CHAPITRE IV
Colonies d*exploltatlon. — Fin. — Les colonies hollandaises.
Décadence du commerce des épices. — Les Hollandais trouvent une large compensation dans le développement de leurs colonies des lies de la Sonde. — Le^ gouverneurs généraux célèbres.
Organisation coloniale et agricole de Java. — Domination passagère des Anglais dans cette lie de 1811 à 1815. — Le système colonial du général Van der Bosch. — Les monopoles et les corvées. — Le régime administratif : les chefs indigènes, les résidents, les dessas. — La production, par voie de corvée, du café et du sucre. — Détails sur la culture du café et sa productivité. — Changements de la législation sur la production du sucre.
Le système Van der Bosch, maintenu presque intact de 1830 à 1850, est depuis lors l'objet de beaucoup d altérations. — Les réformes de 1870, de 1874 et de 1878. — Limitation et atténuation des corvées. — Les baux emphytéotiques.
— Tentatives pour l'émancipation économique graduelle de la population indigène. — Essai de constitution de la propriété privée.
Suppression dos droits différentiels et des suilaxes de pavillon. — Essor du com> merce de Java.
Énorme revenu net que Java verse au budget métropolitain. ^- Les « bonis coloniaux. » — Leurs inconvénients. — Affaiblissement de ces u bonis » depuis 1870.
— Déficit actuel des budgets des Indes néerlandaises. — La guerre d'Atchin. L'étendue et la population des Inde» néeriandaises. — Tentatives d'immigration
européenne. — Tâche qui incombe aux Hollandais dans leurs lies de TOcéan
indien.
Les possessions hollandaises en Amérique. Les petites lies danoises et suédoises dans les Antilles. ^- Vente de ces Ilots au\
États-Unis ou à la France.
Les projets de colonisation allemande. — Eo quoi ils seraient justifiés. — Le vœu
exprimé en 1881 par le Conseil économique de l'Empire. — Confusion entre les
colonies de peuplement et les colonies d'exploitation ou de plantations. — Los
premières seules conviennent à l'Allemagne dans son état actuel. — Les projets
de colonisation italienne.
Résumé des observations sur les colonies d'exploitation ou de plantations.
Les Hollandais ont conservé, malgré la prépondérance maritime de l'Angleterre, presque toutes leurs anciennes possessions. Ils continuent à occuper dans les mers d'Orient -les Moluques, première source de leur richesse et de leur grandeur, ainsi que les magnifiques îles de la Sonde. Us gouvernent au moyen d'une petite armée ce vaste empire de plus de 20 millions d'habitants où l'omigralion n'a porté que quelques milliers d'Européens. On a vu quel était leur système colonial et commercial au temps de leur plus grande splendeur; il reposait sur le monopole; ce système avait
reçu à la fin du siècle dernier de graves atteintes par suite de la chute de la célèbre compagnie des Indes orientales. Cette compa* gnie fut supprimée en 1795 et il semblait que le moment fût venu de dégager le commerce des îles hollandaises des restrictions qui lavaient entravé. La Hollande ne se décida pas à adopter une politique que Texpérience recommandait, mais qui était contraire à ses traditions. Le vieux système persista longtemps encore, il persiste aujourd'hui môme, en partie du moins. Un économiste distingué, le colonel Torrens, dans son livre sur la Colonisation de PAus^ iralie du Sud, s*est arrêté avec complaisance sur la décadence du fameux commerce des épices. Les Hollandais ont maintenu jusque vers 1840 le monopole des exportations des îles aux épices : ce commerce si vanté et défendu par le privilège n'occupait en 1840 que 708 tonneaux et 80 marins, et cependant <c près de 1 million d'indigènes, écrivait alors Torrens, sont privés de tous les droits ordinaires de la nature humaine et gardés dans la servitude et la barbarie pour la sécurité de ce trafic indigne et méprisable ». L'économiste anglais comparait, à l'époque dont nous parlons, ce commerce des épices soumis à tant de restrictions à une branche toute nouvelle du commerce anglais, la pêcherie de la baleine dans la mer du Sud, et il découvrait que celte industrie libre occupait 30,100 tonneaux et 3,210 marins, c'est-à-dire 43 fois plus de tonneaux et 40 fois plus de marins que le célèbre commerce des épices (Torrens, Colonisation of South Australia, p. 190). On voit que nous avions raison d'afflrmer dans le premier livre de cet ouvrage que la Hollande avait attaché une importance exagérée au monopole des épiceries, et qu'elle s'était laissé entraîner, par le désir déraisonnable de s'assurer à elle seule et pour toujours le trafic de ces denrées, dans des guerres et des dépenses qui avaient gravement compromis sa position commerciale.
Si la prospérité des Moluques était si fragile et fut de si courte durée, les Hollandais trouvèrent une large compensation dans le développement rapide de leurs îles de la Sonde et spécialement de Java. L'essor de cette grande Ile ne peut se comparer qu'à l'essor de Cuba. Sous l'administration intelligente de gouverneurs célèbres, Daendels (1808-1811), Van der Gapellen (1816), de Bus (1826), Van der Bosch (1830), par l'introduction de cultures nouvelles et spécialement du café, Java vit son agriculture atteindre le plus haut degré de richesse et son commerce se multiplier. L'organisation tant intérieure qu'extérieure resta cependant très artificielle jusque vers 1860, et ce n'est que dans les dernières années qu'on y a fait d'importantes modifications. L'esclavage rural n'a jamais existé dans les
lies hollandaises; de bonne heure la traite avait été défendue (1688), on n*avait jamais eu que des esclaves domestiques qui étaient en très-petit nombre et qui furent affranchis déûnilivement par la loi du 2 septembre 1854, laquelle ordonnait Témancipation pour le f janvier 1860. Mais si l'esclavage rural n'existait pas dans les ile> de la Sonde, on y trouvait et Ton y trouve encore une organisation qui se rapproche de la servitude.
Pour comprendre la situation de la population indigène et celle des Hollandais à Java, il faut remonter au commencement de ce siècle et suivre les modifications de la politique coloniale, on pourrait presque dire de la politique agricole des Hollandais aux Indes néerlandaises.
L'ancienne et célèbre compagnie des Indes néerlandaises, créée au commencement du xv!!"" siècle (voir plus haut, p. 65j, av<iit eu une politique très simple et toute mercantile. Toutes ses vues étaient tournées vers la production elle commerce, non vers la civilisation des habitants. Elle évitait soigneusement de s'immiscer dan^ les affaires mêmes de la population indigène ; elle instituait de^ agences et des comptoirs; elle respectait toutes les autorités établie.*^ chez ses sujets ; elle se contentait d'imposer aux princes et aux chefs des terres conquises la livraison de certains produits tels que le café, le riz, Tindigo, les épices, soit gratuitement, soit à des prix arbitrairement Axés d'avance. Ce système commode et en apparence recommandable lâchait la bride à toutes les injustices et toutes les oppressions auxquelles il plaisait aux chefs indigènes de se livrer ; pourvu que ces oppressions ne fussent pas telles qu'elles provoquassent un soulèvement, la compagnie n'intervenait pas. Les Hollandai> évitaient de se présenter en redresseurs des torts, en propagateurs d*une royauté religieuse ou en éducateurs; c'était là une colonisation dépourvue de tout esprit élevé, de toute grande pensée ; c'était, à vrai dire, une simple exploitation ; même aujourd'hui, après des réformes notables, le régime colonial hollandais à Java conserve encore en grande partie ces caractères.
Lors de la suppression et de la débâcle de la grande compagnie des Indes, les gouverneurs nommés par l'État voulurent réagir contre cette incurie, cette routine et ce parti pris d'abstention. L'un d*eux, resté célèbre, Daendels (iSOS-lSil) contint avec vigueur les petits souverains indigènes, réprima leurs abus de pouvoir, construisit des routes et donna de Timpulsion à la mise en culture de nie de Java. Un événement survint qui interrompit ses efforts el qui donna une autre direction à la colonisation de cette contrée.
L'annexion de la Hollande par Napoléon V mit ce pays, malgré
lui, aux prises avec les Anglais. Ceux-ci, maîtres delà mer, s*emparrrent de Java en 4811 et, comme gouverneur, ils y installèrent un organisateur de mérite, élevé dans les principes deTadministration anglo-indienne, Sir Slamford Raffles. Ce fonctionnaire, voulant se mettre au-dessus du concours des chefs indigènes, chercha à établir ii Java un régime analogue à celui des présidences de Madras et de Bombay. Rattachant habilement le gouvernement européen aux traditions orientales qui accordent au souverain le domaine éminentdu sol et qui font des détenteurs des terres de simples tenan- <Mers publics, Sir Stamford Raffles décréta que le gouvernement était le propriétaire légitime du sol, et que chaque indigène payerait directement une taxe variant de la moitié au quart du produit des terres qu'il cultivait. Les chefs indigènes n'eurent plus le droit d'imposer les habitants, ils eurent un traitement fixe et furent transformés en fonctionnaires du gouvernement.
Les circonstances étaient médiocrement propices à une transformation aussi radicale, les chefs indigènes s'y prêtant à contre-cœur et l'administration anglaise étant médiocrement assise parce qu'elle ne paraissait pas définitive. Quand les Hollandais reprirent possession de Java en 1816, ils hésitèrent longtemps entre le maintien de l'organisation de Sir Stamford Raffles et le retour aux pratiques de leur ancienne compagnie des Indes.
Après quatorze années de tâtonnements, un de leurs plus illustres gouverneurs, le général Yan der Bosch proposa à l'acceptation du roi Guillaume P', qui avait l'esprit ouvert aux affaires, un projet nouveau d'organisation coloniale. C'est la méthode de Yan der Bosch qui a été appliquée aux Indes hollandaises, sans aucune variante, pendant vingt ans, et avec différentes corrections et un grand nombre d'infidélités à l'expiration de ces vingt années.
Le gouvernement néerlandais se substituait simplement aux chefs indigènes, et il percevait directement comme impôt ce que ces chefs avaient le droit de percevoir en vertu de la coutume (adat) : à savoir un cinquième des produits agricoles et un cinquième de:» journées de travail. Partant de ce principe, le gouvernement prescrivait qu'un cinquième des terres serait cultivé pour la production exclusive de certains produits appréciés sur le marché européen comme le café, le sucre, le tabac, l'indigo, le thé, le poivre et la cannelle. Le travail des indigènes pour la culture était surveillé par le gouvernement et payé d'un prix fixé d'avance. Les produits étaient déposés dans des magasins, puis transportés aux ports de mer et livrés à une société de commerce, intermédiaire entre le Kouvernement et les consommateurs, V HaudeU-Maatichappy^ pour
èlre, par ses soins, chargés sur des vaisseaux hollandais et portés à Amsterdam ou à Rotterdam où on les mettait en vente. Cétait le système des cultures forcées, des corvées et des monopoles.
Ce régime paraissait favorable à toutes les parties. Il soustrayait les indigènes à Toppression des chefs ; il devait assurer la culture des produits qui étaient les plus recherchés par les Européens; les chefs seuls eussent pu se plaindre et trouver que le traitement fixe les dédommageait insuffisamment. Pour exciter leur zèle^ le gouvernement leur alloua en outre un tantième sur le montant des produits. Pour Vindigo et le sucre, le général Yah der Bosch passa des contrats avec des entrepreneurs européens auxquels il allouait des terrains, il fournissait de la main-d*œuvre et même il faisait des avances, à la condition d*ètre remboursé en produits fabriqués (i).
Les chefs indigènes restaient toujours les intermédiaires entre le gouvernement hollandais et la population. Chaque région est sous les ordres d'un régent javanais que nomme le gouvernement, en ayant soin de le prendre parmi les anciennes familles princières. Ce régent jouit d'un traitement fixe de 800 à 1,500 florins par mois, soit de 20,000 à 36,000 fr. par an, en plus de ses tantièmes sur le produit des cultures et de la jouissance de certains champs qui lui sont particulièrement alloués. Chaque régence est subdivisée en cinq ou six districts sous les ordres d'un fonctionnaire indigène, appelé wedono. Les districts à leur tour comprennent des villages ou communes {dessas)^ qui ont un chef, analogue à notre maire, élu par les indigènes, mais dont la nomination doit être confirmée par l'autorité hollandaise. Le mode de propriété qui règne à Java est la propriété communale dont quelques publicistes aujourd'hui, notamment M. Emile de Laveleye, célèbrent les prétendus mérites. Le chef du village doit percevoir la land-rent^ une taxe sur la culture du riz, qui fut introduite par sir Stamford Raffles. Il répartit les champs à cultiver, il est en outre chargé de la police et de la justice.
Telle est la hiérarchie indigène au moyen de laquelle les Hollan* dais gouvernent Java. Quant à l'administration néerlandaise ellemême, elle se compose d'abord du gouverneur général qui est nommé pour cinq ans et responsable devant le roi. Auprès de lui est un conseil de cinq membres qu'il est tenu de consulter dans les grandes affaires. Sous ses ordres sont sept directeurs pour les
(1) Ces détails ainsi que ceux qui suivcot sont empruntés en général à deux étu* dos qu'a publiées M. A. L. H. Obrecn dans V Économiste françaU des IG et 23 Juillet 1881.
divers services publics, la justice, les finances, Tintérieur, Tinstruc- Uon et les cultes, Tinduslrie et les travaux publics, la guerre et la marine. Une Cour des comptes composée de sept membres complète cette organisation supérieure.
L*lle de Java est partagée en 22 résidences qui, outre l'administration indigène dont nous avons parlé, ont chacune à leur tôte un résident européen, assisté d*un résident adjoint, d*un secrétaire et de contrôleurs. Ces derniers sont particulièrement chargés de Tinspection des cultures du gouvernement. Tous ces agents hollandais se recrutent parmi les jeunes gens qui, soit en Hollande, soit à Batavia, ont passé un examen portant sur les connaissances administratives et sur les langues du pays. Avec beaucoup de prévoyance le gouvernement recommande à tous ces fonctionnaires de ménager soigneusement les susceptibilités des nobles javanais.
Fondé en 1830, le système colonial Van der Bosch s*étendit et se développa pendant vingt ans. A partir de 1850 les critiques devinrent nombreuses et des modifications graduelles dans Tadmi* nistration en furent la conséquence. Toutes les cultures gouvernementales ne donnaient pas également des bénéfices. Le café et le sucre primaient toutes les autres. La population indigène, que ses traditions et ses goûts portaient surtout à la culture du riz, voyait d'un mauvais œil Textension des autres produits. Elle se plaignait de la lourdeur des corvées, de certains arrangements défectueux, de Téloignement des magasins par exemple et de beaucoup de détails d'économie rurale. La Hollande retirait de Java des bénéfices énormes. La vente du café à elle seule rapporta au trésor, de 1840 à 1874, une moyenne annuelle de 22 millions de florins net, soit 46 millions de francs environ. Le produit du sucre atteignait le quart environ de cette somme. Le gouvernement n*attachait donc guère d'importance qu'à ces deux denrées. Aussi supprima-t-il la culture pour compte gouvernemental du thé, du tabac, de l'indigo, de la cochenille et de la cannelle. Ces produits furent désormais abandonnés à l'initiative privée qui sufUt à développer, dans des conditions plus rémunératrices, la culture du tabac et du thé.
Le gouvernement n'est plus resté producteur que de café et de sucre. Il n'est pas hors de propos de dire quelques mots de l'organisation qu*a donnée à ces deux grandes cultures l'administration hollandaise.
Au commencement du siècle et avant l'occupation anglaise, le gouverneur général Daendels avait décrété que les indigènes devaient fournir au gouvernement gratuitement, à titre d'impôt, les deux cinquièmes de leur récolte de café, et que pour les trois cin*
quièmes restants le gouvernement leur payerait 25 florins (52 francs) par pt'col de 62 kilog. et demi. Le général Van der Bosch changea ces dispositions et décida que chaque famille entretiendrait 600 caféiers, que tout le café serait livré au gouvernement qui payerait douze florins net (actuellement quatorze florins) par picol sur toute la production, soit d*abord 40 centimes environ, puis 47 centimes par kilogramme. Gomme il fallait 200 arbres pour produire un piool de café^ chaque famille recevait ainsi 36 florins, aujourd'hui 42 florins par an. Mais il en fallait déduire la taxe sur le riz qui est de 1,000 florins par an et par cent bouws (le boutv équivaut à deux tiers d'hectare); cette étendue de cent bouws est la superficie moyenne d*un village habité par cent familles. C'est donc environ 2,000 à 2,500 florins par an dont bénéficient en définitive cent familles d'agriculteursjavanais du fait du gouvernement, impôtdéduit ; la rémunération moyenne de chaque famille est ainsi de 25 florins ou 54 francs, et elle a en outre la pleine et entière disposition des terrains qu'elle cultive pour son propre usage (1).
Le gouvernement apporta successivement dans la culture du café difl'érentes réformes ayant pour objet de laisser au cultivateur plus de liberté. Ainsi on lui permit de s'exempter de tout travail dans les terrains désignés par le gouvernement à la condition de planter sur le terrain qu'il détenait en propre un certain nombre de caféiers. On veilla à ce que les terrains indiqués pour la culture du café ne fussent pas trop éloignés des dessas ou villages. Bref, le gouvernement néerlandais se conduisit comme le fait vis*à-vis de ses métayers un propriétaire intelligent.
Beaucoup moins populaire que la culture du café est celle du sucre qui est aussi, à Java, une culture gouvernementale. C'est le général Yan der Bosch qui l'introduisit et l'on n'eut guère au début à s'en féliciter. De 1837 à 1844 le gouvernement perdit sur celte culture une vingtaine de millions de francs. Dans les régions oi!i on la pratiquait, un cinquième du terrain était planté en cannes et les quatre cinquièmes en riz. Le gouvernement payait des sommes très faibles aux indigènes pour le sucre qu'ils lui livraient. Il passait aussi pour la fabrication de cette denrée des contrats avec des entrepreneurs dont beaucoup firent de brillantes afi*aires auxquelles ne participait pas le gouvernement. Ce n'est qu'à partir de 1845 que la culture du sucre est devenue rémunératrice pour le Trésor. En 1850 les terrains plantés en cannes à sucre furent accrus de ceux
(1) Nous rappelons que tous ces renseignemenU et la plupart des suivant» »oiit empruntés au\ articles que M. A. L. H. Obrcon a publiés dans VÉconomitte fran» fa» des 16 et 33 Juillet 1881.
plantés jusque là en indigo. En 1863 on lit un nouveau règlement de la culture du sucre. Les contrats passés avec les fabricants durent faire Tobjet d'adjudications publiques. On stipula un minimum de prix que les fabricants devaient payer aux indigènes sur le rendement par bouw (2/3 d*hectare) ; pour les premiers 45 picols (le picol vaut 62 kilog.) par bouw, 3 florins ou 6 fr. 50; pour chaque picol en plus, i fl. 50 (3 fr. 25), avec un minimum de 90 florins. La coupe et le transport de la canne devaient être aux frais de Tenlrepreneur. Une loi du 21 juillet 1870 a stipulé que, à partir de 4890, toute intervention du gouvernement pour la culture de la canne à sucre devrait cesser et que les fabricants n'auraient qu'à louer eux-mêmes des terrains et à pourvoir à la culture par des fermiers ou des ouvriers. L'effet de cette mesure différée ne pourra naturellement se faire sentir qu'à la fin du siècle. Beaucoup de personnes prétendent qu'il en résultera l'abandon de la culture du sucre à Java, par suite de l'aversion qu'ont les indigènes pour toute autre culture que le riz. Jusqu'ici, cependant, les pronostics défavorables ne semblent pas s'être confirmés. En 1878 et en 1879, en effet, on a planté 19,246 et 23,588 bouws respectivement en travail libre, c'est-à-dire sans aucune intervention du gouvernement et pour le seul compte des fabricants. Il est vrai, néanmoins, que d'après le rapport colonial de 1880, les surfaces plantées en cannes à sucre sous le régime du travail libre sont inférieures à celles qui sont cultivées en cette denrée par l'entremise et sous le contrôle du gouvernement. Le système des corvées, que les mesures précédentes ont déjà entamé, ne régit pas, d'ailleurs, tout le travail à Java. C'est ainsi que les grands travaux publics, notamment les chemins de fer, sont faits sous le régime du travail libre. On se procure pour ces grandes entreprises des ouvriers indigènes dont le salaire varie de 20 cents à 1 florin, soit de 42 centimes à 2 fr. 10 par jour.
La législation de 1870 a, d'ailleurs, pourvu à d'autres réformes d'une égale importance : elle a pris des dispositions pour que les fabriques de sucre mues par la force hydraulique ne nuisissent pas, comme c'était trop fréquemment le cas, à la culture du riz, qui est pour] la population de Java la culture vivrière et nationale par excellence.
Toutes les mesures qui précèdent sont autant de modifications partielles et de corrections au fameux système du général Van dev Bosch; une atteinte plus considérable, au moins en principe, lui a été portée dans la même année. Tout le régime agricole de Java a été remis en question par la loi agraire de 1870 qui autorise le gouvernement à louer par bail emphytéotique pour soixante-quinze
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ans les terres incultes. Le gouvernement se réserve néanmoins celles de ces terres qui lui semblent le plus propres à la culture du café. Dans les neuf années qui ont suivi 1870, il a été ainsi concédé par bail emphytéotique, 400,000 bouii^s, c'est-à-dire environ 66,000 hectares. G*est peu, sans doute, pour Timmense étendue de Java.
Suivant avec persévérance la môme idée, le législateur hollandais, par une loi de 1878, a pris quelques mesures pour la conversion de la propriété collective du sol en propriété individuelle. Jusqu'ici ces dispositions n'ont eu que peu d'effet pratique, tellement est tenace la puissance de la coutume. Cette propriété collective, que préconise avec tant de ferveur M. Emile de Laveleye, et qui attache au sol par des liens si intimes et si solides les peuples qui ne s'en sont pas encore affranchis, est donc, du moins théoriquement, menacée à Java. Tant qu'elle durera il est à craindre que l'autocratie agricole du gouvernement hollandais ne résiste à toutes les attaques.
C'est le café qui est le principal produit officiel de Java. Le rapport colonial de 1880 fournit sur cette denrée les chiffres sui« vants que nous relatons d'après M. Obreen :
Produit net par pirol Nombre de picola (t) Prix de revient du piool de café vendu en HoUaadc