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L'ALGÉRIE : LE ROLE DE L'ADMINISTRATION

intérêts immédiats ; elle peut, sans danger, leur laisser toute initiative dans la sphère où ils se meuvent. Elle a assez à contrôler ailleurs. Tous ces grands services collectifs, cet ensemble de travaux préparatoires et conservatoires, c'est pour nos hauts fonctionnaires un champ singulièrement vaste : qu'ils y portent toute leur activité et toute leur prévoyance ; dans ces limites, ces qualités seront utiles et fécondes ; au lieu de se traduire en frottements et amoindrissement de forces, Taction administrative amènera à sa suite des résultats durables et positifs. La colonie sera mieux préparée à la réception d'une immigration nombreuse ; elle présentera, d'un autre côté, un attrait plus vif à ces grandes masses européennes qui sont en quête de contrées nouvelles oîi s'établir; enfin l'initiative des colons trouvera pour s'exercer un terrain plus favorable. De cette triple transformation, que Ton prévoie les conséquences : il n'est pas téméraire dédire que notre colonie prendrait un essor auquel son passé ne l'a pas encore préparée.

LE RÉGIME COMMERGIAli ET FINANCIER.

Après le régime administratif, ce qu'il y a de plus important pour une colonie, c'est le régime commercial. Selon que ce régime est restrictif ou libéral la colonie est soutenue ou arrêtée dans sa croissance. De ce côté, l'Algérie n'a pas trop à se plaindre. Il est vrai que jusqu'en 1851 elle fut sevrée de la liberté d'exportation : ses produits ne pouvaient entrer dans la métropole qu'en payant des droits ; mais le détriment qu'en éprouvaient les colons, sauf dans les dernières années, fut peu considérable. La colonie, en effet, était si peu peuplée que l'exploitation du sol sur une échelle un peu vaste, n'avait pas encore commencé. Presque tous les colons étaient de petits trafiquants, suivant nos régiments et nos colonnes, et qui trouvaient dans l'alimentation des troupes la source principale, presque unique, de leurs profits. Quant à ceux qui se livraient au défrichement et à la culture, l'approvisionnement de notre armée d'Afrique suffisait amplement au placement rémunérateur de leurs produits. Dans cette période d'enfance et dans les conditions spéciales où se trouvait l'Algérie jusque vers 1850, la liberté d'exportation est de moindre nécessité que la liberté d'importation. Les colons algériens, en effet, n'avaient guère de produits à offrir à la France, pendant les vingt premières années de la conquête ; ils avaient, au contraire, beaucoup à lui demander, particulièrement des ustensiles de culture et de production. Mais, après avoir traversé cette première époque de l'enfance, la liberté d'exporta • tien, qui n'était qu'utile auparavant, devenait impérieusement né-

cessaire. La colonie, qui avait pu se former sans jouir du droit naturel de vendre ses produits en franchise à la métropole, ne pouvait grandir et faire des progrès considérables si ce droit lui était longtemps refusé. La loi du 11 janvier 1851 , qui fut due aux efforts des députés algériens et dont M. Charles Dupin fut le rapporteur, vint à point pour favoriser l'essor de la colonie : la libre entrée des produits algériens en France fut dès lors un fait accompli. Depuis 1851 , année où ce nouveau et bienfaisant régime commercial fut inauguré, les importations de TAlgérie ont presque doublé en treize ans et ses exportations ont plus que décuplé dans le même temps.

Francs. Francs.

Valeur des marchandises importées 72.692.782 13Ô.453.793

— — exportées 10.262.383 108.067 354

« Les États-Unis, a dit avec raison M. Charles Dupin, en présentant le rapport de la loi sur la convention Fremy et Talabot (Sénat, 7 juillet 1865), les États-Unis, T Australie et le Canada, dont on fait de si grands et si justes éloges, entre les années 1850 et 1863, sont bien loin de présenter un si merveilleux progrès. »

Le mouvement de la navigation a également augmenté avec rapidité et le progrès se soutient tous les ans. En 1864, TAlgérie recevait à Feutrée 3,561 vaisseaux tant français qu'étrangers, jaugeant 465,845 tonneaux et employant 45,808 marins : c'était sur Tannée 1863 une augmentation de 621 navires, 66,149 tonneaux et 6,221 hommes. Sous le rapport du tonnage, la France entrait dans le mouvement de la navigation pour 78.76 p. 100, l'Espagne pour 7.28, l'Angleterre pour 5.03, lltalie 4.84, l'Autriche 1.05.

De 1864 à 1888 le développement du commerce général de l'Algérie a été ininterrompu, quoique, en ce qui concerne du moins l'exportation, un peu plus lent que pendant les quatorze années de la période antérieure. Voici, d'après les dernières statistiques ofûcielles, quelles ont été les sommes du commerce général et du commerce spécial de cette colonie. On entend par commerce spécial celui qui comprend uniquement les marchandises importées consommées dans le pays et les marchandises exportées qui ont été produites dans le pays. Le commerce spécial exclue donc le mouvement des entrepôts que comprend, au contraire, le commerce dit général. Mais l'Algérie n'étant pas, comme l'Angleterre, la Hollande ou la Belgique, un pays d'entrepôt ou de transit, les chiffres du commerce spécial y suivent de très près ceux du commerce général.

Commerce géoéral. Commerce spéciaU

Importation, Exportation. Importation. Exportation.

Années. Francs. Francs. Francs. Francs.

De 1864 à 1883, Timportatioa a presque triplé ; Texportation, au contraire, ne s'est accrue que d'environ 30 p. 0/0. La première a marché à pas de géants.Gette inégalité d'accroissement s'expliquait par différentes causes : des récoltes médiocres; en outre le prix des minerais et de l'alfa, qui comptent parmi les principaux produits algériens, avait baissé ; mais il y avait une raison plus générale. L'Algérie étant un pays neuf où la France entretient et paie une armée, où elle fait aé'^r^ds travaux publics, et* où l'Initiative pnvp.fl^pQftft dft nnmbrp.iix rapTfànx.^frfist nâffifftTqiip. Timportalion y dépasse un peuTexportation. Ce n'est nullement la preuve que le pays s'appauvrit; les Français, dans un laps d'un quart de siècle ou d'un demi-siècle, apporteront en Algérie et y immobili* seront plusieurs milliards de francs ; l'excédent des importations sur les exportations représentera en grande partie cet afQux du capital de la mère patrie.

En Australie, même à l'heure actuelle, quoique ces colonies i aient maintenant plus d'un siècle d'existence, l'importation dé- \ passe encore l'exportation. En 1888, la première, pour Tensemble des colonies australasiennes, montait à 65,256,000 livres sterling, 1,030 millions de francs, et la seconde à 57,606,000 livres, soit 1,440 millions de francs seulement. Cet écart en faveur des importations était beaucoup plus considérable encore il y a un certain nombre d'années : ainsi, en 1882, les importations des colonies australasiennes montaient à 1,596 millions de francs et les exportations à 1,266 millions seulement, soit 330 millions d'écart. Les importations sont restées à peu près stationnaires et les exportations se sont notablement accrues. Le môme phénomène se luanifeste en Algérie, depuis une quinzaine d'années les importa- Uons n'y augmentent plus guère, et les exportations, au contraire, ^'y développent notablement. Aujourd'hui, gr&ce surtout à la pro- <luction viticole, celles-ci arrivent à atteindre presque le niveau de celles-là. Mais pendant la première enfance elles étaient restées îori aa-dessous. 11 est naturel qu'il en soit ainsi : comme un en- ^^nt à la mamelle, une jeune colonie vit du lait de sa mère. Les vieilles colonies, au contraire, telles que l'Inde, ont des importa-

lions beaucoup plus faibles que leurs exportations : 79,830^000 11 v. sterling, environ 2 milliards de francs en 1888, contre 92,148,279 liv. sterling, soit plus de 2 milliards 300 millions de francs.

Un commerce extérieur qui oscille entre 400 et 500 millions de francs constitue déjà pour TAlgérie un mouvement de trafic très considérable. Les principales marchandises importées sont naturellement des objets manufacturés; les tissus de coton pour 29 millions de francs en 1888; les effets dits à Tusage, probablement des confections, pour 6 millions de francs; les peaux préparées et ouvrées pour 17 millions et demi ; les tîpsus de laine pour cinq millions et demi: ceux de chanvre pour 2 millions 800,000 fr.; le sucre raffiné pour 5 millions et quart; la fonte,le fer et l'acier, 2 millions et quart de francs ; les ouvrages en métaux, 8 millions; les bois de toutes sortes, 2 millions et demi; les meubles, 1 million; les machines et mécaniques, 3 raillions 300,000 francs. On trouve aussi dans la nomenclature des principales marchandises importées quelques denrées d'alimentation que TÂlgérie finira par ne plus demander au reste du monde et qu'elle lui vendra, au contraire : cette remarque ne s'applique pas au café, dont l'Algérie importe pour 8 millions de francs, mais bien au vin dont elle achetait à l'étranger pour 9millions en 1888, (vins de luxe, il est vrai, seulement 133,455 hectolitres), et aux farines dont elle importait pour 3 millions dans la même année.

L'exportation algérienne se compose principalement de denrées alimentaires et de matières brutes : du froment pour 18 millions et quart de francs en 1888, de l'orge pour 8 millions et demi, de l'avoine pour plus de 6 millions ; des bétes à laine pour 28 millions de francs, des bêtes bovines pourprés de 9 millions, des bêtes de somme pour plus d'un million ; puis plus de 5 millions de francs de peaux brutes, 22 millions et demi de francs de laines en masse; 2 millions de francs de poisson sec, salé ou fumé: environ 3 millions de francs de fruits, soit frais, soit secs ; 4 millions et quart de tabac en feuille ; 3,400,000 fr. de tabac fabriqué; 1 million de légumes secs ou verts. Vient ensuite la catégorie des produits bruts destinés à l'industrie : 7 millions et demi de francs d'alfa et de joncs ou roseaux; 5 millions et demi de liège brut; 1 million et quart d'écorces à tan ; 2 millions et demi de crin végétal; 231,000 francs de lin en graine. Les produits minéraux forment aussi un fort chapitre du commerce d'exportation de l'Algérie : 3 millions et quart de francs de minerai de fer, seulement 65,000 francs de minerai de cuivre, 6,640,000 francs de minerai de plomb. Un autre article figure encore pour un chiffre assez élevé à l'exportation : c'est le corail, pour 539,000 francs. Enfin les vins ne sont que depuis très peu d'années classés parmi i

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les importants produits d'exportation de l'Algérie : cette contrée n'en a exporté que 18,092 hectolitres en 1882, valant 460,000 fr., et 18,719 hectolitres en 1881, valant 324,000 fr. : ce n'était guère que le vingtième des quantités et des valeurs importées. Mais l'Algérie est en train de devenir une grande contrée vinicole. En 1887 ses exportations de vins ont atteint 793,000 hectolitres pour une valeur de 28 millions de francs, et en 1888 elles se sont élevées à 1,324,000 hectolitres valant 44 millions et demi. Dans peu d'années elle vendra, sans doute, à l'Europe, 3 à 4 millions d'hectolitres de vin.

Si Ton veut décomposer le commerce algérien par pays de provenance et de destination des marchandises, on arrive au tableau suivant qui s'applique à Tannée 1887 et au commerce général.

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