‹ De la colonisation chez les peuples modernesChapitre 26 sur 76 · COLONIES D» EXPLOITATION. — L'ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

COLONIES D» EXPLOITATION. — L'ALLEMAGNE

150 millions d*habitants au cœur de notre continent. Mais ce mouvement de conquête insidieuse et latente, préparant de loin une conquête réelle et officielle, n'eût été en rien gêné par la possession d*une colonie où TAllemagne aurait déversé la plus grande partie de Ténorme émigration qui la quitte par voie de mer pour se rendre en Amérique ou en Australie.

Dans ces dernières années les Allemands ont montré bien des velléités de coloniser. Malheureusement pour eux, ils entrent un peu tard dans la voie ; presque tout le globe est pris. La plupart des contrées encore sans habitants ne sont pas des contrées sans maîtres. Sur presque toutes les îles et sur tous les continents flotte le drapeau d*une puissance européenne. Avec des desseins nets et précis, la décision qu'ils montrent quand ils ont une idée claire, les Allemands auraient peut-être pu encore se tailler leur part dans les contrées nouvelles. Seulement, ils ont, en matière de colonisation, des idées confuses.

lis ont attaché une grande importance à la possession des îles Samoa, qui ne sont que des récifs, une diminution de la Nouvelle- Calédonie. Ces postes pourront leur être utiles comme points de relâche, mais ce ne sont pas là des colonies véritables. On sait qu*après la chute d*une grande maison de banque, de commission et d'armement de Hambourg, la maison Godefroy, le gouvernement crut devoir relever cette entreprise des îles Samoa en venant i son aide par des prêts ou des subventions.

Plus tard le tardif amour des Allemands pour la colonisation s'est fait jour dans les discussions du Conseil économique de TEmpire au cours de l'année 1881. Ce Conseil, que créa M. de Bismarck pour s'en faire un soutien dans sa politique économique autoritaire, protectionniste et centraliste, a émis le vœu que 125 millions soient consacrés en dix ans à acquérir des terres vacantes pour y fonder des colonies. Mais c'est ici qu'apparaît la confusion des idées. On a vu dans le courant de cet ouvrage qu'il y a deux classes très distinctes de colonies : les colonies d'exploitation ou de plantations et les colonies de peuplement. Les premières conviennent principalement aux peuples qui ont de grands capitaux comme l'Angleterre et la France ; les autres sont plutôt faites pour les peuples qui ont une très grosse émigration, comme l'Irlande, TAllemagne, l'Italie.

Ce que devrait rechercher la grande nation germanique, c'est donc une colonie de peuplement. L'Australie lui eût convenu à merveille ; mieux encore la Nouvelle-Zélande ; la Nouvelle-Guinée pourrait aussi peut-être faire son affaire, quoique le climat en soit

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un peu tropical, dans une grande partie du moins. Peut-être dans le sud de TAfrique, aux abords des possessions anglaises et portugaises, rAliemagne eût-elle pu aussi se faire une part. Au lieu de proposer Tacquisition d*une colonie de peuplement, le Conseil économique de l'Empire n*a eu en vue, dans sa séance de 1881, que les colonies de plantations ou d'exploitation. Ce sont des fermes et des jardins d'outre-mer qu'il voudrait que la nation allemande possédât. L'Allemagne, dil-il, est obligée de payer 1,250 millions par an pour acheter <c du blé, du tabac, des fruits du sud, du thé, du café, du riz, des épices, des matières tinctoriales, du coton, de la laine, de la soie, du bétail, des bois », et il lui plairait de supprimer ce tribut en devenant elle-même productrice au loin de toutes ces denrées dont elle a besoin et qu'elle achète. Ce n'est pas là le vrai point de vue. Si l'on ne parlait encore que du blé, du bétail, de la laine, des bois, on pourrait croire que le Conseil économique de TEmpire attache surtout de l'importance à la direction de l'émigration allemande sur des contrées où elle garderait sa nationalité, à la fondation en un mot de solides sociétés allemandes dans les contrées nouvelles. Mais non, en parlant du thé, du café, des épices, des matières tinctoriales, du coton, de la soie et du tribut que l'Allemagne paye pour ces denrées, le Conseil économique de l'Empire semble être encore sous les illusions du vieux système mercantile et colonial. Une colonie de plantations ou d'exploitation absorbe nécessairement des capitaux, et l'Allemagne, quoiqu'elle ne soit pas aussi pauvre qu'on veut bien le croire, n'a pas des capitaux en surabondance. Ce qu'elle a en surabondance, ce sont des bras, et, pour occuper ces bras, pour les attirer, pour les retenir, ce ne sont pas des colonies de plantations ou d'exploitation qui conviennent, ce sont les colonies de peuplement. Faute d'avoir fait cette distinction, il est probable que les efforts des Allemands en fait de colonisation échoueront.

Ce que nous venons de dire de l'Allemagne s'applique à merveille à l'Italie, cette vieille nation qui a recouvré une nouvelle jeunesse et qui a le cœur gonflé de tant de grandes aspirations. Elle aussi» pauvre en capitaux et riche en hommes, pourrait travailler à la fondation de colonies de peuplement. Elle le fait bien un peu dans l'Afrique du Nord pour le compte d'autrui. Elle avait pensé un ins« tant à occuper la Nouvelle-Guinée; peut-être eût-elle dû persévérer dans cette voie. La colonie de la baie d'Assab et ses tentatives dans le royaume de Choa en Abyssinie sont des entreprises louables, mais dont le développement paraît devoir être limité.

Nous avons étudié, dans les colonies des tropiques des diverses

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