L'ALGÉRIE : LE PEUPLEMENT, L'AGCLIUATATION
rie, publiée en 1882, l'ensemble des naissances parmi les Européenst pour les cinq années 1877, 1878, 1879, 1880 et 1881 comprend 32,260 garçons et 30,732 filles ; il y a donc heureusement ici comme partout un excédent des naissances de garçons. Par contre, les décès dans les cinq mêmes années, atteignent le chiffre de 11,110 hommes adultes et 20,112 garçons, soit 31,222 individus du sexe masculin. Les décès pour Tautre sexe ont été de 7,608 femmes et 14,140 filles, soit ensemble 21,748. Ily a là un avantage énorme au profit du sexe féminin qui, dans ces cinq années, ne présente que 21 ,748 décès au lieu de 31,222 pour l'autre sexe. La population féminine, du chef du mouvement des naissances et des décès, s'est accrue de 8,984 &mes en ces cinq années, tandis que la population masculine ne s'est augmentée parla même cause que de 1.038 âmes, ce qui est peu*
Cette proportion beaucoup plus forte des décès masculins, on ne peut l'expliquer uniquement par les deux causes qui se présentent d'abord à l'esprit, à savoir, d'une part, les travaux plus durs auxquels se livrent les hommes, notamment la vie extérieure que beaucoup d'entre eux doivent mener: d'autre part, dans une population qui se recrute en partie par l'immigration, l'excédent du nombre total des hommes sur le nombre total des femmes. Ces deux causes contribuent certainement à la différence de mortalité qu'offrent les Européens des deux sexes en Afrique. Mais elles ne sont ni les seules, ni vraisemblablement les principales. Ce n'est pas, en effet, seulement parmi les hommes faits, c'est aussi parmi les garçons que la mortalité sévit plus que parmi les -femmes ou les filles. Dans les cinq années 1877-1881, il est mort 20,112 garçons contre 14,140 filles. Indépendamment de ce que la vie même des jeunes garçons est, d'ordinaire, plus extérieure que celle des petites filles, il doit y avoir dans l'organisme masculin une moindre souplesse et une moindre facilité d'acclimatation (1).
Néanmoins, l'expérience prouve que l'acclimatation du sexe masculin peut s'effectuer comme le démontre l'excédant des naissances masculines, si léger qu'il soit.
(1) La statistique des années 1885, 1886 et 1887 confirme ces obseryations. Dans ces trois années réunies les naissances masculines, parmi la population européenne d'Algérie, ont été de 23,977 et les décès masculins, non compris les militaires, de 22,969, soit un excédent de 1,008 naissances masculines. Les naissances féminines dans les mônjes années ont été de 23,357, se rapprochant plus qu'autrefois du nombre des naissances masculines ; quant aux décès féminins, ils ne se sont élevés pendant ces trois ans qu'à 16,176, étant inférieurs de 7,181 aux naissances féminmes.
En 1872, on comptait dans la population d'origine européenne 113 hommes contre 100 femmes. Depuis lors IVxcédent du nombre des hommes a dû diminuer, mais les statistiques algériennes ne donnent plus le rapport des hommes et des femmes que pour l'ensemble de la population, musulmans compris ; à iavoir 2,014.013 hommes contre 1,791,671 femmes; les premiers forment donc ^2,9 0/0 de l'ensemble et les secondes 47,1 0/0. iNote de la 4« édition.)
Si Toa veut avoir une période plus étendue et considérer les neuf années de la période 1873-1881, on a un ensemble de 53,741 naissances masculines contre 52,012 décès masculins. L'excédent est de 1,741. La population masculine d'origine européenne, considérée en elle-même et afbstraction faite de l'immigration, fait donc plus que couvrir ses pertes.
Dans les colonies où les immigraats fournissent un plus grand nombre d'hommes que de femmes, il n'y a pas un grand inconvénient à ce que l'excédent des naissances sur les décès soit plus fort pour le sexe féminin que pour le sexe masculin. Gela rétablit l'équilibre. Plus tard, avec des soins hygiéniques mieux compris, il est probable que l'on pourra réduire la mortalité, non-seulement parmi les hommes adultes, mais parmi les garçons.
Nous ne saurions accorder grande portée à l'objection faite par feu M. Bertillon que l'échec des Romains suscite des doutes sur lapossibiUté d'acclimater définitivement les hommes du midi de TEurope sur la terre algérienne.
« Les grands et forts Romains d'autrefois l'ont tenté, dit ce statis- « ticien ; ils ont été vaincus. Eux qui, partout où ils ont mis le pied « en Europe, y ont implanté à jamais leur langue, leur loi, leur ad- « ministration, n'ont rien laissé sur la terre africaine que les restes « inanimés de leurs constructions, vains fossiles d une prospérité « quia péri dès qu'elle a cessé d'être ravitaillée par la mère-patrie, « car ce ne sont pas les faibles indigènes non plus que les torrents « éphémères des conquérants qui l'ont détruite ; l'on n'anéantit pas « ainsi le sang romain ; mais c*est le soleil africain qui l'a desséché ! « et ainsi ont péri tous les peuples indo-européens, et ils sont nom- « breux (Persans, Grecs, Romains, Vandales, Français, Ajiglais, « etc., etc.,) qui, depuis les temps historiques, ont été attirés par « les richesses africaines (1). »
Le sort de la domination romaine qui, en effet, n'a laissé comme vestige en Afrique que quelques pierres, n'a rien qui soit de nature à nous effrayer. Jamais les Romains n'ont pris possession de l'Afrique septentrionale avec la môme intensité que de la Gaule. Us y ont trouvé des populations infiniment moins malléables. Quand l'invasion barbare est survenue, les Romains d'Afrique sont retournés sur le sol italien , et ceux qui restaient de l'autre côté de la Méditerranée se sont trouvés violemment séparés de l'ancienne mère patrie, sans avoir plus avec elle aucun rapport ni matériel ni intellectuel. Les Arabes ont agi en Afrique, non pas à la manière des torrents qui ravagent et disparaissent, mais comme une couche durable de population qui se superpose aux
(1) Préface à la Démographie figurée de V Algérie, du D' Ricoux, page 8»