‹ De la colonisation chez les peuples modernes (volume 5)Chapitre 40 sur 131 · L'ALGÉRIE : LE PEUPLEMENT, L'ACCLIMATATION · texte numérisé non relu

L'ALGÉRIE : LE PEUPLEMENT, L'ACCLIMATATION

Ire musulmans et européennes. Il est infiniment probable que les unions irrégulières entre ces deux éléments sont nombreuses ; elles ont également pour résultat de donner naissance à un élément mixte.

C'est Técole surtout qui pourra exercer une grande influence sur Tassimilation des éléments étrangers à l'élément français ; c'est elle qui devra propager notre langue et nos idées ; c'est elle qui préparera un plus grand nombre de naturalisations. Les tribunaux et l'administration devront aussi lui venir en aide; il dépend de nous que les Espagnols, nés en Afrique, si près qu'ils soient de leur patrie d'origine, finissent par se franciser, et l'Algérie ne sera pas plus une colonie hispanique que les Etats-Unis ne sont une colonie irlandaise ou allemande. Une loi qui rendrait français obligatoirement tout individu né sur notre territoire et qui y a vécu jusqu'à sa majorité aurait également une bonne et équitable action sur la fusion des éléments européens divers.

Le culte aussi pourrait nous amener peu à peu les Espagnols, les Italiens et les Maltais. Si l'on avait soin d'entretenir, pour ces populations religieuses, un clergé recruté uniquement dans l'élément français et qui se servît de notre langue dans les sermons, les homélies, les confessions, on contribuerait indirectement à la fusion des étrangers algériens avec nos nationaux. Mais la triste majorité de sectaires, d'ignorants et de niais qui régnait dans notre Parlement de 1881 à 1885, a stupidement supprimé les trois quarts des crédits pour le clergé algérien, et notamment aboli toute subvention pour les séminaires. C'était, en quelque sorte, décréter que le clergé algérien ne se composerait plus que d'Italiens et d Espagnols. Quand une nation a le malheur de composer son Parlement d'imbéciles et d'ignorants, elle transforme en instruments de ruine les moyens môme qu'elle aurait d'assurer sa prospérité.

Le principal colon de l'Algérie restera, d'ailleurs, toujours le Français, parce qu il est plus entreprenant, parce qu'il a plus de ressources d'esprit et de caractère, parce que c'est lui qui apporte les capitaux et qui s'entend le mieux à tirer parti de la terre et des hommes. Les Italiens, les Espagnols, les Maltais sont des auxiliaires utiles; mais on ne peut dire, sans méconnaître les conditions actuelles du travail et de la production en Algérie, que le premier rôle leur appartienne. Quant aux obstacles physiques, qui s'opposaient à la prompte acclimatation des Français, à savoir

1 élévation fréquente de la température, le stroco ou vent du désert, les émanations telluriques ou paludéennes, leur importance tend à diminuer pour trois raisons. D'abord plusieurs de ces causes morbides disparaissent grâce aux progrès de la colonisation : les

émanations paludéennes deviennent plus rares et moins dangereuses par les dessèchements, par la bonne culture des terres, par un système convenable de distribution des eaux, par la plantation d'eucalyptus ; le siroco lui-même est atténué par un bon régime forestier. En second lieu, les tempéraments se forment à la longue au milieu qui les entoure; la génération créole offre plus de, résistance que celle qui l'a précédée. Enfin Thygiène fait des! progrès rapides et les souffrances des premiers arrivés sont desj enseignements qui servent aux colons nouveau-venus. Tous ces prétendus obstacles insurmontables ne sont donc, les faits le prouvent, que des difficultés passagères.

Une autre objection de principe que Ton a adressée à la colonisation de l'Algérie par la France, c'est que notre pays n'a guère d'accroissement de population. Il est certain que cet accroissement est faible. Cependant jusqu'ici il n'est pas nul. L'excédent habituel des naissances sur les décès, en dehors des années de guerre, varie chez nous de 90,000 à 150,000 têtes. Dût même cet excédent disparaître d'une manière complète, on n'en devrait pas conclure que la France ne peut coloniser. En effet, il faut tenir compte du mouvement d'immigration belge, allemande, italienne et suisse qui s'effectue sur notre territoire continental. Si nous recevions tous les ans 40 pu.50,000 habitants nouveaux provenant du aenorsT nous pourrions fort bien pourvoir à une émigration à peu près correspondante. Les arrivées compenseraient les départs. L'émigration est, en outre, souvent un stimulant à la fécondité des familles.

Quelques statisticiens, M. Jacques Bertillon entre autres, pensent que la France pourrait fournir à l'Afrique une immigration de 100,000 habitants par an. Le dixième suffirait. Supposez 10 à 12,000 Français s'établissant chaque année en Afrique, et autant d'Européens étrangers; ajoutez-y l'excédent normal des naissances sur les décès, on aurait, à la fin du siècle, environ 750,000 ou 800,000 hommes de race européenne sur la côte d'Afrique et, en outre, 5 millions à 5 1/2 millions d'Arabes déjà imbus de notre civilisation. En portant nos regards plus avant, avec cette immigration d'ailleurs modique de 20.à 25,000 Européens par an (moitié Français et moitié étrangers), avec aussi l'excédent des naissances,rAfrique française, c'est-à-dire l'Algérie et la Tunisîe,avec leurs prolongements, contiendrait vers l'année 1930 plus d un million et demi d'hommes de race européenne et 8 ou 9 millions d'Arabes en partie, du moins,francisés.Ce serait là une société beaucoup plus importante comme population et au moins aussi florissante que l'Australie actuelle, et l'Afrique française en 1930 serait à peine de deux ans plus vieille que ne l'est aujourd'hui l'Australie. Une colonie ne sort guère de l'enfance qu à l'âge de cent ans. Ces résultats se-

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raient très glorieux pour la France, très féconds pour l'avenir de la race française. Si de légères difficultés, comme celles auxquelles «nous avons été exposés en l'année 1881, ne nous découragent pas, il est fort probable que l'Afrique française arrivera, avant sa centième année, à la solide et splendide situation que nous venons d'indiquer. Le phylloxéra dans ces derniers temps a merveilleusement servi l'Algérie en l'épargnant et en dévastant la France. L'insecte microscopique, chassant nos vignerons de la vallée du Rhône et de nos départements méditerranéens, les a poussés à franchir la mer. Ainsi les maux de la métropole ont été comme toujours utiles à notre colonie naissante. Si le régime administratif et économique n'est pas plus contraire à notre fondation africaine que les agents physiques, le succès de notre œuvre colonisatrice est assuré (1).

Voici la composition de la population algérienne en 1876 et 1886.

Annexa

Rlémesto de la population I876''^^^^"^ji86* Augmentation Diminution

FraDçais (1) armée comprise 198 792 259729 60.937 » »

Israélites naturaUsés 33. 50^ 43.182 9.676 » »

Musnlmansalgériens (sujets français) 2.476.941 3.S62. 849 785.908 > »

Espagnols 94.038 144 530 50.492 • »

Italiena 26.322 44.315 17 993 » »

Anglo-Maltais 14.313 15.533 1.220 » »

Allemands ,.... . 6.513 4.863 » > 1.650

Tunisiens .i 4.344 ) » »

Marocains l 17.201 18.194 V 13.482 » >

Autres étrangers. \ 8.145 > » »

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