OLONIES DIVERSES DE LA FRANCE : LA GUYANE ; LA DÉPORTATION
iborieuse, défrichant le sol, grandissant avec des espérances :'avemr. On était dans la bonne route : malheureusement ces ondamnés, propriétaires et pères de famille, formaient Texcepion ; là grande majorité était soumise à un régime à la fois plus igoureux et moins utile à la colonie. Au lieu de les employer à les travaux d'utilité publique et surtout aux routes, qui sont le )rinclpal besoin de la colonie, on les faisait travailler à des planations de sucre et de café qui coûtent beaucoup plus qu'elles ne -apportent; on reconnaît là cet esprit fantaisiste et ces goûts l'amateur dont nos fonctionnaires coloniaux donnent trop souvent la preuve. On n'a introduit que très tardivement et d'une manière incomplète, en dehors de la ville de Gayenne, le système de louage des services des condamnés aux colons, système que les Anglais ont pratiqué en Australie avec tant de bonheur, sur une si grande échelle et d'une manière si régulière, sous le nom à'assïgnment of convicts. En un mot la colonie reprocha, avec raison, à Tadminis- Iralion de ne savoir pas faire tourner le travail des forçats à l'utilité générale.
L'importance de la Guyane, comme établissement pénitentiaire, a d'ailleurs décru depuis que la Nouvelle-Calédonie a reçu la même destination. C'est le 20 février 1852 que le gouvernement offrit la transportation àla Guyane comme une faveur auxforçats (condamnés aux travaux forcés) en cours de peine. Trois mille d'entre eux acceptèrent, le régime du bagne devant être pour eux fort adouci. A partir de 1854 la transportation, au lieu d'être facultative, fut le régime pénal habituel pour les forçats. Mais depuis 1864 on ne transporta à la Guyane que les condamnés noirs ou arabes, les condamnés blancs étant dirigés, vers la Nouvelle- Calédonie. Ce fut une faute. La Nouvelle-Calédonie ne devrait servir de lieu de transportation que pour les condamnés à des peines légères; peut-être môme pourrait-on faire de la transportation à la Nouvelle-Calédonie une sorte de récompense et de prime pour les réclusionnaires qui se conduiraient bien. On sait, en effet, que le séjour à « La Nouvelle », pour prendre l'argot des prisons, est un attrait pour les criminels ; ils s'y plaisent mieux que dans les maisons de détention de la métrople et commettent souvent des assassinats uniquement pour s'y faire envoyer. Les grands coupables devraient être installés à la Guyane; mêlés avec les condamnés moins compromis et moins endurcis, ou iQëme-simpIement voisins d'eux, ils les corrompent et empoisonnent toute la colonie pénitentiaire () ). Après de longs débats, dans le courant de l'année 1885, le Parle-
U) On trouTera dans roarrage de M. Delarbre, les Coicnies ftançaUet^ les rent^ignemeots adminiitratifs sur le régime pénitentiaire à la Guyane.
5t6 DE LA COLOmSATlOlf AU XtX« SIÈCLE.
ment finit par voter une loi sur la déportalion ou la « relégation > des récidivistes. On a jugé à propos d'employer ce dernier euphémisme. Cette mesure est vivement combattue par des criminalistes qui la trouvent barbare, par des financiers qui la jugent onéreus(\ par des administrateurs quila prétendent anticolonisalrice.Nousne contestons pas que laloinouvellenesoitparfoistropsévèreetque. si Ton devait expédier à la Guyane les simples délinquants inofTensifs comme les mendiants, les vagabonds ouïes voleurs ordinaires, il n'yeût làun excès de rudesse, même une inhumanité. Si la relégation devait être appliquée aux personnes de cette catégorie, ce ne devrait être qu'avec une certaine douceur et sous quelque climat favorable, comme la Nouvelle-Calédonie, les Nouvelles-Hébrides, d'autres lies océaniennes ou bien encore certains points bien choisis du Congo. Mais les récidivistes d'une culpabilité plus grave et même les débutants condamnés pour des crimes, CMmne le meurtre, le vol à main armée, l'incendie, pourraient sans inconvénients -et avec de grands avantages être dirigés vers la Guyane. Chi enlève bien à leurs familles des jeunes gens purs de toute tache pour les contraindre à tenir garnison dans les contrées les plus malsaines, telles que le Sénégal et les rivages de Madagascar. Il y a un excès de sensiblerie à ne point vouloir infliger aux criminels un sort qu'on Impose aux soldats.
L'objection que la déportation n'a jamais servi à la fondation d'une colonie se trouve complètement réftitée par l'exemple de l'Australie. Sans la déportation, l'Australie serait encore une terre presque tout entière abandonnée aux kangourous. La prospérité récente qu'a atteinte la Nouvelle-Calédonie a aussi son origine dans la déportation. Que plus tard, arrivée à l'adolescence, une colonie rejette un régime qui a si merveilleusement profité à son enfance, qu'elle s'indigne comme d'une souillure de ce qui a été le germe de sa croissance, cela est naturel. Mais pour peu qu'on se reporte aux pages que nous consacrons à la déportation en Australie, on y trouvera la preuve des bienfaits de ce régime pour la terre encore presque inhabitée qui en est l'objet.
La simple réflexion, d'ailleurs, pourrait suffire i démontrer que la déporlatio n des criminels est une aide précieuse à la fondation des •colonies. En admettant, ce qui est contestable, que, au moins au début, la déportation soit un régime un peu plus coûteux que l'emprisonnement dans la mère-patrie, ces dépenses mêmes qui s'opèrent dans la colcmie y suscitent la vie et y développent les cultures. C'est un afflux décapitai qui se déverse sur cette terre neuve ; or le capital est un des éléments essentiels de prospérité dont peut le moins se passer une colonie naissante.il n'est pas indifférent que le gouvernement dépense à la Guyane douze ou