans les tribus.

La population dite réglementée consistait en 72 Hindous, 109 Chinois, 4 Cafres, 4 hommes de la Réunion, 991 Nouveaux- Hébridais et enfin 645 Néo-Calédoniens qui avaientconsenti à s'engager sur les travaux dirigés par les Européens.

Il y avait vers la Nouvelle-Calédonie un petit filet, bien mince encore, d'immigration libre qui, dans certaines années, y a porlé 4 ou 500 Européens: en 1883, par exemple, il s'y rendit spontanément 241 Français et 234 autres Européens; en décembre 1890 on

annonçait l'arrivée d'une douzaine de familles de paysans français provenant toutes du même village de la Dordogne.

On s'est vivement occupé, dans les dernières années du xixe siècle, d'activer le mouvement d'immigration agricole française en Nouvelle-Calédonie. Dès 1871, le gouverneur général, de la Richerie, avait décidé que des permis d'occupation seraient délivrés à tous ceux qui désireraient s'installer immédiatement sur des terrains, dont le plan n'était pas encore levé, l'administration s'engageant à passer avec eux soit un bail, soit un acte de vente le jour où la triangulation du district serait effectuée. Une méthode aussi provisoire et imparfaite ne pouvait attirer de petits colons; elle ne séduisit qu'un nombre restreint de grands concessionnaires qui organisèrent l'élevage du bétail à la mode australienne, sur de vastes espaces et par des procédés sommaires. Il en résulta de graves difficultés avec les indigènes dont le bétail des colons, mal surveillé, envahissait les réserves, ce qui fit éclater l'insurrection de 1878.

Lacolonie traversa une série d'années d'épreuves, d'autant [plus qu'une crise minière vint se joindre aune crise pastorale et agricole. On se préoccupa dès lors davantage d'amener des petits colons et l'on obtint, comme on l'a vu, quelques résultats de ce côté. Ce n'est que sous le gouvernement général de M. Feillet, de 1894 à 1901, que l'on prît, en ce qui concerne la petite et la moyenne colonisation tout ensemble, des mesures systématiques. On retira 45.000 hectares au service de la transportation, qui n'en tirait guère parti, et 200 000 hectares aux Canaques (indigènes), ce qui était excessif, quoique Ton dise qu'il reste encore à ceux-ci, dont le nombre se serait graduellement réduit à une vingtaine de mille, environ 123.000 hectares de bonnes terres, outre tout le massif montagneux et peu productif qui forme le noyau de l'île.

Ces 245.000 hectares constituèrent le domaine disponible de la colonie; étant donné que chaque lot est, en général, de 25 hectares, ils excèdent de beaucoup les besoins prochains de l'immigration française et de l'accroissement propre de la population européenne. Les concessions de terres sont de deux sortes, à titre onéreux ou à titre gratuit; celles-ci, dont l'étendue varie entre 10 et 25 hectares, peuvent être accordées à des immigrants venus de France, à des fonctionnaires ou des militaires retraités ou congédiés, à des jeunes gens nés dans le pays, qui justifient d'un capital de 5.000 francs. Pour éviter que les terres domaniales soient prises dans un simple but de spéculation, on ne concède pas plus de 100 hectares, soit à titre gratuit, soit à titre onéreux, au même individu dans le même centre. Le concessionnaire est tenu de mettre en valeur son terrain, et de l'habiter. Le titre de propriété provisoire, au moment de l'installation dans une cou-

cession gratuite, devient définitif, soit au bout de cinq ans, si le colon a planté en caféiers ou autres plantes de même durée, la moitié de la surface susceptible de les recevoir, soit au bout de trois ans, si ces plantations recouvrent les deux tiers de Ja surface. On donne pour raison à ces prescriptions « qu'on a voulu mettre le colon en garde contre le danger de cultures trop généralement répandues autrefois (maïs ou haricots) et qui n'ont jamais permis la création d'une richesse durable ». Nous ne saurions, quant à nous, approuver que l'on oblige les colons à des productions aussi particulières et qu'on les pousse tellement à celle du café; elle peut être un stimulant ou un adjuvant; mais ce sont toujours les cultures vivrières qui doivent former le fond de la production d'une colonie, d'autant plus que les colons de Nouvelle-Calédonie importent chaque année des vivres frais d'Australie, pour une somme qui atteint en certaines années 2 millions de francs.

Ces dispositions et la propagande exercée au nom de la métropole dans la colonie développèrent le petit filet d'immigration dont nous parlions plus haut. De 1894 à la fin de 1899, nous diton, plus de 500 établissements agricoles nouveaux furent fondés. On créa, dans la même période quinquennale, 22 centres de colonisation, divisés en plus d'un millier de lots et s'étendant sur une superficie de plus de 20.000 hectares. En même temps, on construisit « environ 300 kilomètres de routes carrossables ou de pistes qui, par simple élargissement, peuvent devenir d'excellentes routes charretières. » La transportation avait été si mal pratiquée depuis 1863 que, avec les 5.000 transportés, qu'on a eus en moyenne pendant au moins un quart de siècle, on n'était pas arrivé à faire un réseau de routes de quelque importance, alors que toute l'île, moyennant le travail des forçats, eût dû être couverte de routes, quasi sans bourse délier. Cette absence inouïe de routes, en pareille circonstances, a été la principale cause du peu d'essor de la production agricole (1).

Les cultures vivrières, avec le réseau de routes qu'on s'est si tardivement décidé à construire, une organisation de cabotage côtier, qui ne nécessiterait qu'une modique subvention, probable-

(1) Dans un discours prononcé à la distribution des récompenses obtenues à l'Exposition locale de Nouméa en 1899, M. Deligny s'exprimait ainsi, après avoir déclaré que chaque année la Nouvelle-Calédonie importait pour 2 millions de francs de vivres frais d'Australie : « Les commerçants calédoniens trouvent plus avantageux de faire leurs achats à Sydney, marché toujours approvisionné à jour fixe, que de s'adresser aux centres agricoles restreints de l'intérieur de l'île, ne communiquant entre eux et n'étant en relations avec Nouméa, centre de consommation, qu'à des intervalles de quinzaine, pendant lesquels les récoltes se gâtent. » (Kussier, Colonisation agricole de la Nouvelle- Calédonie, dans le Bulletin de la Société de géographie de Lyon, livraison du 1er avril 1901.)

290 DE LA COLONISATION AU XIXe ET AU XXe SIÈCLE

ment même temporaire, donneraient certainement un grand essor à la colonie et rémunéreraient les colons. Il est question de la construction d'un chemin de fer qui y ajouterait un nouvel instrument; mais encore faudrait-il le faire avec une stricte économie. Aux cultures vivrières (pommes de terre, blé, vigne, etc.), et à l'élevage pourraient se joindre quelques cultures en partie destinées à l'exportation : le manioc pour la fécule et le tapioca, les arachides, les fruits ; le cocotier, l'arbre si précieux de toute cette parlie du monde pour le coprah (voir plus haut, page 283), peut-être aussi pour les savons, les huiles, rendrait des services. "Enfin les cultures tropicales riches, notamment le café, peuvent avoir leur rôle d'excitant ; mais il n'en faut pas abuser et elles doivent demeurer secondaires : en 1894. la Nouvelle-Calédonie exportait 137 tonnes de café et 386 en 1899, grâce à la prime de 75 francs par 100 kilog. que lui constitue la détaxe de pareille somme sur les droits perçus en France. Il serait, toutefois, abso ■ lument déraisonnable d'augmenter, comme le demandent les colons, cette prime déjà énorme, colossale même; ce serait rendre cette culture tout à fait artificielle, gâter les cultivateurs, développer à outrance une production qui probablement amènerait de graves déceptions, en même temps qu'elle priverait la France des ressources nécessaires à son budget.

On s'occupe aussi, en Nouvelle-Calédonie, d'exploiter le caoutchouc; il est probable que les forêts de l'iutérieur,bien aménagées, otfriraient des ressources soit en cette liane soit en bois divers.

L'avenir agricole et forestier delà colonie apparaît donc comme assez riant. Il est possible que le sol d'une grande partie de 1 île soit médiocre, étant formé de madrépores ; mais il est impossible, d'autre part, qu'il ne s'y trouve pas une grande quantité de terres, sinon la moitié, du moins un bon tiers, susceptibles de culture relativement soignée ou tout au moins de productive exploitation forestière.

C'est, toutefois, les mines qui jusqu'ici entretiennent le plus d'activité dans la Nouvelle-Calédonie. On y a découvert et l'on y exploite des gisements importants. Les principaux métaux jusqu'ici extraits sont le nickel, le cobalt, le cuivre, le plomb argentifère et le chrome. Le premier de ces métaux donne lieu à une exploitation déjà sérieusement rémunératrice. Les concessions appartenant à plusieurs compagnies, mais surtout à celle dite le Nickel, dont les actions se sont cotées longtemps avec une forte prime à la bourse de Paris, puis ont subi des vicissitudes et enfin sont revenues à de bons cours, s'étendent sur plusieurs milliers d'hectares ; l'exportation ou la livraison dans la colonie a été, en 1888, de 8,423 tonnes de minerai. Le prix moyen de la tonne de minerai était à Nouméa de 125 francs. La teneur

moyenne en nickel oscillait de 9 à 10 pour 100. En 1888, on comptait 704 ouvriers occupés à ces mines dont 535 blancs et 169 noirs indigènes. Les concessions de cobalt, disséminées entre une dizaine de compagnies, s'étendaient, en 188S, sur 3,227 hectares ; on avait exporté ou livré dans l'année 3,020 tonnes de minerai, ayant une valeur, àNouméa, de 80 francs la tonne. L'exploitation se faisait par 166 blancs et 89 natifs. On ne comptait que deux mines de cuivre, avec une maigre étendue de 125 hectares, ayant exporté ou livré dans la colonie 3,000 tonnes de minerai en 1888; le prix du minerai à Nouméa était de 300 francs la tonne ; la teneur en cuivre 20 p. 0[0 : ces mines employaient 350 blancs et 22 noirs. Deux mines de plomb argentifère, sur une surface de 125 hectares avaient extrait 500 tonnes de minerai, ayant une teneur de 25 p. 0[0 de plomb et de 500 grammes d'argent à la tonne. On y employait 50 blancs et 8 noirs ; il ne s'agissait là évidemment que de mines dans la période de premier établissement. Enfin sept concessions de chrome, s'étendant sur 501 hectares, avaient exporté ou livré dans la colonie 2,475 tonnes de minerai, ayant une valeur moyenne à Nouméa de 40 francs la tonne; ces mines employaient 203 ouvriers blancs et 64 noirs.

En résumé, l'industrie minière dans la Nouvelle-Calédonie avait produit ou exporté dans le courant de l'année 1888, une valeur de minerai de près de 2 et demi millions de francs. Elle employait 1.665 ouvriers, dont 1.301 blancs et le reste Néo-Hébridais ou natifs, avec quelques Chinois, sans doute dans le nombre. Cette industrie, sauf celle du nickel, n'est encore que dans la période de l'enfance, en ce pays. Elle paraît réservée à un développement assez considérable. « Il ne faudrait pas s'étonner si, au commencement du siècle prochain, tant la production de minerai que le nombre des ouvriers avait quintuplé ou décuplé. Une partie des habitants libres a montré, toutefois, des dispositions qui pourraient arrêter cet essor. Par jalousie contre les compagnies minières, par une tendance protectionniste pour le travail des ouvriers libres, elle s'est déclarée contraire à l'emploi des condamnés ou des libérés dans les mines. Il importe, cependant, et que les compagnies minières aient une main-d'œuvre abondante et que les condamnés ou les libérés soient occupés à un travail sérieux. C'est au gouvernement à empêcher de prévaloir ces funestes tendances de quelques colons. » Ainsi nous exprimionsnous dans la précédente édition de cet ouvrage (1891). Les dix années écoulées depuis lors ont, en partie du moins, confirmé nos prévisions.

Le commerce extérieur de la Nouvelle-Calédonie, notamment l'exportation, s'est sensiblement accru comme en témoignent les Chiffres suivants :

DE LA COLONISATION AU XIXe ET AU XX0 SIÈCLE

Importation Exportation,

Le progrès a été considérable de 1866 à 1877 à cause de la déportation des insurgés de la commune. Le recul de l'importation de 1877 à 1887 n'a rien de regrettable, parce qu'il vient surtout de ce que la Nouvelle-Calédonie, dans l'intervalle, s'est mise à produire plus de denrées agricoles. Quant à l'exportation, elle ne s'est pas accrue de 1877 à 1887, quoique les mines aient dans l'intervalle pris un certain développement, mais elle a plus que triplé de 1887 à 1899. Les principaux articles d'exportation en 1899 sont : les métaux pour 7,081,093 francs, dont 5,543,861 fr. de nickel; 649,575 de chrome et 337,920 fr. de cobalt; 361,440 fr. de produits et dépouilles d'animaux; 801,579 fr. de denrées coloniales, presque entièrement du café; 420,000 fr. de fruits et graines ; le reste est insignifiant. L'importation comprend 2,233,114 fr. de boissons, 1,543,923 fr. de farineux alimentaires, que le pays pourrait certainement produire en grande partie; 1,148,894 fr. de fils et tissus; 916,489 fr. de bijouterie, horlogerie et ouvrages en métaux ; 711,964 fr. de denrées coloniales, dont 240,587 fr. de sucre ; 604,482 fr. de dépouilles d'animaux et 247,711 fr. d'animaux vivants ; la colonie devrait arriver rapidement à se fournir ellemême une grande partie de ces derniers articles ; il en est de même pour les 269,000 francs de bois communs ; le reste se compose d'objets manufacturés, qui constituent l'importation essentielle de tout pays neuf. Le commerce avec la France et les colonies françaises se compose de 6,645,000 fr. à l'importation et de 3,491,000 fr. à l'exportation. En 1887, l'exportation de lacolonie en France n'atteignait que le chitTre infime de 177.000 fr. C'était soit à Sidney, soit en Angleterre, qu'allaient alors tous les minerais. Aujourd'hui près de la moitié se rendent directement en France. Le voisinage d'un grand entrepôt comme Sydney reste, cependant, à la fois une ressource au point de vue économique et un danger au point de vue national.

Que deviendra désormais la Nouvelle-Calédonie ? Depuis 1898, on y a supprimé la transportation des criminels ; si l'on s'était bien servi de cette dernière, on eût fait déjà de cette possession une île très florissante. On avait eu le tort d'appliquer la transportation aux récidivistes, même pour simples peines correctionnelles'; c'est une triste main-d'œuvre que celle des vagabonds et des souteneurs ; néanmoins, si l'on eût opéré parmi eux une sélection, peut-être les résultats eussent-ils été moins détestables. Le séjour à la Nouvelle-Calédonie, terre salubre et agréable, eût dû être présenté comme une sorte de récompense pour les condamnés

qui se conduiraient bien. De cette façon on se fût procuré des forçats ou des réclusionnaires de choix que l'on eût pu placer chez les colons ou les industriels et auxquels, comme récompense ultérieure, on eût pu allouer des terres. Si l'on eût voulu que la Nouvelle-Calédonie prospérât, comme colonie pénale, il eût fallu remplir trois conditions : la première c'est de n'y pas déporter les criminels les plus invétérés, ni les plus mous et les plus indolents, Ceux-ci devraient être dirigés vers la Guyane, et ceux-là gardés dans les maisons centrales. La seconde, c'est d'amener à peu près autant de femmes que d'hommes pour pouvoir fonder des familles. La troisième, enfin, c'est de pratiquer le régime de l'assignement que nous décrivons dans le chapitre suivant, consacré à l'Australie, d'amener les condamnés à vivre de leurs propres ressources, de leur travail agricole ou industriel, et non de rations gouvernementales. Il y a eu, sous ce rapport, d'énormes abus à la Nouvelle- Calédonie ; il faut laisser souffrir de la faim les criminels ou les libérés qui ne veulent pas travailler, peut-être même mourir de faim ceux qui s'obstinent à ne rien faire ; il faut, d'autre part, encourager par des salaires proportionnés ou des pécules ceux qui sont laborieux et ont une bonne conduite. Il convient aussi d'octroyer aisément des grâces et même la réhabilitation, dès que le condamné a fait preuve pendant quelques années de goût pour le travail (1).

La Nouvelle Caiédonie jouit de larges libertés locales. Un arrêté du 3 mars 1874 a constitué dans la ville de Nouméa un corps municipal composé d'un maire, de deux adjoints et de neuf conseillers, tous nommés, il est vrai, pour une durée de trois ans, par le gouverneur. Ce régime n'était que transitoire et a fait place à un autre plus libéral, fondé sur l'élection. On n'a pas octroyé, avec raison, à la Nouvelle-Calédonie, de député, mais on lui a accordé un délégué élu qui peut être un interprète de la population près du gouvernement français. En outre, un décret

(1) On trouvera dans l'ouvrage de M. Delarbre, Colonies françaises, l'ensemble des mesures relatives à la transportation à la Nouvelle-Calédonie. Ces mesures en elles-mêmes ne paraissent pas trop malentcndues. On pourrait dire seulement qu'il peut convenir de faire une grande part à l'établissement individuel des condamné» sur des concessions, de moins les assujettir à la vie en commun, même provisoirement, et de supprimer plus tôt les rations. 11 est vrai que les instructions relatées par M. Delarbre s'appliquent aux condamnés aux travaux forcés, les seuls qui étaient transportés au moment où écrivait l'auteur (Noie de la 4e édition.)

La Revue de Paru a publié en novembre et en décembre 1901, sous ce titre : « Le Bague », quatre très curieux articles de M. Jean Carol, où est décrit, avec beaucoup de jugement dans ses lignes générales et quelques erreurs seulement d'appréciation sur des points de détail, l'absurde régime de gâteries que nous employons vis-à vis des transportés et des libérés à la Nouvelle-Calédonie ; on comble de faveurs ces misérables et on les laisse rien faire.

Se reporter plus baut au régime de la transportation à la Guyane (pp. 105 à 107).

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du 2 avril 1885 a institué un conseil général électif. Cette dernière mesure, toutefois, paraît prématurée, ce Conseil ayant donné les preuves réitérées de son incapacité et de son esprit brouillon. Il faut ou le réduire au rôle d'une assemblée consultative ou cesser de le faire nommer entièrement au suffrage universel et le prendre dans certaines catégories.

La suppression absolue de la transportation en 1898 risque d'être une grosse épreuve pour la Nouvelle-Calédonie; la conséquence en sera, en effet, la diminution, assez rapide, quoique graduelle, de la moitié de sa population européenne: condamnés, agents pénitentiaires et, peut-être, aussi soldats. Il eût mieux valu continuer pendant un quart de siècle encore une transportation choisie, d'après les principes et la méthode que nous venons d'indiquer. Perdue au milieu du Pacifique et près d'un continent où il y a déjà environ 4 millions d'Anglais, il serait à désirer que la Nouvelle-Calédonie pût au courant de ce siècle, se constituer une population saine de 60,000 à 80,000 Français; l'exemple des Boërs montre qu'un petit groupe de ce genre serait en lui-même respectable. Avec le temps, ce petit groupe pourrait énormément se développer, car les 2 millions d'hectares de la colonie et des îlots adjacents, malgré la médiocrité du sol de la partie centrale, substanteraient facilement, par le sol, le sous-sol et les industries s'y rattachant, sinon 1 million d'hommes de race blanche, du moins 4 à 500,000, qui constitueraient, dans le Pacifique, un bloc français respectable.

La mère patrie n'abandonne pas la Nouvelle-Calédonie. On a subventionné un service de navires à vapeur qui s'y rendent toutes les quatre semaines en touchant à l'Australie. La Nouvelle- Calédonie, en dehors de 3 1/2 millions pour la transportation, qui disparaîtront graduellement, paraît coûter encore 3 millions au budget métropolitain, dont 675,000 francs de subvention au budget local néo-calédonien. Celui-ci s'élève à 3 1/2 millions ; il devrait largement se suffire; cependant, il semble, en 1901, être dans certains embarras. La Nouvelle-Calédonie, toutefois, est encore un domaine bien étroit. Dans le voisinage se trouve un groupe d'îles importantes, les Nouvelles-Hébrides, qu'il eût dépendu de nous d'acquérir. Notre excessive timidité nous empêchait d'étendre la main sur les terres vacantes et sans maître qui sont à notre portée. Quelques-unes des Nouvelles-Hébrides eussent pu être un excellent terrain de colonisation, le sol y étant bon et la population énergique et travailleuse. Malheureusement nous avons signé en octobre 1887 avec l'Angleterre une convention qui oblige chacun des deux pays à respecter l'indépendance de ces îles et qui nous a fait retirer un piquet de troupes que nous y entretenions. Il est peu probable que cette convention soit

éternellement respectée, l'expérience prouvant qu'il n'y a pas de place dans le monde contemporain pour des peuplades barbares indépendantes dans le voisinage des peuples civilisés. La proximité de l'Australie, la constitution, en 1900, de ïAustralian Commonwealth (voir le chapitre suivant), font de cette question des Nouvelles-Hébrides une affaire épineuse ; il faudrait la trancher, sans aucun retard, chaque heure accroissant le danger. Si nous ne pouvons obtenir, en échange de nos droits sur Terre-Neuve, la cession de tout l'archipel, il faudrait, au moins, le partager, comme on l'a fait entre Anglais, Allemands et Américains pour les îles Samoa; mais il n'y pas une heure à perdre. L'avance que la race anglaise a prise dans cette partie du monde est un danger pour la colonisation française en Nouvelle-Calédonie. Il importe donc que celle-ci soit poussée aussi activement que possible.

Nos possessions océaniennes, tout en ne constituant qu'une partie secondaire de notre empire colonial, sont encore non seulement intéressantes, mais même assez importantes et méritent d'être sauvegardées et mises en sérieuse exploitation.

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