ANNÉES
livrés au
de café
tous frais de transport
gouvernement.
au gouvernement à Java.
déduits.
fUriu (1)
n«riii
C'est donc une somme nette de 30 à 60 millions de florins que la vente du café produit au gouvernement hollandais suivant que la récolte est bonne ou mauvaise et que les prix sont plus ou moins élevés. Depuis 1862 une partie du café qui appartient au gouvernement n'est pas transportée en Hollande, elle se vend sur place.
Les réformes intérieures, qui sont encore incomplètes, accomplies dans l'île de Java ne pouvaient dispenser le gouvernement de réformes considérables dans le régime commercial extérieur de cette colonie. On a vu, dans de précédents chapitres, combien élait restrictif le vieux système colonial hollandais. C'est avec peine et graduellement qu'on l'a amélioré dans ces derniers temps. En 1850 on a diminué le monopole de navigation ; une ordonnance de 1858 ouvrit seize ports au commerce général, les droits différentiels
(1) Le picol vaut 62 kilogrammes et demi.
(2) Le florin hollandais vaut 2 Tr. 10.
COLONIES 0*EXPL0ITAT10N. — 'lES COLONIES HOLLANDAISES. 283
et les surtaxes de pavillon que la Hollande avait abandonnés pour ses ports d*Europe furent quelque temps encore conservés à Java, mais atténués. G*est en 1874 seulement que les droits d*entrée différentiels qui protégeaient le pavillon hollandais à Java furent complètement supprimés, et qu'on inaugura un régime de douanes tout à fait libéral.
La prospérité de Java s'était merveilleusement développée. Le café, dont on produisait seulement 8 millions de kilogr. en 1790, figurait, dans les tableaux d'exportation en 1840, pour 70 millions de kilog. La canne à sucre prit un développement qui était dû en partie aux efforts du gouvernement, et en partie à une circonstance particulière. Considéré comme produit par le travail libre, le sucre de Java eut entrée en Angleterre, sous le régime intermédiaire qui distinguait les sucres émanant des pays à esclaves des sucres • émanant des pays libres, distinction qui prohibait les sucres de Cuba. En 1860 le mouvement des importations et des exportations dépassait 400 millions de francs et employait plus de 400,000 tonneaux dont 100,000 seulement sous pavillon étranger. Le progrès général et la liberté commerciale ont modifié ces chiffres. En 1876 les importations s'élevèrent à 205,397,000 florins (430 millions de fr. environ), et les exportations atteignaient la somme de 213,519,000florins (468 millions de francs); le total du commerce extérieur montait donc à 900 millions de francs en chiffres ronds ; c'était en seize années un accroissement de 125 p. 100. Les marchandises importées directement par l'État n'entraient que pour 4,404,000 florins (9 millions et demi de fr.) dans le chiffre total des importations. Au contraire , les marchandises directement exportées par l'État figuraient pour 51,168,000 florins (107 millions et demi de fr.) dans le chiffre des exportations totales et formaient ainsi près du liers de celles-ci.
Voici quels étaient, en millions de florins, les principaux articles d'exportation :
i\êté. Sucre. Étaio. lodigo.
Pour lo compte du gouvernement 46,69t 4,476
— de.s particulier» 31 ,018 C6,3G1 3,0ô6 3,966
78,310 66,362 8,132 2,9ti6
Le gouvernement n'intervenait plus que pour ces deux articles : le café et l'étain.
Venaient ensuite, dans le tableau des exportations en 1876, et pour le compte des particuliers seulement, les peaux pour 1 ,325,000 florins, les girofles et les muscades, l'ancien trafic favori
284 DB U GOLONISATIOA AU XIX' SIÂCLB.
des Hollandais, pour \ ,933,000 florins, le riz pour 4,141,000, le Ubar pour 23,756,000 florins, le thé pour 2,406,000 fl. On voil à com> bien peu de chose se réduit le commerce des épices auquel la compagnie des Indes néerlandaises sacrifiait tout : moins de 5 millions de francs sur une exportation totale de plus de 450 millions.
Jusqu*auz réformes des dernières années, à la suppress<on de> droits différentiels et des surtaxes de pavillon, le commerce de Jau se faisait particulièrement sous pavillon hollandais et la plus fcrande partie des marchandises venaient de la métropole ou y allaient, celle-ci ne servant d*ai11eurs souvent que d*intermédiaire et d*entnepositaire pour le compte de contrées tierces. On jugera de cette situation par les détails suivants : Le mouvement de la navigation des îles de Java et de Madora était, en 1866, de 6,546 navires et de 998,134 tonneaux ; en 1867, de 5,840 navires et de 855,056 tonneaux; en 1868, de 6,686 navire^ et de 1,055,840 tonneaux. Voici comment se décomposait le mou* vement de Tannée 1868:
HulUnde
Archipel indien
An{;letorrc
Chine
Australie
Indes anglaises
États-Unis
Golfe per8iquc '. . .
Arabie.
France
Autres pays.
Tôt \i X fl,«W» I .aV»,MM»
On voit quà Texception des barques de TArchipel indien, oresqn^' tout le commerce maritime était dans les mains des Hollandais Si nous consultons encore les tableaux de douanes, nous y troare • rons d*autres précieux renseignements. Voici comment rimportation se répartissait, en 1868, entre les principaux pays de profenance :
Hollande 4î,4«7,000 florins.
Archipel indien W, ISS.OOO
Angleterre I«,K(»,000
SIngapoure 7.16t,00(>
Chine 1 ,073,00(1
Australie 1 ,320,0011
France 1 ,372,000
Manille lt07,(MN>
ftuts-Unis :.79,00O
ProvenanrcH divrr^e^i 1,4;7l,ono
Tôt kl tW,3t!l,000 flonn«.
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COLONIES D'EXPLOITATION. — LES COLONIES HOLLANDAISES. 28o
Les chiffres ci-dessus ne comprennent que les importations faites pour le compte des particuliers et non les importations du gouvernement. Voici, d'un autre côté, la part des différents pays dans les exportations faites pour le compte des particuliers en 1868 :
HoUando 88,460,000 florins.
Archipel indien 29,960,000
Singapouro 7,571,000
Australie 4,910,000
Golfe porsique 3,618,000
Chine 1,978,000
fttat?i-L'nis 1,822,000
Angleterre .. 1,589,000
DestioatioiiH diverses 461,000
TcTAi 139,369,000 florins.
Ces tableaux ne sont pas sans intérêt. On y voit que le commerce de Java était presque limité à la métropole et à rArcbipel indien. Cependant il avait devant lui d'autres marchés oti il lui était aisé de conquérir une place importante.
Cette situation a changé depuis les réformes des dernières années et rinaugnration d'un régime économique plus libéral. Le commerce de Java avec les autres contrées, notamment avec TAngle* terre, s*est prodigieusement accru. La seule exportation du sucre pour la Grande-Bretagne qui n*était, avant la suppression du tarif différentiel, que de 9,293,000 florins (19 millions et demi de francs), atteignait, immédiatement après cette suppression, le chiffre de 1S,869,000 florins (33 millions de francs), et s'élevait, en 1877, à 22 millions de florins (46 millions de francs). En 1879, d'après le Statistical Abstract for Uie United Kingdom^ les importations de Java et du groupe des colonies néerlandaises de l'Océan indien atteignaient en Angleterre le chiffre de 1,784,000 livres sterling (46 millions de francs), et les exportations de l'Angleterre, pour ces mômes contrées, s'élevaient à 1,657,451 livres sterling (42 millions de francs). Ces chiffres avaient été dépassés de 15 ou 20 p. 100 en 1877. Le pavillon anglais tient aujourd'hui une place des plus considérables dans le commerce de Java.
Une certaine partie de l'opinion publique en Hollande a vu avec regret ces changements dans la politique commerciale et dans les courants d^mportation et d'exportation. Les conservateurs exclus du pouvoir se sont faits les adversaires du système colonial nouveau et se sont efforcés de démontrer qu'il a coïncidé avec le déclin de la prospérité publique. Ces récriminations ne sont pas fondées. L'agriculture et le commerce à Java sont plus prospères que jamais.
Ce qui est exact, c'est que, par Tinfluence de diverses causes, la situation financière des colonies hollandaises s'est considérablement altérée.
Jusqu'à des temps assez proches de nous, Java avait été pour la mère patrie une vache à lait dont le gouvernement hollandais pressait soigneusement les mamelles. C'était, avec Cuba, la seule colonie qui fût productrice d'un gros revenu pour la métropole. Après avoir défrayé toutes les dépenses coloniales, le système « des cultures et des monopoles » laissait un excédent considérable qui était versé aux budgets de la mère patrie sous le nom de « bonis .coloniaux ». On peut dire que depuis la Révolution le budget de la Hollande n'avait jamais par lui-môme connu l'équilibre; c'étaient les « bonis coloniaux o qui venaient le relever. Ces « bonis » étaient, d'ailleurs, fort inégaux. Ils présentaient d'une année à l'autre, suivant les récoltes et le cours des denrées, des différences considérables ; mais ils montaient toujours très haut. Us varièrent de 20 millions à 70 ou môme 80 millions de florins (de 42 à 147 ou 168 millions de francs). Cet afflux de ressources exotiques ravissait les Hollandais, mais en môme temps les induisait à la dépense et à la prodigalité. Aussi les hommes sérieux en Hollande disaient-ils souvent : « Les bonis coloniaux nous ont démoralisés. » Il en était de cette sorte de tribut payé par la colonie à la métropole comme de Ténorme indemnité de guerre que la France a payée à l'Allemagne ; le débiteur se trouvait plus appauvri par ces versements que le créancier n*en était enrichi.
A partir de 1870, par diverses causes, dont l'une, mais non la seule, est la guerre d'Atchin, les « bonis coloniaux » ont suivi une progression descendante. Le contingent payé par Java à la métropole s'abaissa à 6 ou 8 millions de florins (12 à 16. millions de francs], puis il disparut tout à fait, et le budget même des Indes néerlandaises se trouva en déficit. C'est qu'il avait terriblement augmenté. En 1867 le budget des Indes néerlandaises montait à 84,347,000 florins seulement, soit 175 millions de francs environ, c'était déjà une jolie somme. Douze ans après, en 1879, il s'élevait à 153,373,000 florins (322 millions de francs). Il présentait un déficit évalué à 10 ou 15 millions de florins ; les dépenses de la guerre d'Atchin ne figuraient que pour 10 millions de florins dans cet énorme budget. Les travaux publics, il est vrai, y tenaient une place considérable.
Si l'on jugeait des mérites d'une colonie par les sommes qu'elle verse au trésor de la métropole, le sy^tème inauguré par le général Yan der Bosch, en 1830, eût été la perfection, et les réformes qu'on y a introduites depuis 1850, et surtout depuis 1870, eussent été de
Folles mesures. Mais l'objet de la colonisation n'est pas de créer des États tributaires qui versent au Trésor de la métropole des dizaines ou des centaines de millions par année. Qu'une colonie se suffise à elle-même, au point de vue financier, comme le font les Indes anglaises et la généralité des colonies britanniques, c'est tout ce que Ton peut demander.
La guerre d'Atchin, prolongée pendant sept ou huit ans, a été pour beaucoup dans les embarras financiers des Indes néerlandaises et, par contre-coup, de la mère-patrie. Les Hollandais, comme toutes les nations qui ont de grandes colonies, ont dû, pour assurer leurs possessions, pour les mettre à l'abri de voisins remuants, étendre leur empire colonial. La même nécessité s*est imposée aux Anglais dans l'Inde et dans l'Afrique australe, aux Français dans l'Afrique du nord. Les Hollandais ont donc conquis et plus ou moins soumis Atchin ; ce sont de nouveaux territoires qui seront bientôt ouverts au commerce et à la civilisation. Ils ont, après la conquôle, installé à Atchin un gouverneur général civil.
L'empire colonial des Hollandais est un des plus grands qui existent. Les lies de Java et de Madura, qui sont le principal siège de cette colonisation, ont une superficie de 134,607 kilomètres carrés, le quart environ de la France. Les contrées environnantes où les Hollandais ont des postes et des établissements, à savoir Sumatra, Riou, Banca, Billiton, Bornéo, Célèbes, les Moluques, la Nouvelle- Guinée, Timor, etc., offrent une superficie d'environ 1,500,000 kilomètres carrés, soit trois fois à peu près celle de la France.
A ne considérer que Java et Madura, qui seules ont été complètement mises en exploitation par la Hollande, la population est considérable et très dense. En 1853 on y évaluait le nombre des indigènes à 10,100.000 âmes ; en 1869, le recensement i'élevait à 15,791,845, auxquels il fallait joindre 172,280 Chinois, 7,234 Arabes, 9,616 aulres orientaux étrangers, et 29,139 européens, soit en tout 16,010,114 individus. En 1878, la population de ces mêmes îles est portée à 18,335,778 habitants, parmi lesquels les Européens civils comptent pour 34,750, les Européens dans l'armée pour 16,900 et les descendants d'Européens pour 929. L'ensemble de cette population présente une grande densité, puisqu'elle atteint environ 140 habitants par kilomètre carré, le double de la population spécifique de la France.
On aura remarqué combien les Européens sont peu nombreux dans ces belles lies. Le climat ne parait pas leur être favorable, et le labeur des champs à cette latitude ne semble pas fait pour eux. La population européenne a cependant plus que doublé depuis 1857,
époque à laquelle elle n*atteignaît que le chiffre de 14,000 âmes. Le gouvernement avait fait de grands efforts pour diriger rémigration vers ses possessions de l'Océan indien. Il n^émigre en général .des Pays-Bas que 1,500 à 2,000 personnes par année, et la plupart vont, non pas à Java ou à Sumatra, mais aux États-Unis* Le gouvernement hollandais voulut assurer à ses possessions un courant d'immigration allemande. Il fit des propositions dans ce sens à la diète germanique, qui envoya des commissaires aux îles de la Sonde. Leur rapport ne fut pas défavorable. Les plans de colonisation européenne attirèrent dès lors Tattention publique. En 1859, l*on accorda à M. Yan Ylissingen une concession dans Touest de Bornéo pour y introduire des Européens dont la majorité serait néerlandaise; il devait être constitué, pour cet objet, une compagnie dont le capital eût été de 2,500,000 florins. Mais, cette même année, un soulèvement considérable eut lieu dans la population indigène. L'opinion publique s'en alarma ; on craignit que l'introduction d'Européens n'inquiétât les habitants et ne les portât à de nouvelles insurrections ; on abandonna momentanément tout plan de réorganisation des colonies d'Asie par l'adjonction de l'élément européen. Depuis quelques années, cependant, ces plans ont reparu sur la scène et le gouvernement ainsi que le pays s'en préoccupent, quoique jusqu'ici aucune tentative sérieuse n'ait été faite pour constituer dans le vaste archipel de la Sonde un noyau de popula>
tion, soit hollandaise, soit allemande.
Ce n'est pas, d'ailleurs, à Java ou à Madura, déjà très densément peuplées, c'est à Sumatra, à Bornéo, dans la Nouvelle-Guinée, Mes beaucoup plus vastes, qu'il importerait d'attirer une immigration européenne. Il est vraisemblable que la colonisation de Sumatra et de Bornéo, jusque-là très négligée, sera l'œuvre de la fin de ce siècle et du commencement du siècle prochain. Déjà un aventurier anglais, le rajah Brooke, s'est taillé à Bornéo un petit État qui paraît assez prospère. Une compagnie anglaise vient aussi d'y acquérir de vastes territoires, avec la protection du gouvernement britannique.
Outre sa nombreuse population indigène, Java compte un contingent de plus en plus considérable de travailleurs libres venant de la Chine ; elle n'a pas besoin de raccoler et d'engager des coolies : ils lui arrivent spontanément et de leur plein gré. D'après des documents administratifs qui datent de 1852, il y avait à Java près de 200,000 Chinois ayant des possessions territoriales dont l'ensemblo était très étendu. La grande ville de Samarang, sur le rivage septentrional de l'ile, a aussi son quartier chinois, Campang-tchina ; après celui des Hollandais, c'est le mieux bâti, et volontiers on s'y
COLONIES D'EXPLOITATION. — LES COLOMIEb HOLLANDAISES. 280
eroîrail dans une ville toute chinoise. Ces émigrants volontaires et sans engagement appartiennent à des rangs de la société plus élevés queles coolies de Maurice ou de Cuba ; ils présentent aussi plus de f^aranties de bonne conduite ; ils se font entrepreneurs de culture et de commerce et ils acquièrent rapidement, par un labeur opiniâtre combiné avec une sordide économie et une habileté peu dcrupuleuse, des richesses qui en font les principaux négociants du pays. Us sont cependant difQciles à conduire, et les vexations d*un gouvernement à monopole les ont poussés souvent h des actes de rébellion ; on compte de leur part plusieurs sanglantes révoltes.
Il serait difficile de contester les grands mérites de la colonisation hollandaise en Asie, de même qu'on pourrait aussi difficilement nier les erreurs ou les lacunes du système appliqué jusqu'à ces derniers temps à ces brillantes colonies. C'est à son empire des Indes que la Hollande doit Téclat qu'elle jette encore dans le monde, le rang qu*elle y tient ; c'est à lui aussi qu'elle est redevable d'une partie de son propre développement économique et de ses richesses. Les Hollandais, depuis quinzj ans, sont entrés résolument dans la voie des réformes coloniales : il importe qu'ils y persévèrent. Une colonisation ne doit pas être une simple exploitation ; une colonie ne peut rester éternellement une ferme. A côté de la production matérielle, un peuple colonisateur a une œuvre sociale, une œuvre morale à accomplir. Alléger le poids du servage qui pèse encore sur une grande partie des populations indigènes ; constituer, là où elle est utile, la propriété individuelle ; élever progressivement les populations indigènes par l'éducation, parle christianisme, parla propriété et parla liberté du travail; mettre enfin en culture les immenses espaces de Bornéo et de Sumatra, former dans ces régions de véritables sociétés qui soient productives au point de vue économique et qui aient une vie intellectuelle et morale, telle est la tâche qui incombe aux Hollandais.
La Hollande a conservé en Amérique quelques îles et sa colonie de la Guyane, qui eut, elle aussi, un moment de splendeur. La Guyane hollandaise comptait, en iS59, près de 53,000 habitant», dont 15,1)59 libres et 36,963 esclaves. Le recensement de 1845 annonçait seulement 8,462 libres ; mais, en revanche, il donnait 51,629 esclaves (1). Ainsi, en 15 ans, le nombre des blancs avait doublé: celui des esclaves avait diminué déplus d'un quart; ce
(l) Le*< iltH iifurate» plus récents attrihiiont à la Gu\aao hollandaise, en 1S75, r»<f,tK)0 babiianU, dont 17,000 indiens. L'esclavage; ayant été aboli, on ne Ciit plu^ de di<(tinctiou. L'étendue de la Guyane hollandaise étant do 1 19,000 kilomètres carrés. On voit combien la population spécifique est faible. «
changement remarquable dans la composition de la population, dont le total était resté le même, mérite qu^on en recherche les causes. Il y a eu des Pays-Bas pour la Guyane un courant d*éroigration assez régulier, bien que faible en apparence. Depuis tB45, année où Témigration hollandaise commence à être considérable, on a vu un certain nombre de paysans s'établir à Surinam, y fonder la petite propriété, endurant sous le soleil des tropiques les travaux les plus rudes, comme les engagés blancs du xvii" siècle. En 1852, le gouvernement des Pays-Bas tenta sans succès de diriger vers cette colonie Témigration allemande. La diminution du nombre des esclaves ne se rattache pas seulement à cette observation générale, que nous n*osons pas ériger en loi, d*après laquelle dans l'état d'esclavage les populations ne se reproduisent que d'une manière insuffisante; elle vient surtout des mauvais traitements et de l'absence de soins pour le bien-être de la population servile. De 1839 à 1843, il était né, dans toute la colonie, 5,947 esclaves et il en était mort 10,406, mortalité effrayante, qui en quatre ans enlève plus du cinquième de la population noire. Les actes du gouvernement colonial prouvent, de la manière la plus nette, que cette mortalité considérable avait son origine dans la négligence des planteurs ou plutôt de leurs mandataires. II existe une ordon* nance de 1817 où le gouvernement déclare vouloir « prévenir, avec la bienveillance de Dieu, tout besoin de nourriture pour l'avenir, besoin qui s'est grandement fait sentir par l'oubli de précautions salutaires. » Ces négligences et ces abus, qui entraînaient tant de calamités pour la population servile et par contre-coup tant de diminution dans la production et de dépréciation dans la valeur des propriétés, se faisaient surtout sentir dans les districts où l'absentéisme des planteurs était le plus répandu, comme dans ceux de Para, Mattapica, Gottica, Gommewyne ; dans ces districts, pendant que les propriétaires vivaient luxueusement à Amsterdam, les plantations étaient abandonnées à des agents dont l'ordonnance de 1817 flétrit « l'incapacité notoire, l'indécence^ la négligence et l'immoralité ». Dans les provinces, au contraire, où l'absentéisme est rare et où la résidence est le fait prédominant, comme dans celle de Nickerie, les esclaves paraissent avoir été mieux traités, les naissances, même dans la population servile, dépassaient les décès et cependant le climat est exactement le même que dans les autres districts. La production comme la population de la Guyane a décru, depuis le xviu' siècle ; on comptait alors dans cette colonie 600 plantations, exploitées par 30,000 esclaves et produisant annuellement pour 40 millions de denrées d'exportation ; en 1845,
COLOiNIES D'EXPLOITATION. — LES COLONIES HOLLANDAISES. 291
Ton ne comptait plus que 102 sucreries, 116 caféieries, 41 cotonneries : la production du sucre est restée stationnaire de 1845 à 186() ; elle flotte aux environs de 30 millions de livres. Tous les observateurs, et, entre autres, M. le lieutenant de vaisseau Dieudonné, chargé de comparer l'état de la Guyane hollandaise à celui de la Guyane française, s'accordent pour déclarer que Tagriculture est très arriérée à Surinam, que les procédés y sont imparfaits, les machines nouvelles presque inconnues.
Les petites îles de Curaçao, Saint-Euslache, Saint-Martin, Saba, Bonaire, que la Hollande possède dans le golfe du Mexique et qui, toutes ensemble, n'ont pas 40,000 habitants, ont eu de tout temps une production et surtout un commerce des plus actifs. Les esclaves y ont toujours été mieux traités qu'à Surinam, et cependant ces petites îles elles-mêmes sont en décadence ; elles ont besoin, pour se soutenir, des subsides de la métropole : Curaçao, dit*on, possédait, il y a 40 ans, plus de 10,000 esclaves, au lieu qu*au P' janvier 1859 elle n'en comptait plus que 7,189. La grande culture ne peut plus, dans ces territoires étroits et épuisés, soutenir la concurrence des sols nouveaux de Cuba et de Java. Le nopal, la cochenille et les autres cultures secondaires sont les principales ressources de ces îlots. La Hollande a hésité longtemps à suivre Tezemple donné par TAngleterre et par la France pour Témancipation des esclaves ; alors même qu'elle déclarait l'esclavage aboli à partir de 1860 dans l'archipel de la Sonde, elle le maintenait à Surinam; mais cette opiniâtreté à conserver la servitude dans ses possessions chétives d'Amérique n'a pu leur rendre une prospérité qu'elles n'avaient due qu'au régime relativement libéral en matière de commerce dont elles avaient joui dans un temps où les colonies de plantations des autres contrées d'Europe étaient soumises aux rigueurs du pacte colonial. Tout l'avenir de la colonisation hollandaise est dans les îles de la Sonde; il dépend de la Hollande, aux conditions que nous avons indiquées plus haut, de leur assurer un développement presque indélini.
Nous n'avons que quelques mots à dire des petites îles danoises, Saint-Jean, Sainte-Croix, Saint-Thomas. Le roi Christian YII fut de tous les princes le premier à abolir la traite (ordonnance du 16 mars 1792) : ces petits îlots en éprouvèrent une certaine commotion, mais qui dura peu. Leur importance venait moins de la culture du sucre que de leur trafic excessivement animé; ils furent tous, en 1834, ouverts au commerce du monde et ils servirent d'entrepôts pour l'approvisionnement du golfe du Mexique : ce fut peureux la source d'une grande prospérité; après diverses mesure)^
préparatoires, Tabolition de l'esclavage y eut lieu le 3 juillet 1848; ils ne s*en ressentirent pas longtemps, trouvant dans la rapide extension de leur commerce une compensation plus que sufûsante. On sait que Saint-Thomas a été, il y a une dizaine d*années, acheté par les États-Unis.
La petite île de Saint-Barthélémy, qui appartenait à la Suède, est dans une situation analogue à celle des îles danoises, quoique moins florissante; c'est un îlot peu fertile où la production est faible ; Tesclavage y a été aboli graduellement à partir de 1848 ; celte petite colonie ne peut avoir d'avenir que daiis le commerce. Le gouvernement et les chambres de Suède, comme l'ont prouvé les discussions qui suivirent la cession de Saint-Thomas aux Américains, étaient dans l'intention de vendre également leur île aux États-Unis, s'ils en obtenaient un bon prix. Ils ont fini par la céder à la France. On ne peut blâmer de pareilles cessions, il est certaiD que de petites puissances comme le Danemark et la Suède n*ont aucun intérêt à avoir quelques îlots perdus dans l'Océan.
Ces petites dépendances ne peuvent avoir d'importance que comme points de relâche ou postes d'observation pour une puissance maritime et militaire de premier ordre. Au contraire on eût très bien compris que la Suède, qui a une émigration considérable, cherchât à s'assurer la possession d*une colonie de peuplement, dans le genre du Canada ou de l'Australie, pour y détourner l'émigration suédoise qui se porte vers les États-Unis et pour fonder dans les régions nouvelles une société Scandinave. C*eût été un moyen de maintenir l'équilibre des races dans le monde et la variété des influences nationales qui est si utile au progrès humain.
Il en est de môme pour l'Allemagne ; c*est un malheur pour l'avenir du monde que les 150 ou 200,000 Allemands qui quittent chaque année leur pays aillent se perdre dans les 50 millions de population anglo-saxonne des États-Unis. Ce sera ainsi une cause de diminution de l'influence légitime de l'Allemagne. Nous autres, Français, dira-t-on, n'avons pas à le regretter. Cela est vrai ; mais si Ton se place au point de vue cosmopolite, on doit désirer que chacune des principales nations du vieux monde ait en quelque sorte une fille émancipée dans le nouveau.
Depuis leurs grands succès de 1866 et de 1870 les Allemands ont acquis le sentiment plus vif de leur nationalité, et ils ont eu quelque repentir de ne s'être pas procuré des colonies en temps oppor* tun. Il est vrai qu'ils colonisent l'Europe, par voie d'infiltration; ils s'insinuent en Hongrie, en Pologne, dans le Bannat, en llou> manie, et ils formeront dans un siècle une agglomération de