‹ De la colonisation chez les peuples modernes (volume 5)Chapitre 46 sur 131 · L'ALGÉRIE : LE ROLE DE L'ADMINISTRATION · texte numérisé non relu

L'ALGÉRIE : LE ROLE DE L'ADMINISTRATION

Pour être juste, d'ailleurs, avec radministratîon française, on doit reconnaître qu'elle a beaucoup fait déjà, surtout dans ces dernières années, à ce point de vue. Par des concessions elle a provoqué la construction de barrages, comme à l'Habra, ou le dessèchement de marais, comme celui du lac Fezzara. Il est une autre œuvre aussi à laquelle elle s'est adonnée avec succès et qui est susceptible d'un développement beaucoup plus considérable en-, core, c'est celle des puits artésiens. Elle a ainsi créé dès oasis;] elle peut prolonger jusque dans l'extrême sud la région cultivable/ Un publiciste russe, qui dans ces derniers temps a étudié l'Algérie^ et en a parlé avec enthousiasme, M. de Tchîhatchef, ne tarit pas en éloges sur l'importance des résultats que nous avons obtenus. « Entre le Chott Melghir et la ville de Tougourt, écrit-il, il n'y a « pas moins de quarante puits artésiens, ce qui, sur une ligne « d'environ 120 kilomètres,donne presque un puits par 3kilomètres, c< et sans doute on ne tardera pas à pousser cette belle ligne arté- « sienne jusqu'à Ouargla, car pour le moment, entre Tougourt et « Ouargla, sur un espace d'environ 150 kilomètres, il n'y a que « cinq puits artésiens. » L'auteur russe estime à plus de 155 le chiffre total des puits artésiens dans la province de Gonstantîne, subdivision de Batna, de 1856 à 1878. « Le nombre des son- « dages pour la recherche des eaux jaillissantes a été de 149, dit « M. de Tchihatchef, et pour celle des eaux ascendantes de 262 ; « la profondeur totale forée a été de 18 kilomètres 636 mètres, et le « débit primitif des nappes jaillissantes et ascendantes est de 1 82, 1 19 « mètres cubes par vingt-quatre heures, ou de 65,742,969 mètres « cubes par an. Ces chiffres sont assez éloquents pour se passer « de tout commentaire, et lorsque l'on considère qu'ils représen- « tent seulement un travail de vingt-deux années, on peut soute- « nir hardiment que, lors même que la France n'aurait pas doté « l'Algérie d'autre chose que de puits artésiens, elle pourrait déjà, « sous ce seul rapport, accepter avantageusement la comparaison « avec n'importe quel pays (1). » Depuis que l'écrivain russe a écrit ces lignes, l'activité des Français pour l'exploitation des couches d'eau souterraines ne s'est pas ralentie. Au 31 décembre 1881, le nombre des puits artésiens forés dans la province de Gonstantine s'élevait à 199 pour les eaux jaillissantes, et à 308 pour les eaux ascendantes ; la profondeur totale de tous les forages atteignait 22 kilomètres 780 mètres, en augmentation de 22 p. 100 sur le chiffre donné par M. de Tchîhatchef. En 1888 le débit des nappes jaillissantes captées depuis 1856 dans le sud de la province de

(1) Tchihatchet Espagne, Algérie et Tunisie^ p. 339. Ou peut encore sur ce point ooDtttlter les intéressants articles qu'a publiés M. Grad dans VReonomiUe françaU da mois d'octobre 1881.

Constanline était de 406.506 mètres par jour. Dans les autres provinces les résultats ont été bien inférieurs et le débit des nappes | jaillissantes n'y est que de 5,644 mètres par jour. Cette œuvre se j poursuivant avec méthode et persévérance, la civilisation et la cul- ■ ture doivent peu à peu empiéter sur le désert, et Ton peut prévoir r le jour oùle Sahara lui-même deviendra moins inhospitalier qu*au- ! jourd'hui. D'une bonne politique hydraulique et à*une bonne ii politique forestière en Algérie on doit attendre la mise en valeur de cette contrée. Ces travaux ont considérablement développé les plantations de palmiers et les oasis dans le sud constantinois.

Un autre service essentiel qui n*est primé par aucun autre, qui doit môme précéder tous les autres, c'est celui de la topographie. Tout ce territoire de colonisation à lever, à cadastrer, à allotir, c'est la tâche première de toute administration coloniale intelligente ; avec quel soin les États-Unis et l'Australie se hâtent de pourvoir à cette œuvre importante, la première par ordre de date et de nécessité 1 II nous faudrait, comme dans les colonies anglosaxonnes, une légion de géomètres. C'est le point de départ de toute appropriation du sol, c'est la condition de tout peuplement considérable. Qu'on emprunte à l'Amérique cette méthode si féconde d'appropriation des terres vacantes. Que l'on divise tout le territoire destiné à la colonisation en sections et en lots contigus, d'une étendue géométrique parfaitement fixée et placés le long de bonnes routes ; que l'on conserve, si l'on veut, une section centrale pour servir de dotation aux écoles et aux autres établissements d'utilité publique. On n'aura plus besoin alors de créer des centres de colonisation ; on n'aura plus besoin de transports gratuits pour les immigrants ; ils viendront d'eux-mêmes et à leurs frais quand ils seront sûrs de trouver, pour une petite somme, une étendue de terres bien limitée, nettement circonscrite et dont la propriété leur sera à jamais assurée. Mais, pour arriver à cette perfection, pour allotir et cadastrer les terres domaniales, pour que chaque immigrant et chaque colon trouve toujours à en acheter selon sa convenance, il convient que le service de la topographie soit sérieusement organisé, et il ne l'a jamais été assez dans notre province d'Afrique. C'est, sans aucun doute, une des causes du développement lent de notre colonie ; les nouveaux arrivants n'ont jamais trouvé une assez grande quantité de terres disponibles, et ceux mêmes qui étaient assez heureux pour en obtenir, par voie de concession ou d'achat, se trouvaient en présence d'une propriété mal limitée et qui n'offrait pas toutes les garanties de sécurité.

La part de l'administration coloniale est large et sa responsabilité est grande : elle peut abandonner aux particuliers, aux communes, aux conseils généraux, la gérance sans entrave de leurs

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