L AL6EKIE : LE ROLE DE L ADMINISTRATION
produit moyen des forêts de FÉtat e?t de 30 francs environ par hectare. Si les forêts algériennes valaient les françaises, TEtat et les communes en retireraient un produit brut de 50 millions de francs et un produit net de 25 millions au moins. Le pays, en outre, serait beaucoup plus fertile, bien plus à l'abri des sécheresses. Les forêts dans le midi produisent plus parleur influence indirecte que par le bois qu'on y débite. Le temps viendra-t-îl oii les forêts algériennes seront ainsi reconstituées? Il ne faudra pas moins de trois quarts de siècle pour y arriver ; il y faudrait aussi beaucoup de persévérance, d'intelligence, et, en ce qui concerne les semis, les plantations, les routes et les accès, il conviendrait de ne pas reculer devant des sacrifices d'argent qui seraient le meilleur des placements gouvernementaux. Malheureusement, les incendies de forêts sont très fréquents pour des raisons diverses : les indigènes ont conservé l'habitude méridionale d'incendier les terrains boisés qu'ils occupent, soit pour chasser les bêtes fauves, soit pour se procurer les pâturages nécessaires à leurs troupeaux. La Statistique générale de i* Algérie estimait en 1887 à 440;506 hectares la contenance des forêts qui depuis 1876 avaient été ainsi ravagées par le feu. A cette coutume se joignent les incendies insurrectionnels ou de mécontentement, comme ceux qu'on a vus en 1863, en 1865. en 1871, en 1873 et plus encore en 1881 (1). Dans ces conditions, comment avoir des forêts véritables ?
On a établi un régime sévère, celui de la responsabilité collective des tribus en cas d'incendie. C'est là un traitement exceptionnel, mais qui peut à la rigueur s'excuser par la nécessité pressante. Il ne suffit pas, cependant ; le gouvernement doit s appliquer en multipliant le personnel forestier, à rétablir un domaine qui est si essentiel pour la bonne culture de l'Algérie et qui peut être si productif un jour. En 1882, à la suite des incendies de 1881, on a constitué un service de 2,465 postes vigies qui emploient 6,516 hommes. Aussi, l'année suivante, les incendies ont-ils presque disparu.
Si Fadministration forestière détient en Algérie, soit pour le compte du domaine de l'Etat, soit pour les communes, 2,040,000 hectares de terres, ce chiffre ne représente pas la totalité du terri-
(1) Le mécontentement des indigènes parait être lacau&e principale de la plupart de ces incendies, qui yarient singulièrement selon les années. En 1880, les étendues incendiées étaient de 20,880; en 1881, le feu a ravagé la superficie énorme de 169,057 hectares; le dommage causé pendant cette dernière année a atteint 9,042,000 francs, et les amendes infligées aux indigènes n*ont couvert cette perte que pour 510,000 firancs ; en 1882, les incendies ODt causé beaucoup moins de mal, ne 8*étendant qu*& 2,4d4 hectares; en 1883, ils se sont étendus à 3,231 hectares; mais ils ont repris en 1885, ravageant 51,569 hectares; ils ont été moindres en 1886, soit seulement de 14,043 hectares; puis ils se sont étendus en 18S7 à 53,713 hectares; en définitive le progrès est faible.
loire forestier. Un décret de 1870 a autorisé dans de certaines conditions l'aliénation des forêts de chènes-liège. L'étendue de ces forêts en Algérie est d'environ 450,000 hectares, et au 31 décembre 1887, une étendue de 149,000 hectares de cette essence avait été constituée définitivement en propriétés privées. Sur ce chiffre, environ 70,000 avaient été aliénées à titre gratuit, mode qui ne nous paraît pas digne d'encouragement; le reste l'avait été à titre onéreux.' Depuis 1879, les aliénations à ce titre l'emportent de beaucoup, et l'on doit s'en applaudir, sur celles à titre gratuit.
On a pris en outre l'habitude d'augmenter chaque année les superficies de forêts amodiées à long terme. Depuis 1876 jusqu'au 31 décembre 1882, 611,672hectares ont été placés sous ce régime; il ne s'agit pas là, toutefois, uniquement de véritables forêts : la généralité ne contient que des alfas, des diss, des palmiers nains, des asphodèles et des carrières. Toutefois, 54,875 hectares de chênes-liège étaient amodiés pour quatorze années en 1887.
Depuis le rejet, en 1883, du projet d'expropriation de 300,000 hectares de terres sur les Arabes, il a été question souvent de prélever sur les forêts domaniales algériennes 200 ou 250,000 hectares qui pourraient être livrés à la colonisation pour le défrichement. Si elle était accomplie avec intelligence, cette opération ne prêterait à aucune critique sérieuse. Il faudrait seulement que les hectares ainsi livrés aux colons fussent pris parmi les surfaces qui ne sont plus boisées que de nom et qui se trouvent g ituées dans les plaines, où l'entretien de massifs forestiers offre le moins d'utilité, Il n'est pas nécessaire, en effet, que l'État détienne 2 millions d'hectares de forêts nominales ; s'il n'en possédait que 1,500,000 qu'il s'efforçât de repeupler et de bien entretenir, ce serait pour le pays un profit considérable.
Voilà donc l'une des branches principales de l'administration coloniale : c'est là qu'elle peut et doit se montrer active ; c'est là qu'il est légitime et nécessaire non-seulement de conserver, mais d'augmenter le nombre des fonctionnaires. 11 est d'autres services aussi essentiels. Qui pourrait mesurer l'utilité des ponts-et-chaussées dans cette vaste contrée, où les populations sont disséminées et Où la fertilité et la salubrité naturelles sont contrariées au premier abord par des marécages qu'il importe de dessécher? Un colon fort expert dans les affaires algériennes, M. Jules Duval, a dit, avec grande justesse, qu'en Algérie la politique devait être une politique hydraulique. Des dessèchements, des canaux, des barrages, c'est un besoin universellement senti, un besoin primordial daus cette terre féconde, qui a deux ennemis principaux que l'on croirait inconciliables, la sécheresse et les émanations palustres; il faut utiliser tous les cours d'eau pour l'industrie et la culture.