POSSESSIONS BRITANNIQUES DE L'AFRIQUE AUSTRALE
Du nord de l'Amérique, nous avons à nous transporter au sud de l'Afrique et d'une colonie anglaise conquise sur la France à une colonie anglaise conquise sur les Pays-Bas. On ne trouvera pas là un accroissement aussi rapide de culture, de population et de richesse; on rencontrera une société qui, jusqu'à la découverte des gisements de diamant et d'or, lutta péniblement contre des obstacles considérables et qui, à certains points de vue, peut être rapprochée de notre Algérie. Merivale a fait de ces contrées un éloge qui touche au lyrisme. Situés sur une des grandes voies de communication du monde, d'une salubrité exceptionnelle, accessibles à la race européenne sans crise d'acclimatement, offrant le phénomène de la réunion sur un même sol des produits les plus variés, la soie, les vins, les fruits, le blé, le bétail et en même temps les denrées des tropiques, il semblait à Merivale que les établissements anglais du sud de l'Afrique fussent l'une des terres les plus favorisées du globe; c'était fort exagéré; car sauf sur les côtes et dans quelques vallées, le sol y est, au contraire, des plus ingrats; mais il recouvre d'énormes richesses minérales. La domination hollandaise (voir tome Ier de cet ouvrage, pages 274 à 305), au triple point de vue des institutions, du régime des terres et du régime commercial, était très défectueuse; toute liberté politique manquait. Pour prévenir l'accroissement de ia population, les Hollandais n'accordaient des terres que par parcelles isolées et éloignées les unes des autres ou par cercles qui se touchaient, mais qui avaient des espaces inoccupés entre leurs interstices (1). C'est à cette coutume qu'il faut attribuer, du moins en partie, le développement relativement lent de la colonisation. Au point de vue commercial, les habitants n'avaient même pas le droit de fixer eux-mêmes le prix de leurs denrées, non plus que de se livrer à la navigation, même côtiôre et de cabotage. Aussi la colonie resta-t-elle toujours languissante. Il s'y était formé cependant, à l'intérieur, une race énergique de pasteurs et d'éleveurs de bétail, qui possédaient au plus haut degré toutes les qualités de la nation hollandaise, l'ardeur au travail, l'économie, la persévérance et la ténacité. Ils y joignaient aussi la fécondité, l'attachement à leurs coutumes et à leur langue, et ils ont formé
11) Merivale. On colonies, t. 1, p. 115.
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cette remarquable population de Boërs, qui, après 80 ans d'éclipsé, relève la tête et dispute à l'Angleterre l'empire de l'Afrique australe. A côté de cette rude et laborieuse souche de colons, il y avait un élément industrieux et actif, d'origine française, c'étaient les descendants de réfugiés calvinistes : quelques-uns appartenaient à de grandes familles de France, comme les marquis de Roubaix, les de Yilliers (de la Rochelle), les du Plessis, les de Joubert et bien d'autres ; cet élément raffiné et ingénieux avait introduit dans la colonie un esprit de progrès et d'amélioration, que l'on ne trouvait pas parmi les rudes paysans d'origine néerlandaise. C'étaient ces enfants de France qui, vers la fin du xvne siècle, avaient planté la vigne dans la vallée de la Perle, et. les premiers, cultivé ce fameux vin de Constance qui fut pendant un temps le plus renommé du monde.
Maîtres du Cap, en fait depuis 1806, depuis 1815 en droit, les Anglais ont porté dans cette colonie leurs qualités habituelles : l'amour de l'ordre et du progrès, le goût des libertés locales, les sympathies dont ils entourent tout ce qui les touche et leurs efforts accoutumés pour mettre en valeur toutes leurs dépendances. Leur premier soin, comme au Canada, fut de déterminer vers le Cap un courant régulier d'immigration. Dès 1814 on ouvrait, à Londres, des soucriptions pour favoriser l'introduction de l'élément anglais dans cette colonie. On voulait à la fois faire un contre-poids à l'élément hollandais déjà très développé et tenir en respect, repousser même les Cafres, population indigène remuante et guerrière, qui, comme en Algérie les Arabes, tient les colons en émoi et arrête le développement de la civilisation. On envoya au Gap d'anciens soldats, des artisans et des laboureurs : on y convia l'immigration européenne. En 1838, le gouverneur, sir George Grey, traitait avec une maison de Hambourg pour l'envoi de 4,000 immigrants allemands. Mais tous ces efforts n'eurent pas un plein succès, soit à cause du climat, soit par crainte des incursions des Cafres, soit plutôt à cause de la législation défectueuse de la colonie sur le régime des terres. Malgré la résidence à Londres de deux commissaires de l'émigration, en dépit des subsides de la caisse coloniale, on ne put se procurer en moyenne plus de 2,000 immigrants par année. Aussi, après la guerre de Crimée, l'on se résolut à un grand effort et l'on tenta l'établissement de colonies militaires : on voulait avoir des soldats laboureurs, aptes au défrichement et à la guerre contre les Cafres ; l'on crut ne pouvoir mieux faire que de choisir les Allemands pour ce double rôle qui répond aux dispositions traditionnelles de leur nature. On dirigea vers la Cafrerie les soldats et les officiers de la légion germanique qui fut licenciée après la guerre de Crimée; on
)eur avait fait les offres les plus séduisantes : transport gratuit pour eux-mêmes, leurs femmes, leurs entants, leurs fiancées et pour un serviteur par famille d'officiers, ration gratuite ou indemnité équivalente pendant un an, demi-solde pendant trois ans, solde complète en cas d'incursion des Gafres, prêts d'outils et d'argent, concession de lots à bâtir et de lots de terre pour jardin, droit aux pâturages communs, allocation pour construction de maisons, exemption d'impôts pendant sept ans, et, à l'expiration de ce terme, propriété du sol, de la maison et du jardin, frais d'enterrement supportés par l'État.
Pour qui regarde les choses de près et sait y voir, il était impossible de plus mal combiner une tentative en elle-même difficile : dans les conditions qui précèdent on ne peut reconnaître cet esprit pratique, net et droit, que l'on est accoutumé à trouver dans les résolutions de l'Angleterre. Tout y porte l'empreinte de l'inexpérience et de l'irréflexion. D'abord, l'on n'accordait à ces soldats que des lots de terre à bâtir et des parcelles pour jardin, sans y joindre des étendues de terre labourable, sous le vain prétexte que les terres étaient alors soumises dans la colonie au système de vente et que l'on n'en pouvait disposer par dons ; ensuite l'on subordonnait l'acquisition de la pleine propriété de la maison et du jardin dont l'emplacement avait été concédé, à une sorte de service dans la milice pendant sept années, ce qui retardait presque indéfiniment l'instant où le colon pourrait se regarder comme propriétaire à l'abri de toute revendication. Aussi cette tentative ne réussit pas ; on eut beau envoyer à ces soldats des jeunes filles irlandaises pour en faire leurs femmes ; on eut beau baptiser des noms de Wiesbaden, Brunswick, Berlin, de misérables postes, les charges étaient trop lourdes pour les avantages; il y eut, en peu de temps, une désertion presque générale. En même temps que l'on échouait pour l'établissement de ces colonies militaires allemandes, on mécontentait les paysans hollandais ou P^ërs, race individualiste et tenace, qui ne voyait pas sans unf irritation profonde nier ou contester des droits de propriété ' ^nsacrés par la prescription et qui protestaient d'un autre côté contre une sorte d'infériorité politique où l'on aurait voulu les placer. Il faut reconnaître, cependant, que toutes les réclamations des Boërs n'étaient pas fondées : un de leurs principaux griefs fut l'abolition de l'esclavage, dont on ne peut faire un reproche à l'administration anglaise. Quoi qu'il en soit, le rude et fier tempérament des Boërs ne put se plier à ces oppressions en partie réelles, en partie imaginaires, dont ils se plaignaient. Un grand nombre émigra dans l'intérieur pour fonder les établissements indépendants d'Orange et de Transvaal;
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on ne peut que s'en féliciter dans l'intérêt de tous, car c'est un pas nouveau de la colonisation et cela rompra la monotonie dont la domination anglaise presque universelle menace le monde.
Il semble, après tous ces faits, qu'au point de vue politique l'administration anglaise ait laissé beaucoup à désirer. Il n'en est pas moins vrai qu'elle était singulièrement supérieure à l'administration hollandaise : elle conserva toujours aux colons cette liberté primordiale, qui est la pierre angulaire de toute société florissante, la liberté municipale ; elle leur refusa longtemps, trop longtemps peut-être, la représentation coloniale, mais, à l'origine du moins, elle avait de bonnes raisons pour ne pas faire cette concession suprême, qui ne peut être accordée qu'aux colonies déjà adultes. Toutefois elle ne prolongea pas indéfiniment ce stage et cette période de l'enfance qu'il est dangereux de vouloir éterniser. En 1853, le Gap recevait une constitution qui instituait une législature élective : ce fut une réforme heureuse et qui donna une vive impulsion à la colonie.
Le régime des terres fut, nous l'avons indiqué, très défectueux : nulle part, dans les établissements britanniques, on ne vit tant de fluctuations et de règlements contradictoires. Primitivement l'on accordait des terres aux cultivateurs moyennant une rente annuelle. En 1843 l'on introduisit le système de vente à 2 fr. l'acre (0 hect. 41 ares). En 1855 la législature rapporta le règlement de 1843 et remit en vigueur le système primitif en le modifiant légèrement. On fit aussi des concessions sur une grande échèlle à des particuliers ou à des compagnies. Le gouverneur offrait gratuitement 1,500 acres aux fermiers munis de capitaux et présentant des garanties. En 1849, un homme connu pour ses voyages en Afrique, M. Johnstone, achetait en bloc, au nom d'une société, 25 milles carrés de terre près de Port Natal. On devait diviser cette grande étendue de territoire en cinq sections, chacune de 16,000 acres. II y eut sur ces terrains un grand agiotage : on les achetait pour les revendre, sans s'occuper de les mettre en culture. On ne fit cesser ces spéculations que par des concessions sans condition en 1857, système qui fut remplacé l'année suivante par des ventes à prix fixe (4 shellings l'acre). Toutes ces fluctuations dans le mode d'appropriation des terres jetèrent du discrédit sur la colonie, mais elles ont donné de l'expérience aux gouverneurs et aux législateurs : on est arrivé à reconnaître qu'il faut un régime des terres unique et simple, et qu'il n'y en a pas de meilleur que celui de la vente à prix fixe.
Au point de vue commercial, la domination anglaise fut, pour le Gap, un grand soulagement : les colons se trouvèrent enfin délivrés du monopole et des mille règlements qui les opprimaient.
Bien qu'on ne leur accordât pas, à l'origine, la liberté du commerce à l'extérieur, ils l'eurent à l'intérieur pleine et entière. La métropole intervint pour protéger leur produit principal, le vin : on établit en Angleterre des droits différentiels élevés à l'avantage du Gap. En 1813, les vins du Gap ne supportèrent qu'un tiers des droits que payaient les vins d'Espagne et de Portugal. En 1825, il est vrai, cette protection fut diminuée par un dégrèvement des droits sur les vins étrangers ; les colons s'en plaignirent hautement, mais depuis longtemps les vins du Gap avaient perdu leur vieille réputation. Roscher attribue cette décadence à l'existence d'une multitude de petites maisons de commerce qui, à la recherche de profits excessifs, ont détérioré ce précieux produrt et lui ont, à la longue, enlevé son renom. Aujourd'hui, comme toutes les colonies anglaises, le Gap et Natal, qui en est détaché, jouissent de la complète liberté du commerce. 1 Les statistiques témoignent, en ce qui les concerne, d'un développement qui offre une alternance de rapidité et de lenteur. La superficie de Natal est de 18,750 milles carrés; il y faut joindre 10,521 milles carrés pour le Zoulouland. Le mille carré équivaut à un peu plus de 2 kilomètres carrés et demi. La colonie du Gap est infiniment plus grande; elle a 277,151 milles carrés, dépassant de plus d'un tiers l'étendue de la France. La superficie indiquée par les divers documents officiels anglais a notablement varié suivant les années; les chiffres que nous donnons sont extraits du Statistical Abstract for the colonial possessions de l'année 1899, publié en 1900. Ces colonies n'ont pas de limites bien précises et si l'on y joignait les protectorats britanniques de cette région, cette surface devrait être considérablement accrue; elles n'ont cessé, depuis trente ans, de s'étendre par la pénétration à l'intérieur.
La population a rapidement augmenté depuis 1850 : le recensement ne comptait alors à Natal que 120,627 habitants et au Cap de Bonne-Espérance que 285,279. D'après le dénombrement de 1871, la population de Natal montait à 289,773 habitants et celle du Cap à 582,982 : ainsi les deux colonies réunies avaient plus de 870,000 âmes et la population avait plus que doublé en vingt ans. En 1881, Natal est porté pour 408,000 âmes et le Cap pour 720,000; en 1891 le recensement donne 1,527,000 âmes pour le Cap et 544,000 pour Natal (le Zoulouland non compris). Le Colonial Abstract pour 1899 inscrit 2,265,000 âmes pour le Cap, en y comprenant le Pondoland et le Bechuanaland et ne modifie pas le chiffre de Natal. 11 ne faudrait pas croire que toute cette population fût d'origine anglaise ou môme européenne. D'après le recensement de 1891, le nombre des Européens ou blancs dans la colonie du
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Cap était de 376,987; il s'élevait à 46;788 à Natal, ensemble environ 424,000 Européens (Statesmaris Year-Book 1901, pages 185 et 206).
En 1899 on estimait à 460,000, dont 265,200 de race hollandaise et 194,800 de race anglaise, la population blanche de la Colonie du Gap, à 52,000, dont respectivement 6,500 Hollandais et 45,500 Anglais, celle de la Natalie et du Zoulouland, à 10,000, dont 8,500 de race anglaise, celle de la Rhodésia. En y joignant les deux petites républiques indépendantes du Transvaal et de l'Orange (voir tome Ier de cet ouvrage, page 303), on arrivait, pour toute l'Afrique Australe britannique ou enclavée dans les possessions britanniques jusqu'au Zambèze, à 820,000 blancs, parmi 5 à 6 millions de noirs : ce n'est que 15 à 20 0/0 de plus de blancs que n'en compte notre Algérie-Tunisie, de colonisation bien plus récente, et guère plus d'indigènes, sur des espaces infiniment plus vastes.
Nous extrayons, pour leur intérêt historique, des Tables statistiques sur les colonies anglaises publiées en 1869, quelques renseignements sur les différentes cultures, qui montrent ce que devenaient ces pays avant la découverte de l'or et des diamants. Voici d'abord pour Natal :
Acres.
Acres.
Acros.
En blé de Cafrerie (caffir corn)
Ce tableau est instructif, en ce sens qu'il.indique que les plantes tropicales, la canne, le café, le coton, le tabac, devinrent de plus en plus négligées, et que l'industrie des habitants se porta surtout vers l'extension des cultures en blé et en maïs. Les Statistical Abstracts récents ne donnent malheureusement aucune information sur les cultures dans la colonie de Natal. Ils ne parlent que du bétail. Le nombre des bêtes à corne dans cette colonie était de 435,010 en 1868 et de 738,000 en 1896; la peste bovine l'a réduit à 278,000 en 1898; le nombre des moutons était de 281,486 en 1868 ; on le retrouve à 844,000 en 1896 et seulement à 600,000 en 1898. Ce progrès n'est pas énorme en 28 ans, de 1S0S à
Voici des renseignements analogues pour la colonie du Cap. En 1865 il y avait 460,7t>4 acres en culture, dont 202.257 en blé 34 569 en orge, 24 330 en riz, 99,609 en avoine, 50,126 en maïs 8,784 en pois, haricots et lentilles, 1,974 en tabac, 12,845 en pommes de terre et jardins potagers, 12,033 en orangeries et en vergers, 16 177 en vignes D après les statistiques plus récentes, la colonie du Can a. C.0mme ra°yenne annuelle des trois années 1895 1896
e 1897, environ 730,000 hectolitres de blé, 250.000 d'orge 430 000
5 ioo nnn73n°00 If maïS' 31°'°3° de Porames de 'errent enfin! 5,100,000 gallons de vin, soit environ 210,000 hectolitres et en
outre, 60 à 70,000 hectos d'eaux-de-vie de vin ; tout cet ensemble
est modique. En revanche, les têtes de gros bétail dans la Colonie
du Cap étaient au nombre de 407,956 en 185S, de 692 514 en 1865
et de 2,231,600 en 1897, pour fléchir à 1,077,000 en' 1899 nar là
peste bovine. Quant aux moutons, on en comptai' en 1855
-*K «as
seulement a 5,369,672 livres sterling en 1898, dernière année normale ;,1 n a teignait, en 1878, que 1,719,000 livres sterling, soit 44 millions 1/2 de francs; plus de la moitié toutefois de ce rafle représentait du transit à destination de l'intérieur: les importations propres à Natal ne paraissent pas dépasser 2 1/2 à 3 millions
en 1897 Ti ^mnv^1?1 pr0pres a Natal se S0Iit é,evé<*
t S81taf^S-,iVreS^rlinS'17 * -Safran s en 1878, et de 382 970 livres sterling en 1870 : ici le progrès a été
très rapide, mais il a cessé depuis 1888 et 1889 où les exDoriiiinr s
atteignaient 1,630,000 livres sterling. Le mouVement dfla S
gâtion s es beaucoup développé : en 1898, dernière année nor-
K?& S \ÏST ^ ^ l~ e" »™
noSœs
francs) contre 6,588,000 livres sterling,(105 minions de francs) en 1878 . elles n avaient ete en 1870 que de 2,502,043 livres sterling.
mm- n H"?"1 T"16 e" 181,8 8 ••:,:il8'7"1 "vres sterling £7 millions de francs) conlre 3,5^2,841 livres sterling (90 million! e francs) en 1878, et 2,603,211 livres en 1870 ; il fuit dire que es diamants de Kimberley figurent dans le chiffre de 1898 pour t20raillionsde francs environ <4,567,0001ivres sterling,!),, saitque es Anglais ont dérobé Kimberley à l'Etat d'Orange pour l'annexer iu uap. Lor, provenant presque exclusivement du Transvaal, T' II- 23
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est porté, d'autre part, pour 388 millions de francs (15,394,442 livres sterling), dans les chiffres d'exportation de la colonie du Cap en 1898 ; déduction faite de ces deux articles, l'exportation de cette coloiiié, en 1893, tombe au chiffre modeste de 3,701,199 livres sterling, ou 93 millions de francs ; la plus grande partie de l'importation de la colonie du Gap est aussi destinée au Transvaal et à l'Orange. Dans la période 1856-1863, les exportations annuelles flottaient autour de 2,000,000 de livres sterling (50 millions de francs), quelquefois légèrement inférieures, d'autres fois légèrement supérieures (1). Le mouvement de la navigation dans la colonie du Gap a porté en 1898 sur un tonnage de 5,602,955 tonnes contre 1,138.000 tonnes en 1878, et 5 à 600,000 tonnes dans la période 1855 à 1870, avant la découverte des mines de diamant et des mines d'or.
Le revenu public de la colonie de Natal s'élevait à 1,964,315 livres sterling (50 millions de francs) en 1898,contre 369,000 livres sterling (9 millions 1/2 de francs) en 1878 ; il ne montait qu'à 120,000 livres sterling en 1869. La dette publique était en capital de 8,019,143 livres sterling (200 millions 1/2 de francs) en 1898, contre 4,535,000 livres sterling en 1888 (114 millions 1/2 de fr.), 1,631,000 livres sterling (41 millions de francs) en 1876, et 268,000 livres sterling en 1869. Le revenu public de la colonie du Gap s'élevait à 6,402,520 livres sterling (161 millions de francs) en 1898, contre 3,426,362 livres sterling (86 millions de francs) en 1888, 3,240,000 livres sterling (81 millions de francs) en 1878,et 670,000 livres sterling en 1870. La dette publique était de 28,383,922 livres sterling (715 millions de francs) en 1898, contre 7 millions délivres ou 175 millions de francs en 1878 ; en 1870, elle ne montait qu a 1,106,000 livres sterling. Cette colonie est, on le voit, assez endettée. Le quart des revenus réguliers du Cap provient des douanes, soit 1,668,364 livres sterling en 1898 (42 millions de francs) ; 336,000 livres sterling (8 1/2 millions de francs), étaient produites par le revenu ou la vente des terres domaniales (Colonial Estate) ; le reste venait des chemins de fer appartenant tous à l'Etat, de la poste, du timbre, de droits de mutation, des impôts directs divers. Le Parlement du Cap a voté en 1899 un impôt sur les diamants.
Ces deux colonies, avec leur sol en général peu fertile, quoi qu'en ait dit Merivale, trouvent des compensations dans l'élève du bétail et des chevaux, la production de la laine qui a pris, depuis
(1) Depuis 1875, la colonie du Gap et aussi celle de Natal ont reçu une très vive impulsion de la découverte d'abondantes mines de diamants et ultérieurement, vers 1885, des riches mines d'or du Transvaal Les métaux précieux ou les pierres précieuses ne sont pas les éléments les plus importants pour la prospérité durable des colonies, mais ils contribuent singulièrement à en abréger l'enfance et à en faciliter les débuts. Les territoires des Boërs dans la République d'Orange et dans le Transvaal étant situés dans l'intérieur, les colonies anglaises du Cap et de Natal profitent notablement de leur prospérité. (Note de la 4e édition.)
quelques années, un très grand développement, l'extraction des minerais de cuivre, d'une façon plus générale, des mines de toutes sortes dans toutes les provinces septentrionales dont on a fait les prolongements du Gap. Quant à la culture de la vigne, elle s'est peu développée dans ces contrées dont elle a fait jadis la célébrité ; en 1875, le vignoble du Gap ne couvrait plus que 18,177 acres, soit 7,500 hectares environ, et la production du vin ne montait qu'a 4,485,000 gallons, soit 200,000 hectolitres. En 1888, l'étendue du vignoble du Gap était de 20,000 acres, soit 8,000 hectares, et la production du vin de 5,610,000 gallons, environ 255,000 hectolitres, outre 1,406,000 gallons (64,000 hectolitres) d'eau-de-vie; dans les années plus récentes, on ne donne plus l'étendue du vignoble; mais il n'a pas augmenté, car la production a graduellement diminué d'environ 20 p. 100; elle n'est plus, en 1899, que de'4, 824,432 gallons (un peu moins de 220,000 hectolitres) et 1,107,344 gallons (un peu plus de 50,300 hectolitres) d'eau-de-vie. Le Cap et Natal sont depuis 1850 les points de départ de voyageurs et d'aventuriers qui pénètrent dans l'intérieur de l'Afrique : il y a dans toutes ces contrées des ressources naturelles, surtout minérales, considérables et des peuplades accessibles à un certain degré de culture. Les mines ont largement réalisé toutes les espérances. Les dépendances de la colonie du Gap sont rapidement devenues immenses et s'étendent maintenant jusqu'aux grands lacs, ayant coupé les établissements portugais qui n'occupent plus que les rives des deux océans.
Si l'Angleterre, ce qui devient probable (février 1902) parvient à constituer en colonies britanniques l'ancien Etat libre d'Orange et la République Sud-Africaine (Transvaal), elle détiendra là une énorme et au moins momentanément très riche contrée. Il est probable que, sans les diamants et les mines d'or, tous ces territoires sud-africains, médiocrement doués au point de vue agricole, n'eussent formé que des colonies modestes et secondaires, bien que très vastes; mais les diamants et For ont rempli leur fonction naturelle d'attirer en foule les immigrants et les capitaux. On a découvert, en outre, d'importants gisements de charbon et de cuivre, d'autres aussi de métaux communs, de sorte que, même après la disparition des mines d'or dans un demi-siècle, il restera encore quelques sources de prospérité dans ces pays.
« On peut se demander,toutefois, si la domination anglaise sera exclusive dans l'Afrique australe. Le soudain réveil des descendants des colons hollandais, l'affermissement et l'agrandissement des petites républiques libres d'Orange et du Transvaal, jettent des doutes sur ce point. Ayant désormais conscience de leur nationalité et confiance en leurs destinées, ces Etats indépendants semblaient pouvoir empêcher le complet envahissement de
cette partie de l'Afrique par l'absorbant élément britannique. Les relations que les Boërs oubliés ont renoué avec l'Europe en 1884, l 'apparition de leurs envoyés en Hollande, en Allemagne, en France et en Angleterre, consacrent la résurrection de la colonisation néerlandaise en Afrique. Quels qu'eussent été les efforts que fit l'Angleterre pour écarter ces rivaux qui l'inquiètent, les Boërs avaient su échapper au vasselage. Il leur faudrait la possession d'une certaine étendue de côtes pour donner un accès libre à leurs pays tout intérieurs. Une zone riveraine de l'océan Indien devrait leur échoir et compléter l'individualité de leur nation. Malheureusement pour les Boërs, la découverte des mines de diamant près de la république d'Orange, et surtout des mines d'or dans le Transvaal, ont attiré soudain, au milieu de l'élément Boër, une centaine de mille aventuriers, la plupart anglais, qui remettent en question l'indépendance des petits Etats néerlandais. L'Allemagne, comme on l'a vu plus haut, est en train de constituer, sur le flanc occidental des possessions anglaises dans l'Afrique australe, au Damaraland et au Namaqualand, une colonie qui, jusqu'ici, paraît dans des conditions assez ingrates. La civilisation, qui ne vit que de variété, gagnerait à ce que les Anglo-Saxons ne fussent pas les seuls maîtres de régions aussi étendues, y
C'est ainsi que nous nous exprimions, en 1890,dans la quatrième édition de cet ouvrage. Nous n'avons pas à changer cette appréciation. Bien que dans la guerre criminelle que l'Angleterre a suscitée dans le Sud de l'Afrique (1899) et qu'elle pousse jusqu'à l'extermination, son triomphe apparaisse comme assuré, il y a des chances pour que le résultat définitif, encore qu'il puisse être très différé, soit le triomphe de l'élément néerlandais dans tout l'intérieur de l'Afrique Australe entre le Zambèze et le Cap ; les Anglais pourront conserver les ports et leur banlieue; mais l'intérieur appartiendra auxboers qui sont les défricheurs, les habitants des campagnes, l'élément permanent et prolifique, tandis que les Anglais sont des commerçants, des commis et des fonctionnaires (voir plus haut, tome Ier, page 303).
Nous avonsétudié avec quelques détails l'organisation des vieilles colonies de l'Angleterre : nous nous sommes montré peut-être d'une sévérité exagérée, signalant sans ménagement les erreurs et les fautes. Mais cette histoire est si peu connue, l'on est si porté à l'embellir, la croyance est si bien établie que l'Angleterre n'a commis aucune faute dans sa gestion coloniale et que ses colonies n'ont eu à subir ni crises, ni temps d'arrêt, que nous regardions comme important de rectifier ce préjugé. L'administration coloniale anglaise, si supérieure qu'elle ait été de tout temps à la française, n'en était pas moins, à la fin du dernier siècle et au com-