‹ De la colonisation chez les peuples modernes (volume 5)Chapitre 50 sur 131 · LE CRÉDIT · texte numérisé non relu

LE CRÉDIT

Une métropole ne remplirait pas tous ses devoirs financiers envers une colonie, si elle se contentait d'assurer par des subsides, pendant la période d'enfance, ses principaux services.

« les commencements, tels outils sont détaillés dans ce liyre, de nos entreprises

< en Asie, destinées a une fin si triomphante, nous avertissent d*une manière « plus significative encore de la patience infinie nécessaire pour le succès* Nau-

< irages et mésaventures sur mer, collisions avec Fautorité métropolitaine, mé- € contentement parmi les agents et les collègues, luttes avec des pnnces

* bar^iares ou semi-barbares, furieuses jalousies avec les Etats européens com- « merciaux rivaux ; voilà ce qui remplit toute cette énorme compilation de •< 800 pages. M. Noël Sainsbray, en dépouillant la multitude de rapports qui sont

* à la garde du Matterofthe RolU (conservateur des Archives), et qui rendent « compte de la pose des bases de notre empire de Tlndoustan, a dû souvent « répéter l'exclamation du poète romain sur 1 immensité de l'œuvre qui consiste «à établir une race sur un sol étranger (Tantjs motis ^al Romanam conderê

* genteml). Pendant plus d*un siècle au-delà des années uni sont comprises dans « ce volume, il n*y' avait aucune certitude apparente de l'établissement d*un

« et le Portugal conservaient un droit traditionnel & la suprém«ltie. Gommer-

* cialement, l'Angleterre venait bien après la HoUande » Ces lignes sont

lionnes à citer; les sacrifices financiers et militaires pour rétablissement d'une colonie doivent s'étendre sur une très longue période ; lorsque la terre à colo* puer est peuplée de tribus demi-barbares, comme l'Algérie ou le »ud de l'Afrique U8 peuvent durer trois quarts de siècle ou un siècle. {Noie de la 3« édition.)

41 s DE LÀ GOLOISISATION AU XIX* SIÈCLE.

Le second aspect de la quesiidn financière, c*est le crédit. Un sait quelle importance nos maîtres en colonisation, les Américains et les Anglais, attachent à un bon système de crédit. Dans chaque nouveau village, près de la maison d'école et de la maison deDiea se dresse la maison de dépôt et d'escompte, house of deposite and dtscouni. Ainsi se trouvent groupés dans chaque centre embryonnaire de civilisation, au milieu des pionniers etdesdéfrichenients. les trois éléments indispensables de toute croissance et de toute prospérité; Técole qui donne à Thomme Tinstruction, le temple où il puise l'éducation morale et religieuse, la banque qui féconde la production. De toutes les nations civilisées la France est la plus pauvre en instruments de crédits ; il est naturel que les colonies soient encore plus dénuées que la métropole. La lettre impériale de 1865 indiquait comme Tun des grands fléaux de l'Algérie 1 usure qui y serait plus extrême et plus générale que partout ailleurs. C'est une loi de la nature que les capitaux soient plus chers partout où ils sont rares et où le champ d'emploi est à la fois très étendu et très rémunérateur ; c'est précisément le cas des colonies nouvelles, et surtout de celles qui possèdent en abondance des terres fertiles. Il est donc conforme à l'ordre des choses et aux lois économiques que l'intérêt, même à égalité de risque, y soit sensiblement plus élevé que dans la métropole ; prétendre abaisser le taux de l'intérêt au même niveau en Algérie qu'en France, c'est une puérilité. Mais l'infériorité des colonies ne con- 3iste pas seulement en ce que les capitaux y sont plus rares, elle consiste encore en ce que cette branche de l'industrie, qui a pour objet de recueillir les capitaux momentanément oisifs pour les placer dans des mains productives, y est beaucoup moins développée que dans la mère patrie. Pendant les vingt premières années de la colonisation, il n'existait pas un seul important établissement de crédit dans toute notre province d'Afrique. La loi du 4 août 1851 créa la banque d'Algérie qui a fondé des succursales àOran (1853), à Gonstantine (1856), à Bône (1868), à Philippeville (1875) et à Tlemcen (1875). Cette banque a rendu des services signalés, directement au commerce et à l'industrie, indirectement à l'agriculture.

Le taux ordinaire de ses escomptes était de 6 p. 100 à l'origine; il s est abaissé ensuite à 5 et à 4 p. 100, et il suit4es fluctuations du marché des capitaux. En 1864 elle escomptait pour 78 millions d'effets en chiffres ronds. Dans l'exercice qui va du 1*^ novembre 1878 au 31 octobre 1879 ses escomptes se sont élevés à 265 mUlions de francs. En 1886-87 ils ont atteint 465 millions, et avec les effets à encaissement on est arrivé dans cette même année au chiffre de 500 millions de francs. Son capital, primitivement de

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3 raillions, a été porté à 10 raillions en 1859, puis à 20 millions en 18!(1. Elle émet des billets au porteur depuis 20 francs jusqu'à 1.000 francs. Ces billets sont reçus comme monnaie légale par les caisses publiques. Les émissions de billets, d'abord limitées à 18 raillions, puis à 48 millions par une loi de 1872, étaient, en moyenne, de 62.800.000 francs en 1886-87 (l).

Le gouvernement ne s'est pas arrêté dans cette création d'institutions destinées à fonder le crédit en Algérie ; en mars 1860 un décret rendit applicable à cette contrée la loi du 21 mai 1858 sur les magasins généraux, dont le premier essai réussit complètement à Blidah. Quelques mois auparavant un décret du 11 juillet 1860 étendait au territoire de l'Algérie le privilège accordé au Grédit foncier de France. Enfin, pour obvier au défaut de banques locales et pour faciliter dans toute la colonie la circulation des capitaux, le ministre des finances, au mois d'août 1865, a autorisé les trésoriers payeurs des trois provinces à recevoir désormais les fonds des négociants et à délivrer en échange des mandats sur leurs préposés. Les entraves qui résultaient pour le commerce de la difficulté des transports de fonds entre les différentes places de l'Algérie sont ainsi considérablement atténuées. « On ne saurait trop louer, disions-nous dans la première édition de cet ouvrage (1874), cette initiative heureuse ; mais il serait désirable que le gouvernement fit quelques réformes dans ses propres règlements, lesquels contribuent à maintenir le taux élevé de l'intérêt dans la colonie. Il y a un exemple de modération vis-à-vis les débiteurs, qu'il serait du devoir de l'Etat de donner dès à présent : c'est la réduction, au-dessous du taux actuel de 10 p. 100, de l'intérêt légal, c est-à-dire de l'intérêt qui court de plein droit dans des circonstances déterminées. En percevant 10 p. 100 d'intérêt, l'Etat encourage directement à l'usure; il est à regretter que la lettre impériale qui s'élève contre ce fléau, n'ait pas vu que le gouvernement contribuait lui-même à l'entretenir. »

La réforme qui nous paraissait si urgente en 1874 et qui, d'ailleurs, était si facile, n'a été accomplie qu'en 1881. Le taux de Tintérët légal a été réduit de 10 à 6 p. 100, heureuse mesure dont il est dif^cile de comprendre le trop long ajournement. Dans cette même année 1881 on a amélioré, comme on l'a vu plus haut, les dispositions relatives au crédit foncier en Algérie. Il faudrait encore aller plus loin dans cette voie, perfectionner le crédit

18î'3. Un

I dividende distribué aux actions de &00 francs a atteint 108 francs en -1 n^est plus que de 83 fr. en 1889. La Banque a fait quelques pertes dans des prêts un peu exagérés pour la plantation de vignobles; néanmoins sa situation ne paraît pas mauvaise. Quelques personnes lui reprochent de faire Pescompte à 2 signatures et non à 3, comme la Banque de France; mais cette latitude parait indispensable dans un pays neuf. (Noie de la 4* édition).

agricole et soustraire les Arabes à Tusure dévorante des juifs On a essayé de venir en aide au développement de l'Algérie paj la constitution, avec Tappui du gouvernement, de grandes asso^ dations anonymes. Telle a été, en 1867, la Société générale algérienne fondée par MM. Frémy et Talabot.

On ne saurait trop dire si ce devait être une compagnie de crédit ou une compagnie foncière; elle tenait de l'un et Tautni caractère. Quoi qu'on puisse alléguer, au point de vue théorique contre ces grandes compagnies, il est incontestable, en pratique qu'elles ont rendu dans certaines circonstances des services considérables. Dans le Nord-Amérique, ce sont les grandes compagnies foncières qui ont facilité la culture par leurs travaux préparatoires, routes, canaux, arpentage; et nous ne doutons pas qu'en Algérie la société nouvelle n'eût pu tirer un excellent parti de^ 100,000 hectares qui lui ont été concédés. Si elle eût consacré en six ans, selon la lettre de son traité, 30 millions aux routes, 20 millions aux ports, 30 millions aux barrages, canaux, dessèchements de marais, puits artésiens, 15 millions au reboisement des montagnes et 5 millions à des subsides aux colons qui végètent loin des côtes ; si elle eût versé dans le pays 120 millions stipulés sous forme d'opérations de crédit, il est évident que c'eût été pour l'Algérie un puissant ressort qui lui eût communiqué un rapide mouvement d'impulsion. Malheureusement cette compagnie ne s'est pas conformée à la lettre, ni surtout à l'esprit de sa charte : aussi n'a-t-elle pas produit tout le bien qu'on en pouvait attendre. Dans ces dernières années, particulièrement en 1881, il s'est constitué une foule de sociétés de crédits d'initiative privée qui ont pris l'Algérie pour champ d'exploitation. Telles sont la Société de Crédit Foncier et Agricole d'Algérie, le Crédit Algérien, la Compagnie Franco-Algérienne, la Foncière de France et d'Algérie (1), les Magasins généraux d'Algérie. On peut dire qu'il y a plutôt excès dans toutes ces créations. Toutes ensemble ces sociétés représentent un capital de plusieurs centaines de millions de francs. D'autres sociétés françaises, comme le Crédit Lyonnais, ont créé en Algérie des succursales. On ne peut sans doute espérer que toutes ces sociétés soient fidèles à leur titre et renferment dans l'Algérie et dans ses dépendances toutes leurs opérations. Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, ces compagnies exercent, au point de vue moral et matériel, une excellente influence ; elles créent une foule d'intérêts nouveaux par le vaste mouvement d'affaires auquel elles se livrent, et, dans un pays aussi rigoureusement

(1) Cette Société, deux ans après sa naissance, a fini par réduire son titre aux mots : La Foncière de France ; de même, les Magasins généraux d'Algérie ont fulionne avec les Entrepôts et les Magasins généraux de Paris. (Note de la 3< édUton.)

administré que notre province d'Afrique, elles forment en face de ladministration des corps résistants dont le rôle est, au moins pour un temps, salutaire.

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